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Wednesday, March 24, 2010

Rouvrir les maisons closes serait «une régression énorme

Société 18/03/2010 à 17h19
Rouvrir les maisons closes serait «une régression énorme»
Après la publication d'un sondage qui donne les français majoritairement favorables à la réouverture des maisons closes et la prise de position dans ce sens d'une député UMP, le débat est relancé.

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Par MARGAUX COLLET


Un des arguments avancés pour la réouverture des maisons closes : la protection des prostituées. (© AFP Thomas Wirth)

Faut-il rouvrir les maisons closes ? La parution du livre «Pour en finir avec les violences faites aux femmes» de la députée Chantal Brunel, qui va dans ce sens, et la publication jeudi d'un sondage qui donne plus d'un français sur deux favorables à cette mesure, ont relancé la polémique.

Dans son livre, l'élue UMP prône une réouverture de ce qu'elle préfère appeler des «maisons ouvertes», qui selon elle garantiraient aux femmes de meilleures «conditions de protection sanitaires, judiciaires, financières et juridiques». Elle imagine des bordels «à l'image des cabinets de professionnels, comme les experts comptables».

L'enquête CSA publiée jeudi dans Le Parisien confirme sa prise de position puisqu'elle atteste que 59% des personnes interrogées sont favorables à la réouverture des maisons closes (les hommes sont pour à 70%).

Un sondage qui «n'étonne pas» Malka Marcovich, directrice Europe de la Coalition contre la traite des femmes (CATW), qui juge la proposition «populiste». Cette historienne estime néanmoins que les chiffres attestent d'une certaine «évolution des mentalités puisque la dernière enquête témoignait d'une plus grande approbation».
«Une seule solution : l'interdiction»
Françoise de Panafieu en 2002, Christine Boutin fin 2009 et Chantal Brunel aujourd'hui. Les propositions de réouverture se font régulièrement entendre. Un front de militants associatifs et politiques s'est depuis constitué, plaidant pour l'abolition de la prostitution. Car «institutionnaliser la prostitution c'est la reconnaître et, par la même, nier le proxénétisme», explique Bernard Lemettre du Mouvement du nid, association d'aide aux prostituées.

«Y a-t-il un lieu qui soit correct pour se prostituer? Nous répondons: non» Le président du nid, qui accompagne des prostituées rescapées des bordels belges et hollandais, est catégorique : «les Français ne savent pas ce qu'est l'univers concentrationnaire des maisons closes». Et de rappeler que la lutte contre les violences faites aux femmes - qui comprend également la prostitution- vient d'être désignée «grande cause 2010» par le gouvernement, alors même qu'une députée de la majorité «souhaite organiser cette violence».

Une proposition jugée «effarante» par la vice-présidente de l'Assemblée nationale, Danielle Bousquet. Pour la député socialiste qui a toujours milité pour le droit des femmes, «réglementer ce type d'établissement c'est partir du postulat totalement erroné que la prostitution est volontaire». L'imaginaire renvoie à Toulouse-Lautrec et aux petites femmes de paris, aux «filles de joie». «Joie des clients, oui. Mais pas des femmes» assène Danielle Bousquet qui considère que «ça nous arrange de penser que les filles le font par plaisir».

Pour les abolitionnistes, dont Danielle Bousquet fait partie, «une seule solution face à la prostitution: l'interdiction». Une tendance inverse donc, de celle amorcée en 2003 par la loi sur la sécurité intérieure qui crée le délit de racolage passif. La député PS, à l'initiative en 2006 d'une proposition de loi sur la prostitution, plaide plutôt pour une pénalisation du client. «Car s'il n'y a plus de clients et donc plus de demande, on parviendra à supprimer l'offre de services sexuels.»

Les «quartiers rouges» en Europe
«Vitrines hollandaises», «McDo du sexe» à Berlin, ...ailleurs en Europe, des gouvernements ont choisi de légaliser les maisons closes. Des pratiques certes réglementées mais pour lesquelles les associations tirent la sonnette d'alarme. La coupe du monde 2006 en Allemagne avait médiatisé ces bordels géants équipés de bar, cinéma, sauna,... où les clients peuvent acheter des services sexuels en toute légalité, dans les rues de Berlin ou de Munich. Malka Marcovich, qui avait à l'époque lancé une campagne de sensibilisation, alerte aujourd'hui sur «l'augmentation de la criminalité» que l'on observe dans ces «quartiers rouges». A Hambourg, certains quartiers qui concentrent les «eros centers» sont désormais interdits aux femmes non prostituées en raison de leur dangerosité. Pour cette militante féministe, «on tolère donc que l'espace public soit parfois réservé au plaisir des hommes», précisant que ces «zones de non-droit sont désertées par les riverains, empreintes d'odeur de bière et d'urine».

Autre dérive pointée du doigt : comment garantir que ces établissements légaux ne soient pas entre les mains de proxénètes ? Pour la directrice Europe de CATW, les filières mafieuses ont d'ores et déjà mis la main sur les maisons closes allemandes et hollandaises.

Aux Pays-Bas, les autorités envisagent d'ailleurs de faire marche-arrière sur la légalisation en vigueur depuis octobre 2000. Le maire d'Amsterdam avait tenté en 2008 de fermer la moitié des bordels des quartiers chauds de la ville. Face au tollé suscité par cette mesure impopulaire, il propose aujourd'hui de les déplacer en périphérie et qu'ils cessent toute activité entre quatre et huit heures du matin. Pour Malka Marcovich, «cacher dans des établissements les pratiques qui dérangent ou les éloigner hors de la ville» renvoie au fait que, «lorsqu'elles sont occultées, on imagine que les choses se passent mieux».

Mais le changement d'orientation que l'on observe dans les pays dits «règlementaristes» - qui choisissent de d'encadrer la prostitution- marque surtout pour la militante féministe, «l'échec de leur politique, que nous avions prévu il y a une dizaine d'années». Elle déplore néanmoins que la résurgence de ce débat montre que «l'égalité sexuelle des hommes et des femmes n'est toujours pas acquise». Et de constater qu'«à l'heure de célébrer les 40 ans du Mouvement de Libération des Femmes (MLF) et de ses slogans pour la libération de la femme, perdure une vision stéréotypée de la prostitution et de la sexualité de la femme»
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