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mouvement des femmes Iraniennes

mouvement des femmes Iraniennes

Friday, February 21, 2014

14 février : Ne pas oublier la liberté. Martine. Storti



Chaque génération de féministes en fait hélas l’apprentissage. De la bêtise, de la manipulation, et pour une part plus réduite, de la saloperie. Le débat qui se joue depuis quelques semaines sur la scène médiatico-politique française en est la démonstration. Une fois de plus en effet il faut entendre ce que Simone de Beauvoir a entendu lors de la publication de son livre Le deuxième sexe dans les années 50, ce que d’autres avant elle avaient entendu, au long des décennies antérieures, ce que comme les autres filles du MLF, j’ai entendu dans les années 70 et que l’on entend encore, au grand étonnement des jeunes et dynamiques féministes d’aujourd’hui : qu’il faut s’en tenir à la nature, qu’oser affirmer qu’il y a une part culturelle et donc construite dans ce qui s’appelle le masculin et le féminin annule la différence des sexes, que l’égalité entre les hommes et les femmes fait perdre à ces dernières leur féminité… Autant de répétitions, décennie après décennie, siècle après siècle !

Il fut un temps où c’était l’absence de corset ou le port du pantalon qui ôtaient aux femmes leur féminité, un autre l’idée saugrenue qu’elles s’étaient mises en tête, devenir par exemple ingénieure, pilote d’avion, polytechnicienne ou chirurgienne…Mais ce qu’elles étaient depuis fort longtemps, parce qu’il y a fort longtemps que les femmes travaillent, par exemple femmes de ménage, paysannes courbées sur les champs, ouvrières à la mine ou à l’usine, toutes ces activités, bien sûr, ne nuisaient pas à leur féminité, et n’annulaient pas la différence des sexes !

Quand même souligner qu’il était difficile de penser en 2014 qu’un projet bienvenu comme les ABCD de l’égalité, et somme toute assez banal quant au fond, allait susciter une telle litanie d’énormités. Projet banal en effet que de montrer non pas qu’il n’y a pas de nature dans le féminin et le masculin, mais de montrer que la nature n’est pas seule en cause, qu’il y a aussi une part importante de social, de culturel, que cette part, construite, varie donc selon les époques et les sociétés, qu’elle n’est pas immuable, qu’il y a donc et c’est heureux plusieurs manières d’être petite fille et petit garçon, femme et homme. Ou pour le dire autrement et encore plus banalement qu’une petite fille qui a envie de courir, jouer au football, grimper aux arbres et s’amuser avec des autos miniatures n’est pas forcément un garçon manqué et qu’un petit garçon qui a envie de jouer à la poupée ou à la dinette n’est pas forcément une « femmelette ». Ces ABCD ajoutent que la différence des sexes ne justifie pas la hiérarchie des sexes et que certains a priori sur la féminité et la masculinité - a priori qu’on peut aussi appeler préjugés, stéréotypes - peuvent produire des blessures, des souffrances, des  discriminations.

Les dénonciateurs  de ces ABCD et qui veulent leur suppression, affirment qu’ils ne sont pas contre l’égalité entre les filles et les garçons. Pas contre l’égalité, il se peut. Mais contre la liberté, sûrement.
Reprécisons : la question des femmes ne renvoie pas seulement à l’égalité avec les hommes, qui, depuis plusieurs années, semble être devenu le discours incontournable des droits des femmes, voire d’une bonne partie du mouvement féministe. Egales bien sûr, les femmes doivent l’être. Mais l’égalité ne suffit pas. L’égalité ne vaut pas émancipation. A l’égalité il faut ajouter la liberté. Et c’est précisément parce qu’il y a deux sexes, et c’est précisément parce qu’il y a de la différence, et parce que oui une part de cette différence est irréductible -et dire cela n’est pas naturaliser, ni même essentialiser le féminin-, que la liberté est nécessaire, indispensable.
Par quoi les féministes des années 70 ont-elles commencé ? Par la maitrise du corps. Par la liberté du corps. Contraception, droit d’avorter, lutte contre le viol, parce qu’il y va de la liberté des femmes, liberté insupportable à certains. Je devrais dire à beaucoup.

Or il est intéressant de constater que ces mots, liberté, libérationémancipation ont quasiment disparu, lorsqu’il est question des femmes, en particulier dans les instances gouvernementales, ou dans les organisations européennes, internationales, multilatérales. Il est dit et écrit « égalité entre les femmes et les hommes », mais pas « liberté des femmes ». « Liberté, ça choque trop » m’expliquait il y a peu un diplomate français. J’ajoute que le mot « genre », ce mot qui excite tant certain-es en France, est jugé aussi dans nombre de pays et dans la plupart des réunions internationales comme plus acceptable, plus modéré en quelque sorte que d’autres mots, considérés presque comme des gros mots, tels  libération des femmes ou féminisme. Et d’une certaine manière, ce n’est pas faux. Car le « genre » ne suffit pas à rendre compte de la domination, de la marchandisation des femmes, de leur contrôle.

Mais ces stratégies de dissimulation n’évitent rien, Les religions d’ailleurs ne s’y sont pas trompé, ne s’y trompent toujours pas et font alliance. Hostiles à cette maîtrise par les femmes de leur corps, à cette liberté des femmes ainsi qu'on le voit aujourd’hui, qu’il s’agisse, pour ne prendre que ces deux exemples, de l’avortement ou du voile.

Pour en revenir à ces ABCD expérimentés dans quelques écoles françaises, ils auraient dû s’appeler « ABCD de l’égalité et la liberté ». De les avoir mal nommés n’a pas empêché les cris d’orfraie. Pour la suite, il faudra oser mettre la carte sur la table, c’est-à-dire la carte de l’émancipation réelle qu’il faut concevoir comme Pierre Mendès France concevait la  République, « éternellement révolutionnaire à l’encontre des inégalités, de l’oppression et de la misère, de la routine, des préjugés et éternellement inachevée tant qu’il reste des progrès à accomplir ».





 
Niveau closer, 20 janvier 2014Version imprimableSuggérer par mail
 
Ah qu’ils étaient contents, contents du Président de la République et contents d’eux, ces vieux messieurs présents sur le plateau de Ce soir ou jamais du 17 janvier dernier. Oui, c’est avec plaisir, satisfaction et même fierté que Georges Kiejman, 81 ans, Philippe Sollers, 77 ans, Jean-Michel Ribes, 67 ans, jugeaient que François Hollande « habitait enfin la fonction ». A preuve sa conférence de presse, à preuve aussi sa vie sentimentale.

Il faut protéger la vie privée, affirmaient-ils, ne pas mêler vie privée et vie publique, mais que faisaient-ils d’autre que lier les deux quand ils nous expliquaient, tel Sollers, que Hollande était bien meilleur depuis qu’il avait eu « la force de s’échapper du matriarcat féroce » qui pesait sur lui (toujours la faute des femmes, bien sûr !) ; ou bien, quand ils nous affirmaient, tel Kiejman, qu’« Hollande n’avait jamais eu une attitude aussi présidentielle » que depuis qu’il était amoureux.

Ils disaient les mots « amoureux » et « amour », ils nous les répétaient et Sollers même en bavait mais on comprenait bien, à voir les sourires entendus et les mines complices, que ces mots venaient à la place de ceux qu’ils n’osaient pas prononcer mais qu’ils avaient en tête, « bander » et « baiser ».

Les hommes plus jeunes qui participaient au débat semblaient en être gênés. Nous l’étions aussi. Et la prestation de ces vieux messieurs ne se situait pas à un autre niveau que les « révélations » de Closer.




 
Décembre 2013 : A propos des rencontres de Genre en actionVersion imprimableSuggérer par mail

A propos des rencontres internationales Féministes ou non ? Organisées par le réseau Genre en action et Assaida Al Horra
(du 5 au 7 décembre 2013)

Quand la confusion politique ne profite pas au féminisme


Ce n’était pas a priori une mauvaise idée que d’organiser dans un pays d’Afrique du Nord une rencontre internationale afin que « les féministes, je cite les propos introductifs de Claudie Vouhé, présidente de Genre en action, s’emparent des sujets qui font polémiques ».
Donc pendant trois jours (5,6,7 décembre), à Tanger, quatre « axes thématiques » devaient être proposés aux 150 participantes venues de nombreux pays : « situer les féminismes au cœur des enjeux actuels du développement », « traiter la récurrente question des liens entre féminisme(s) et genre », « questionner le genre et l’intersectionnalité des situations d’inégalité ou de domination », «  interroger les notions d’universalisme, de culturalisme, de relativisme et les croiser avec les féminismes ».

Malheureusement le programme mis en œuvre à travers séances plénières et surtout tables rondes pré-organisées ne fut pas à la hauteur de l’ambition affichée.
Certes il y a eu, au cours de ces trois journées, des interventions – et cela fut le plus intéressant – qui ont raconté les luttes menées par des femmes et parfois par quelques hommes contre les inégalités, les discriminations, les violences, les dominations, et exposé les obstacles rencontrés, les risques pris pour tenter de faire advenir pour les femmes et les filles ne serait-ce qu’un peu d’égalité et un peu de liberté.


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Novembre 2013 : Au liban on les appelles les déplacé-esVersion imprimableSuggérer par mail
Les femmes syriennes et palestiniennes réfugiées au Liban, victimes et actrices, enfermées dans la tradition et en rupture forcée avec elle.


Au Liban, on les appelle plutôt les « déplacé-es »

Toute de noir vêtue, seul son visage est visible, visage fin, fatigué, traits tirés, mais je vois bien qu’elle est jeune, très jeune même, 17 ans, peut-être 18, et dans ses bras un enfant auquel je ne donne pas plus de quelques jours, elle mendie avec son nouveau né dans une rue de Beyrouth, une mendiante parmi d’autres mendiants, c’est l’une des premières choses que l’on vous dit à propos des réfugiés syriens lorsque vous arrivez à Beyrouth, « maintenant il y a de la mendicité » (mais je verrai moins de mendiants dans les rues de la capitale libanaise que dans celles de Paris).

Je ne saurai jamais comment cette jeune femme est arrivée à Beyrouth ni comment elle y vit, juste savoir qu’elle est l’une parmi plus d’un million d’autres. Un million, (peut-être même est-ce davantage), tel est le chiffre avancé en ce mois de novembre 2013 pour dire le nombre de Syriens réfugiés au Liban : aux 800 000 enregistrés par le HCR (Haut commissariat aux réfugiés) il faut ajouter les Palestiniens de Syrie – 90 000, comptabilisés eux par l’UNRWA (Office de secours et de travaux pour les réfugiés de Palestine) et probablement quelques milliers de personnes qui ne figurent sur aucun listing. Ce chiffre est d’ailleurs en constant changement puisque chaque jour des femmes, des hommes, des enfants franchissent la frontière, dans des voitures, des cars, sur des motos, à pied, ainsi par exemple à la mi-novembre, ces milliers de réfugiés fuyant les combats de Qara et arrivant à Ersal, dans le nord de la Békaa, une ville plutôt pauvre et qui hébergeait déjà de très nombreux Syriens.


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Lampedusa : de pire en pire Octobre 2013Version imprimableSuggérer par mail

Lampedusa : j’y suis allée en 2006, lorsque j’écrivais L’arrivée de mon père en France, déjà et depuis des longtemps, les naufrages, les morts, les larmes de crocodile… 2013, sept ans plus tard, rien n’a changé, pardon, si cela a empiré !
Ci dessous un extrait de L'arrivée de mon père en France
 Eté 2007. Les dépêches se succèdent, les articles, les reportages, les images. Un soir, au journal télévisé, on nous montre une vidéo, quelques secondes d’une embarcation pleine à craquer, dans les parages des côtes maltaises et libyennes, puis on nous indique que le rafiot a disparu avec ses cinquante-sept passagers. Mais on ne nous explique pas comment une telle « disparition » a été possible, alors  que le bateau avait été, pendant un moment au moins, surveillé par des caméras et des objectifs !Un autre jour, on apprend que la frégate française La Motte-Picquet a repêché dix-huit corps au large de Malte. Douze hommes, quatre femmes, deux enfants, décomposition avancée des cadavres « vraisemblablement à l’eau depuis plusieurs jours », nous dit-on. Etaient-ils sur le rafiot filmé quelques jours plus tôt  ou ces cadavres viennent-ils d’un autre naufrage ?
Encore un autre jour et une photo, prise par le commandant d’un avion de l’armée italienne, qui fait le tour de la planète. Des hommes sont en pleine mer, accrochés aux cages d’élevage de thons. On nous précise qu’ils sont restés ainsi pendant trente-six heures, alors que les cages étaient rattachées à un remorqueur maltais qui faisait route vers l’Espagne. Le capitaine du bateau savait que vingt-sept types  étaient accrochés à ses filets mais a refusé de les prendre à son bord, de peur que l’armateur de son navire ne lui fasse des histoires, le chargement de thons étant trop précieux pour courir des risques. Selon un quotidien britannique, le dit capitaine aurait déclaré : « on n’échange pas un million de dollars contre un million de problèmes ». Voilà, on est en plein dans le réel, où les hommes valent évidemment moins que les thons, ou plutôt que le fric que ces gros poissons rapportent.http://www.martine-storti.fr/bloc-notes/
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