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mouvement des femmes Iraniennes

mouvement des femmes Iraniennes

Monday, November 30, 2009

Laissez les femmes en paix

¡Dejen a las mujeres en paz! Lasst die Frauen in Ruhe! Laissez les femmes en paix ! Lasciate in pace le donne! Deixem as mulheres em paz!
MANIFIESTO DE TLAXCALA

Atenea Acevedo
8/3/2009
Les informations sur le retour (ou la recrudescence) de la pratique de l’alimentation forcée de fillettes rurales à partir de 5 ou 6 ans pour les faire engraisser en Mauritanie, après le coup d’État d’août dernier qui a remis au pouvoir une junte militaire, éveillent, pour le moins, un sentiment d’alarme et d’urgence internationale. Elles exigent aussi une réflexion sur le grand thème, toujours actuel, des droits des femmes en tant qu’êtres humains : la propriété de leur corps.

La lutte de libération des femmes s’est organisée principalement à partir de la distinction entre espace public et espace privé. La participation des femmes aux espaces publics est peut-être l’aspect le plus évident des succès du mouvement féministe, bien que l’on tende à ignorer (souvent délibérément) la complexe histoire qui, sur le long terme, a vu augmenter sensiblement le nombre de femmes salariées, en majorité encore dans des emplois précaires et qelques-unes dans des postes de pouvoir et de prise de décision.

Dans les livres d’histoire que nous utilisions au collage, pleins d’images de héros à cheval et en uniforme qui portaient la guerre à travers la planète, Marie Gouze (Olympe de Gouges) et sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne étaient absentes. Dans les salles de classe personne ne nous a parlé des suffragettes ni de la main d’oeuvre féminine qui ne portait pas atteinte à la famille et aux bonnes mœurs, pourvu qu’elle alimentât la machine de guerre en périodes de crise. Mais au-delà de l’iconographie nationaliste qui dépeint la patrie comme une mère frondeuse et courageuse, et des trois ou Quatre figures habituelles, l’histoire officielle laisse les femmes dans l’anonymat et dans l’oubli. La prise de l’espace public par les femmes appartient à l’histoire marginale, dont ne s’occupent que celles qui s’intéressent à l’étude du féminisme. Mais nous en sommes là, certaines avec une consciente de genre et d’autres rétives à toute idéologie, à travailler pour un salaire, à développer des idées, à occuper des ateliers, des tribunes et des bureaux. Néanmoins, l’espace public n’est pas un thème que la réflexion féministe, démocratique et égalitaire a épuisé. La pauvreté, l’exploitation du travail, le harcèlement affectent aujourd’hui en majorité les femmes. Le travail domestique non rémunéré continue à être un pilier du capitalisme en tant que reproducteur de main d’oeuvre et qu’infrastructure de base gratuite indispensable au fonctionnement social.

Il y a sans aucun doute des aspects qui restent non résolus en ce qui concerne la participation des femmes à la vie publique. Cependant, le quid de la question féminine se trouve Dans l’espace privé, concrètement Dans le corps. Bien qu’il ait gagné un vaste terrain Dans le domaine des droits sexuels et reproductifs grâce au moteur de la lutte féministe, le corps des femmes reste aux mains de l’État, du temple, de l’initiative privée, de son couple sentimental et des moeurs. Le cas des fillettes rurales mauritaniennes, gavées de force pour pouvoir trouver un mari et être un digne symbole d’opulence, n’est pas très différent d’autres rites et croyances peut-être moins brutaux, mais qui suivent ou perpétuent des principes analogues.

On ne peut s’empêcher, quand on pense à ces fillettes, d’évoquer les anorexiques et les boulimiques qui vivent à l’intérieur et à l’extérieur du grand écran, de même que l’on ne peut penser aux pieds bandés des Chinoises d’autrefois sans éviter de les rapprocher des oignons des mannequins et des filles occidentales qui utilisent des talons hauts dès la puberté. On ne peut penser aux mutilations génitales sans réfléchir à l’absence totale du clítoris dans nos livres d’anatomie, dans nos conversations avec nos mères, ou, pire, encore, avec nos partenaires sexuels. En effet, la barbarie qui caractérise la violation des droits humains dans d’autres cultures doit motiver nos indignations et nos dénonciations mais elle doit aussi être une occasion de jeter sur los propres cultures un regard autocritique.

Sous toutes les latitudes, nous grandissons, nous autres femmes, avec la conviction qu’il est indispensable de modifier notre corps pour le rendre appétissant, pour plaire à l’autre. Il y a toujours quelque chose en trop (dans ma culture : le duvet, la graisse, les rides, la cellulite) et quelque chose en moins (dans ma culture : une poitrine généreuse et ferme, des parfums délicats, du maquillage, des vêtements à la mode). Et le message sous-jacent ne change pas non plus avec la géographie : personne ne t’aimera comme tu es, personne ne voudra se marier avec toi. Dans ce discours, un discours qui malheureusement est en train de devenir universel, l’amour et le bien-être, sous le déguisement trompeur de la vie en couple, restent conditionnés par l’image.

Toujours plus d’hommes tombent dans ce piège, mais nous autres femmes avons des siècles d’expérience Dans ce domaine et nous connaissons sur le bout des doigts la double morale qui fait de notre anatomie le meilleur cadeau et le pire châtiment. Le corps et son image sont le sauf-conduit ou la condamnation aux diverses étapes de la vie : être mince ou obèse, pudique ou coquette, réservée ou dissolue, discrète ou délurée. Le corps et sa biologie nous marquent aux yeux de la société à travers le tamis de la sexualité : notre état d’esprit, notre tempérament, notre caractère, sont censés s’expliquer par la pure physiologie et n’échappent jamais aux commentaires narquois. Depuis la jeune femme marginalisée qui échoue dans la maquila mexicaine ou dans l’atelier philippin et doit se soumettre mois après mois à un test de grossesse dans l’entreprise sous la menace de perdre son travail si elle s’y refuse ou si elle s’avère être enceinte, jusqu’à la ministre espagnole ou la présidente argentine jugées avant tout sur leur tenue ou sur la manière dont elles s’acquittent de leur rôle d’épouses ou de mères, le critère pour qualifier toute femme, passe d’une manière ou d’une autre par le corps. Par une double perversion, on nous fait croire que nous sommes un corps sans nous enseigner à nos l’approprier, à l’habiter et à le vivre en liberté. Liberté de choisir quand, comment et avec qui l’habiller, en jouir, le dénuder, le partager et l’aimer comme véhicule de nos déplacements et de notre communications avec le monde.

La gauche non plus n’a pas tout à fait compris que nous ne sommes une propriété collective. Combien de révolutions ne réclament-elles pas la récupération et l’usufruit de leurs terres, de leurs ressources et de leurs femmes ? Combien de camarades appellent-ils leurs compagnes ma femme ? Les mots ne sont pas innocents : ils reflètent des cosmovisions, des croyances, des présupposés. L’argument apparemment le plus solide pour affirmer que le féminisme est dépassé se fonde sur la participation des femmes à la vie publique, mais le chemin est long et les idées gardent toute leur pertinence. La rage du féminisme des années 1970 nous manque : ces femmes que la majorité considère toujours avec malveillance comme des folles parce que l’unique image médiatique qu’on en a retenu était celle des soutiens-gorges qu’elles brûlaient, sans reconnaître que tout mouvement social a besoin d’une impulsion radicale pour mettre sur la table ce qui est urgent et important. Nous avons aujourd’hui besoin de celles qui posèrent l’aliénation de leur propre corps comme la racine du contrôle patriarcal et donc, sa conquête comme la voie d’une authentique libération.

Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
http://www.tlaxcala.es/detail_artistes.asp?lg=es&reference=299
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