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mouvement des femmes Iraniennes

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Thursday, January 29, 2015

femmes de djihadistes

Femmes de djihadistes : ces aides de camp de l'ombre

Patricia Neves
Derrière Amedy Coulibaly, il y a Hayat Boumeddiene. Derrière Djamel Beghal, le mentor des frères Kouachi, il y a Sakina. Derrière Mohamed Merah, il y avait Souad. On les imagine facilement effacées, elles sont déterminées et prennent même une part active dans les choix de leurs époux, leurs fils ou leurs frères ...
LUTT JULIEN/STORY BOX PHOTO/SIPA
On les pense soumises, recluses derrière leur voile ou leur niqab, mais elles sont actives. Déterminées. Pour leurs époux, leurs fils, leurs frères, islamistes radicaux, elles sont prêtes à tout. A aimer par-delà la loi, la prison, et parfois même la mort. Prêtes à dissimuler, voire à mentir. « Je n’ai pas d’opinion »répondait ainsi Hayat Boumeddiene, aujourd’hui en Syrie, aux enquêteurs qui l’interrogeaient, lors d’une audition en 2010, sur les actions violentes commises par Al-Qaïda. A l’époque, son compagnon, Amedy Coulibaly, le futur preneur d’otages de l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes, était pourtant déjà incarcéré pour avoir tenté de faire évader, sans succès, Smaïn Ait Ali Belkacem, l’artificier des attentats de 1995, commis dans le RER C, à Paris. Dans cette affaire d’évasion avortée, « les premières investigations » déterminaient déjà qu’Amedy Coulibaly était le véritable utilisateur de la ligne 067469XXXX attribuée à Hayat Boumeddiene. » Qu'il en sera de même cinq ans plus tard, lorsqu’il cherchera à se « synchroniser », par téléphone, avec les frères Kouachi, chevilles ouvrières de l’attentat contre Charlie Hebdo. Mais de ces appels passés, dès 2010, depuis les lignes enregistrées au nom de leurs épouses, on n’a rien voulu voir. « On ne veut pas voir ce qui dérange notre vision » regrette le chercheur Olivier Roy, auteur d’En quête de l’Orient perdu« On va chercher la jeune mère partie récupérer son enfant en Syrie mais pas celle qui part avec ». Ni celle qui reste. Dans l’ombre, complice.
En prison, là où tout commence
Celles-là s’appellent Sakina, Sylvie, Malika, Nahla, Souad, Aïcha, Zoulikha ou Hayat. Elles sont musulmanes, parfois converties, et finissent par se retrouver en prison elles-aussi, mais du « bon » côté du parloir, côté visiteur. Là, elles introduisent, à la demande de leurs proches incarcérés, cartes SIM, téléphones portables ou clef 3G, sous la contrainte ou par dévouement, par dévotion. Les enquêteurs, qui n’ignorent rien de ces petits jeux de cache-cache, observent. Sans prendre conscience alors que les canaux de communication souterrains mis en place dans le cadre de l’évasion manquée de Smaïn Ait Ali Belkacem en 2010, serviront de modèle à Amedy Coulibaly. Grâce au rôle qu’auront joué les femmes notamment. Fidèles intermédiaires.
En mars 2010 donc, tout commence là, sous le regard des surveillants, en prison. A la centrale de Clairvaux, ils sont plusieurs à rêver d’évasion, dont ils discutent d’ailleurs en langage codé, en évoquant les différentes paroles du prophète, les « hadiths », comme l'hadith de « l’oiseau », renvoyant en réalité à la possibilité de s’enfuir en hélicoptère. Parmi eux, dans le sillage de Smaïn Ait Ali Belkacem, il y a a Nadir Mansouri, islamiste radical condamné pour meurtre. Leurs premiers liens avec l’extérieur ? Leurs épouses, Belkacem et Mansouri ayant même sollicité des parloirs communs pour prier en compagnie de femmes et enfants.
De drôles de corvées de linge
Fouad Bassim, le troisième élément de la bande, aussi prosélyte que ses deux comparses, condamné pour vol à main armé et tentative de meurtre, lui, ne livre aucun « élément » sur sa famille, si ce n’est sur son frère cadet, Fouzi, qu’il utilise comme messager. Comme ce 25 mars 2010. A la demande de son frère Fouad, Fouzi Bassim se rend ainsi au domicile de Nahla, l'épouse de Nadir Mansouri, à Meudon, dans les Hauts-de-Seine, pour y « récupérer » officiellement un « sac de linge sale » et lui déposer « des pantalons » ainsi « qu’une paire de baskets ». Au cours de l’échange cependant, deux puces téléphoniques « hors d’état », un « message » et une carte SIM destinée à Fouad Bassim auront transité selon les enquêteurs. Ce que nie Nahla, qui parle, elle, « exclusivement »de linge. Seulement, Fouad Bassim n'en est pas à son coup essai. Outre la clef 3G qu'il fait rentrer dans la centrale à Clairvaux (grâce à sa belle-sœur Malika qui l’a remise pour cela « à une personne venant visiter un autre détenu ») les enquêteurs découvriront une missive autrement plus inquiétante, enveloppée dans du papier cellophane. La lettre en question, transmise par Fouad à son frère Fouzi, fait effectivement état d’une demande particulière, concernant son évasion, puisqu’il s’agit de se procurer « du matériel » pour « pas cher » soit « 2 kalach avec 4 chargeurs pleins, 2 calibres avec 2 chargeurs pleins, 10 grenades… » La lettre, destinée à un faussaire belge surnommé Omar, sera retrouvée dans « l’armoire » de la mère, « sous des chaussettes ».
A la même période, plus au Nord, c’était au tour de Sakina, la sœur de Djamel Beghal, le mentor des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly, d’être sollicitée pour la remise de linge. Son frère Djamel, accusé d’avoir fomenté un attentat contre l’ambassade américaine à Paris, s’apprête en effet à recevoir la visite d'Amedy Coulibaly, qu’il nomme « le petit noir », dans le Cantal, où il est assigné à résidence.Prévenue du rendez-vous, Sakina arrive à l’heure, remet le linge à Amedy Coulibaly, qui l’attend, en voiture, devant le magasin Ikea de Lisses, dans l’Essonne.
Si l’on ignore ce que contenait réellement les sacs, on sait en revanche la confiance qu’accorde à sa sœur Djamel Beghal, dont la principale occupation, à l’époque, consiste à trouver un moyen d’échapper lui-aussi, à son contrôle judiciaire. Un brouillon de lettre manuscrite retrouvé au cours d'une perquisition dans sa chambre d'hôtel en témoignera plus tard : « J’ai besoin de la plus grande quantité de fonds disponibles pour réussir mon évasion, (…) pour me procurer de la nourriture, et pour obtenir des titres de voyage (…). Si tu réussis à obtenir quelque-chose remets-le à ma sœur. (…) N’oublie pas de brûler la présente lettre et de la jeter dans un endroit propre. »
Entendues, aucune de ces femmes ne sera inquiétée. Toutes resteront alors un fort soutien logistique, à l’instar de Sakina, la sœur de Beghal, qui enregistre à son nom, quelque peu modifié cependant, « SATIMA BEZAGL », la ligne 0685560XXXX utilisé par son frère pour contacter régulièrement Smaïn Ait Ali Belkacem, le responsable des attentats de 1995. Ce dernier qui apprend, à son tour, à sa femme, Aïcha, depuis sa cellule, à faire rentrer un téléphone portable en prison en le démontant pièce par pièce.
Elles tiennent les cordons de la bourse
Soutien discret et silencieux, les femmes se révèlent par ailleurs d'un grand appui financier. Comme le furent un peu plus tôt, Souad Merah et sa mère Zoulikha. Incarcéré à Seysses, de 2007 à 2009, le tueur en scooter recevra de fait, au cours de sa détention, entre autres, vingt-cinq mandats cash, d’une valeur totale de 1250 euros pour la première et 1870 euros pour la seconde. Cette galerie de femmes, que l’on dépeint volontiers comme dépendantes, sous la coupe de leurs maris gèrent par conséquent bien plus que les tâches asservissantes du quotidien auxquelles elles sont communément renvoyées.
Hayat Boumeddiene par exemple, vers la fin du mois de mars 2010, sera chargée là encore par son compagnon Amedy Coulibaly, de « débloquer les fonds » qu’il a accepté d’offrir, conseillé par Djamel Beghal, à une association caritative géré par « un frère (…) qui a fait pas mal de djihad [en Afghanistan] » et qui œuvrait pour les enfants palestiniens. Elle aurait également acheté, avant l’attaque de l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes le 9 janvier dernier, une Mini Cooper noire, en partie grâce à des « fonds » propres, voiture qui aurait pu servir de monnaie d’échange à Coulibaly désireux de se procurer des armes auprès d’un trafiquant belge de Charleroi.
Plus qu’un simple atout matériel, les femmes gravitant autour d’islamistes radicaux leur apportent une« stabilité » ajoute Samia Maktouf, avocate de Latifa Ibn Ziaten, dont le fils est tombé sous les balles de Mohamed Merah. Et de poursuivre : « Ce qui m’a frappé chez Souad Merah c’est sa force. C’est elle qui portait sa fratrie, et la guerre. Je reste persuadée qu’elle a joué un rôle important et je regrette qu’il n’y ait pas eu davantage de poursuites. Dans ces affaires, les condamnés sont d'ailleurs entourés de femmes. Souad est toujours là. Jamais très loin... »
« Tenir » les hommes par les femmes
Radicalisée bien avant son frère Mohamed, Souad Merah apparaît en effet au milieu des années 2000 comme très active au sein de la cellule toulousaine, en lien notamment avec Olivier Corel, religieux franco-syrien de bientôt 70 ans, surnommé « l’émir blanc », autour duquel le petit groupe se retrouvait à Artigat, dans l’Ariège. « L’endroit est incroyable » se souvient une source proche du dossier. C’est un petit hameau, perdu au milieu de nul part. Il y a des vaches, des poules, des oies. Là, tout le monde vient passer des week-end, des longues soirées, à discuter ». Dans ce groupe, les femmes étaient nombreuses. « Il y en avait un paquet. Des converties aussi, comme la femme de Sabri Essid, le demi-frère par alliance des Merah avec laquelle Souad était amie » précise-t-il avant d’évoquer l’épouse d’Olivier Corel, bien plus virulente devant les journalistes que le propre émirA l'abri des regards indiscrets, les femmes y jouaient un rôle particulier, non négligeable « d’entremetteuses » « A chaque fois qu’il y avait un jeune isolé, ou qu'un homme rejoignait le groupe, on le mariait à une femme déjà endoctrinée, pour le tenir et être sûr que le type ne se perde pas. »
Il n’y a pas que pour les femmes que le mariage devient « obsessionnel ». Il l’était également, selon un rapport commandé par les autorités, pour l’un des membres du groupe condamné dans le projet d’évasion de Smaïn Ait Ali Belkacem. Car le mariage ne sert pas seulement de socle familial, religieux. Il est aussi politique, scelle les alliances, voire sert de prétexte devant les enquêteurs. Ainsi, amené à justifier sa visite à Djamel Beghal dans le Cantal, en avril 2010, aux côtés de Chérif Kouachi, Farid Melouk, condamné pour son soutien au Groupe islamique armé algérien (GIA), expliquera avoir été « marié religieusement » par Beghal, en l’absence de son épouse dans la mesure où la présence de cette dernière « n’est pas exigée par la religion ». C'est également pour rencontrer une « fille », la nièce d’une amie de sa mère, à Gujrât, que Mohamed Merah a expliqué avoir voyagé au Pakistan, en août 2011. « Prétexte qui nous paraît pour le moins surprenant » écrivent alors les renseignements français. Il n'empêche, la situation est telle que, comme l'explique l'universitaire Olivier Roy, « à la fin des années 90, [les islamistes radicaux] se retrouvaient déjà tous beaux-frères parce qu’ils ont épousé entre eux les sœurs de leurs épouses ».
Les exemples, nombreux, en témoignent. En 2010, Stéphane Hadoux, proche de la cellule Ansar Al Fath, déclare ainsi aux enquêteurs connaître Amedy Coulibaly parce qu’il « était marié avec la sœur de son ex-compagne ». Un peu plus tôt, dans les années 2000, l'interpellation de Slimane Khalfaoui et de son beau-frère, Nicolas Belloni, soupçonnés d'avoir projeté ensemble un attentat à Strasbourg avait déjà illustré l'existence de ce petit monde où les « sœurs » tissent, en parallèle, leur propre réseau, comme la sœur de l’épouse de Nicolas Belloni, Ourda, qui se liera d'amitié avec Aïcha, l'épouse de Smaïn Ait Ali Belkacem, le cerveau des attentats du RER C. Ou Hayat Boumeddiene, qui  « sympathisera » avec Anissa, la nièce de Djamel Beghal, le mentor de son mari Amedy Coulibaly. Stratégiques, indispensables, ces femmes, devenues en quelque sorte des hommes de l’ombre, en viendraient-elles à dépasser leurs époux ?
Des hommes enfin sincères et fiables !
Pour le sociologue Farhad Khosrokhavar, avec la trajectoire d’Hayat Boumeddiene on atteint en tous cas une « autonomie » nouvelle. « Ce qui est extraordinaire avec Hayat Boumeddiene, c’est qu’elle se rend sans son mari en Turquie, puis en Syrie. Elle continue l’activisme par-delà la mort, seule, analyse-t-il. Elle aurait pu mourir avec lui. » Elle ne l’a pas fait. Un choix qui se heurte paradoxalement aux interrogations que, ce spécialiste de la radicalisation en prison, entend en détention. « Chez les hommes, surtout convertis, on ne sait plus qui est l’homme, qui est la femme » confie Farhad Khosrokhavar. « Le féminisme, tel qu'il est conçu dans la société occidentale, leur a coupé une part de leur virilité. Ce à quoi répond alors le fondamentalisme, qui les attire, en réaction à ça. » A l'inverse, on a du mal à imaginer que ces femmes puissent trouver de l’autonomie dans la soumission à une tutelle masculine. A imaginer aussi, d'après Khosrokhavar, que ces femmes « appartiennent à une génération où le féminisme n’opère plus. Et qu'elles décident, motivées par une sorte de lassitude, de désacralisation des hommes, qui ne sont plus fiables, qui trompent, d'opter pour des combattants qu'elles mythifient, qui en s’exposant à la mort, vont jusqu’au bout de leur sincérité comme si cette exposition était le gage de leur sérieux, loin de l'habituelle frivolité de l'ado immature ».
Hayat Boumeddiene s'est-elle nourrie de ce mythe du compagnon-combattant ? S'est-elle identifiée à l’ouvrage intitulé Les Soldats de la lumière, témoignage de la fière épouse de l’un des assassins du commandant Massoud retrouvé dès 2010 dans l’ordinateur portable d’Amedy Coulibaly ? Hayat Boumeddiene se retrouve-t-elle enfin dans ce sentiment plus large « d’injustice » partagé par toutes ces femmes et que portait en 2010, devant les enquêteurs, Sylvie, l'épouse de Djamel Beghal domiciliée à Leicester, au Royaume-Uni, en déplorant la situation de son mari, condamné selon elle sans preuves, déchu de sa nationalité française, « sans papiers, sans statut ? » 

MARINE STORTI

Esprit du 11 janvier, es-tu (encore) là?

Si les assassinats de janvier ont été commis en France, s’ils ont été accomplis par des Français, il ne faut pas pour autant oublier qu’ils renvoient à des enjeux internationaux et à des mouvements politico-religieux qui n’ont pas que la France et des Français dans leur ligne de mire. Ni qu’il existe des réseaux djihadistes organisés, des milices constituées, une politique qui a des objectifs précis ciblant des pays européens et peut-être l’Europe en tant que telle. 
Le terrorisme et la barbarie islamistes, sous différentes appellations, ont déjà commis des attentats dans d’autres pays du monde, à commencer par celui du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis, tandis qu’ils tuent, violent, enlèvent, réduisent en esclavage chaque jour dans plusieurs endroits de la planète. 
 Pourtant au cours de ce mois de  janvier le débat en France est devenu très vite presque exclusivement franco-français, comme si le moment politique n’était que franco-français alors qu’il est international. Et devenant franco-français, il s’est immédiatement installé, je devrais plutôt dire rabattu sur des polémiques présentes antérieurement.
 Quand je dis « débat » je ne suis pas certaine d’utiliser le mot juste. Plus qu’à un débat en effet j’ai le sentiment d’assister, pas toujours certes mais quand même souvent, aussi bien dans les médias audiovisuels, dans la presse écrite ou sur des sites internet, à une juxtaposition de points de vue, à l’énoncé d’analyses opposées les unes aux autres, chacun voyant dans ce qui s’est passé d’abord et avant tout la validation de sa grille de lecture, la confirmation de ce qu’il pensait déjà avant. Bref on est plutôt dans le registre du « je vous l’avais bien dit mais vous ne m’avez pas écouté », avec une sorte de correspondance à la fois inversée et exclusive d’opinions.
 De « ça n’a rien à voir avec l’islam » à « c’est la faute des musulmans », « ça n’a rien à voir avec l’immigration », à  « c’est parce qu’il y a trop d’immigrés », « laïcité trop rigide » à « pas assez de laïcité », « école responsable et même coupable » à « école n’y est pour rien c’est eux qui n’en veulent pas », une « intégration empêchée » à une « intégration refusée », « négation de la responsabilité individuelle des assassins » à « à bas l’approche sociologique qui produit la culture de l’excuse », « aveugle à l’islamophobie » à « aveugle à l’antisémitisme » , « effet de l’antiracisme » à « islamophobie qui engendre des monstres »,   « des inégalités criantes » à un « refus de les prendre en compte »… La liste pourrait être encore plus longue. Ajoutons des généralisations manipulées par les uns et les autres,les musulmans, les juifs, les immigrés, les autochtones, lesbanlieues, les quartiers… Tous pareils, tous homogènes, tous pendant la même chose, pas de différences, pas de subjectivités.
 L’enjeu est-il de comprendre ce qui (nous) arrive, d’y faire face, de combattre la barbarie ou est-il juste d’avoir raison ? L’enjeu est-il de trouver des solutions ou juste d’éprouver la  jouissance narcissique d’avoir la parole ?
 
 On a demandé aux politiques d’être à la hauteur de la tragédie et des manifestations qui l’ont suivie. Ne faut-il pas le demander aussi aux intellectuels à surface médiatique (car nombreux sont ceux dont les analyses pourraient nous éclairer mais qui ne sont jamais sollicités par les « grands » médias qui puisent dans une réserve plutôt limitée quel que soit d’ailleurs le sujet !)
 Face à des phénomènes complexes, et donc complexes à analyser et à combattre ne convient-il pas de tenter d’avoir les outils les plus fins, les plus pertinents et même de considérer que des arguments peuvent se compléter et pas toujours nécessairement s’exclure ? On est dans le « ou bien/ ou bien » alors qu’il faudrait être dans le « et/ et ».
Est-ce si difficile de reconnaître, d’admettre qu’il y a aujourd’hui en France et de l’antisémitisme, pas seulement le vieil antisémitisme j’allais dire « de souche » mais un antisémitisme islamique ? Et qu’il y aussi un racisme anti arabe, anti noir et anti musulman, l’un n’ôtant rien à l’autre ? Et de reconnaître que dans les dernières années, en France, il y a eu plus de meurtres de juifs parce que juifs que d’arabes parce qu’arabes ou de musulmans parce que musulmans ?
 Est-il si difficile de reconnaître que l’affirmation « le terrorisme qui se revendique de l’islamisme n’a rien à voir avec l’islam » revient à dire, par exemple que l’Inquisition n’a rien eu à voir avec le catholicisme ou que le Chevalier de la Barre n’a pas eu les os brisés et la tête coupée après avoir été accusé de blasphème. Pas une raison pourtant de réduire le catholicisme ou l’islam à la barbarie. La mise au pas du catholicisme a pris de siècles. Il faut espérer que celle de la religion musulmane sera plus rapide ! Est-il si difficile d’affirmer à la fois la responsabilité individuelle des assassins et reconnaître cependant que tel parcours de vie, tel profil, tel ancrage social peut faciliter la manipulation, l’endoctrinement et le ralliement au fanatisme ?
 Est-il si difficile d’admettre qu’en effet la République scolarise tous les enfants présents sont sur son territoire et que cette scolarisation est traversée d’inégalités multiples et fortes (de moyens, d’objectifs, de respect, d’ambition…) ce qui fait qu’il est devenu abusif de parler d’éducation nationale au sens strict du terme ? On aura compris que là encore je pourrais prolonger la liste.
 J’étais comme des millions d’autres dans la rue le 11 janvier. Je sais bien que toutes les personnes qui ont défilé dans de nombreuses villes de France ne pensaient pas la même chose, malgré le slogan commun « je suis Charlie », ne donnaient pas à leur présence la même signification. Cependant quelque chose émergeait : non pas le refus des désaccords qui font partie de la démocratie, non pas le désir de synthèses molles, d’un consensus obligé ni même d’une union nationale.
Non ce qui était affirmé, c’est un désir de citoyenneté active, une volonté de trouver des solutions, ce qui suppose de ne pas être sourd à autre chose que sa propre pensée, aveugle à des réalités qu’on décide de ne pas voir.

Wednesday, January 28, 2015

de gérard Biard rédacteur en chef de Charlie Hebdo

une force et un bouclier pour les femmes 13 octobre 2014 - Mairie du 6ème arrondissement, Lyon 4ème quinzaine de l’égalité femmes-hommes, Région Rhône-Alpes
 L’impératif de laïcité – Gérard Biard
 Quand Michèle Vianès m’a proposée d’ouvrir ce colloque en sa compagnie, d’abord, ça m’a fait très plaisir, ensuite, il m’a semblé intéressant de poser d’emblée la question qui va immanquablement traverser les débats de cette journée : peut-il y avoir liberté et égalité sans laïcité ? Soyons honnête : on sait que, bien souvent, poser une question, c’est en partie y répondre. Je suis rédacteur en chef de Charlie Hebdo, journal athée et anticlérical, athée revendiqué moi-même, ma réponse ne surprendra donc personne. C’est non.
Il est tentant, pour étayer cette réponse, de puiser des arguments dans l’actualité internationale récente : en Afrique, au Proche-Orient, en Asie, en Europe, même, — je pense à l’Irlande, où l’on peut mourir parce qu’un hôpital vous refuse un avortement thérapeutique —, ce ne sont malheureusement pas les exemples qui manquent. Exemple que l’on pourrait même qualifier de caricaturaux s’ils n’étaient pas tragiques. Une fois n’est pas coutume, je vais me comporter en bon chrétien et résister à la tentation. Je vais prendre un exemple moins évident, mais peut-être encore plus éclairant.
Cela se passe en février 2010, en Suède, l’un des pays les plus avancés au monde, enfin disons l’un des moins arriérés, sur la question des droits des femmes. Un demandeur d’emploi, de confession musulmane, se rend à un entretien d’embauche. Il est reçu par un représentant du personnel, en l’occurrence une représentante. Invoquant sa religion, il refuse de lui serrer la main et de la regarder dans les yeux. En toute logique, l’entretien s’arrête là et l’homme se voit refuser le poste. Refus qu’il juge « discriminatoire ». Il porte donc plainte.
 Le tribunal, appuyé par le Médiateur suédois pour les questions de discriminations — qui se trouve être une médiatrice —, lui donne raison et lui accorde 6000 euros de dommages et intérêts, établissant ainsi que la conviction religieuse prévaut sur l’égalité hommes-femmes. L’on ne peut être discriminé en raison de sa religion, ce qui est normal, mais on peut en revanche discriminer en son nom. Voilà ce que dit ce tribunal. L’Apartheid, s’il se fonde sur des textes dits sacrés, est justifié. Il faut sans doute se réjouir que le juge n’ait pas ordonné, en prime, que l’impure soit fouettée pour avoir osé adresser la parole à un homme qui n’était pas son mari, son père ou son frère.
La Suède n’est pas l’Arabie saoudite. Les femmes y ont le droit de vote depuis 1863 et elle est au deuxième rang européen en terme de parité parlementaire — juste derrière Andorre, ce qui prouve que les paradis fiscaux ne sont pas obligés d’être des repaires d’intégristes machistes (le message s’adressait à l’Irlande et à Malte, où l’avortement est puni de prison). Je reviens à la Suède. Les droits des femmes, qu’ils soient sociaux, économiques ou politiques, n’y sont pas traités par dessus la jambe et l’égalité n’est pas un sujet de plaisanterie. Pourtant, dans ce pays exemplaire et officiellement laïc, un tribunal, soutenu par une représentante de l’État, a reconnu que le mépris et le rejet social des femmes, s’ils s’appuient sur une conviction religieuse, sont légitimes. Bref, avec ce jugement, la Suède a reculé d’un siècle et demi. Elle est revenue à une époque où l’on considérait comme anormal qu’une femme exerce un quelconque pouvoir.
Cet exemple montre que la laïcité n’est pas une obsession de bouffeur de curés. Elle est un impératif pour que puisse s’exercer l’égalité et, à ce titre, elle se doit d’être intransigeante, de ne pas céder un seul pouce de terrain, sous quelque prétexte que ce soit et quelle que soit la religion. Céder sur la laïcité, c’est céder sur les droits acquis, et c’est céder sur le progrès social. On l’a vu à l’occasion des débats sur le mariage pour tous, et on continue à le voir avec les fantasmes sur une prétendue théorie du genre infectant l’Éducation nationale: les réactionnaires ne renoncent jamais. Et face à ce constat, il est scandaleux d’entendre un maire, fût-il de droite, déclarer dans un grand quotidien que « la laïcité, ce n’est pas son problème ». Je fais évidemment allusion au maire UMP de Conflans-Ste-Honorine, Laurent Brosse, qui a justifié, par cette déclaration scandaleuse, son refus d’accorder à la crèche Baby Loup la subvention, indispensable à la survie de cet établissement, promise par son prédécesseur socialiste.
Posons maintenant la question initiale autrement : peut-il y avoir liberté et égalité sans démocratie ? Bien évidemment non. Or, si la laïcité ne garantit pas la démocratie — la Corée du Nord est un modèle d’État laïque —, il ne peut y avoir de démocratie sans laïcité. Elle seule permet le plein exercice de ce système politique qui n’est certes pas parfait, mais qui présente un avantage précieux sur tous les autres : il se sait, justement, perfectible. Ce qui en fait le seul cadre politique dans lequel une société peut espérer évoluer, progresser.
 La démocratie ne peut qu’être laïque, car elle pose entre autres principes que toute loi est discutable et opposable, et qu’aucune n’est intangible. Or, la loi divine se proclame immuable par essence, gravée dans le marbre éternel, non soumise à la critique ou à la remise en question. Elle est donc incompatible avec la démocratie, comme on peut le voir sans peine dans bien des pays qui fondent leurs lois terrestres sur la loi divine. Elle l’est d’autant plus, incompatible, que Dieu, dès lors qu’on accepte son entrée sur le terrain politique, est un tyran indéboulonnable. Un dictateur finit par mourir, une junte par être destituée. Il est très difficile de destituer Dieu : ceux qui y croient continueront à y croire quoi qu’il arrive. Il est donc inacceptable qu’il franchisse les portes extérieures de ses églises, mosquées, synagogues, ashrams, pagodes et autres temples plus ou moins kitsch.
Aujourd’hui, ce n’est pas un scoop, les religions, même les plus sécularisées, travaillent d’arrache-pied à la reconquête politique. Et elles travaillent main dans la main. À l’ONU, le Vatican fait front avec les pires régimes du Golfe pour tenter de faire reconnaitre au niveau international un délit de blasphème, et de placer l’offense à la religion au même niveau que les pires violations des droits humains. Nous sommes donc bien sur le terrain politique, pas sur celui de la liberté de conscience. Le slogan des frères musulman, par exemple, ne laisse d’ailleurs planer aucune ambiguïté : « L’islam est la solution, le Coran est notre constitution ». Le Coran n’est pas vu comme un ouvrage religieux, comme un « guide » de conscience intime, mais bien comme un instrument de contrôle politique et sociétal — cela vaut aussi pour les rois et émirs du Golfe ou les mollahs iraniens. Et cela vaut pour la Bible, quand elle est brandie à l’Assemblée nationale par Christine Boutin.
 Pour que s’exerce la démocratie, pour que la collectivité puisse travailler à son émancipation à travers la liberté et l’égalité, la parole divine et l’évocation même d’une quelconque entité mystique supérieure doivent impérativement être exclues du débat public et politique. C’est précisément ce que permet la laïcité, notre laïcité, dite « à la française », qui dit que l’État est athée et qu’un citoyen, une citoyenne, ne se définit pas par sa religion. On nous qualifie souvent, à Charlie, d’intégristes laïcs. Mais l’intégrisme laïc, ce n’est rien d’autre que l’intransigeance sur la démocratie. Devrait-on avoir honte d’être un démocrate intransigeant ?
Quelque mots, pour conclure, à propos du voile, sur lequel on a aussi beaucoup débattu et que l’on l’a qualifié un peu vite, à mon sens, de « signe religieux », en oubliant qu’il est aussi un instrument politique. Avant d’être un signe religieux, le voile est un signe discriminatoire, la marque d’une indignité sociale. Quels que soit sa longueur et son nom, niqab, hidjab, burqa, tchador, il proclame que la femme est un être inférieur, et, le cas échéant, une esclave sexuelle et domestique que l’on peut répudier, frapper, fouetter, mutiler, lapider à l’envi. On compte certainement plus, à travers le monde, de femmes qui portent le voile pour, au mieux, avoir la paix, au pire, ne pas se faire lyncher, que de femmes qui le portent de leur propre chef, uniquement pour exprimer une conviction religieuse. Le jour où plus aucune femme refusant de se couvrir la tête et de baisser les yeux devant l’homme ne risquera un coup de pied dans le ventre au nom de la loi ou de la « culture », alors, on pourra parler de signe religieux. En attendant, le voile est d’abord un signe d’infâmie.

Quant à ceux qui, à propos de la loi sur le voile intégral, ont dénoncé une loi « stigmatisante », ils oublient ou font semblant d’oublier que la burqa et le niqab sont eux-mêmes des stigmates, pour le moins éclatants, puisqu’ils nient, en l’effaçant au regard des autres, toute existence sociale à la personne qui la porte.    Le plus souvent, Dieu est d’abord un instrument d’oppression entre les mains de despotes qui enveloppent d’un vernis «spirituel »leurs délires totalitaires. Ignorer cela, c’est se faire le porte-parole d’un relativisme culturel — qui est le nom politiquement correct du racisme — qui voudrait que les femmes musulmanes naissent naturellement soumises et heureuses de l’être. En Europe, l’avancée des droits des femmes, au XXème siècle, a coïncidé avec le recul du religieux dans l’espace public. Ce n’est pas un hasard du calendrier. Mais il faut bien être conscient d’une chose : ça marche également dans le sens inverse, et bien plus rapidement. Accepter qu’une doctrine religieuse, quelle qu’elle soit, s’immisce dans le débat politique ou, à plus forte raison, dans la loi, c’est faire reculer le droit à l’égalité. Car, à de très rares exceptions, les religions se font le relai de la plus ancienne et la plus tenace des discriminations : celle qui frappe les femmes. Gérard Biard

La laïcité : une force et un bouclier pour les femmes

http://www.partagider.fr/public/2014-colloque/Rdf-colloque-gerard-briard.pdf

Thursday, January 22, 2015

lettre de 4 professeurs

Serait-ce la faute à Voltaire ? Lettre de professeurs

Voici la reproduction intégrale d'une lettre écrite par des professeurs de Seine-Saint-Denis, parue dans "Nouvelles d'Orient", blog d'Alain Gresh dans le Monde Diplomatique.
Ces professeurs s'interrogent sur leur responsabilité et nous interpellent collectivement sur la nôtre. J'ajouterai, puisque j'ai bien connu l'Aide sociale à l'enfance (ASE), que les deux frères Saïd et Chérif Kouachi ont passé toute leur enfance dans différents lieux d'accueil de l'ASE et de la Protection judiciaire de la Jeunesse (PJJ), où ils ont rencontré moult éducateurs et autres personnels spécialisés. Qu'est-ce qui ne s'est pas construit dans ces moments-là ? Et dois-je m'en sentir responsable ?
________________________________________________________________
Nous sommes professeurs en Seine-Saint-Denis. Intellectuels, savants, adultes, libertaires, nous avons appris à nous passer de Dieu et à détester le pouvoir et sa jouissance perverse. Nous n’avons pas d’autre maître que le savoir. Ce discours nous rassure, du fait de sa cohérence supposée rationnelle, et notre statut social le légitime. Ceux de Charlie Hebdo nous faisaient rire ; nous partagions leurs valeurs. En cela, cet attentat nous prend pour cible. Même si aucun d’entre nous n’a jamais eu le courage de tant d’insolence, nous sommes meurtris. Nous sommes Charlie pour cela.
Mais faisons l’effort d’un changement de point de vue, et tâchons de nous regarder comme nos élèves nous voient. Nous sommes bien habillés, bien coiffés, confortablement chaussés, ou alors très évidemment au-delà de ces contingences  matérielles qui font que nous ne bavons pas d’envie sur les objets de consommation qui font rêver nos élèves : si nous ne les possédons pas, c’est peut-être aussi parce que nous aurions les moyens de les posséder. Nous partons en vacances, nous vivons au milieu des livres, nous fréquentons des gens courtois et raffinés, élégants et cultivés. Nous considérons comme acquis que
La Liberté guidant le peuple et Candidefont partie du patrimoine de l’humanité. On nous dira que l’universel est de droit et  non de fait, et que de nombreux habitants de cette planète ne connaissent pas Voltaire ? Quelle bande d’ignares… Il est temps qu’ils entrent dans l’Histoire : le discours de Dakar leur a déjà expliqué. Quant à ceux qui viennent d’ailleurs et vivent parmi nous, qu’ils se taisent et obtempèrent.
Si les crimes perpétrés par ces assassins sont odieux, ce qui est terrible, c’est qu’ils parlent français, avec l’accent des jeunes de banlieue. Ces deux assassins sont comme nos élèves. Le traumatisme, pour nous, c’est aussi d’entendre cette voix, cet accent, ces mots. Voilà ce qui nous a fait nous sentir responsables. Evidemment, pas nous, personnellement : voilà ce que diront nos amis qui admirent notre engagement quotidien. Mais que personne, ici, ne vienne nous dire qu’avec tout ce que nous faisons, nous sommes dédouanés de cette responsabilité. Nous, c’est-à-dire les fonctionnaires d’un Etat défaillant, nous, les professeurs d’une école qui a laissé ces deux-là et tant d’autres sur le bord du chemin des valeurs républicaines, nous, citoyens français qui passons notre temps à nous plaindre de l’augmentation des impôts, nous contribuables qui profitons des niches fiscales quand nous le pouvons, nous qui avons laissé l’individu l’emporter sur le collectif, nous qui ne faisons pas de politique ou raillons ceux qui en font, etc. : nous sommes responsables de cette situation.
Ceux de Charlie Hebdo étaient nos frères : nous les pleurons comme tels. Leurs assassins étaient orphelins, placés en foyer : pupilles de la nation, enfants de France. Nos enfants ont donc tué nos frères. Tragédie. Dans quelque culture que ce soit, cela provoque ce sentiment qui n’est jamais évoqué depuis quelques jours : la honte.
Alors, nous disons notre honte. Honte et colère : voilà une situation psychologique bien plus inconfortable que chagrin et
colère. Si on a du chagrin et de la colère, on peut accuser les autres. Mais comment faire quand on a honte et qu’on est en colère contre les assassins, mais aussi contre soi ?
Personne, dans les médias, ne dit cette honte. Personne ne semble vouloir en assumer la responsabilité. Celle d’un Etat qui laisse des imbéciles et des psychotiques croupir en prison et devenir le jouet des pervers manipulateurs, celle d’une école qu’on prive de moyens et de soutien, celle d’une politique de la ville qui parque les esclaves (sans papiers, sans carte d’électeur, sans nom, sans dents) dans des cloaques de banlieue. Celle d’une classe politique qui n’a pas compris que la vertu ne s’enseigne que par l’exemple.
Intellectuels, penseurs, universitaires, artistes, journalistes : nous avons vu mourir des hommes qui étaient des nôtres. Ceux qui les ont tués sont enfants de France. Alors, ouvrons les yeux sur la situation, pour comprendre comment on en arrive là, pour agir et construire une société laïque et cultivée, plus juste, plus libre, plus égale, plus fraternelle.
« Nous sommes Charlie », peut-on porter au revers. Mais s’affirmer dans la solidarité avec les victimes ne nous exemptera
pas de la responsabilité collective de ce meurtre. Nous sommes aussi les parents de trois assassins.
Catherine Robert, Isabelle Richer, Valérie Louys et Damien Boussard

شارلی


درباره‌ی شارلی ابدو
نامه‌ی چهار معلم سَن‌دُنی .حومه‌ی مسلمان‌نشین پاریس
ما در سَن‌دُنی معلم هستیم. روشنفکر، دانا، بالغ و آزادیخواهیم، از خدا درگذشته‌ایم و آموخته‌ایم که از قدرت و لذت‌های منحرف آن بیزار باشیم. ما هیچ اربابی نداریم به جز دانش. این گفتمان را باور داریم چرا که آن را عقلانی می‌یابیم و جایگاه اجتماعی‌مان تأییدی‌ست بر آن.آنها که در شارلی ابدو بودند ما را به خنده می‌انداختند و با آنان ارزش‌های مشترک داشتیم. بنابراین ما نیز هدف این سوءقصد بوده‌ایم. هرچند که هیچیک از ما هرگز شهامت آن همه گستاخی را نداشت، ولی ما نیز مجروحیم پس شارلی هستیم.اما بیایید سعی کنیم از منظری دیگر به مسئله بنگریم و تلاش ‌کنیم همانند شاگردانمان نگاه کنیم.
ما خوب لباس می‌پوشیم، موهایمان آرایش شده و مرتب است، کفش‌های راحت می‌پوشیم و صاحب آن چیزهایی هستیم که ما را از حسرت دیگر مادیات بی‌نیاز می‌کنند اما شاگردانمان را به این رؤیا می‌کشانند که آنها نیز می‌توانستند مصرف‌کننده‌ی این کالاها باشند. ما به تعطیلات می‌رویم، در میان کتاب‌ها زندگی می‌کنیم و با آدم‌های مؤدب، ظریف، شیک و تحصیل‌کرده رفت و آمد داریم.
پذیرفته‌ایم که «آزادی هدایتگر مردم» و «کاندید (ساده‌‌دل)» [تابلوی دُلَه‌کروا و کتاب ولتر] میراث بشری به شمار می‌آیند.به ما گفته خواهد شد که این حق است که همگانی‌ست، نه ارتکابِ عمل، و خواهند پرسید مگر چند نفر از ساکنین این سیاره ولتر را می‌شناسد؟ 
خواهند گفت که وقت‌اش رسیده که این «گروه جاهل» پا به تاریخ بگذارندپیشاپیش سخنرانی داکار [سخنرانی سارکوزی درباره‌ی ساکنین قاره‌ی آفریقا] به آنها تفهیم شده است: آنها که اینجا با ما یا دور از ما زندگی می‌کنند، باید خاموش بمانند و مطیع باشند.
اگر جنایتی که این قاتلین مرتکب شده‌اند، چنین نفرت‌انگیز است، مسئله‌ی هولناک اینجاست که آنها به زبان فرانسه و با لهجه‌ی جوانان حومه‌ی پاریس حرف می‌زدند. آنها شبیه به شاگردان ما بودند. شنیدن این آوا، لهجه و واژه‌ها روانزخمی‌ست برای ما و همین موضوع، احساس مسئولیت ایجاد می‌کند. دوستانی که به تعهدات هرروزه‌ی خود دل بسته‌اند، خواهند گفت: روشن است که ما در این قضیه شخصن نقشی نداشته‌ایماما با توجه به اعمالی که مرتکب شده‌ایم هیچکس نمی‌تواند شانه‌هایمان را از بار این مسئولیت برهاند.ما کارمندان رسمی دولتی ورشکسته، ما معلمین مدرسه‌ای که آن دو نفر و خیلی‌های دیگر را در حاشیه‌ی ارزش‌های جمهوری‌خواهانه رها کرد، ما شهروندان فرانسوی که وقتمان را به شکایت از افزایش مالیات می‌گذرانیم ، ما مالیات‌دهندگانی که همواره در پی فرار از مالیات‌ایم، ما که کار سیاسی نمی‌کنیم و به آنها که آن را انجام می‌دهند، مرتب غر می‌زنیم، ما مسئول این وضعیت‌ایم.
آنها که در شارلی ابدو بودند برادران ما بودند، ما سخت برای آنها گریسته‌ایم.قاتلینِ آنها یتیم بودند: کودکان صغیر تربیت‌شده‌ی کانون‌های پرورشی دولتی. آنها فرزندان فرانسه بودند. کودکان ما برادرانمان را کشته‌اندتراژدی اینجاستدر هر فرهنگی، این موضوع احساسی را برمی‌انگیزد که کسی این روزها از آن سخنی نمی‌گوید: احساس شرم.
ما تصمیم گرفته‌ایم که درباره‌ی این شرم حرف بزنیم. درباره‌ی شرم و خشم: وضعیتی روانی که آزاردهنده‌تر از اندوه و خشم است.اگر دچار اندوه و خشم باشیم، می‌توانیم دیگری را متهم کنیم. اما چه باید کرد آنگاه که دچار شرم و خشم می‌شویم؟ چه باید کرد در رویارویی با قاتلین و در رویارویی با خویشتن؟
در رسانه‌ها هیچکس حرفی از این شرمساری نمی‌زند. به‌نظر می‌رسد هیچکس نمی‌خواهد این مسئولیت را بپذیرد. مسئولیتی که از آنِ دولتی‌ست که اجازه می‌دهد نادانان و روانی‌ها در زندان‌‌ها نابود و بازیچه‌ی دست منحرفین شوند. مسئولیتی که متوجه مدرسه‌ای‌ست که آنها را از امکانات و حمایت محروم می‌کند، مسئولیت سیاست‌های شهری که بردگان را به بند می‌کشد. بردگان: همان‌ها که نه مدرک شناسایی دارند، نه کارت رأی و نه نام، آنها که دندان نیز ندارند.
روشنفکران، متفکران، دانشگاهیان، هنرمندان، روزنامه‌نگاران!
ما شاهد مرگ افرادی از میان خودمان بودیم. کسانی که آنها را کشتند فرزندان فرانسه بودند. پس چشم به روی وضعیت بگشاییم تا دریابیم چگونه به اینجا رسیده‌ایم، برای آنکه بتوانیم دست به کنش بزنیم و جامعه‌ای لائیک و با فرهنگ بسازیم، جامعه‌ای منصف‌تر، آزادتر، عادلانه‌تر و برادرانه‌تر.ما شارلی هستیم. می توان این لباس را وارونه پوشید. باید پذیرفت که همبستگی با قربانیان، ما را از مسئولیتِ شرکت دسته‌جمعی در این قتل معاف نمی‌کندما والدین آن سه قاتل نیز هستیم.
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کاترین روبر، ایزابل ریشه، والری لویی و دامیان بوسار
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ترجمه‌ی سارا ایرانی

Wednesday, January 21, 2015

Regards de Femmes

“Il n’est nullement question de faire gouverner la
société par les femmes mais bien de savoir si elle
ne serait pas mieux gouvernée par les hommes et
par les femmes.”
John STUART MILL
Une association pour
ré-agir au féminin
33, rue Bossuet - 69006 LYON - Tél. 06 10 39 94 87 - Fax 04 78 08 93 16
www.regardsdefemmes.com - e-mail : rdf@regardsdefemmes.com
Réunion mensuelle 37, rue Bossuet - salle n° 1 (interphone) 3eme jeudi du mois à partir de 18 heures
Association, loi de 1901, reconnue d’intérêt général, ONG avec statut spécial au conseil économique et social de l’ONU
A Charb, mon ami.
Dès que j'ai appris mercredi le massacre perpétré contre les journalistes de Charlie, par un SMS reçu à
Ankara où j'intervenais lors d'un colloque pour faciliter l'accès des femmes aux fonctions électives au niveau
local, j'ai immédiatement pensé à Charb et à Gérard Biard.
Gérard a répondu tout de suite à mon message, me disant qu'il était à Londres. Mais dès que j'ai pu avoir
accès à Internet (pas de wi-fi à l'université d’Ankara) j’ai appris l'horrible nouvelle Cabu, Tignou, Wolinski et
Charb avaient été assassinés par des malades mentaux qui s’imaginaient obéir à un dieu...
J'ai eu le plaisir de connaitre Charb depuis l'année où il a présidé le jury de la laïcité. Cette année-là, je
défendais ardemment la candidature de Djemila Benhabib, pour le prix international. Deux candidatures se
sont vite détachées, avec un score très serré. Charb a suivi mon argumentation. Le discours de Djamila lors
de la remise du prix justifia pleinement notre choix.
Depuis à chaque réunion du jury et lors de la remise des prix, nous avons le plaisir de discuter.
En octobre dernier à l'Hôtel de Ville de Paris lors de la remise du prix à Shoukria Haïdar, je lui ai dit mon
amusement et mon admiration devant la manière dont il avait montré l'exploitation des mères porteuses
dans le dernier numéro du magazine. Je lui ai également signalé que j'avais largement diffusé son dessin. Il
m'a révélé que cette caricature lui avait valu de nombreuses critiques. Evidemment de celles et ceux qui
pensent que la liberté c'est de faire ce que l'on veut, quand on veut, comme on veut. Sans penser à la liberté
réciproque de l'Autre, surtout s'il s’agit de disposer du ventre des femmes, considéré comme un objet
marchand !
Charb, avec son air de gamin qui vient de faire une bonne farce, c'est la force tranquille de ses convictions,
sa main guidée par son intelligence lumineuse des comportements humains et de leurs motivations, utilisant
son don pour traduire limpidement nos indignations.
Charb, tu vas me manquer, tu vas me manquer chaque semaine quand je regarderai la couverture de
Charlie, le retournerai immédiatement pour voir les autres couvertures et designer ma préférée. Tu vas nous
manquer, tu vas surtout manquer à Jeannette Bougrab et à tous tes ami-e-s de Charlie.
Je pense évidemment à Gérard Biard, à nos côtés, en 2012, pour clore le colloque sur « Le système
prostitueur violence machiste archaïque » ou pour ouvrir, en octobre dernier celui sur « La laïcité force et
bouclier pour les femmes ». Voici le lien de son intervention « L’impératif de laïcité »que je vous invite à
lire, relire, diffuser…http://www.partagider.fr/public/2014-colloque/Rdf-colloque-gerard-briard.pdf
Nous poursuivrons, plus déterminée que jamais à agir pour que toutes les femmes et les filles soient
protégées par la laïcité, comme nous le souhaitions dans nos vœux pour 2015. Nous agirons lors de la
59éme Commission de la Condition des Femmes, à l’ONU à New York, en organisant un atelier
francophone international, le mardi 10 mars à 12h30 :“Des actions pour refuser toutes violences ou
discriminations envers les femmes et les filles au nom de coutumes ou religions”.
J’ai également une pensée pour les officiers de sécurité abattus aux côtés des journalistes. Bêtement,
j’avais fait remarquer qu’il y avait pire comme mission et qu’ils devaient bien rigoler. Ils sont morts de rire.
Voilà ce que voulais dire.
Je ne parlerai pas des tweets et commentaires lus et entendus en Turquie...Mais simplement de ma
réponse, la même que celle faite à un chauffeur de taxi new yorkais, en octobre 2012, originaire d’Afrique
anglophone, qui connaissait Charlie hebdo sans nul doute par ceux qui lui avait intenté un procès ! Oui,
toutes les opinions et croyances peuvent être sujet de dérision.
Le rire comme les pleurs sont le propre de l’être humain.
Aujourd'hui, Charb, Cabu, Tignous, Wolinski, vos dessins nous font rire et pleure

Monday, January 12, 2015


La République contre le fanatisme

 Cher(e)s ami(e)s, 
Charlie est mort… La liberté endeuillée.
 
Mercredi 7 janvier, un assassinat politique est commis contre la rédaction de Charlie Hebdo. 12 morts. Ce genre d’attentat, si grave, ne s’est pas produit en France depuis plus de 50 ans. C’est un organe de presse qui est touché… Tout un symbole, pour des hommes dont l’idéologie meurtrière n’est que négation de la liberté.
 
Un crime contre la République
 
En attaquant un symbole de la liberté de penser et d'écrire, en détruisant des vies innocentes les terroristes ont commis un crime contre la République et ses valeurs démocratiques. Par cet acte c'est toute la république qui est blessée et offusquée.
 
En prétendant agir au nom de l’islam, ces terroristes ne font rien de plus que de menacer les millions de musulmans de notre pays. Ceux-ci ne se reconnaissent pas dans des fanatiques liberticides, sexistes et assassins. Et de fait, les organisations musulmanes « appellent les citoyens de confession musulmane à rejoindre massivement la manifestation ». 
 
Les vautours tournent autour de Charlie
 
Déjà, Marine Le Pen et ses oiseaux de malheur répandent leur poison dans les médias. Dénonciation de l’islam, demande de peine de mort, nous ne pouvons pas laisser une telle ignominie se passer.  Ce n’était, et ce ne sera pas Charlie. 
 
Notre devoir est de riposter à la peur qui s'installe par l'union et empêcher la diffusion des thèses de Marine Le Pen, comme celles des terroristes. Les journaux et politiques d'extrême droite veulent exploiter l'horreur de l'attentat terroriste pour amplifier l'islamophobie. Déjà 5 lieux de cultes musulmans ont fait l'objet d’incendies criminels ou d'attaques par armes à feu et les graffitis racistes et islamophobe sont dénoncés dans de nombreuses villes. 
 
Manifestons unis pour la liberté et le vivre ensemble
 
Qu'elle était belle, qu'elle était grande, qu'elle était digne cette grande famille française quand elle crie, qu'elle hurle: "Pas d'amalgames" place de la République lors du premier rassemblement contre les actes barbares. Que l'humanité ressorte plus forte de ce drame et plus que jamais unis contre tous les extrémismes.
 
Parce que nous n'admettons pas le fanatisme et la violence, parce que nous sommes attachés à la démocratie, parce que la liberté est un des biens les plus précieux que nous avons acquis, que nous voulons vivre réunis, sans xénophobie et sans discrimination, en sérénité et en fraternité quelles que soient nos religions et nos origines, nous appelons tous les citoyens, quelle que soit leur opinion religieuse, 
 
 
à se réunir ce dimanche à 15h place de la république
(ou aux rendez vous organisés dans vos villes)
 
 
 
 
Pour montrer notre unité de tous les républicains, de tous les démocrates contre le fanatisme, nous vous invitons à imprimer l'affiche 'La République contre le fanatisme" et "Athées, juifs, musulmans, cathos, tous unis contre le fanatisme" que vous pouvez télécharger sur ce lien.
 
La Fédération Nationale des Maison des Potes
16 square Dunois
75013 PARIS