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mouvement des femmes Iraniennes

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Sunday, December 18, 2011

La révolution arabe et la Palestine



Le courant continu de la révolution arabe : « La Nakba n’est pas une fatalité car un monde arabe démocratique et fédéré pourra traiter avec l’Occident sur le même pied d’égalité, défendre les droits légitimes des Palestiniens et ne jamais se plier à la volonté expansionniste et colonialiste d’Israël », disait un journaliste arabe dans les années 50. C’était un temps où nous bénéficiions encore des acquis de la Renaissance arabe et de ses réalisations dans les champs sociaux et politiques. Nous vivions les lendemains heureux des libérations nationales.
Mais hélas ! un autre sort était réservé aux peuples arabes qui ont, pendant plusieurs décennies, subi des dictatures militaires ou des monarchies absolues et ont vu la Palestine occupée et démantelée par Israël, les Palestiniens spoliés de leur terre et de leurs droits et la cause palestinienne livrée d’une part aux enchères et à la démagogie des dirigeants arabes et d’autre part aux manipulations, aux atermoiements et à la différence des dirigeants occidentaux.
La révolution arabe, dont la première étincelle est partie de la Tunisie en janvier 2011, devient aujourd’hui une réalité incontestable. Ses prémices n’étaient certes pas inexistantes mais pourquoi maintenant ? Inespérée et inattendue à la fois, chaque révolution a son propre profil : elle tire le peuple de sa torpeur et de son désespoir et vient bouleverser des normes, briser des certitudes et crever des tabous. Certains sont tentés de comparer la révolution arabe à d’autres. Mais les comparaisons, rarement justes, nuisent souvent à la lucidité et à la clairvoyance, car si un animateur de télévision française ironise sur une future démocratie dans le Monde arabe, en avançant l’argument : « après la révolution française, il y a eu la terreur », c’est que cet animateur n’a surtout pas envie de sortir de ses clichés qui lui obstruent l’esprit. Contrairement à un spécialiste du Monde arabe qui rappelle : « Les événements actuels reflètent un changement en profondeur des sociétés du Monde arabe. Ces changements sont en cours depuis longtemps, mais ils étaient occultés par les clichés tenaces que l’Occident accrochait sur le Moyen-Orient.»1
D’autres pensent que si mai 68 a été récupéré, les révolutions arabes le seront aussi par les islamistes, les Américains… Or, il faut comparer ce qui est comparable comme l’avait fait Chris Marker dans son film « Le fond de l’air est rouge » où il évoque toutes les révolutions des étudiants déclenchées dans le monde (Mexique, Japon, Egypte…) suite à mai 68.
Grâce à la révolution arabe naissante, un cliché est en train de tomber en Occident, celui qui stipule que les Arabes n’ont rien en commun et qu’ils n’existent pas comme une entité culturelle, sociale et politique. Par contre, lorsqu’il s’agit de les stigmatiser, on leur reconnaît une identité commune mais ô combien négative ! Si le livre d’Elias Sanbar et Farouk Mardam Bey, « Etre arabe »2, est très éclairant à ce sujet, la révolution arabe vient révéler aujourd’hui le destin commun des peuples arabes.
Une révolution innovante : Cette révolution a étonné, avec son expression pacifiste, ses exigences et ses revendications. Une jeunesse avertie et dynamique garde le lien avec les aînés, les remotive tout en gardant ses distances par rapport à eux. Alors que tous les dirigeants en place réagissent de la même manière et utilisent les mêmes ficelles usées en jouant sur les divisions sociales, tribales, confessionnelles, ethniques tout en ayant recours à des répressions sanglantes. Chose étrange ! tandis que les régimes érigés au nom des peuples emploient la violence contre les révoltes populaires, des régimes dits « réactionnaires », celui du sultan d’Oman et du roi du Maroc, dans un moindre degré, anticipent les contestations et promettent des changements significatifs. Un passage en douce vers une réelle démocratie au sein d’une monarchie constitutionnelle ! Attendons pour voir. Le cas du régime syrien, selon
1 Olivier Roy, le Monde du 13-14 février.
2 Actes sud-Sinbad, 2005.
un journaliste palestinien, pourrait résumer les espoirs d’un tel changement : « Le peuple syrien souffre de deux faims, celle du pain et celle de la dignité et de la justice sociale. Si le président Bachar ne s’en rend pas compte, le résultat serait extrêmement grave. Nous avons peur pour la Syrie : la seule citadelle qui fait face au projet israélo-américain qui a humilié les peuples arabes, volé leurs biens et brisé leur capacité de résistance. C’est pourquoi, nous souhaitons la préserver en lui conseillant l’anticipation des réformes. Le dirigeant est jeune, mais il est entouré de momies qui croient vivre encore du temps de Brejnev et de la Guerre froide. La Syrie attend l’étincelle, pourvu que le président Bachar puisse lui éviter la grande explosion.»3
Ce mouvement révolutionnaire qui se ressent dans l’opinion arabe refuse toute sorte d’ingérence étrangère susceptible de lui voler son printemps. L’expérience de l’Irak est suffisamment douloureuse et instructive (le fait de priver le peuple irakien de juger lui-même ses anciens dirigeants, suite à des procès équivoques, a marqué les esprits à jamais !).
La Palestine au coeur de la révolution : Après le départ de Ben Ali, les Tunisiens lancent immédiatement ce slogan : « Palestine, nous ne t’oublions pas ». Alors que le célèbre poète égyptien, la voix des peuples arabes, Ahmad Fouad Najm, qui a connu les geôles des trois derniers présidents égyptiens, s’adresse aux Palestiniens à la fin d’une intervention sur Al Jazeera : « N’ayez pas peur, nous venons à votre secours ». Dans un de ses derniers poèmes, mis en musique, il dit en guise de refrain : « Ni Hamas, ni Abbas, mais plutôt la cause palestinienne ».
Chose significative, depuis quelques jours, des manifestations régulières revendiquent la fin de la division au sein du camp palestinien. Des jeunes entament une grève de la faim qu’ils promettent d’observer jusqu’à l’unité nationale. Très peu de temps après, Mahmoud Abbas annonce une importante décision : aller à Gaza pour rencontrer les dirigeants de Hamas pour sceller l’union et organiser des élections rapides.
Israël est aussi inquiet que les dirigeants arabes en place. Ils prétendent tous que l’islamisme va régner partout. Pourtant quelques rares esprits lucides et courageux expriment leur désaccord. Ecoutons l’analyse d’un journaliste israélien d’Haartez : « Nous sommes tous atteints d’orientalisme pour ne pas dire de racisme, car, au lieu de se réjouir en voyant des peuples se débarrasser de leurs tyrans et revendiquer avec courage des élections libres, nous tremblons de peur parce que ces peuples sont des Arabes… A-t-on peur de ne plus être la seule démocratie du Moyen-Orient ?... Et si les prochains Arabes qui se révoltent sont des palestiniens, si des dizaines de milliers parmi eux avancent les mains libres et sans armes vers les murs des colonies pour revendiquer un pays libre, comment va réagir l’armée israélienne ? »4
Ces paroles sont l’écho immédiat de ce qui a circulé la veille, le mercredi 2 mars, sur le net. Après le succès des révolutions en Egypte et en Tunisie, des activistes palestiniens ont déclaré dans un communiqué publié sur leur page "Facebook"5 : « Nous nous attachons au droit de retour de notre peuple palestinien, en conformité avec la résolution onusienne n° 194… Nous appelons notre peuple à retourner dans la Palestine historique et à mettre en oeuvre ce retour dès le 15 mai prochain".
Le groupe, qui se nomme "Marche de retour 2011", a déclaré que le retour est un droit juridique, politique et humanitaire et que tout le monde doit travailler pour l'atteindre. Les
3 Traduit de l’arabe : Abdel-Bari Atwan, al-hirak as-souri ila aïn (Où va la contestation en Syrie) ? Le journal Al Quds al-Arabi, le 17 mars 2011.
4 Traduit de l’arabe, publié dans le journal Al Quds al-Arabi, le 3 mars 2011.
5 Contacter sur : http://www.facebook.com/maseera2011 ; http://www.facebook.com/profile.php?id=100002200592154 ;
http://www.facebook.com/home.php?sk=group_168620926523892.
rédacteurs de l’appel s’attendent à ce que le régime israélien fasse recours à des moyens de répressions, mais ils confirment la possibilité de passer les frontières, car aucune force sur le terrain ne pourrait opprimer tout un peuple qui réclame ses droits. L’efficacité virtuelle de cet appel non violent se fait déjà ressentir : le ministre de l’Information israélien a insisté auprès du fondateur de Facebook pour supprimer la page de l’appel du 15 mai en prétextant qu’il s’agit de « provocation » et d’ « incitation à nuire aux Juifs et aux Israéliens ».6
Des obstacles à vaincre : Mais pour faire évoluer l’opinion publique en France, il faudrait tenir compte des difficultés signalées par Esther Ben Bassa, historienne et directrice d’études à l’EPHE. Elle critique tous ces intellectuels et élites politiques qui observent la révolution dans les pays arabes peut-être avec envie tout en craignant ce bouleversement et le commentant selon des « grilles de lecture d'un autre temps, héritées du colonialisme… Ils se demandent, ajoute-t-elle, comment d'anciens colonisés sont capables de se révolter, eux, ces « attardés de la civilisation », ces « islamistes-terroristes » obnubilés par leur religion « rétrograde ». Ces femmes qu'en Occident nous voulions libérer en leur enlevant le voile sont là-bas sur les places publiques – avec ou sans voile – en train de mener la rébellion à côté des hommes et sur un pied d'égalité… Nous avons même oublié que ces mêmes peuples s'étaient déjà révoltés contre la colonisation elle-même et avaient acquis l'indépendance au prix de grandes luttes, et que ce n'est pas la première fois qu'ils prennent leur destin en main… » 7.
Enfin, E. Benbassa porte sur la politique française un jugement d’une grande sévérité. Elle considère qu’au lieu de soutenir ce qui se passe de l’autre côté de cette méditerranée qui se démocratise et à défaut de vrais projets politiques, certains partis utiliseront comme repoussoir « l’écharpe verte de l’islam ».
En Israël, Netanyahou avoue clairement sa peur de voir les manifestations pacifistes palestiniennes se multiplier. Entertenir un état de guerre permanent, tout en discourant sur la paix, est en effet la politique qu’a suivi l’Etat d’ Israël depuis sa fondation. Politique sécuritaire et expansionniste inspirée de méthodes coloniales utilisées jadis par la France en Algérie ou par des colons aux USA : « Elles consistent, d’après Tocqueville le théoricien de la colonisation en Algérie, à mettre le pays à sac, à s’emparer de tout ce qui peut être utile pour l’entretien de l’armée en « faisant vivre ainsi la guerre par la guerre », comme l’affirme le général Lamoricière, et à repousser toujours plus loin les autochtones de façon à s’assurer de la maîtrise complète des territoires conquis. Ces objectifs une fois atteints par l’emploi d’une terreur de masse autoriseront l’implantation et le développement de nombreuses colonies de peuplement, qui rendront impossible le retour des anciennes tribus… Quant aux populations locales, repoussées par les armes puis dépouillées de leurs terres par les juges, elles décroîtront sans cesse.»8
Quant à nous, nous espérons vivement que le printemps arabe va réussir d’une part à renverser des régimes tyranniques et corrompus et à déjouer d’autre part les plans expansionnistes d’Israël en lui imposant enfin des accords de paix réels, justes et équitables.
Ghaïss Jasser
6 Voir le journal Al Quds al-Arabi du 25 mars 2011.
7 Révoltes dans le monde arabe : notre arrogance colonialiste, voir : Rue 89 Published on Rue89 (http://www.rue89.com/),
8 Quand Tocqueville légitimait les boucheries, Olivier Le Cour Grandmaison, in : monde.diplomatique.fr
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