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mouvement des femmes Iraniennes

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Thursday, February 04, 2010

Anne Hidalgo interview le monde

Sharklady : Quelle est votre position sur le port du voile intégral en France ?

Anne Hidalgo : Le voile intégral est d'abord une violence contre les femmes et me paraît totalement incompatible avec les lois de la République. Je pense que nous sommes des élus ou de futurs élus de la République, et que le fait qu'on n'ait pas de signe religieux distinctif dans les lieux publics ou à l'occasion d'une élection à laquelle chacun se présente libre me paraît une règle de conduite à tenir. Par exemple, je n'aimerais pas promouvoir l'idée qu'une femme voilée puisse être candidate sur une de mes listes. J'étais très favorable à la loi sur l'interdiction des signes religieux à l'école, et je pense que cette loi a porté ses fruits.

Souris : Vous dites "femme voilée" : tchador et niqab même combat ?

Anne Hidalgo: Je pense que le voile intégral est totalement incompatible avec la République. Je suis et ai été pour la loi qui, au nom de la neutralité nécessaire dans le service public, impose que les agents publics, par exemple dans les hôpitaux, les écoles, etc., ne portent pas de voile. Ensuite, c'est de la liberté de chacune de porter ou pas le foulard dans sa vie privée.

Pitch : En ce qui concerne les transports, que proposez-vous pour ceux qui vivent en grande banlieue ?

Anne Hidalgo : D'abord, nous sommes favorable à une tarification sociale. Des catégories de la population, par exemple les jeunes de moins de 26 ans en insertion, les chômeurs, les jeunes pouvant accéder aux avantages de la carte Imagin'air... doivent bénéficier de moyens plus importants. C'est ce que nous proposons avec des réductions ou des exonérations ciblées. En revanche, nous considérons que l'urgence en Ile-de-France, c'est d'investir sur l'offre de transports, en priorité les RER, pour qu'ils soient à l'heure et plus confortables.

Oursonne : Avez-vous déjà pris la ligne 13 à une heure de pointe ? Que proposez-vous pour désengorger cette ligne de transport ?

Anne Hidalgo : Oui, bien sûr, j'ai pris la ligne 13 à l'heure de pointe comme les nombreux Parisiens et Franciliens qui s'y entassent. Nous proposons deux choses : sur le moyen terme, c'est-à-dire à horizon 2017, la prolongation de la ligne 14 est une réponse pour désengorger la ligne 13 ; et dans l'urgence, nous proposons des systèmes de bus alternatifs et une plus grande capacité des rames à transporter des usagers.

Ronaldo : Cela fait 12 ans que vous aux commandes de la région et nous devons attendre 2017 pour une amélioration de la ligne 13 ? Vous ne trouvez pas que vous poussez le bouchon un peu loin ? m

Anne Hidalgo : D'abord, les investissements sur les transports franciliens se sont arrêtés du côté de l'Etat en 2002, alors que le réseau francilien méritait ce type d'investissements, qui ne peut être porté uniquement par les collectivités locales. Jean-Paul Huchon, président de la région Ile-de-France, préside le STIF, Syndicat des transports d'Ile-de-France, depuis 2006. Avant, c'était l'Etat. Et d'ailleurs, depuis 2006, Jean-Paul Huchon a renoué avec l'investissement dans le réseau de transports. Comme vous, je considère que le temps est trop long, mais si des améliorations peuvent être apportées, c'est d'abord et avant tout grâce à la mobilisation de la région Ile-de-France et des départements comme Paris ou la Seine-Saint-Denis.

Cerrumios : Que comptez vous faire pour désengorger Paris de la circulation et ainsi diminuer la pollution ?

Anne Hidalgo : Nous avons déjà diminué la circulation automobile de 21 % depuis 2001 à Paris et diminué la pollution de proximité de 32 %. Nous allons continuer. Par exemple en proposant une offre alternative de transports collectifs : prolongement du tramway des Maréchaux jusqu'aux Batignolles, instauration d'un nouveau système Autolib' de voitures électriques en libre service, augmentation de la fréquence des bus en site propre et prolongement de la ligne 14 pour désengorger la ligne 13. Le maire de Paris a également prévu un plan concernant la reconquête des berges de Seine sur lequel il devrait revenir dans les semaines qui viennent.

Craquounette : Le gouvernement annonce plus de 4 milliards en faveur du logement social. Que propose le PS pour faire face au manque de logement en Ile-de-France ?

Anne Hidalgo : Cette annonce du gouvernement est quand même très en dessous des besoins de l'Ile-de-France. Et je rappelle que le logement est de la compétence de l'Etat. La région a financé 240 000 logements sociaux nouveaux depuis 2004 et propose de poursuivre son effort en incitant les maires des communes les plus bâtisseurs, par exemple en leur proposant de contribuer aux investissements de crèches, d'écoles accompagnant les logements. La région propose aussi, avec Jean-Paul Huchon, l'extension de l'Etablissement public foncier régional à l'ensemble des départements d'Ile-de-France. Aujourd'hui, le 78 et le 92 refusent d'y participer, alors que cet outil est l'outil essentiel pour rétablir l'égalité des territoires face à l'obligation de construction de logement social.

Eric : La région peut elle avancer si elle est de gauche avec un gouvernement de droite ? Où en est le shéma directeur pour la région (SDRIF) ?

Anne Hidalgo : Je pense qu'il est indispensable que la région reste à gauche, parce que nous avons un gouvernement très à droite qui mène une politique de destruction des services publics. Regardez ce qui se passe par exemple sur l'hôpital public en ce moment, avec 4 000 suppressions d'emplois annoncées pour 2012 à l'APHP. Donc la région à gauche constitue un véritable bouclier social et ses efforts, joints à ceux de la ville de Paris, peuvent apporter de la qualité de vie aux Parisiens et aux Franciliens. Le Sdrif, qui a été travaillé par tous les élus de l'Ile-de-France, fait l'objet d'un combat d'arrière-garde du gouvernement, qui refuse toujours de le valider. C'est sans doute sa haute conception de la démocratie et de la décentralisation !

MG : Comment combler la fracture entre Paris, qui s'embourgeoise et se muséifie, et sa périphérie ?

Anne Hidalgo : Je ne pense pas que Paris s'embourgeoise et se muséifie quand on finance 40 000 nouveaux logements sociaux de 2008 à 2014 après en avoir financé 30 000 de 2001 à 2008. On modifie profondément la sociologie de Paris. En 2014, ce sont plus de 200 000 personnes qui auront pu rester à Paris et qui en auraient été chassées si nous n'avions pas eu cette politique du logement. Je pense aussi que Paris reste une ville dynamique sur le plan de la création économique, culturelle, mais surtout l'avenir de Paris est aussi dans sa relation à la métropole. Je crois beaucoup à la coopération, à la solidarité de la métropole francilienne. Elle est en marche à l'initiative des élus et des habitants, elle n'a pas besoin de la démarche autoritaire prônée par Nicolas Sarkozy et Christian Blanc, qui veulent régler leurs comptes avec la décentralisation.

Titou : En quoi votre programme est-il différent de celui d'Europe ecologie ?

Anne Hidalgo : D'abord, ce sont nos partenaires pour le second tour. Et je pense que nous avons plus de convergences que de différences. Je ne crois pas que nos différences portent sur l'exigence en matière d'écologie. Elles portent plutôt sur la façon dont on considère que la lutte contre le chômage est pour nous une priorité aussi importante que la lutte contre le réchauffement climatique. En matière d'emploi, je pense que nous sommes plus volontaristes et que nous avons moins de réserves sur la nécessité d'une croissance dans notre pays.

Tarzan : Le Conseil Régional a voté une dotation de 300 000 euros au Vénézuela d'Hugo Chavez alors que ce meme Conseil Régional traine les pieds pour octroyer les fonds nécessaires à la rénovation de mon Lycée. Quand vous occuperez-vous des franciliens avant toute autre chose ?

Anne Hidalgo : Je pense que c'est une mauvaise information sur la politique du conseil régional, puisque le conseil régional d'Ile-de-France a rénové, je crois, 240 lycées et s'intéresse en priorité à la vie quotidienne des Franciliens : les lycées, les transports, le soutien à l'emploi, à la formation professionnelle, à la construction de logements sociaux, etc. Mais c'est vrai que la région Ile-de-France, qui est la région capitale, a aussi un rôle dans la coopération internationale, et l'axe central de cette coopération internationale a porté sur la lutte contre le sida.

Gandalf : Qu'allez vous faire pour améliorer la sécurité des lieux scoalaires, notamment collèges et lycées ?

Anne Hidalgo : Dans les lycées, qui sont nos compétences régionales, la région dépense environ 5 millions d'euros par an pour la mise en sécurité de ces établissements scolaires. Ca a été de la vidéoprotection, des grilles permettant de sécuriser ces lieux. Et donc la région va poursuivre ce travail-là, avec les établissements scolaires. Je rappelle que la sécurité est d'abord de la compétence de la police nationale, donc de l'Etat. Je rappelle aussi que nous sommes favorables à ce qu'il y ait plus d'enseignants et d'éducateurs dans les établissements scolaires, ce qui serait aussi une solution pour diminuer la violence à l'intérieur de ces établissements.

Mais la région n'a pas déserté les questions de sécurité. Au-delà des lycées, elle a aussi permis de rénover et de construire de nombreux commissariats, ce qui n'était pas dans sa compétence propre mais qu'elle a souhaité assumer pour l'intérêt général.

CMoi : Ne pensez-vous pas que la sécurité dans les écoles relève d'abord du devoir des parents envers leurs enfants avant celui des policiers ?

Anne Hidalgo : Je pense qu'il vaudrait mieux que les policiers ne soient pas dans les écoles. En revanche, la sécurité aux abords des écoles, elle, relève de la police. Ensuite, je pense qu'il faut aider aussi les parents, notamment ceux qui rencontrent des difficultés sociales importantes, à exercer leur parentalité. C'est ce que nous faisons par exemple à Paris, en mettant en place des lieux d'aide à la parentalité qui peuvent effectivement permettre à des parents de retrouver l'autorité nécessaire qu'ils doivent pouvoir exercer sur leurs enfants.

LCParis11 : Vous parlez de démocratie locale, pourtant la ville de Paris vient d'adopter l'installation de la vidéosurveillance à l'unisson avec l'UMP, alors que la quasi-totalité des conseils de quartier qui se sont prononcés sur cette question était contre. Pourquoi ?

Anne Hidalgo : D'abord, les élus du conseil de Paris dans leur majorité se sont prononcés pour l'installation dans des lieux particuliers de caméras de vidéoprotection, car nous sommes des élus responsables, la question de la sécurité des Parisiens, y compris du fait du risque terroriste, nous importe. Donc nous avons décidé d'installer 1 200 caméras dans des lieux stratégiques. Le budget que la ville de Paris consacre à la prévention est de 200 millions d'euros par an. Celui que nous avons consacré pour cette opération ponctuelle d'installation de caméras est de 5 millions d'euros. La sécurité est un droit, surtout pour les plus fragiles d'entre nous. Les conseils de quartier n'ont pas tous considéré, comme vous le dites, qu'il fallait aller contre la vidéoprotection. La grande majorité des Parisiens considèrent que c'est un sujet important et les représentants des Parisiens que nous sommes assument leurs responsabilités.

LCParis11 : Pourquoi dire "vidéoprotection" et pas "vidéosurveillance" ? Pourquoi les axes qui vont être équipés de caméras à Paris sont, notamment, des parcours de manifestations ? Que pensez-vous des rapports de l'IAURIF et Scotland Yard qui ont prouvé que cette technologie est à la fois coûteuse et très peu efficace ?

Anne Hidalgo : D'abord, il ne s'agit pas de surveiller, mais de protéger, donc vidéoprotection est le terme adapté. Nous avons d'ailleurs mis en place un comité d'éthique, avec un haut magistrat ancien vice-président de la Ligue des droits de l'homme, M. Kassous, qui surveillera l'utilisation du dispositif. Concernant la comparaison avec Londres et le rapport de Scotland Yard, je vous rassure, Londres n'est pas notre modèle. Il y a 60 000 caméras installées sur la voie publique à Londres et nous ne considérons pas que ce soit la solution. Nous restons dans un cadre qui est spécifique à Paris et qui est encadré sur le plan des droits de l'homme. Et bien entendu, nous n'avons pas suivi la proposition de la préfecture concernant l'installation des caméras sur les trajets des manifestations.

Pitch : Deux mots sur la campagne : L'usage de twitter se généralise, et vous êtes une pionnière en la matière...Mais n'avez-vous pas l'impression de participer à "la campagne de caniveau" avec certains de vos twitts?

Anne Hidalgo : Non, pas du tout. D'abord, Twitter, c'est amusant, c'est rapide, c'est réactif. Il faut avoir un peu d'humour et j'ai regretté que Valérie Pécresse ait pris de haut l'usage que j'ai fait d'une photo la concernant dans un lieu public, le conseil régional. Je pense que pour nous les politiques, Twitter est un outil qui permet d'abord de communiquer et de mobiliser, de faire savoir quelles sont nos actions et nos propositions en utilisant la puissance et la liberté de la Toile.

Sharklady : Quelle est votre analyse de l'affaire Frêche ?

Anne Hidalgo : Je pense que le bureau national du PS et Martine Aubry ont pris la très bonne décision, à savoir tourner cette page. Les propos de Georges Frêche sont indignes d'un élu de la République. Je soutiens Hélène Mandroux, qui est investie par le PS pour conduire la liste aux régionales. C'est une femme de grande qualité et j'appelle vraiment tous les militants socialistes de la région à se regrouper autour d'elle. Aujourd'hui, l'UMP s'est permis d'intervenir dans ce débat en demandant l'exclusion de tous les militants socialistes qui soutiendraient Georges Frêche. Je rappelle simplement à l'UMP que M. Vaneste est toujours député et membre de son parti. Je rappelle aussi à l'UMP que nous attendons toujours la condamnation des propos tenus à l'encontre d'Ali Soumaré, notre tête de liste socialiste dans le 95.

LCParis11 : Première adjointe au maire de Paris, vous êtes aussi conseillère régionale. Ne faut-il pas mettre fin au cumul des mandats ?

Anne Hidalgo : Je suis tout à fait contre le cumul des mandats, notamment parlementaire et mandat local, ce qu'a voté d'ailleurs le PS dans ses derniers textes. En revanche, le fait qu'on puisse être conseillère régional non membre de l'exécutif et avoir un autre mandat local n'est pas pour moi un problème. Au contraire. Je pense que dans les années qui ont précédé l'élection de 2010, le fait d'être dans l'exécutif parisien et à la région m'a permis de traiter de la question de la métropole et du Grand Paris avec plus de connaissances que si je n'avais pas eu de mandat local.
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