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mouvement des femmes Iraniennes

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Wednesday, January 26, 2011

Le féminisme contre la charia.

Le féminisme contre la charia.

Nous sommes plus de mille dans en ce 18 décembre 2010, dans cette salle, réunis pour « Les assises internationales sur l’islamisation de l’Europe ». Ils/elles sont venus de l’Europe entière, des USA, de diverses régions de France, malgré la neige et le froid. Sur 24 intervenants à cette tribune, deux féministes seulement : Michele Vianes et moi.
Mais où son passées les féministes ?
Et pourtant la progression de l’islamisme menace en premier lieu les femmes. Mais nos féministes hexagonales préfèrent regarder le doigt qui montre la lune plutôt que la lune. Leur obsession de l’extrême droite, incarnée soi disant pas les identitaires, avec lesquels nous avons fait ponctuellement alliance, leur cache la réalité du véritable danger : l’islamisation progressive des pays d’Europe.
Voilà comment une féministe historique, ( c’est ainsi qu’on me nomme), à l’origine du MLF, à l’initiative du Manifeste des 343, pour l’avortement libre, ( que le journal « Minute » avait surnommée Ste Anne de l’avortement), compagne de route de Simone de Beauvoir et j’en passe, se retrouve aujourd’hui aux côtés de certaines associations ou personnalités, qui en d’autre temps, furent sur certains plans, ses adversaires. La question fait jaser dans le Landernau gaucho féministe. Que n’ai je reçu comme anathèmes de mon camp parce que je figurais aux côtés de ces « gens là » ! Que de leçons de pureté ne m’a t on pas assénées ! Comment pouvais je me commettre avec eux ? Ah ! le purisme ! Spécialité de la gauche, grande donneuse de leçons, il est souvent la forme masquée d’une intolérance méprisante et le paravent de l’impuissance.
Je fais en effet exception au sein du mouvement féministe français. La plupart de mes consoeurs, formatées par l’idéologie gauchiste, abreuvées à l’altermondialisme, s’arrêtent à la dénonciation de l’islamisme, qui serait sans relation avec l’islam. Elles veulent bien s’indigner sur le sort d’une Taslima Nasreen, d’une Aya Hirsi Ali, d’une Sakineh, elles ne trouvent rien à redire à leur dénonciation du Coran, mais ne supportent pas qu’ici, on pointe du doigt les mêmes signes d’alerte. L’esprit colonisé par les dogmes attardés du gauchisme, elles produisent la même analyse paramarxiste depuis des décennies, et n’ont pas remarqué que le monde avait changé depuis les années 70. En faisant silence sur la progression de l’islam et la menace qu’il représente pour la libération des femmes, non seulement elles mettent en danger des siècles de lutte pour elles et leurs filles, mais elles trahissent leurs soeurs d’ailleurs, qui appellent au secours. Celles ci attendent de nous, féministes occidentales des signes d’encouragement. Que leur servons nous ? Le respect et l’équivalence des cultures, la priorité de la lutte antiraciste, le pas touche à mes religions. Par un retournement insensé de situation , voilà que la laïcité est devenue respect des religions, au mépris de ce qu’elle est censée être : neutralité de l’espace public et séparation du religieux et du public.
La gauche, dont je suis issue, par le biais du féminisme, est donc incapable de prendre en charge la menace pour nos libertés que représente cette progression d’un islam radical. Bien pire, elle cautionne ce phénomène et a contribué largement à le favoriser. Il y a bien longtemps qu’elle désespère ce « peuple » qu’elle était censée défendre.
Alors que faire ? Rester seule mais pure de toute « contamination » ? Pour constituer une force, il faut s’allier. Mais s’allier n’est pas s’aligner. On peut faire alliance ponctuellement, tout en gardant sa spécificité et ses divergences. J’ai déjà par le passé fait alliance avec des catholiques contre la porno, qui avait la bénédiction de la gauche pour laquelle elle était une forme de la liberté d’expression. Ce qui m’importe toujours dans un combat, c’est l’objectif. Je me donne les moyens de l’atteindre. Alors, adversaire déclarée de tout obscurantisme, depuis toujours hostile aux religions et particulièrement à l’islam, qui plus que tout autre, organise la soumission des individus, consciente depuis plus de 20 ans de sa progression en France, je fais cause commune sur ce point avec ceux qui partagent mes craintes. Depuis quand est on obligé d’être d’accord sur tout pour agir ensemble ?
Je suis ici parce que la gauche ne veut pas ouvrir les yeux sur la réalité d’un danger pour nos traditions républicaine. Je suis ici parce que la gauche a trahi sa mission et mes espoirs.
En cela je suis fidèle à mes engagements depuis plus de 40 ans dans le combat féministe. Tout ce qui menace des acquis chèrement conquis, mobilise aujourd’hui comme hier, mes forces. Or la progression d’une idéologie ancrée sur la soumission et la relégation d’une moitié de l’humanité est un intolérable camouflet à ces années de lutte. La question des femmes est au cœur de la stratégie de conquête de l’islam. Ce n’est pas un hasard si le voile a symbolisé dès 1989, son symptôme le plus évident.
Les combats que j’ai menés ont toujours suscité dans un premier temps, rejet et incompréhension. Puis ils sont devenus une évidence. Réclamer l’avortement libre et gratuit il y a 40 ans était aussi iconoclaste qu’aujourd’hui, s’opposer à la progression de la charia en France. Et j’ai essuyé alors les mêmes accusations de « collabo » et pute », de la part des puristes en place, parce que je pactisais avec la presse bourgeoise pourrie par définition.
Quel est l’objectif du féminisme ? Compagnon de route de la démocratie, il contribue à civiliser nos mœurs. Il est agent civilisateur, il œuvre à rapprocher hommes et femmes, si longtemps maintenus dans une séparation douloureuse. Le féminisme travaille à en faire des humains semblables, capables ensemble d’assumer les difficultés de la condition humaine. Or, la charia est une des formes les plus extrêmes de l’apartheid des femmes, il forge leur malheur comme celui des hommes. Il crée des déserts affectifs où hommes et femmes sont dressés les uns contre les autres, empêchés de se rejoindre. Le degré de civilisation d’une société se mesure au statut des femmes et à la bonne harmonie entre ses membres. Ce seul fait, la relégation et le mépris des femmes en islam, oblitère pour moi tous les autres signes de civilisation, indéniables, du monde arabo- musulman. C’est la tache irrémédiable.
Dans notre coin du monde, depuis des siècles, des hommes, des femmes se sont battus contre les obscurantismes et ont tenté de faire advenir plus de lumière sur le chemin ardu de l’humanité vers moins d’inhumanité. J’appartiens à ce courant, je suis fille des Lumières. Notre espèce n’avance pas au même pas. Non, toutes les civilisations ne se valent pas. Hypocrisie et malhonnêteté que de prétendre le contraire. Une culture n’est pas un tout, à prendre ou à laisser. Tel un être humain, elle a ses zones d’ombre. Le métissage n’a d’intérêt que s’il est tissé du meilleur de chacun, et non si prévaut le pire sur le meilleur.
Or la culture machiste venue d’islam est une grave menace pour notre difficile marche vers plus d’égalité des sexes. Elle vient réveiller les vieux démons tout proches du machisme hexagonal. Notre libération est encore bien fragile, la preuve en est cette dégradation des relations filles/garçons, à l’école, bien au delà des zones sensibles. Je ne peux accepter que sur ce territoire de France, où des décennies de luttes ont réussi à faire reculer la discrimination sexiste, une idéologie venue d’ailleurs tente d’imposer ses modèles archaïques de séparation des sexes et d’oppression des femmes. Le respect élémentaire du territoire de l’autre et de ses us, impose de ne pas mettre en avant des coutumes qui les bafouent : polygamie, mariages forcés, port des voiles, relégation et mépris des femmes, soumission aveugle à une religion particulièrement obscurantiste.
Nous sommes réunis ici, à cause de l’impuissance des politiques et de l’omerta des medias. A travers cette interpellation de l’isamisation, c’est leur aveuglement et leur lâcheté que nous mettons en cause. Quand les élites sont incapables d’apporter des réponses aux craintes et aux attentes de la population, il faut s’organiser et prendre ses affaires en main. Aujourd’hui, je souhaite que cette rencontre historique soit un début. Le début de la constitution d’une troisième force, au delà de la gauche et de la droite, une force alternative qui réponde aux défis de la réalité : le monde change et une recomposition des forces s’impose.


Anne Zelensky.



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Monday, January 24, 2011

Féminisme face aux intégrismes et au pouvoirs politico-religieux

Féminisme face aux intégrismes et au pouvoirs politico-religieux

Fondée par la C.L.E.F. (Coordination française pur le Lobby Européen des Femmes) en 1993, la Commission de lutte contre les extrémismes religieux a commencé par préparer un atelier pour la Conférence de Pékin en 1995. Après avoir demandé la participation de toutes les associations de la C.L.E.F. et reçu des réponses, nous avons commencé ce travail.
Notre atelier a Pékin a eu plus de 60 participants, surtout des femmes mais aussi des hommes. Ce fut très réussi car très interactif. Entre autres intervenantes, Jamileh Nedai, une des fondatrices de la Commission, y a dressé une liste analytique de la jurisprudence iranienne concernant les femmes. À Pékin, nous avons aussi organisé une réunion d’information le 12 septembre, puis une conférence de presse le 14 à laquelle sont venus, entre autres journalistes, ceux du Chicago Tribune, de l’AFP à Hong Kong, d’un journal catholique francophone et de la presse espagnole.
De retour à Paris, nous avons voulu nous pencher sur les manuels scolaires d’écoles religieuses privées. En fait nous n’avons pas trouvé d’enseignement sexiste dans les quelques écoles catholiques et juives dont nous avons pu avoir les manuels. Les manuels des écoles musulmanes étaient en arabe et nous n’avons donc pas pu les examiner. Nous avons été obligées d’abandonner cette piste.
Ensuite nous avons entrepris une étude des textes fondateurs des religions représentées au sein de la Commission (Bouddhisme, Catholicisme, Islam, Judaïsme, Protestantisme) pour y étudier les inégalités imposées aux femmes dans les domaines de la prière, du mariage, du divorce, de l’adultère. Des différences ont été évidentes, pas toujours celles auxquelles nous pouvions nous attendre d’ailleurs. Mais malgré quelques bonnes surprises, il nous est apparu clairement que l’unique garantie pour les femmes était bien une société réglée par la laïcité, les mettant à l’abri dans les domaines de l’éducation, de la vie civile (mariage, divorce, garde d’enfants, etc.), de la vie professionnelle et de la vie sexuelle.
Comme base de construction et de sauvegarde d’une société laïque et égalitaire pour tous, l’éducation était clairement le fondement principal. Nous avons donc organisé un Colloque à l’UNESCO les 23 et 24 mars 1999 sur le thème : « Education : Religions, Intégrismes ». La soirée d’ouverture réunissait des conférenciers issus du Catholicisme, de l’Islam, du Judaïsme, du Protestantisme ainsi que du Ministère de l’Education Nationale et d’organisations féministes, dont Wassyla Tamzali, alors Directrice du Programme de l’UNESCO pour la promotion du statut des femmes de la Méditerranée. Cette soirée a accueilli plus de 200 personnes dont plusieurs journalistes. Les participants venaient de beaucoup de pays autour de la Méditerranée et de quelques autres pays européens. Le lendemain, nous y avons animé une Journée séminaire d’une trentaine de personnes d’une dizaine de pays, presque toutes des enseignantes, éducatrices, personnes de l’Education Nationale et quelques représentantes d’associations de femmes.
Les conclusions ont été diffusées dans tous les pays représentés, au niveau des ministères concernés, d’associations féministes, d’institutions religieuses. Par la suite nous avons organisé d’autres soirées-débats avec, toujours, la rédaction d’un fascicule résumant notre travail préparatoire pour le sujet.
De 2000 à 2006, nous avons représenté la C.L.E.F. à l’ONU et y avons présenté chaque année des déclarations verbales et écrites, à la fois à la Commission du Statut des Femmes à New York et à la Commission (devenue Conseil en 2005) des Droits Humains à Genève, toujours sur le thème des extrémismes religieux par rapport aux droits des femmes.
Nous avons fait du lobbying auprès de représentants de l’ONU comme Mary Robinson, Haute Commissaire des Droits Humains, Abdelfattah Amor, Rapporteur spécial sur l’intolérance religieuse, auprès de Ministres français de l’Education Nationale et des Droits des Femmes, auprès de membres de leurs cabinets, et auprès de délégués gouvernementaux de divers pays à l’ONU.
Au nom de la C.L.E.F., nous avons été auditionnées par les deux commissions Stasi (la laïcité et les discriminations).
Pour Pékin + 5, à Genève, nous avons organisé et animé un atelier sur les méfaits des extrémismes religieux pour les femmes.
Pour Pékin + 10, nous avons animé le groupe de travail à Genève sur Femmes et fondamentalismes et, avec des femmes de pays très divers, avons élaboré une déclaration consensuelle et 4 recommandations à l’intention des Etats. Le mot « laïcité » n’a posé aucun problème. Nos recommandations :
« Les gouvernements doivent assurer que les lois sur les droits civiques sont mises en œuvre et appliquées.
Le principe de la laïcité doit être respecté par chaque État dans toutes ses politiques. Les gouvernements doivent refuser toute intervention des fondamentalistes dans l’éducation. La laïcité respecte de façon égale la non croyance et les croyances.
Nous rejetons l’utilisation de traditions et d’ethnicité pour empêcher les femmes de jouir de tous leurs droits reproductifs et sexuels.
Nous rejetons l’augmentation de dépenses militaires au nom de la sécurité au détriment de programmes, essentiels pour les femmes, pour la santé, l’éducation et le social. »

Il est notoire qu’en mars 2003, la Commission du Statut des Femmes de l’ONU à New York a suspendu sa séance sur les violences faites aux femmes, en rejetant un paragraphe relatif au recours à la coutume, tradition ou religion pour justifier des violences. Ce paragraphe est pourtant inclus dans la Plateforme d’Action de Pékin de 1995, Article 124, et ces prétextes légitiment effectivement toutes sortes de violences à l’encontre des femmes, en particulier, les mariages forcés et/ou précoces, l’enfermement, les crimes dits « d’honneur », les mutilations génitales féminines, les lapidations, et j’en passe. Des Etats catholiques, musulmans, protestants ont préféré abandonner les femmes aux violences plutôt que d’admettre que les religions ou les coutumes servaient de justification. Ce fut un lamentable recul par rapport à la Plateforme d’Action.
Toujours à l’ONU, toujours en mars 2003 mais à Genève, le rapporteur Spécial de l'ONU sur le racisme, Doudou Diène, dans son rapport présenté à la 4ème session de la CDH sous la cote A/HRC/4/19 a affirmé qu’il était raciste d'interdire la Burka. Des associations importantes belges ont déclaré au même moment qu'une interdiction devait être « proportionnée »., « Il ne faut pas interdire ce qui est marginal, comme par exemple "la lapidation" ont-elles dit*. Commentaire de Malka Marcovich : 
 « En suivant cette logique, nous aurions dû attendre un nombre important d'incestes, de viols, de meurtres pour que ces crimes soient interdits ».
Nous avons condamné la politique d’immigration en France, responsable d’abus en permettant l’application des codes de la famille ou statuts personnels de pays
* Le MRAX et le Centre pour l’égalité des chances.
d’origine à des femmes immigrées (Algérie, Maroc, Turquie) à la demande du conjoint seul. Ces codes placent la femme en minorité juridique et autorisent la polygamie et la répudiation.
La polygamie est tolérée de fait, car les pères touchent les allocations familiales pour les enfants nés d’unions non reconnues avec des femmes maintenues en situation irrégulière. En cas de divorce, les femmes étrangères non régularisées par leur mari sont expulsables ; le mari seul garde le droit de séjour.
En fait, la France, comme d’autres démocraties dans le monde, ne soutient nullement ses propres lois et ses propres principes, pourtant élaborés au cours des générations pour réaliser une société plus égalitaire.
La France abandonne en particulier la laïcité qui fait désormais l’objet d’un véritable bras de fer dans lequel les femmes ont énormément à perdre. Elle constitue l’un des piliers pour l’égalité réelle entre les individus des deux sexes ; elle est la reconnaissance de l’Autre ; elle est le bien de tous. La laïcité signifie le respect de toute croyance ou non croyance.

Pour nous il n’y a pas de laïcité « ouverte », « positive », ou « tolérante ». C’est une valeur universelle : elle ne « tolère » pas les différences ; elle les reconnaît et les valorise. Nous y sommes profondément attachées ; nous devons la défendre. Il y va de notre liberté.

La conférence de l’Initiative Féministe Européenne du 31 mai au 1° juin 2008 à Rome, groupant des femmes de 20 pays d’Europe et du Moyen Orient, a exprimé avec éclat le refus d’enfermer les femmes sous leurs voiles ou derrière les murs de leurs maisons, le refus de pourchasser et de criminaliser celles qui ne demandent que la libre disposition de leur propre corps, le refus qu’au nom du « respect de la diversité culturelle », soit portée la moindre atteinte à leurs droits fondamentaux.

Nous mesurons bien le recul déjà fortement entamé et promu par des gens de gauche comme de droite. La mixité, dans nos écoles, piscines, hôpitaux et autres lieux publics, n’est déjà plus garantie. Des filles sont parfois manipulées, parfois à juste titre effrayées, car menacées de violences, et ces menaces ne sont pas vaines. Sont affectées beaucoup de disciplines scolaires, la vie sociale entre élèves, des contacts et sorties mixtes, des examens ou thèses jugés par des professeures femmes, et bien d’autres.
À la C.L.E.F. des femmes d’origine maghrébine et iranienne nous ont fait part de leur découragement et de leurs craintes que le statut d’égalité, la liberté, ces droits pour lesquels beaucoup d’entre elles, ou leurs mères, étaient venues en France, ne soient remis en cause. Beaucoup d'adolescentes témoignent porter le voile comme seul moyen d'échapper au harcèlement des garçons dans les cités. Et nous savons qu’à l’étranger, des dizaines de milliers de femmes ont été assassinées ou mutilées pour leur refus courageux de ces vêtements.
Celles qui acceptent de se voiler apprennent trop souvent que cette soumission entraîne d’autres encore, et elles deviennent en fait les victimes d’un véritable Apartheid de sexe. Celles qui refusent de se voiler sont traitées de putains et sont victimes de violences, de viols, d’assassinats (auxquels n’échappent pas non plus les « voilées »). Celles d’autres religions craignent une contagion et la perte des droits durement acquis par de longues années de lutte.
Faut-il attendre l’augmentation des violences physiques pour décider qu’il y a injustice ou oppression ?
La neutralité laïque est aussi préventive. Elle peut empêcher des conflits entre différentes religions ou positions politiques, entre croyants et athées. C’est l’ouverture et l’espace neutre de dialogue que nous devons rechercher et non l’affichage des différences qui enferment. Pour citer Henri Pena-Ruiz « La laïcité n'est pas la destruction des croyances, mais la distinction entre ce qui relève de la croyance et ce qui est du domaine de la connaissance ».
Ni le monde politique ni le monde religieux ne veut réellement les droits égaux des femmes. Dans des démocraties, nous réussissons parfois au prix d’une énergie et d’une persévérance démesurées (et pourtant sans recourir aux violences et aux destructions gratuites que nous voyons si souvent dans d’autres manifestations en France). Mais nos progrès ne sont jamais des « acquis », ce mot que des éléments mâles de notre société ont toujours à la bouche. Nous savons pertinemment que nos victoires ne seront pas définitives, car nous vivons dans un monde où trop de mâles n’abandonnent pas, ne serait-ce qu’une parcelle de leur pouvoir.

Cela dit, je dois préciser que dans la deuxième moitié des années 1990, nous étions non seulement très écoutées en tant que féministes, mais aussi suivies de manière efficace par deux représentantes de la France à l’ONU à New York. D’abord Hélène Gisserot, puis Claire Aubin (qu’elle avait formée) étaient exceptionnellement attentives à nos préoccupations et en tenaient réellement compte. Cela n’a jamais été pareil depuis et il n’est que justice de rendre ce tout petit hommage aux deux.

Pour le monde des médias, nous sommes toujours aussi invisibles ; ils préfèrent les femmes soumises, parfois quelques victimes médiatisées, à plaindre passagèrement, soit encore des femmes qui adoptent les positions des hommes. (M. Aubry) Nous avons connaissance de bon nombre d’articles, de lettres, envoyés par des femmes reconnues comme expertes nationales ou internationales, et qui restent sans même un accusé de réception par la presse, certaines expertes refusées pour des débats à la télévision, tant de femmes journalistes professionnelles jamais promues à des postes décisionnels dans leur métier, (et l’on s’étonne que les femmes lisent beaucoup moins la presse que les hommes, mais beaucoup plus de livres).

Nous pensons néanmoins être mieux écoutées qu’autrefois par nombre d’élus et par des pouvoirs publics, mais sans que cela soit suivi d’une mise en œuvre de nos desiderata.

Pour les femmes qui veulent agir pour une égalité effective et réelle, il y a plusieurs chemins, tous ardus. On peut se lancer dans la lutte sauvage à l’intérieur des divers partis politiques. On peut aussi se lancer dans la lutte tout aussi sauvage à l’intérieur des diverses religions pour arracher un statut d’égalité. On peut encore combattre dans des associations féministes, diffuser les informations, organiser des formations et faire du lobbying auprès des élus français et européens comme auprès des représentants de nos pays dans les instances de l’ONU. Toutefois moins nous aurons d’illusions sur ce que ces divers « pouvoirs » seront prêts à faire pour nous, mieux nous pourrons réussir, car il ne s’agit surtout pas de croire aux bonnes paroles que certains proféreront, ni de relâcher jamais nos pressions.
Bon courage à toutes.

Bernice Dubois
le 18 novembre 2010 (Ruptures)

Saturday, January 22, 2011

bébé né hors mariage lapidé

17/01/2011
Pakistan : bébé né hors mariage lapidé à mort à l'appel d'un imam
Une cruauté inimaginable...
Retrouvés dans une décharge de Karachi, les corps sans vie de deux nouveau-nés sont lavés une dernière fois avant d'être enterrés. Comme des centaines d'autres au Pakistan, où la crise économique pousse de plus en plus de familles à l'infanticide.
"Ils n'auront pas vécu plus d'un ou deux jours", explique Mohammad Saleem, en désignant les deux tout petits cadavres essuyés avec soin par ses collègues de la morgue de la fondation Edhi à Karachi, la mégalopole du sud. L'infanticide ne cesse d'augmenter dans la conservatrice république islamique du Pakistan, où la naissance d'enfants hors mariage est condamnée et où l'adultère est passible de la peine de mort.
1.210 bébés ont été abandonnés ou tués dans le pays en 2010, contre 999 en 2009 et 890 en 2008, selon Edhi, qui tente de contrer cette tendance. La plupart sont âgés de moins d'une semaine. Des chiffres très partiels car collectés dans les principales villes du pays et n'incluant donc pas la majorité rurale de la société. Au cours du seul mois de décembre dernier, Edhi dit avoir trouvé 40 bébés morts dans les décharges et caniveaux.
Les récits morbides abondent dans les bureaux de la fondation. Entre autres exemples, son directeur à Karachi, Anwar Kazmi, cite le cas d'un enfant de six jours étranglé puis brûlé, un autre trouvé devant une mosquée après avoir été lapidé à mort à l'appel d'un imam qui a depuis disparu...
"Ne les tuez pas, déposez-les ici", implore un poster affiché devant les locaux de la fondation, où des berceaux ont été installés à cet effet. "Les gens se débarrassent des enfants car ils les considèrent comme illégitimes, mais ce sont avant tout des êtres innocents qui ne demandent que de l'amour", plaide Abdul Sattar Edhi, créateur de cette ONG aux multiples branches et figure humanitaire la plus célèbre du pays.
La fondation possède dans les faubourgs de la ville un cimetière parsemé de petites tombes anonymes. "Nous avons acheté ce terrain car le précédent était plein, rempli de centaines de corps", précise son gardien, Khair Mohammad.
90% des enfants trouvés morts par Edhi sont des filles, souligne M. Kazmi. "Le nombre d'infanticides de filles a beaucoup augmenté" en raison des difficultés économiques de la population, aggravées par les gigantesques inondations de l'été dernier, explique-t-il.
Au Pakistan, les filles sont considérées comme un fardeau plus lourd pour les familles, la plupart des femmes ne travaillant pas et restant à la charge de leurs parents, puis de leur mari. Une famille, en outre, peut avoir à dépenser plus d'un million de roupies (près de 8.900 euros) pour marier une fille dans les règles.
Jusqu'à 200 bébés sont déposés chaque année dans les 400 berceaux installés par Edhi à travers le pays, selon la fondation, qui dit avoir reçu plusieurs milliers de demandes d'adoption par des couples sans enfants.
L'avortement est interdit au Pakistan, sauf lorsque la grossesse menace la vie de la mère. Certains estiment que sa légalisation réduirait le nombre d'infanticides et sauverait des femmes qui meurent en accouchant dans la rue.
Une personne reconnue coupable d'assassinat encourt théoriquement jusqu'à la peine de mort. L'abandon d'enfant peut coûter sept ans de prison, l'enterrement clandestin deux ans. Mais ces législations sont rarement appliquées. La plupart des commissariats de police n'enregistrent même pas les affaires d'infanticide", note Abdul Rasheed, un avocat. "Alors enquêter dessus...."
Source : AFP via la croix, 17 janvier 2011