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mouvement des femmes Iraniennes

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Thursday, January 12, 2012


A LA UNE ENQUETE

La Protection civile écarte les femmes de l’opérationnel
Lorsque l’administration fait dans la ségrégation…
le 05.01.12 | 01h00 Réagissez

Depuis quelques années, les femmes en tenue grise, qui faisaient la fierté de la Protection civile, ont disparu des unités d’intervention. Elles ont été tout simplement retirées du terrain pour être versées dans «l’assistanat social» et les services «sédentaires». Prise par le directeur général, la décision est qualifiée de ségrégation flagrante…
Elles étaient partout sur le terrain, aux côtés de leurs collègues hommes, à intervenir à chaque fois qu’un appel de secours était lancé. Depuis quelques années, elles ont disparu des rangs des unités opérationnelles. Leur directeur général a estimé que les «contraintes majeures» de ce métier «sont difficilement surmontablse pour le personnel féminin, en particulier les éléments versés dans l’opérationnel» et de ce fait, il a invité ses directeurs centraux à procéder «au redéploiement de cette catégorie de personnel en fonction des tâches et missions à même de répondre le mieux à leur profil et capacités physiques et (…) permettre aux structures de tirer profit avantageusement pour les domaines ou ledit personnel excelle tout particulièrement, l’assistanat social».
Mieux, dans cette note, n°10775, datée du 22 août 2006, adressée au titre d’information au ministre de l’Intérieur, le directeur général, Lakhdar Lahbiri, trouve que le domaine de l’assistanat dans lequel il confine les femmes est celui où «les promotions précédentes ont eu à s’illustrer par le passé, à l’occasion de la prise en charge de certains événements ou actions de portée nationale comme les campagnes de sensibilisation au titre des élections présidentielles et législatives, actions caritatives, d’écoute ou de soins au profit des populations sinistrées lors des inondations de Bab El Oued, et du séisme de Boumerdès (…) outre ce volet lié à l’activité de proximité, qu’il convient de faire endosser par ledit personnel eu égard aux pesanteurs sociologiques qui continuent d’imprégner la société, il est également indiqué de reverser les surplus d’effectifs féminins opérationnels, dont dispose vos directions, vers les services sédentaires».
Pour le directeur général, «l’option» qu’il présente aux femmes, offre «les avantages» suivants : «libérer le personnel masculin exerçant au niveau des structures de gestion au profit des unités opérationnelles et optimiser l’utilisation des effectifs, transcender les problèmes spécifiques que pose le personnel féminin en termes d’accueil et d’hébergement du fait du régime de travail et améliorer le fonctionnement des services administratifs par l’introduction de l’élément féminin». M Lahbiri trouve que «ces éléments de réflexion justifient la nouvelle approche concernant le redéploiement du personnel féminin opérationnel». Il appelle même à «faire bénéficier les femmes d’une formation à la carte, en matière d’assistanat social  (..)». Il explique qu’en «l’absence de cadre défini», ce redéploiement «était laissé à l’appréciation des gestionnaires (…), la situation n’a pas manqué de générer une foultitude de postures hétérogènes peu avantageuses, aussi bien pour cette catégorie de personnel que pour la bonne marche des services, compte tenu des servitudes régissant la profession en termes d’aptitude physiques (l’effort physique est une donnée incontournable), le régime de travail de 24 heures d’affilée, les chocs émotionnels pouvant être occasionnés en cas ou en situation particulièrement éprouvantes».

Les femmes formées en …«assistanat social»

La directive du directeur général n’a fait qu’exclure un large pan d’agents et sapeurs-pompiers femme des unités opérationnelles. Une grave ségrégation qui soumet le personnel féminin à un statut inférieur à celui de leurs collègues hommes, recrutés, pourtant, avec les mêmes critères, et formé à la même école. Pourtant, ni la Constitution, ni le code du travail et encore moins tout autre réglementation en vigueur ne consacrent cette exclusion honteuse. Les victimes sont nombreuses. Elles acceptent de témoigner à condition  de ne pas être citées. Parmi elles, Aïcha, issue de ces promotions d’agents et sapeurs-pompiers. Les larmes aux yeux, elle raconte : «J’ai rejoint la Protection civile non pas pour rester dans un bureau, mais pour être sur le terrain et contribuer à réduire la souffrance des autres. Ma mise à l’écart a tué en moi toute ambition professionnelle». Recrutée en 2005 pour renforcer les unités d’intervention de la capitale, elle se retrouve aujourd’hui au service de l’action sociale, avec une bonne partie de ses collègues femmes. Sa déclaration résume parfaitement le sentiment de frustration ressenti par le personnel féminin. Arracher quelques témoignages sur cette exclusion s’est avéré être pour nous un véritable parcours du combattant. La peur de représailles fait reculer les plus téméraires.
Elles préfèrent exprimer leur colère sous couvert de l’anonymat, «en espérant que les plus hautes autorités interviennent pour mettre fin à cette injustice». Aïcha, Nora, Saléha, Sakina, Farida et tant d’autres reviennent sur «cet épisode douloureux» qui a marqué leur vie.  «Je suis parmi les plus anciennes de ma promotion. J’ai eu à vivre des moments très difficiles durant les années noires du terrorisme. Epreuve après épreuve, je n’ai jamais ressenti la différence entre mes collègues hommes et moi-même. Nous avions les mêmes devoirs et les mêmes droits…», raconte Nora, sapeur-pompier. Ses exploits sont innombrables, révèle un de ses collègues qui l’accompagne. «Elle était à nos côtés lors du séisme de Boumerdès en 2003. Elle n’a jamais refusé ou hésité à embarquer à bord des ambulances vers des quartiers où même la journée on ne s’y aventurait pas. Elle faisait son travail tout comme ses collègues hommes, et n’a jamais demandé à être dispensée des opérations de terrain. Sa mise à l’écart, en 2007, nous a surpris. C’est vraiment dommage. Pour nous, c’est une perte», souligne-t-il. Il est capitaine de la Protection civile et exerce dans une ville du Centre du pays.

Amertume et colère

Il dresse une liste de dizaines de ses collègues femmes retirées des services d’intervention. Son collègue, Othmane, s’offusque : «Aujourd’hui, il n’y a pratiquement plus de femmes dans les unités. Elles sont toutes versées dans la prise en charge sociale des travailleurs. Beaucoup ne méritaient pas cette mutation. Elles se sont battues pour arracher leur place parmi les hommes dans un domaine très difficile. D’ailleurs, elles étaient les plus dévouées et les plus courageuses de nous tous». Exerçant dans une ville à l’ouest du pays, Saléha qualifie sa mutation vers l’action sociale de «choc», précisant : «Je ne m’attendais pas à une telle décision. Mon chef d’unité était très gêné lorsqu’il est venu m’annoncer la nouvelle. Il a essayé de trouver des justificatifs en me disant que le patron voulait préserver les femmes des dangers du terrain. Je suis entrée dans une colère indescriptible. Je suis rentrée chez moi et je n’ai jamais parlé de ma mutation à mes parents. Je ne voulais pas briser cette fierté qu’ils ressentaient à chaque fois que je leur racontait mes sorties sur le terrain».
Sa collègue, Sakina, ressent la même «frustration». Les deux femmes ont fini par se résigner à «ce travail de bureau» qui a «mis fin à leurs ambitions». «Je vais tous les jours au bureau pour me rouler les pouces. Je sens que je régresse, alors que je peux beaucoup donner à mon travail que j’aime énormément. J’ai pensé à quitter pour un autre travail, mais j’ai peur de sombrer dans le chômage», note Farida, agent qui exerce dans la périphérie de Sétif. Elle affirme : «Bon nombre de mes camarades ont décidé de démissionner après avoir été retirées du terrain. C’est dommage, parce qu’elles étaient pleines de volonté, et toutes aimaient l’action. Elles ne reculaient jamais lorsqu’elles étaient appelées à intervenir pour secourir les victimes d’incendie, d’accident de la circulation, de séisme, d’attentat, etc.» Les témoignages se ressemblent tous et laissent transparaître non seulement de «l’amertume», mais aussi une «colère»  contre cette  décision de la direction générale de la Protection civile qualifiée d’ailleurs de «honteuse».
«Le code du travail ne fait pas de distinction entre les hommes et les femmes. Celles-ci ont occupé jusque-là tous les postes réservés durant des années à leurs collègues hommes. Elles sont pilotes de chasse dans l’armée, officiers des brigades d’intervention de la police judiciaire, juges, procureurs généraux adjoints, présidentes de cour, etc., pourquoi alors les priver de soulager les souffrances des autres en leur interdisant le travail dans les structures opérationnelles de la Protection civile ? Une telle mesure constitue une flagrante violation de la loi, qui mérite une sanction», conclut Aïcha. Une piètre image que la direction générale de la Protection civile donne des droits des femmes en Algérie, au moment où le président de la République légifère pour la promotion des droits des femmes…
 
Salima Tlemçani
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