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mouvement des femmes Iraniennes

mouvement des femmes Iraniennes

Thursday, May 24, 2012


POUR INFO / COMMUNIQUE DE PRESSE

LIGUE DU DROIT INTERNATIONAL DES FEMMES
                                     Créée par  Simone de Beauvoir : http://www.ldif.asso.fr
                         6 Place Saint-Germain des Prés, 75006 Paris, France 
                                                                                                    COMMUNIQUE                                                                                                                                                                                                                  Le 29 février 2012

Les NU  bafouent la règle de neutralité du sport pour plaire à Téhéran !

Alors que l’IFAB, seul organe compétent pour élaborer et appliquer les règles du football, doit prendre le 3 mars prochain une décision sur l’autorisation du port du hijab islamique dans les stades, Wilfried Lemke conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU pour le sport au service de la paix et du développement, a prôné aujourd’hui dans un communiqué, qu’une telle autorisation soit accordée.

Sous prétexte de compassion à l’égard des femmes soumises aux lois islamiques, le représentant des NU, qui devrait être porteur d’une vision universaliste des droits, apporte un soutien éclatant aux pires dictatures, en l’occurrence au régime des mollahs de Téhéran qui depuis 1991 fait le lobbying des instances sportives pour obtenir cette autorisation. D’autre part il incite ainsi les autorités du football et du sport en général à bafouer l’un des fondements du sport moderne, la règle de neutralité politique et religieuse (Loi 4 du règlement sur l’équipement des footballeurs similaire à la règle 51 de la Charte Olympique interdisant toute expression politique ou religieuse).

A-t-on oublié les dérives qui se sont produites lorsque les idéologies se sont invitées dans les terrains de sport ?  A-t-on oublié que même pour des causes justes, comme celle que défendaient les athlètes Noirs américains Tommy Smith et John Carlos, lors des JO de 1968 à Mexico, la sanction a été implacable ? A-t-on oublié les athlètes français à Pékin auxquels on a interdit de marquer leur critique à l’égard de la dictature chinoise en portant un badge avec le slogan pourtant extrait de la Charte Olympique  « pour un monde meilleur » ? A-t-on oublié ce footballeur israélien sanctionné à Vienne pour avoir porté lors d’un match une kippa ? Et cet autre footballeur brésilien exclu pour avoir soulevé son Tshirt et dévoilé un sous-vêtement avec «  I belong to Jesus ! » ?

C’est qu’en réalité la vraie question est celle des enjeux financiers : il y a l’immense marché, costumes islamiquement corrects. …mais il ya aussi les exigences des plus grands sponsors en tête desquels les pays du Golfe.

En prenant cette position les Nations Unies réduisent en cendres les efforts des pionnières musulmanes d’Afrique du Nord qui a l’image de la grande Hassiba Boulmerka avaient tenu tête aux intégristes et osé affirmer «  de la même manière qu’il ne me viendrait pas à l’esprit de porter un short dans une moquée, je ne porterais pas un hijab dans un stade ».

La position de la LDIF de soutien à la neutralité du sport est unanimement approuvée par le Lobby Européen des Femmes qui rassemble 2500 ONG.

Annie Sugier
Présidente de la LDIF , membre du Lobby Européen des Femmes (*)

Tuesday, May 22, 2012


Liberté, Egalité, Parité, toujours !

Nous ne devrions pas avoir à écrire ni à signer ce texte. Les femmes n'ont-elles pas les mêmes droits civiques - celui de voter et d’être éligible- que les hommes depuis 68 ans déjà? Des lois dites de parité n'ont-elles pas été votées dès 1999, première mondiale érigeant en principe le fait de favoriser l'égal d'accès aux mandats électoraux et aux fonctions électives ? Et ne vient-on pas de nommer le premier gouvernement paritaire de la 5eme République? Alors comment se fait-il que le pouvoir soit en fait toujours aussi viril ?

L’exclusion des femmes demeure une réalité dans les instances de pouvoir: l’Assemblée nationale élue en 2007 lors de dernières législatives était à 81,5% masculine. Depuis 1988, sur les 577 circonscriptions, 413 n’ont envoyé aucune femme à l’Assemblée. Cette année, l'UMP n’a investi que 28% de femmes candidates aux législatives. Le classement de notre pays concernant la proportion de femmes parlementaires empire avec les années : la France est aujourd’hui à la 69eme place au niveau mondial.

Cette exception française et cette résistance de l’Assemblée Nationale, - institution pourtant emblématique de la démocratie représentative - incarne le fait qu’au-delà des équations individuelles, l’inertie d’un ordre sexué perdure. Celui-ci puise ses racines dans notre histoire, y compris démocratique : la citoyenneté à la française pensée par les Lumières fait encore de l’ombre aux femmes qui ont été exclues d’un universalisme en réalité masculin. Leur sexe faisant d’elles des êtres d’instinct plus que de raison, elles ont été exclues de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen, du suffrage universel, du Code civil…  Il nous reste encore à mener un travail de désacralisation de ces principes, entamé par les mouvements féministes pro-parité des années 90.

En conséquence, le monde politique se caractérise encore aujourd'hui par un sexisme ordinaire, parfois inconscient. L’inclusion des femmes, telle que nous venons de le voir au sein du gouvernement, n’est ainsi pas contradictoire avec la persistance de leur exclusion du pouvoir. Il s’exprime par la désignation de candidates dans des circonscriptions  « difficiles », voire « ingagnables », mais aussi par le fait qu’elles sont souvent choisies pour leur cumul de différence (sexe, origine réelle ou supposée , âge, affiliation associative, etc.) plutôt que pour leur engagement partisan. Elles sont donc moins autonomes par rapport à celui qui leur a fait la faveur de les choisir.

Enfin, cette mandature se clôt sur des tentatives de remise en cause de la parité. En atteste la réforme territoriale, qui, en remplaçant les conseillers généraux et régionaux par des conseillers territoriaux élus au suffrage uninominal, le mode de scrutin le plus défavorable à la parité, aura pour conséquence de faire reculer de manière spectaculaire les progrès accomplis depuis 2000 au niveau des collectivités locales.

Renaît, avec le renouvellement de l’Assemblée nationale,  l'espoir de voir la parité progresser de nouveau. Nous, militantes féministes, nous, candidat-e-s aux législatives, nous, universitaires, nous voulons participer à l’ouverture d’une nouvelle ère de la parité. Pour y parvenir, nous défendons un renforcement des lois dites sur la parité. Afin que la sanction financière ne soit pas qu’incitative mais aussi contraignante, nous soutenons une suppression pure et simple de toutes les aides publiques aux partis qui ne respectent pas la parité des candidatures aux législatives. Afin de lutter contre la professionnalisation et la confiscation de la vie politique, nous défendons une limitation du cumul des mandats simultanément (interdiction du cumul entre un mandat parlementaire et un exécutif local) et dans le temps (pas plus de deux mandats). Nous nous mobiliserons enfin pour que la constitution « garantisse » et non plus seulement « favorise » l'égalité, changement sémantique préalable à des mesures plus ambitieuses encore.

La question du partage du pouvoir ultime, le pouvoir politique, est centrale. Remettre en cause le monopole du pouvoir par la moitié masculine de la population n'est ni anecdotique, ni l'apanage d’une élite, ni un luxe outrancier en période de crise. C'est questionner le sens de notre démocratie, la place qu'occupe chacun-e d’entre nous et la manière dont nous voulons vivre et décider ensemble. Toutes et tous ensemble.


Tribune à l’initiative d’Osez le féminisme et du Réseau féministe « Ruptures »
10 mai 2012


Premier-e-s signataires

Militantes féministes
Thalia BRETON, Porte-parole d’Osez le féminisme !
Magali DE HAAS, Porte-parole d’Osez le féminisme !
Julie MURET, Porte-parole d’Osez le féminisme !
Anne-Cécile MAILFERT, Militante d’Osez le féminisme !
Monique DENTAL, Réseau féministe Ruptures


Universitaires
Réjane Sénac, Chercheure CNRS-CEVIPOF

Tribune ouverte à signatures de militantes et d’associations féministes, de candidat-e-s aux législatives de 2012 et d’universitaires.
Signatures à transmettre à contact@osezlefeminisme.fr avec la façon dont le/la signataire souhaite être présenté-é

Des dangers menacent l’école de la République


Des dangers menacent l’école de la République
Sans avoir été consultés, ni informés, les responsables des institutions et des syndicats
de l’enseignement ainsi que les enseignants apprennent, par voie de presse, le projet de
régénération de l’université de la Zitouna qui, outrepassant ses prérogatives théologiques
d’autrefois, se propose de dispenser un enseignement général à des élèves dès l’âge de douze
ans et ambitionne de créer différentes filières d’enseignement supérieur en sciences humaines
et exactes, en médecine, en génie civil, etc…
Ce projet qui envisage de désagréger l’enseignement public, vise, aux dires de ses
initiateurs, à pallier ses insuffisances.
Le samedi 12 mai 2012, le projet annoncé quelques jours auparavant, devient réalité.
En présence du représentant personnel du président du conseil des ministres et du président du
mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi., une convention est signée par Houcine Labidi,
responsable de l’enseignement zitounien et par les ministres des Affaires religieuses, de
l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur. Cette convention, déclare M. Houcine
Labidi « fait office d’engagement de soutien et de solidarité de l’Etat à l’égard de cette
honorable institution sans plus. Notre enseignement est indépendant de toute partie.» (La
Presse, mardi 15 mai 2012).
Ce n’est pas tant la relance de l’enseignement zitounien que la totale liberté de cette
institution et la mainmise des wahhabites et des chefs de l’islam politique qui suscitent
l’inquiétude des défenseurs de l’école de la République tunisienne et de certains théologiens
prônant un islam sunnite modéré. En effet, nul ne conteste les bienfaits d’un enseignement
religieux capable de former des théologiens dignes de ce nom, c’est-à-dire des penseurs
soucieux d’inscrire la religion musulmane dans son siècle, dans le respect des libertés
fondamentales, des lois du pays, des autres cultures et des autres religions. Un tel
enseignement sauverait, peut-être, le pays du diktat des cheikhs autoproclamés et de l’islam
politique dont ils sont les défenseurs acharnés.
Malgré les allégations de M. Houcine Laabidi, qui dénie toute allégeance de la
nouvelle institution à une personne ou à un parti, la volonté politique de poser les bases d’un
islam radical est évidente. La présence de M. Rached Ghannouchi, les louanges dont il a été
couvert, la violence exercée par des groupes d’extrémistes sur des journalistes ou de simples
citoyens témoignent de la politisation de l’enseignement comme d’une volonté de changer le
visage de la Tunisie et de détruire l’héritage bourguibien.
Déjà fonctionnel, le centre d’enseignement zitounien fait fi des lois et des règlements
de la République en réactivant tout un appareil juridique en pratique sous le protectorat
français. Ainsi, c’est au moyen d’une levée des scellés apposés en 1958 qu’il s’octroie le droit
de s’approprier tant la Grande Mosquée que la mosquée de Sidi Youssef et les locaux de
l’Institut supérieur des sciences humaines de Tunis.
Indépendant de toute tutelle, libre d’élaborer ses programmes et ses diplômes, cet
enseignement, dont les méthodes pédagogiques et les financements demeurent indéfinis,
menace l’enseignement de la République. Rappelons qu'en Tunisie, tous les établissements
d’enseignement privés du primaire au supérieur ont pour obligation de suivre les programmes
publics et d'être contrôlés. La nouvelle Zitouna serait donc seule à échapper au droit commun.
Les choix modernistes de la Tunisie ont su mener, dans le respect et dans la droite
ligne de l’histoire et des traditions nationales, les Tunisiens à acquérir et approfondir sans
préjugés et en toute indépendance des connaissances qui permettent aujourd’hui à l’État
comme aux citoyens de faire face aux questions économiques, politiques et morales et de
rester debout.
Ainsi, face à cet enseignement qui ne peut que renforcer le courant salafiste et au
danger de régression qui guette les institutions scolaires et universitaires et, par conséquent la
société tunisienne tout entière, il est nécessaire de constituer un Comité national de veille,
d’action et de défense de l’école de la République dont le but serait d’unir toutes les forces
démocratiques afin que l’école républicaine, un des principaux acquis de l’indépendance, soit
sauvée.
Rabâa BEN ACHOUR-ABDELKEFI
Universitaire
Mai 2012

la tourmente de la nouvelle inquisition


L’intelligentsia tunisienne dans la tourmente de la nouvelle inquisition
A Nouri Boukhchim, Youssef Essedik, Olfa youssef, Jawhar Ben Mbarek et aux autres victimes
de la nouvelle inquisition, ce texte en guise de solidarité
Le philosophe Youssef Essedik, l’universitaire et écrivaine Olfa Youssef, le Professeur de droit
constitutionnel et animateur du réseau Doustourouna, Jawhar Ben Mabarek, l’historien Nouri
Boukhchim sont les dernières cibles du fanatisme religieux. Si les deux premiers sont des
« habitués » de « la chasse aux sorcières » qui réapparaît dans nos contrées, les deux autres sont
venus grossir ces derniers jours la longue liste d’universitaires, d’intellectuels et d’artistes, devenus
les représentants emblématiques d’une intelligentsia prise dans la tourmente de la nouvelle
inquisition menée par des extrémistes religieux qui se sont juré de « bouffer de l’intellectuel » dans
cette période transitoire ouverte aux scénarios les moins rassurants.
La seule lecture et la seule vision du monde qui comptent : celle des salafistes
De ce point de vue, ces nouveaux inquisiteurs n’ont rien à envier à leurs ancêtres qui se sont
acharnés, pendant les années 30 du siècle dernier, sur notre penseur et grand réformiste, le
Cheikh Tahar Haddad. Ce pionnier du syndicalisme en Tunisie, ce féministe avant la lettre, dont
la pensée s’est inscrite dans le prolongement du courant réformiste tunisien et qui a inspiré l’un
des codes fondateurs de la Tunisie moderne, à la base de l’émancipation de la femme, le Code du
Statut Personnel, a été durement combattu et condamné de son vivant par des Zeitouniens
ultraconservateurs, ce qui l’a acculé à l’exil, à une vie de paria et de misère, responsables d’une
mort précoce.
Certains de ces nouveaux inquisiteurs ont même décidé de le persécuter dans sa tombe qu’ils
ont profanée le mercredi 2 mai au lendemain de la célébration de la Fête du travail qui a vu la foule
des manifestants sur l’Avenue Bourguiba arborer son effigie à côté de celles de Farhat Hached et de
Mohamed Ali Hammi. L’épitaphe à sa mémoire, rédigée par le grand journaliste Hédi Lâabidi, a
été peinte en noir, ainsi que ses dates de naissance et de décès. Ne faut-il pas, à leurs yeux, brûler
les icônes de la libre pensée et leurs disciples? Tahar Haddad, devient de ce point de vue une cible
privilégiée parce qu’il a appelé à un retour à l’Ijtihad, qu’il a, selon la formule de Aboul Kacem
Mohamed Kerrou dans son livre Tahar Haddad publié en 1957, « milité avec sa plume et son
esprit, sa poésie et sa prose comme personne avant lui et personne d'autre jusqu'à présent » et
qu’il « a sacrifié sa vie pour défendre la liberté d'expression et de recherche ».
Youssef Essedik, et Olfa Youssef sont voués aux gémonies parce qu’ils ont osé pratiquer
l’Ijtihad et brisé beaucoup de tabous. Il était, par conséquent, hors de question qu’ils s’adressent au
public le dimanche 23 avril à Kélibia, encore moins pour parler du fanatisme religieux. Olfa
Youssef, menacée, a jugé prudent de ne pas se présenter. Youssef Essedik, bravant l’interdiction et
les intimidations, donnera sa conférence religieuse mais sera contraint à s’adresser au public, dans
un bureau fermé et derrière une fenêtre. Il n’aura même pas cette opportunité lors du colloque
organisé le mercredi 26 avril à l’université Zitouna autour de la constitution et de la charia
islamique. Ses censeurs ont obtenu gain de cause, personne parmi les organisateurs ne prenant le
risque d’imposer le droit du penseur à exprimer son point de vue sur le thème, objet du colloque, si
bien que les salafistes présents se sont arrogé un droit de véto contraire aux principes du dialogue
et de la tolérance, fondements de l’Islam, tel qu’il nous a été légué par d’illustres ulémas de la
Zitouna, hypothéquant par là même la liberté de pensée et les libertés académiques.
Jawhar Ben Mbarek ne peut passer, quant à lui et à leurs yeux, que pour le mécréant suprême
puisqu’il est l’animateur d’un réseau qui initie, dans la Tunisie profonde, considérée par les
salafistes comme leur fief, les citoyens à des concepts comme l’état de droit, la notion de
constitution ou celle de république civile alors que les extrémistes religieux ne reconnaissent pas
les lois positives et jugent que les Tunisiens n’ont pas besoin de constitution puisqu’ils en ont une :
Le Coran. Tomber à bras raccourcis sur le mécréant, au sens propre du terme au point de lui faire
subir un traumatisme crânien, simuler sa mise à mort par égorgement, dans le but de le terroriser,
saccager sa voiture et celle de ses accompagnateurs deviennent des actes que légitime la parole
divine (sic !). L’un des députés de la Constituante ne s’est-il, du reste, pas appuyé sur le texte sacré
, faisant une lecture ultra-orthodoxe, pour ne pas dire erronée des versets cités, pour appeler à la
répression sauvage de sit-ineurs qui ne réclamaient pourtant que le droit au travail ou
l’amélioration de leurs conditions de vie ?
La situation apparaît d’autant plus grave que les agresseurs jouissent de l’impunité la plus
totale. Pire même, certains représentants du pouvoir en place n’hésitent pas à parler des talents de
comédien de Jawhar Ben Mbarek quand ils ne font pas preuve d’une indulgence suspecte vis-à vis
des assaillants. On fait circuler le bruit que la tombe de Tahar Haddad, n’a pas été profanée. Son
neveu Mohsen Haddad, qui n’a cessé de faire dans les médias des déclarations confirmant la
profanation, serait-il un mythomane ? Les militants de la société civile, venus avec des roses et
des fleurs se recueillir sur sa tombe le vendredi 4 mai pour le réhabiliter et réparer le préjudice
moral que sa mémoire a subi, seraient-ils crédules ou de grands acteurs devant l’éternel, complices
d’une grande machination ?
Historique d’une campagne savamment orchestrée
A côté de ce déni de réalité, on observe chez certains acteurs de la vie politique et même
chez certains de nos concitoyens une amnésie qui leur fait oublier ces faits gravissimes ou une
stratégie de la banalisation qui leur fait minimiser d’autres évènements aussi préoccupants. A ceux
qui se vantaient dans un passé récent d’avoir une mémoire d’éléphant mais dont la faculté de
réminiscence est devenue subitement très sélective ou oublieuse dans le but évident de maquiller
en actes isolés sans relation les uns avec les autres une campagne d’agressions savamment
orchestrée contre les intellectuels, les universitaires et les artistes tunisiens, et pour banaliser les
constantes violations des libertés, il est de notre devoir et sans prétendre à l’exhaustivité de
rappeler, pour ne pas les encourager à noyer le poisson et à pratiquer le « fardage » politique et
dans le souci de témoigner devant l’histoire, les violences subies par les acteurs de la vie culturelle
et universitaire depuis plus d’une année.
Les salafistes perturbent le fonctionnement normal des institutions culturelles publiques et
privées ou empêchent le déroulement de manifestations culturelles et artistiques. Nouri Bouzid, le
cinéaste connu pour son anticonformisme et son engagement en faveur des Lumières, a été blessé
à la tête le 9 avril 2011 par un objet pointu. En mars de la même année, un groupe d’artistes
tunisiens, comprenant entre autres la cinéaste Selma Baccar et la comédienne Leïla Chabbi, a été
menacé par des salafistes et empêché de présenter des films et des pièces de théâtre dans le camp
de réfugiés de Ras-Jedir sans compter l’agression contre la salle de cinéma AfricArt, son gérant et
ses spectateurs, en juin 2011 ni celle visant le 25 avril dernier les comédiens et les artistes venus
présenter un spectacle pour célébrer sur l’avenue Bourguiba la Journée internationale du théâtre.
.
L’année académique actuelle a été émaillée, dans de nombreux établissements scolaires, par
des incidents graves et multiples fomentés par des salafistes voulant y imposer le niqab. Nous
n’avons pas, à leur propos, beaucoup d’informations parce qu’ils n’ont pas été suffisamment
médiatisés. Ce sont des facebookers qui en ont rendu compte sans être relayés par les médias.
Mais c’est l’université qui a été sous les feux des projecteurs, et les auteurs des incidents, dont elle
a été le théâtre, ont ciblé les facultés des lettres, les facultés des sciences humaines et sociales, les
instituts des Arts, l’Université Zitouna, et spécialement, la Faculté des Lettres, des Arts et des
Humanités de la Manouba, et les femmes.
L’une d’entre elles, Rafika Ben Guirat, professeure de marketing et de communication à
l’Ecole supérieure de Commerce de Manouba a vu, le 31 octobre 2011, des inconnus encercler
l’amphithéâtre où elle dispensait un enseignement. Ils n’ont cessé de crier, de la huer,
interrompant son cours parce qu‘ils en voulaient à sa tenue, jugée – à tort – irrespectueuse d’un
point de vue religieux alors qu’il ne lui semblait pas indisposer qui que ce soit en portant une tenue
décente aux couleurs du drapeau national qui sera profané quelques mois plus tard. Cette allergie
aux couleurs ne semble pas être le fait des seuls salafistes. Le 2 mai dernier, les Journées culturelles
de la FLAHM ont été sabotées par un groupuscule d’étudiants ayant une aversion pour le blanc et
le bleu, couleurs emblématiques de l’Etat d’Israël qui figuraient, par malheur, sur l’une des dix
affiches qui faisaient la publicité des Journées. Accuser l’association culturelle choisie pour fournir
la logistique nécessaire à la manifestation d’être pro-sioniste, sur la base du choix des couleurs de
cette affiche, relevait de l’absurde. Pourtant ces étudiants, pour lesquels le ridicule ne tue pas, ont
franchi le pas. Menacée, pourchassée vraisemblablement à cause d’une histoire de couleurs
analogue puisqu’elle ne portait objectivement pas de tenue indécente, Rafika Ben Guirat n’a dû
son salut qu’à la protection de ses étudiants qui lui ont suggéré de sortir par une porte dérobée et
qui l’ont escortée jusqu’aux bureaux de l’administration où elle s’est enfermée pour échapper à la
furie de ses assaillants.
Le 23 novembre 2011, quelques jours avant l’invasion de la FLAHM par les salafistes ,la
deuxième professeure, Asma Saïdane Pacha, exerçant à l’Institut Supérieur des Arts et Métiers de
Kairouan, a été insultée, humiliée et prise en otage, pendant deux heures par des extrémistes
religieux, dans une protestation qui est une répétition, à l’échelle d’une petite institution
universitaire, des manifestations ayant suivi la diffusion par la chaîne de télévision privée Nessma
TV du film Persépolis. Il lui est reproché d’avoir proposé, à l’occasion d’un examen, le
commentaire d’une reproduction de la fresque de Michel-Ange à la Chapelle Sixtine, représentant
la création d’Adam. Cette peinture a été, à l’instar du film iranien, jugée hérétique et contraire
aux préceptes de l’Islam qui interdisent la représentation de Dieu.
Cinq semaines auparavant, au milieu du mois d’octobre 2011, une autre professeure,
enseignant la doctrine islamique à l’Institut Supérieur de Théologie de Tunis, s’est vue intimer par
ses étudiants l’ordre de porter le hijab si elle voulait continuer à enseigner. Sa tenue vestimentaire,
considérée comme non conforme aux enseignements de la charia, ne l’autorisait pas, selon eux, à
enseigner la doctrine islamique ! Insultée, qualifiée de mécréante sur des affiches placardées sur les
murs de l’Institut, et non soutenue par ses collègues, elle a choisi de demander sa mutation.
C’est surtout aux femmes que les salafistes s’en sont pris à la FLAHM dont les enseignants ont
été victimes d’agressions répétées et d’un harcèlement sans merci pour avoir défendu les valeurs
universitaires et leurs prérogatives pédagogiques menacées par les salafistes qui veulent imposer le
niqab pendant les activités académiques. Ces derniers, à l’image de ceux qui opposent leur véto aux
conférences religieuses de Youssef Essedik et d’Olfa Youssef, se considèrent comme les
dépositaires de la vérité en matière religieuse. Wissem Othamani, l’un de leurs chefs, étudiant à la
Faculté de droit, devenu célèbre pour avoir interdit le 6 décembre 2011 au doyen de la FLAHM
l’accès à son administration, n’a-t-il pas traité sur les ondes de Shems FM le Cheikh Abdelfattah
Mourou d’ignorant, lorsque ce dernier a essayé de lui expliquer que le port du niqab n’était pas une
obligation religieuse islamique ? Comme ceux qui ont empêché le Professeur Jawhar Ben Mabarek
de faire une conférence sur la Constitution, ils se rebellent contre les lois positives et désirent
imposer des lois compatibles avec leurs croyances religieuses. Pire même, ils livrent une guerre
sans merci à tous ceux qui, dans le camp laïc ou religieux, militent pour une république civile et
démocratique et ils font des pressions énormes pour l’avènement d’un régime théocratique, aidés
en cela par ceux qui, au sein du parti actuellement au pouvoir, excellant dans l’art du double
langage, préparent cet avènement. Le débat constitutionnel momentanément clos, relatif à la
charia comme source principale de la législation et qui a divisé Ennadha, s’inscrit dans cette
optique et il me semble l’expression, au sein de ce mouvement, des tiraillements internes sur la
nature du régime à venir.
La descente aux enfers de Nouri Boukhchim au tribunal de l’Inquisition
C’est au tour de Lotfi Boukhchim, ce jeune enseignant à la Faculté des Lettres et des Sciences
Humaines de Kairouan qui assure un enseignement d’architecture et d’arts islamiques dans le cadre
du Mastère des Sciences du Patrimoine, initié par la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de
Tunis (9 avril) d’être, le dimanche 29 avril dernier dans la prestigieuse mosquée Zitouna, la
victime des inquisiteurs qui se sont autoproclamés redresseurs de torts qu’eux seuls relèvent parce
qu’ils sont victimes de leur imagination débridée et de leur sectarisme liberticide, et qui s’arrogent
les attributions d’une brigade de la promotion de la vertu et de la prévention du vice. C’est ce
collègue à qui les extrémistes religieux ont interdit de faire une leçon sur le terrain et qu’ils ont,
pour ce faire, insulté, violenté physiquement, harcelé moralement, tourné en dérision et humilié
en présence de ses étudiants. Comme nos collègues précédemment cités, il est accusé de
mécréance : c’est un païen. Puisqu’il s’occupe d’architecture, il ne peut qu’idolâtrer la pierre
(sic !). On se croirait dans un conte de Voltaire ! A cette accusation d’hérésie s’ajoute un autre
reproche. Il s’occupe, comme certains de ses collègues à Manouba des études islamiques. Comment
ose-t-il ? Les recherches dans le domaine de l’Islam ne devraient-elles pas être la chasse gardée des
prédicateurs religieux auxquels on peut joindre, à la rigueur, les enseignantes et les enseignants de
l’université Zitouna : pas toutes, mais seulement celles qui portent le hijab ; pas tous, mais
uniquement ceux qui ne sont pas suspectés d’être des musulmans éclairés. Ces dernières et ces
derniers seraient les seuls à avoir le droit d’assurer un enseignement et de faire des recherches dans
le domaine de la civilisation islamique. C’est cette stratégie de l’exclusion et de
l’excommunication qui explique que nous ayons atteint, avec l’agression contre Nouri Boukhchim,
le point culminant de l’effroyable, de l’abominable !
C’est un effroyable calvaire en trois actes que notre collègue a vécu dans cette matinée du 29
avril dernier et qui risque de marquer sa vie. Il est, ainsi que ses étudiants, très mal accueilli par le
personnel de la mosquée. L’hostilité des « hôtes » à leur égard se traduit par une interdiction
absolue de faire la leçon malgré l’autorisation accordée par l’autorité de tutelle. Après des
négociations difficiles, l’accès au patio de la mosquée leur est permis alors que la salle de prière leur
est interdite : le groupe était constitué d’étudiants et d’étudiantes et l’Islam interdit, de leur point
de vue, la mixité si bien que l’accès à la salle de prière par un groupe mixte est perçu comme une
profanation. Le second acte de ce calvaire pourrait être intitulé « le procès » car il s’agit d’un
procès en bonne et due forme, intenté au professeur abasourdi devant ses étudiants ahuris, par des
inquisiteurs qui sont à la fois juge et partie. Son témoignage diffusé sur Facebook donne la chair de
poule. C’est comme s’il avait comparu devant un tribunal de l’Inquisition. Asma Saïdane Pacha
accusée de faire, à l’ISAM de Kairouan, des commentaires de tableaux personnifiant Dieu et à qui
on a ordonné, en expiation de sa faute, de réciter la « chahada » et « de proclamer publiquement
[son] repentir d’avoir insulté l’Islam », n’a pas hésité à faire cette comparaison. Elle a confié à
Human Rights Watch avoir eu le sentiment de se tenir « face à un tribunal de l’Inquisition ».
La salle de prière de la prestigieuse mosquée est transformée en salle de tribunal. Les
enseignants et leur chef se transforment en juges impitoyables : « Le cheikh des enseignants (je ne
voudrais pas divulguer son nom) était entouré d’un grand nombre de cheikhs alignés sur une
seule rangée (parmi lesquels – semble-t-il – des enseignants de la Faculté de Théologie mais je
n’en suis pas sûr). Des centaines d’étudiants se sont assis devant eux. Le cheikh m’a ordonné de
m’asseoir. Il m’a pris l’autorisation qu’il a commentée avec beaucoup d’ironie et de mise en
scène ». L’acte d’accusation est une somme d’injures, de griefs sans fondement, de jugements de
valeur non étayés par des preuves : « Il a commencé par m’abreuver d’un torrent d’accusations,
de sarcasmes, d’injures, m’accusant d’être un intrus infiltré, un communiste, un mécréant,
d’idolâtrer la pierre, d’enseigner le mezoued et d’inciter à la décadence morale ». Le public,
acquis à la cause de l’inquisiteur, participe à la curée, condamnant sans appel le professeur dans une
parodie de jugement qui nie le droit de l’inculpé à assurer sa défense et qui est pire, de ce fait, que
la justice expéditive : « A chaque fois, il [le cheikh] me criait au visage : « Tais-toi ! ». Les voix,
derrière moi, reprenaient en choeur : « Tais-toi ! », et la foule de glorifier Allah : « Allahou
Akbar ! Allahou Akbar ! Allahou Akbar ! »…. J’ai essayé de me défendre. Les cheikhs qui étaient
debout et la multitude m’ordonnaient de me taire. Les garçons, parmi mes étudiants, ont essayé
de défendre leur professeur qui était humilié sous leurs yeux. Ils ont essayé de se défendre et de
défendre les étudiantes qui étaient restées dans le patio de la mosquée mais ils ont été incapables
de résister à l’énorme masse des agresseurs qui se sont répandus contre moi en injures au point
que j’ai failli m’évanouir ». La mise en scène tente de conférer une solennité à une cérémonie qui
relève de la farce tragique. La farce réside dans les accusations de mécréance dont le ridicule et le
caractère grotesque sont d’autant plus évidents que Nouri Boukhchim est un musulman pratiquant.
Il a d’ailleurs tenu à le confier lors du témoignage qu’il a fait à l’occasion de l’assemblée générale
syndicale des enseignants de la FSHS de Tunis. La tragédie découle des humiliations subies par
notre collègue qui sont allées crescendo avec le troisième acte du supplice : le verdict.
La sentence et son exécution sont plus offensantes que le procès lui-même. On décide de
chasser le grand coupable de la mosquée après l’avoir excommunié et on le jette en pâture à la
foule : « Le cheikh s’est moqué de mes diplômes, de ma qualité d’enseignant et il a appelé les
présents à me jeter dehors. Quand je me suis réveillé, la foule vociférait devant moi, me poussait
vers la sortie et ressassait : « Traître ! Communiste ! Corrupteur ! Nous avons repris la mosquée
et nous ne permettrons pas à tes semblables d’y mettre les pieds … Sors, espèce de (je ne sais plus
quoi) ! Tu es venu pour profaner la mosquée. Dégage, toi et tes élèves ! ».. Nouri Boukhchim
poursuit son récit en mettant l’accent sur le préjudice moral subi : « Bref, nous avons été éjectés de
la salle de prière avec beaucoup de violence, (tantôt traînés, tantôt bousculés) avec beaucoup de
mépris, de sarcasmes et de ressentiment. Mon visage était aspergé de postillons, émis par un
grand nombre d’entre eux tandis qu’ils vociféraient. Ils ne m’ont pas donné l’occasion de
m’expliquer. Je n’ai pas réussi, malgré mes tentatives, à le faire. Les portes de la salle de prière
ont été très rapidement fermées derrière nous alors que nous étions poursuivis comme des rats.
Notre seul tort, c’est que nous étudions le patrimoine islamique dans la mosquée Zitouna ».
Trois jours après ces incidents effroyables, Nouri Boukhchim était encore sous le choc avec
le sentiment déchirant d’avoir vécu un malheur. Ses étudiants ne sont pas non plus arrivés à s’en
remettre. C’est un enseignant écoeuré, blessé dans sa dignité, traumatisé, au bord de la dépression
qui est venu témoigner lors de l’assemblée générale syndicale tenue le 2 mai à la Faculté des
Sciences Humaines et Sociales de Tunis et au cours de laquelle il a repris presque terme à terme son
témoignage à la fois émouvant et révoltant diffusé sur Facebook : « Malgré la sympathie exprimée
par quelques uns et les tentatives faites par d’autres pour nous calmer et nous remonter le moral,
je n’ai pas pu assimiler ce qui nous est arrivé, moi et mes étudiants… Je n’ai pas d’autre choix
que celui de faire mon deuil de mes diplômes et des années de ma vie que j’ai perdues sur les
bancs de l’école (j’ai fait mon entrée à l’école en 1980). C’est un jour sombre dans ma vie.
Toutes les années de jeunesse que j’ai perdues sur les bancs de l’école ne m’ont servi à rien.
Sincèrement, je ne possède rien ici-bas et je ne posséderai rien d’autre que mes diplômes et mon
statut d’enseignant. Aujourd’hui, j’ai été dépossédé de tout cela ! Ils se sont acharnés à
m’humilier et à humilier mes étudiants, à bafouer la matière que j’enseigne, l’université où
j’enseigne…. Il n’y a de Dieu qu’Allah et il n’y a de pouvoir et de puissance qu’avec l’aide
d’Allah ».
En l’écoutant, je me suis surpris à penser : « Nouri Boukhchim, c’est moi ! » et le film de
l’agression dont j’ai été la victime le 6 décembre 2011 m’est revenu à l’esprit ainsi que toutes les
scènes de violence dont j’ai été le témoin ou qui m’ont été rapportées. Nouri Boukhchim, c’est
chaque universitaire, chaque intellectuel, chaque artiste humilié – mais heureusement – non encore
immolé à l’autel du fanatisme religieux. Chaque intellectuel tunisien est aujourd’hui un Nouri
Boukhchim en puissance! Ne l’oublions pas ! S’il y a une leçon à tirer de la multiplication et de la
recrudescence des violences, c’est que cela n’arrive pas qu’aux autres, que cela ne concerne ni une
frange de l’intelligentsia, ni un seul espace, ni un seul champ d’activité. La solidarité de
l’intelligentsia tunisienne ne peut se matérialiser que grâce à la création de réseaux et de collectifs
à l’image du Comité de défense des valeurs universitaires, de l’autonomie institutionnelle et des
libertés académiques, de même que la solidarité des démocrates ne peut se manifester que par le
biais d’une culture de la refondation ou du front, condition sine qua non d’une reconfiguration du
paysage politique tunisien dans le sens souhaité par les démocrates qui oeuvrent pour l’avènement
d’une démocratie. Nous sommes dans la même galère qui risque, si l’on n’y prend garde, de nous
mener à contre-courant du sens de l’Histoire et qui nous fera perdre non seulement les nouveaux
acquis, fruits de notre révolution citoyenne mais aussi notre tunisianité, que la Zitouna, cette
prestigieuse institution religieuse a contribué à forger, à côté d’autres institutions aussi
prestigieuses que le Collège Sadiki ou la Khaldounia.
Je remonte le temps et d’autres scènes me reviennent à l’esprit, celles où mon grand-père
maternel, uléma zeitounien né en 1875, m’initie pendant mon enfance à un Islam éclairé et je
bénis les enseignants qui l’ont formé et qui font partie d’une lignée d’ulémas et de cheikhs éclairés
dont la Tunisie s’enorgueillit. Ils ont diffusé les nobles valeurs qui font de l’Islam cette religion
profondément humaniste et respectueuse des droits humains dont Alphonse de Lamartine fait une
superbe apologie dans son Histoire de la Turquie. L’auteur des Harmonies poétiques et religieuses,
fervent catholique, y glorifie aussi le Prophète dans des morceaux d’anthologie grandiloquents qui
servent la finesse de ses analyses, un argumentaire des plus judicieux et des plus convaincants et
une défense et illustration de l’Islam. Ces fragments séduisent plus d’un musulman et relèguent
dans les oubliettes de la littérature et dans la catégorie des textes mineurs des pamphlets hostiles à
l’Islam et à son prophète, inspirés à Pascal par son fervent catholicisme et à Voltaire par son
déisme.
Au nom d’un Islam importé, étranger à nos contrées et dogmatique, les extrémistes religieux
veulent confisquer à nos institutions universitaires, culturelles ou artistiques la marge d’autonomie
que leur accordent les lois tunisiennes dans l’élaboration de leurs programmes et oeuvrent pour les
déposséder des libertés académiques, de la liberté de pensée et de création. Les évènements, dont
ces espaces mais aussi les mosquées sont le théâtre, nous donnent le tournis. A chaque nouvelle
violation, nous pensons avoir atteint le comble de l’absurde. La violation qui suit nous laisse
pantois, nous pousse à nous pincer pour vérifier si nous ne faisons pas de cauchemar. Nous
sommes à chaque fois, comme les personnages de Kafka, placés dans une situation insolite, parfois
insoutenable, voire hallucinante qui nous déroute. Les scènes dont nous sommes les témoins, les
incidents qui nous sont narrés nous rappellent l’ambiance angoissante, à force d’être absurde, de
l’univers kafkaïen. Angoissante, parce que ce qui est en cause, ni plus ni moins, c’est le devenir de
nos institutions, le futur de notre pays et l’issue de la période transitoire sur laquelle les Tunisiens
fondent beaucoup d’espoirs mais qui voit les prémices d’une fascisation rampante. C’est la
mobilisation tous azimuts et l’unité des rangs, elles seules, qui peuvent nous aider à transcender les
difficultés pour reprendre « la marche ascendante » qui va dans le sens de l’Histoire, une Histoire
qui « marche à reculons » en ce moment.
Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste, professeur de littérature française à la FLAHM

Saturday, May 12, 2012

Réponse à Tariq Ramadan


D. Shayegan. - Vous parlez beaucoup d’une " histoire musulmane ". Mais toute l’histoire de l’islam est une histoire prophétique. Elle commence avec Adam et se termine par la révélation de Mahomet, le dernier prophète. De ce fait les musulmans, consciemment ou non, se croient métaphysiquement supérieurs aux autres religions révélées, puisqu’ils ont la dernière révélation : le zénith de la prophétie. Ne disait-on pas que Mahomet sous le soleil n’avait pas d’ombre ? Donc la vérité est toujours avec nous. L’islam détient la vérité. Ces mythologies existent dans l’imaginaire de l’islam, on peut les réveiller quand on veut, et c’est justement ce que font les mouvements islamistes. Ils entretiennent chez les musulmans l’illusion qu’en retournant à l’islam ils pourront résoudre tous leurs problèmes. Il suffirait en somme de court-circuiter l’Histoire pour atteindre une Terre promise. Mais c’est une illusion. La Loi, en tant que telle (je fais toujours la distinction entre la spiritualité islamique, que j’aime beaucoup, et l’islam de la Loi), appliquée à la lettre, n’a aucune réponse à nos problèmes économiques ou administratifs.
Vous parlez ensuite de diversité des civilisations. Mais, à mon avis, il n’y a qu’une seule civilisation dans le monde, et c’est la civilisation mondiale, moderne, universelle - je ne dirai même pas occidentale, parce qu’elle fait partie de nous, qu’elle reflète aussi une certaine sensibilité de notre temps, et qui n’est plus celle du Moyen Age. Avec le retour de Khomeini en Iran, on a commencé à voir des scènes, des images que personne n’arrivait plus à supporter : les flagellations, les martyres, les fontaines de sang... Cette explosion de l’archaïque dans le moderne, proprement insupportable pour des hommes du xxe siècle, explique l’émigration massive. Ces gens ne fuyaient pas parce qu’il n’y avait plus de libertés individuelles - ces libertés n’existaient pas avant la révolution. Ils fuyaient un monde archaïque qui offensait leur sensibilité.
Là, je me pose une question : pourquoi l’Asie, qui est de confession bouddhique et confucéenne, supporte-t-elle mieux la modernité que ne le fait l’islam ? Pourquoi l’islam a-t-il tant de problèmes avec les valeurs considérées comme universelles, et qu’il regarde comme occidentales ? Il y a d’abord la rivalité de l’islam avec la chrétienté. Il y a ses échecs historiques. Et puis il y a le fait qu’il n’a jamais voulu faire l’apprentissage de la modernité. Je vous donne un exemple précis : l’ère Meiji, au Japon, a commencé en 1868. La même année, le chah iranien a entamé des réformes. Au Japon, ces réformes ont abouti. En Iran, jamais. Les résistances ont été les plus fortes.
Je crois que le monde islamique doit vraiment entamer son autocritique et casser les tabous. On n’ose pas. Aucun imam n’ose faire une lecture critique du Coran. Alors que la modernité en Occident a commencé au xviie siècle avec la critique de la Bible et des Ecritures. Arrive un moment où il faut prendre ce recul. Se demander : d’où viennent les blocages ? Pourquoi faisons-nous toujours les mêmes erreurs ? Et cesser de dire : c’est la faute des Américains, des Russes, des Anglais...
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D. Shayegan. - Mohamed Arkoun l’a bien montré : il y a deux périodes dans les temps modernes pour l’Islam. La première, qu’il appelle " nahda ", est la période de l’éveil, des Lumières islamiques ; et la seconde période, qu’il appelle " thawra ", la révolution, qui commence au milieu du xxe siècle. L’Islam se replie de plus en plus sur lui-même et donne naissance à ce courant islamiste que je ne reconnais pas comme étant musulman.
Dans ces quatre lectures dont vous parlez, Tariq Ramadan, ce que je vois, moi, c’est une résurgence des structures fortes du sacré. Qui sont aussi les structures fortes de la violence. Car le sacré est violent. Et cette violence existe dans le Coran, que vous le vouliez ou non. Cette grande culture, qui s’est formée depuis 1 400 ans, a essayé de sublimer cette violence qui était à l’origine de la religion pour en faire une culture d’amour : c’est ce qu’on trouve chez nos mystiques - finalement très proches des mystiques chrétiens, d’une certaine façon.
Lorsque vous faites sauter le vernis, vous revenez à un islam complètement utopique, qu’on appelle " Islam de l’âge d’or " - mais dont on sait qu’il n’a duré que trente ans et qu’il fut semé d’assassinats. L’Islam n’est devenu une civilisation que plus tard, avec les Omeyyades et les Abbassides ! Les mouvements islamistes actuels, qui prétendent revenir aux sources, ne sont que des réactions, des rejets. Des pôles de ressentiment.
C’est très dangereux de jouer avec la croyance des gens et d’en faire un instrument de combat. Dans le Coran, on peut tout trouver. Il y a la violence, dans le Coran, il y a la guerre sainte. C’est pour ça qu’il y a toujours eu des écoles de lecture. On a toujours voulu interpréter le sacré ; mettre en avant le sens symbolique des versets, ne pas le lire à la lettre. Et voilà que, dans les temps modernes, on a sacralisé la charia. Mais la charia est très encombrante dans le monde islamique ! Elle empêche cette société de bouger, en prétendant s’occuper de tout, de votre vie privée, de ce que vous mangez... Ce genre d’islam, c’est de l’islam sclérosé, pétrifié.

Pourquoi les pauvres ne votent pas en fonction de leur intérêt économique



France : 
par Catherine Bernard,
le 3 mai 2012
Qu'on se le dise : les citoyens économiquement les plus modestes ne sont pas toujours fans des politiques de redistribution. Du moins si l'on en croit leur vote. C'est ce que démontrent depuis plusieurs décennies les études électorales américaines. Et, de plus en plus fréquemment, les études électorales européennes.
Comme le confirme Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof (centre de recherches politiques de Science Po),
«Depuis une trentaine d'annéesla sociologie, autrefois déterminante dans l'explication du comportement électoral, n'explique plus qu'en partie le vote
Ainsi Marine Le Pen (moyenne nationale: 17,9%) a réalisé un bon score chez les ouvriers où elle se place au même niveau que François Hollande (autour de 30%) au premier tour, alors que son programme propose plus d'exclure certains des minima sociaux que d'augmenter à proprement parler ces derniers. Une bonne partie de son programme est du reste centrée sur la défense des interêts des artisans, commerçants et PME. Surtout, elle devance largement Jean-Luc Mélenchon, même si celui-ci a réalisé un score plus qu'honorable dans cette catégorie (entre 11et 18% selon les instituts). Comment expliquer ce paradoxe?

Quand les pauvres seront riches

Au fil des ans, les politologues, notamment américains, ont avancé diverses explications: les pauvres, expliquent-ils, par exemple, ont beau être pauvres, ils ne s'en rendraient pas compte. Enfin, pas totalement. La plupart sous-estimeraient ainsi que les riches ne sont pas un peu, mais immensément plus riches qu'eux.
Et de fait, les Américains sont convaincus que les 20% de leurs concitoyens les plus fortunés contrôlent 59% de la richesse du pays alors qu'en réalité, ils en détiennent 85%. Résultat: bercés par le rêve américain, les plus modestes surévalueraient grandement leurs chances de rejoindre cette élite économique. Et se fourvoieraient donc lorsqu'ils soutiennent des mesures fiscales favorables aux plus riches en pensant, qu'un jour, eux-aussi, en profiteront.
Quatre chercheurs américains, Ilyana Kuziemko, Michael I. Norton, Ryan W.Buell et Taly Reich, viennent d'avancer une nouvelle thèse:  pour eux, si les pauvres votent contre leur intérêt, c'est qu'ils ont peur qu'une politique sociale généreuse profite surtout.... à encore plus démuni qu'eux. Les faisant du même coup descendre tout en bas de l'échelle sociale.
Car il y a toujours plus pauvre et donc plus aidé que soi-même. C'est ce que ces chercheurs baptisent la «last place aversion», autrement dit, le dégoût pour la dernière place. Comme aux cartes, l'important est bien d'être celui....qui n'a pas le pouilleux!

Le pouilleux, c'est l'autre

Pour le démontrer, ils n'ont ni plus ni moins procédé à une expérience de laboratoire. Les chercheurs ont distribué à des «cobayes» des sommes d'argent représentant leur revenu théorique, et chacun a pu savoir à quel niveau de richesse il se situait par rapport aux autres participants. Les chercheurs leur ont ensuite donné le choix: préféraient-ils bénéficier d'une augmentation de revenu modeste mais tout à fait certaine, ou participer à une loterie, qui, si par hasard ils la gagnaient, les ferait progresser d'un ou plusieurs rangs par rapport aux autres participants.
La probabilité d'opter pour l'une ou l'autre solution s'est révélée à peu près stable pour tous les participants. Sauf pour les deux moins bien lotis qui optaient plus souvent pour la loterie. Le plus pauvre pour sortir de sa condition, le «deuxième plus pauvre» pour ne pas.... prendre la place du dernier si jamais celui-ci tirait le gros lot.
Dans une autre expérience, où chacun devait choisir de donner un dollar soit à celui qui le précédait (un peu plus riche) ou le suivait (un peu plus pauvre), les «avant derniers» préféraient systématiquement enrichir leur «supérieur» direct plutôt que de voir leur suivant atteindre leur rang.
Autrement dit, l'important pour l'électeur américain ne serait pas d'être pauvre, en valeur absolue, mais bien de ne l'être pas trop, en valeur relative.
D'autres études corroborent cette interprétation, et la précisent encore plus: ainsi les recherches de Alberto Alesina, Edward Glaeser et Bruce Sacerdote trouvent deux raisons principales à la faiblesse d'un soutien populaire à un Etat providence américain:
«Les Américains sont persuadés d'une part qu'ils vivent dans une société ouverte et juste  —et où toute redistribution est donc inutile, NDLR—, […] et de l'autre qu'une plus grande redistribution profiterait surtout aux minorités ethniques, et non à eux-mêmes».
«D'où l'émergence de la notion de ”welfare chauvin”, dont les largesses ne profiteraient qu'aux nationaux, comme le prône en France Marine Le Pen», explique Bruno Cautrès.

Les plus instruits aussi votent contre leur intérêt

Mais si les plus pauvres ne votent pas toujours «utile», ils ne sont pas les seuls! «A l'inverse, constate Bruno Cautrès, les classes moyennes éduquées votent désormais majoritairement pour la gauche socialiste, alors que celle-ci, bien souvent, augmente leur effort fiscal».
Explication: le vote n'est pas seulement l'expression d'intérêts. Mais aussi celle de valeurs qui parfois transcendent ou contredisent cet aspect purement utilitariste. Lorsque la contradiction est trop forte, des clivages inédits s'instaurent: «coexistent ainsi désormais une gauche, comme une droite, ouvertes sur l'extérieur et une gauche/une droite plus fermées», explique Bruno Cautrès.
Mais on devrait bientôt en savoir plus: en France, le vote a jusqu'à présent souvent été étudié sous l'angle des CSP (catégories socio-professionnelles), qui ne constituent qu'une indication partielle de la situation sur l'échelle sociale du pays. Mais Nonna Mayer, directrice de recherche au CNRS, mène actuellement une recherche sur le vote des personnes les plus pauvres (y compris les personnes sans domicile fixe) qui permettra de bien mieux cerner les motivations et les comportements de cet électorat.
Catherine Bernard

Thursday, May 10, 2012

Esclavage


Comme le rappelle le Comité pour la Mémoire et l’Histoire de 
l’Esclavage, la date du 10 mai – qui ne se substitue pas aux dates 
commémoratives des différents territoires ultramarins - a été retenue 
en tant que date commémorative nationale. Il marque  en effet le  jour 
de 2001 « où les élus de la République adoptèrent à l’unanimité, en 
dernière lecture au Sénat, la loi du 21 mai 2001 par laquelle la France 
est le premier Etat au monde à reconnaitre l’esclavage et la traite 
comme un crime contre l’humanité ». Le MRAP tient à rendre hommage à 
cette Loi de la députée guyannaise Christiane TAUBIRA.

Au plan international, les Nations-Unies ont fixé en 2002 la Journée 
internationale pour l’abolition de l’esclavage au 2 décembre, pour 
marquer la date de l’approbation par l’assemblée générale de l’ONU, en 
1949, de la convention pour la répression et l’abolition de la traite 
des êtres humains et de l’exploitation par la prostitution d’autrui.

De son côté, l’UNESCO a fixé au 23 août sa commémoration de l’esclavage, 
en mémoire de l’insurrection d’esclaves des 22 et 23 août 1791 à 
Saint-Domingue, déterminante dans l’abolition de la traite négrière 
transatlantique, marquée par  les sinistres « Codes Noirs » de Louis XIV 
(1685) et de Louis XV (1723) : ils firent régner sur ces territoires une 
véritable peine de mort « privatisée » à l’encontre d’esclaves réduits à 
l’état de « biens meubles » et de  « cheptel » humain.

L’histoire de l’esclavage, ce sont des siècles de luttes  des esclaves 
eux mêmes pour la liberté. Des centaines de révoltes,  réprimées avec 
une barbarie inouïe, se sont déroulées tout au long des  siècles 
d’esclavage à Haïti, Porto Rico, Saint Domingue, Cuba, à la  Martinique, 
aux Etats-Unis... Elles nous ont légué des noms devenus symboles de 
résistance à l’oppression: Diego de Campo, chef de la révolte cubaine de 
1545 au cours de laquelle  7000 “nègres marrons” se sont organisés en 
république ; un premier grand camp de “nègres marrons” établi en 
Guadeloupe en 1636, dans les hauteurs de Capesterre ; Toussaint 
Louverture qui a proclamé la première république noire en  Haïti et 
meurt en 1803 dans la forteresse française de Joux ;  une insurrection 
d’esclaves en Jamaïque qui réunit en 1831 à 1832 plus de  20 000 insurgés…

En France, comme dans de nombreux pays du monde, est évoquée la question 
des « réparations »,  particulièrement brûlante lors de la conférence 
des Nations Unies contre le Racisme de Durban, en 2001. D’autres 
démarches réparatrices sont également à l’œuvre: en particulier des 
efforts croissants de recherche destinés à l’écriture de cette  histoire 
trop longtemps négligée ou refusée, afin de la faire  reconnaître et 
partager par toutes et tous.

Le MRAP se félicite de toutes les démarches de lutte contre l’oubli et 
de réappropriation de l’Histoire par les générations successives, en 
particulier, dans le cadre scolaire. C’est là un fondement essentiel 
pour la lutte contre le fléau du racisme et  pour veiller à ce que 
l’Histoire ne se répète pas !

Paris 10 mai 2012