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mouvement des femmes Iraniennes

mouvement des femmes Iraniennes

Friday, February 28, 2014

http://minicasts.podomatic.com/play/4844670/6934957

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سخنرانی من در روز 8 مارس 2012 در شهر کپنهاگ. کشور دانمارک

در کانون اندیشه

Wednesday, February 26, 2014

Pourquoi nous sommes encore FÉMINISTES :


vingt bonnes raisons (au moins)

1. PARCE QUE nous voulons un monde de paix et de justice, où la dignité humaine soit respectée. Jean Mulatier, dessinateur
2. PARCE QUE nous demandons que hommes et femmes soient égaux en dignité, égaux en droits, et que ces droits soient appliqués. Agnès Kaspar, syndicaliste

3. PARCE QUE les deux tiers des analphabètes du monde sont des femmes et des filles. Alain Rey et Josette Rey-Debove, linguistes
4. PARCE QUE 99 % des terres cultivées du monde appartiennent à des hommes, alors que les femmes produisent 70 % des cultures vivrières. Parce que les femmes sont 70 % des plus pauvres du monde. Isabelle Autissier, navigatrice

5. PARCE QUE 84 % des parlementaires du monde sont des hommes, alors que les femmes sont plus de la moitié du corps électoral. Roselyne Bachelot, députée

6. PARCE QUE dans aucun pays les femmes ne bénéficient réellement de droits égaux à ceux des hommes. Parce que, en Afghanistan, les femmes subissent une barbarie inouïe et sont privées de tous les droits. Françoise Héritier, anthropologue, professeur au Collège de France
7. PARCE QUE, en France, à travail égal, les hommes gagnent 15 % de plus que les femmes et que, en moyenne, toutes professions confondues, ils gagnent 25 % de plus qu’elles. Geneviève Fraisse, philosophe, députée européenne

8. PARCE QUE les hommes n’assurent que 20 % des tâches de la maison ainsi que des soins aux enfants, aux malades et aux personnes âgées de la famille. Alain Lipietz, économiste, député européen

9. PARCE QUE au moins un foyer sur dix est le lieu de violences graves dont les victimes sont à 95 % des femmes et des enfants. Cavanna, journaliste

10. PARCE QUE la sexualité entre adultes consentants apporte des plaisirs réciproques parmi les plus splendides qui soient, et qu’elle ne devrait pas être utilisée, en paroles ou en actions, pour blesser ou pour salir. André Comte-Sponville, philosophe ; Amélie Nothomb, écrivaine
11. PARCE QUE toute femme a déjà été traitée, dans la rue ou au volant par exemple, de " salope " ou de " connasse ". Laure Adler, directrice de France-Culture

12. PARCE QUE la publicité représente trop souvent de manière dégradante les femmes, ainsi que les relations entre hommes et femmes (domaine d’intervention de La Meute ; site http://lameute.fr). Frédéric Beigbeder, écrivain

13. PARCE QUE dans le monde, chaque année, deux millions de petites filles sont excisées et s’ajoutent aux 100 millions de femmes mutilées du sexe. Olivier Duhamel, député européen

14. PARCE QUE nous appelons à résister à la violence du système machiste, qui exalte une virilité brutale et qui méprise les êtres différents : femmes, enfants, homosexuels, faibles, etc. Olympia Alberti, écrivaine ; Richard Poulin, sociologue ; Dominique Fourcade, écrivain ; Taslima Nasreen, écrivaine
15. PARCE QUE dans certains pays, la volonté politique et le travail féministe ont déjà fait changer les mentalités, au Canada ou en Europe du Nord par exemple.Michelle Perrot, historienne ; Paul Guimard, écrivain

16. PARCE QUE nous sommes solidaires des femmes et des filles qui, ici et ailleurs, sont maltraitées, humiliées, sous-payées, insultées, battues, violées. Nicole Abar, footballeuse (ancienne internationale) et présidente de l'association Liberté Aux Joueuses, LAJ
17. PARCE QUE " le féminisme n’a jamais tué personne, alors que le machisme tue tous les jours " (phrase de Benoîte Groult, écrivaine, qui confirme).

18. PARCE QUE nous demandons une loi antisexiste sur le modèle de la loi française antiraciste de 1972, afin que les délits et les crimes sexistes soient reconnus comme tels et punis. Yvette Roudy, députée-maire, ancienne ministre des Droits de la femme ; Maud Tabachnik, écrivaine
19. PARCE QUE nous aspirons à l’idéal républicain de Liberté Égalité Fraternité ; parce que l’on pourrait remplacer fraternité par un nouveau mot, adelphité, pour mieux exprimer l’idée d’une solidarité harmonieuse entre tous les humains, femmes et hommes. Florence Montreynaud, écrivaine

20. PARCE QUE " l’utopie d’aujourd’hui est la réalité de demain " (Victor Hugo). Annie Ernaux, écrivaine
VOILÀ POURQUOI NOUS SOMMES ENCORE FÉMINISTES …
et aussi longtemps qu’il le faudra !

féministes et fières de l'êtredans 56 pays* à avoir signé le Manifeste
"Pourquoi nous sommes encore féministes..."
Prière de diffuser ce texte autour de vous !* (et 2 territoires français) Algérie, Allemagne, Argentine, Australie, Autriche, Belgique, Brésil, Burkina-Faso, Cambodge, Cameroun, Canada (surtout Québec), Chine, Colombie, Comores, R.D. du Congo, Égypte, Émirats arabes unis, Espagne, États-Unis, France, Gabon, Guatemala, Haïti, Honduras, Hongrie, Inde, Irlande, Islande, Israël, Italie, Japon, Liban, Lituanie, Luxembourg, Madagascar, Malaisie, Mali, Maroc, Mauritanie, Mayotte, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pérou, Portugal, Réunion, Roumanie, Royaume-Uni, Russie, Sénégal, Serbie & Monténégro, Suède, Suisse, Tahiti, Togo, Turquie, Uruguay et Venezuela.
Site mis à jour en février 2014
Pour vous joindre aux Chiennes de garde, qui défendent des femmes contre des insultes sexistes publiques, voyez le site !
Qui est lmillième signataire du Manifeste ?
Pour vous joindre à un autre réseau féministe, La Meute des Chiennes de garde contre la publicité sexiste, signez le Manifeste "NON à la pub sexiste !" sur le site !

laïcité

Les 4e Rencontres de la laïcité du groupe socialiste de l’Assemblée nationale
- 30 janvier

A l’initiative de Jean Glavany, le groupe socialiste de l’Assemblée nationale organisait ses 4e Rencontres de la laïcité le 22 janvier dernier. Le thème retenu cette année : droits et devoirs républicains, avec notamment Manuel Valls et Robert Badinter.
En ouvrant ces Rencontres dont le groupe socialiste fait désormais un rendez vous annuel, son président, Bruno Le Roux, salue ce « travail d’affirmation politique », estimant que la laïcité est « fondatrice de l’idée socialiste ». Un travail d’autant plus nécessaire que « régulièrement des faits ou des comportements bousculent la laïcité », ce qui nous impose un « devoir constant de vigilance ».
En prélude aux interventions du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, et de l’ancien Garde des sceaux Robert Badinter, un échange portait sur les enjeux laïques en Europe autour de trois témoins : Annie Sugier, présidente de la Ligue du droit international des femmes, Martine Cerf, secrétaire générale de l’association Egale, et Patrick Kessel, président du Comité Laïcité République et membre de l’Observatoire de la laïcité.
Tous ont souligné l’importance du combat pour l’égalité des droits entre hommes et femmes, Patrick Kessel qualifiant ces dernières de « hussards noirs républicains d’aujourd’hui ». En insistant sur les droits qui sont accordés aux femmes au sein de l’Union européenne, Annie Sugier a dressé un tableau finalement méconnu, remarquant par exemple que le droit à l’avortement ne figure pas dans la Charte des droits fondamentaux de l’UE, une Charte de plus en plus contestée au motif de « droit à la différence » qui vise toujours à rogner sur les droits des femmes et à contester l’égalité des droits entre hommes et femmes. En observant que les religions ciblaient le corps des femmes et leur sexualité, la présidente de la LDIF, fondée en son temps par Simone de Beauvoir, estime que le principe de laïcité est en régression en Europe, et que la France, de ce point de vue, se devait de montrer l’exemple, comme les députés de la majorité l’ont fait tout récemment en supprimant la notion de détresse dans les dispositions sur l’IVG. Le rejet du rapport Estrela, qui visait à faire de l’IVG un droit européen, illustre le recul des droits, selon elle.
D’un point de vue plus général, Martine Cerf brosse le panorama de la laïcité en Europe, remarquant que la séparation des églises et de l’Etat et de sa neutralité était l’exception. Presque partout en Europe, insiste-t-elle, c’est la liberté religieuse qui est mise en avant et non la liberté de conscience, faisant fi ainsi des agnostiques ou des athées. Partout aussi se manifestent des demandes de retour au délit de blasphème que l’Europe avait pourtant assez largement réussi à faire reculer dès le XVIIIe siècle. La secrétaire générale d’Egale souligne aussi combien des instances européennes, par exemple dans le domaine éthique et scientifique, sont composées en majorité de religieux, qui imposent leur point de vue, en particulier s’agissant de la recherche médicale.
Pour Patrick Kessel, la question qui se pose, en Europe comme en France, et notamment à la gauche, est de savoir quel modèle prévaudra : celui qui met en avant l’égalité des droits ou celui qui insiste sur les différences. Il faut selon lui lever les confusions, car celles-ci entretiennent la progression de l’extrême droite. « En se battant pour la laïcité en France, on la renforce aussi dans les autres pays », conclut-il en saluant le combat de ceux qui, en réalisant le printemps arabe voulaient tout sauf l’hiver obscurantiste. Mais l’évolution récente de la Tunisie et de l’Egypte permet peut être d’en nourrir l’espoir.
Problèmes avec la laïcité
Jean Glavany enchaine sur ces propos en soulignant en effet que deux modèles s’offrent à nous. « Soit on juxtapose les différences, comme c’est le cas dans beaucoup de pays d’Europe, soit on les dépasse pour rechercher le commun ». Pour le député des Hautes Pyrénées et initiateur de ces Rencontres, il y a à l’évidence une actualité du combat laïque. « Et s’il y a un combat, c’est parce qu’il y a des problèmes avec la laïcité », relève-t-il, pointant la responsabilité d’idées venues de l’extrême gauche selon lesquelles tous les droits doivent être respectés ou autrement dit qu’il serait interdit d’interdire. Jean Glavany insiste pour que, dans la filiation républicaine socialiste, ceux-ci soient toujours assortis de devoirs.
A son tour, Robert Badinter se dit « inquiet pour la République laïque. Au départ, pourtant, tout était simple, relisez Jaurès et Briand. Tout était dit : la liberté de croire ou de ne pas croitre, la liberté de conscience et d’opinion que garantit la laïcité et la fin des réprouvés, ceux qui n’appartenaient pas à la religion majoritaire et les non croyants ». Or, explique l’ancien ministre de la Justice, « une extraordinaire confusion règne, entretenue par les différentes sources du droit, avec des juridictions qui se laissent aller à leurs visions, parfois contradictoires. Observez l’affaire Baby Loup : c’est d’une simplicité évidente pour des laïques, et pourtant nous voyons régner une énorme confusion sur cette affaire ». Pour Robert Badinter, le problème vient du fait « nous avons à gauche des visions qui ne sont plus celles de la gauche républicaine mais qui font la part belle aux revendications communautaristes et différentialistes. La laïcité vacille et le problème est qu’elle vacille à l’intérieur de la gauche », souligne l’ancien président du Conseil constitutionnel. « N’oublions jamais que le communautarisme porte en lui la mort de la République ! ». Redoutant que se propage le modèle britannique, dont le système judiciaire entérine des prescriptions édictées par la Charia, Robert Badinter prend l’exemple des cantines scolaires et des revendications culinaires en fonction des religions, dont il estime qu’il s’agit d’une « épreuve de force pour faire reculer le camp républicain. A chaque fois que nous cédons, les religieux les plus fondamentalistes nous soumettent à leurs règles et font reculer la République. Il faut beaucoup de résolution aux élus locaux pour résister à ces pressions, mais le véritable enjeu du combat est là : le communautarisme fondé sur des principes religieux va-t-il se substituer à la République ? ».
Retrouver le sens du combat
A son tour, Manuel Valls établit un « constat d’inquiétude devant la crise de confiance et d’identité » que ressent la société. Observant que le camp laïque ne s’est plus réellement mobilisé depuis 1984 et l’abandon du projet de « grand service public de l’éducation », le ministre de l’Intérieur constate qu’en revanche les adversaires de la laïcité se sont eux fortement impliqués dans le débat public. Il faut selon lui « retrouver le sens d’une démarche positive, combative, car la laïcité n’est pas qu’un concept juridique. Elle implique l’égalité, entre les sexes notamment, et la possibilité de choisir sa vie set son destin, c’est en ce sens que la laïcité est profondément émancipatrice », souligne le locataire de la place Beauvau. Et, reconnait-il, ce débat « gêne à gauche » qui assiste souvent spectatrice à des montées de revendications identititaires communautaristes. « Devons nous céder à la tentation de fléchir ou de ne pas voir, de ne pas traiter les problèmes ? Si nous cédons, ce modèle laïque sera mis en danger ». Et Manuel Valls de citer le cas de la crèche Baby Loup, dont il a soutenu le combat depuis le début. « Reprenons nos combats, ils sont ceux de la gauche, relève le ministre de l’Intérieur. Quand on dit qu’il n’y a pas de problème de laïcité en France, on se trompe », poursuit-il, partisan du recours à la voie législative ou réglementaire pour « dire non, porter un coup d’arrêt qui nous évitera un jour d’avoir à assister à la remise en cause de ce que nous sommes, c’est-à-dire attachés à la liberté, car la laïcité est avant tout une liberté ». Evoquant les problèmes posés dans les cantines scolaires mais aussi pour l’accompagnement des sorties scolaires ou à l’université, Manuel Valls l’assure : « Il faut apporter des solutions, nos solutions, car sinon d’autres courants apporteront les leurs et l’inquiétude grandira. Dans ce rapport de force, il nous faut résister avec la même fermeté face à ceux qui veulent imposer des critères religieux. Ce combat, c’est à la gauche de le mener, avec son discours, sa méthode, sa pratique. Cette morale laïque que nous avons construit depuis le XVIIIe siècle, il nous faut en reprendre le flambeau », conclut le ministre de l’Intérieur.
Philippe Foussier

Sunday, February 23, 2014

Friday, February 21, 2014

Iran" زنها و حرفه ها فیلمی از ناصر تقوایی "

14 février : Ne pas oublier la liberté. Martine. Storti



Chaque génération de féministes en fait hélas l’apprentissage. De la bêtise, de la manipulation, et pour une part plus réduite, de la saloperie. Le débat qui se joue depuis quelques semaines sur la scène médiatico-politique française en est la démonstration. Une fois de plus en effet il faut entendre ce que Simone de Beauvoir a entendu lors de la publication de son livre Le deuxième sexe dans les années 50, ce que d’autres avant elle avaient entendu, au long des décennies antérieures, ce que comme les autres filles du MLF, j’ai entendu dans les années 70 et que l’on entend encore, au grand étonnement des jeunes et dynamiques féministes d’aujourd’hui : qu’il faut s’en tenir à la nature, qu’oser affirmer qu’il y a une part culturelle et donc construite dans ce qui s’appelle le masculin et le féminin annule la différence des sexes, que l’égalité entre les hommes et les femmes fait perdre à ces dernières leur féminité… Autant de répétitions, décennie après décennie, siècle après siècle !

Il fut un temps où c’était l’absence de corset ou le port du pantalon qui ôtaient aux femmes leur féminité, un autre l’idée saugrenue qu’elles s’étaient mises en tête, devenir par exemple ingénieure, pilote d’avion, polytechnicienne ou chirurgienne…Mais ce qu’elles étaient depuis fort longtemps, parce qu’il y a fort longtemps que les femmes travaillent, par exemple femmes de ménage, paysannes courbées sur les champs, ouvrières à la mine ou à l’usine, toutes ces activités, bien sûr, ne nuisaient pas à leur féminité, et n’annulaient pas la différence des sexes !

Quand même souligner qu’il était difficile de penser en 2014 qu’un projet bienvenu comme les ABCD de l’égalité, et somme toute assez banal quant au fond, allait susciter une telle litanie d’énormités. Projet banal en effet que de montrer non pas qu’il n’y a pas de nature dans le féminin et le masculin, mais de montrer que la nature n’est pas seule en cause, qu’il y a aussi une part importante de social, de culturel, que cette part, construite, varie donc selon les époques et les sociétés, qu’elle n’est pas immuable, qu’il y a donc et c’est heureux plusieurs manières d’être petite fille et petit garçon, femme et homme. Ou pour le dire autrement et encore plus banalement qu’une petite fille qui a envie de courir, jouer au football, grimper aux arbres et s’amuser avec des autos miniatures n’est pas forcément un garçon manqué et qu’un petit garçon qui a envie de jouer à la poupée ou à la dinette n’est pas forcément une « femmelette ». Ces ABCD ajoutent que la différence des sexes ne justifie pas la hiérarchie des sexes et que certains a priori sur la féminité et la masculinité - a priori qu’on peut aussi appeler préjugés, stéréotypes - peuvent produire des blessures, des souffrances, des  discriminations.

Les dénonciateurs  de ces ABCD et qui veulent leur suppression, affirment qu’ils ne sont pas contre l’égalité entre les filles et les garçons. Pas contre l’égalité, il se peut. Mais contre la liberté, sûrement.
Reprécisons : la question des femmes ne renvoie pas seulement à l’égalité avec les hommes, qui, depuis plusieurs années, semble être devenu le discours incontournable des droits des femmes, voire d’une bonne partie du mouvement féministe. Egales bien sûr, les femmes doivent l’être. Mais l’égalité ne suffit pas. L’égalité ne vaut pas émancipation. A l’égalité il faut ajouter la liberté. Et c’est précisément parce qu’il y a deux sexes, et c’est précisément parce qu’il y a de la différence, et parce que oui une part de cette différence est irréductible -et dire cela n’est pas naturaliser, ni même essentialiser le féminin-, que la liberté est nécessaire, indispensable.
Par quoi les féministes des années 70 ont-elles commencé ? Par la maitrise du corps. Par la liberté du corps. Contraception, droit d’avorter, lutte contre le viol, parce qu’il y va de la liberté des femmes, liberté insupportable à certains. Je devrais dire à beaucoup.

Or il est intéressant de constater que ces mots, liberté, libérationémancipation ont quasiment disparu, lorsqu’il est question des femmes, en particulier dans les instances gouvernementales, ou dans les organisations européennes, internationales, multilatérales. Il est dit et écrit « égalité entre les femmes et les hommes », mais pas « liberté des femmes ». « Liberté, ça choque trop » m’expliquait il y a peu un diplomate français. J’ajoute que le mot « genre », ce mot qui excite tant certain-es en France, est jugé aussi dans nombre de pays et dans la plupart des réunions internationales comme plus acceptable, plus modéré en quelque sorte que d’autres mots, considérés presque comme des gros mots, tels  libération des femmes ou féminisme. Et d’une certaine manière, ce n’est pas faux. Car le « genre » ne suffit pas à rendre compte de la domination, de la marchandisation des femmes, de leur contrôle.

Mais ces stratégies de dissimulation n’évitent rien, Les religions d’ailleurs ne s’y sont pas trompé, ne s’y trompent toujours pas et font alliance. Hostiles à cette maîtrise par les femmes de leur corps, à cette liberté des femmes ainsi qu'on le voit aujourd’hui, qu’il s’agisse, pour ne prendre que ces deux exemples, de l’avortement ou du voile.

Pour en revenir à ces ABCD expérimentés dans quelques écoles françaises, ils auraient dû s’appeler « ABCD de l’égalité et la liberté ». De les avoir mal nommés n’a pas empêché les cris d’orfraie. Pour la suite, il faudra oser mettre la carte sur la table, c’est-à-dire la carte de l’émancipation réelle qu’il faut concevoir comme Pierre Mendès France concevait la  République, « éternellement révolutionnaire à l’encontre des inégalités, de l’oppression et de la misère, de la routine, des préjugés et éternellement inachevée tant qu’il reste des progrès à accomplir ».





 
Niveau closer, 20 janvier 2014Version imprimableSuggérer par mail
 
Ah qu’ils étaient contents, contents du Président de la République et contents d’eux, ces vieux messieurs présents sur le plateau de Ce soir ou jamais du 17 janvier dernier. Oui, c’est avec plaisir, satisfaction et même fierté que Georges Kiejman, 81 ans, Philippe Sollers, 77 ans, Jean-Michel Ribes, 67 ans, jugeaient que François Hollande « habitait enfin la fonction ». A preuve sa conférence de presse, à preuve aussi sa vie sentimentale.

Il faut protéger la vie privée, affirmaient-ils, ne pas mêler vie privée et vie publique, mais que faisaient-ils d’autre que lier les deux quand ils nous expliquaient, tel Sollers, que Hollande était bien meilleur depuis qu’il avait eu « la force de s’échapper du matriarcat féroce » qui pesait sur lui (toujours la faute des femmes, bien sûr !) ; ou bien, quand ils nous affirmaient, tel Kiejman, qu’« Hollande n’avait jamais eu une attitude aussi présidentielle » que depuis qu’il était amoureux.

Ils disaient les mots « amoureux » et « amour », ils nous les répétaient et Sollers même en bavait mais on comprenait bien, à voir les sourires entendus et les mines complices, que ces mots venaient à la place de ceux qu’ils n’osaient pas prononcer mais qu’ils avaient en tête, « bander » et « baiser ».

Les hommes plus jeunes qui participaient au débat semblaient en être gênés. Nous l’étions aussi. Et la prestation de ces vieux messieurs ne se situait pas à un autre niveau que les « révélations » de Closer.




 
Décembre 2013 : A propos des rencontres de Genre en actionVersion imprimableSuggérer par mail

A propos des rencontres internationales Féministes ou non ? Organisées par le réseau Genre en action et Assaida Al Horra
(du 5 au 7 décembre 2013)

Quand la confusion politique ne profite pas au féminisme


Ce n’était pas a priori une mauvaise idée que d’organiser dans un pays d’Afrique du Nord une rencontre internationale afin que « les féministes, je cite les propos introductifs de Claudie Vouhé, présidente de Genre en action, s’emparent des sujets qui font polémiques ».
Donc pendant trois jours (5,6,7 décembre), à Tanger, quatre « axes thématiques » devaient être proposés aux 150 participantes venues de nombreux pays : « situer les féminismes au cœur des enjeux actuels du développement », « traiter la récurrente question des liens entre féminisme(s) et genre », « questionner le genre et l’intersectionnalité des situations d’inégalité ou de domination », «  interroger les notions d’universalisme, de culturalisme, de relativisme et les croiser avec les féminismes ».

Malheureusement le programme mis en œuvre à travers séances plénières et surtout tables rondes pré-organisées ne fut pas à la hauteur de l’ambition affichée.
Certes il y a eu, au cours de ces trois journées, des interventions – et cela fut le plus intéressant – qui ont raconté les luttes menées par des femmes et parfois par quelques hommes contre les inégalités, les discriminations, les violences, les dominations, et exposé les obstacles rencontrés, les risques pris pour tenter de faire advenir pour les femmes et les filles ne serait-ce qu’un peu d’égalité et un peu de liberté.


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Novembre 2013 : Au liban on les appelles les déplacé-esVersion imprimableSuggérer par mail
Les femmes syriennes et palestiniennes réfugiées au Liban, victimes et actrices, enfermées dans la tradition et en rupture forcée avec elle.


Au Liban, on les appelle plutôt les « déplacé-es »

Toute de noir vêtue, seul son visage est visible, visage fin, fatigué, traits tirés, mais je vois bien qu’elle est jeune, très jeune même, 17 ans, peut-être 18, et dans ses bras un enfant auquel je ne donne pas plus de quelques jours, elle mendie avec son nouveau né dans une rue de Beyrouth, une mendiante parmi d’autres mendiants, c’est l’une des premières choses que l’on vous dit à propos des réfugiés syriens lorsque vous arrivez à Beyrouth, « maintenant il y a de la mendicité » (mais je verrai moins de mendiants dans les rues de la capitale libanaise que dans celles de Paris).

Je ne saurai jamais comment cette jeune femme est arrivée à Beyrouth ni comment elle y vit, juste savoir qu’elle est l’une parmi plus d’un million d’autres. Un million, (peut-être même est-ce davantage), tel est le chiffre avancé en ce mois de novembre 2013 pour dire le nombre de Syriens réfugiés au Liban : aux 800 000 enregistrés par le HCR (Haut commissariat aux réfugiés) il faut ajouter les Palestiniens de Syrie – 90 000, comptabilisés eux par l’UNRWA (Office de secours et de travaux pour les réfugiés de Palestine) et probablement quelques milliers de personnes qui ne figurent sur aucun listing. Ce chiffre est d’ailleurs en constant changement puisque chaque jour des femmes, des hommes, des enfants franchissent la frontière, dans des voitures, des cars, sur des motos, à pied, ainsi par exemple à la mi-novembre, ces milliers de réfugiés fuyant les combats de Qara et arrivant à Ersal, dans le nord de la Békaa, une ville plutôt pauvre et qui hébergeait déjà de très nombreux Syriens.


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Lampedusa : de pire en pire Octobre 2013Version imprimableSuggérer par mail

Lampedusa : j’y suis allée en 2006, lorsque j’écrivais L’arrivée de mon père en France, déjà et depuis des longtemps, les naufrages, les morts, les larmes de crocodile… 2013, sept ans plus tard, rien n’a changé, pardon, si cela a empiré !
Ci dessous un extrait de L'arrivée de mon père en France
 Eté 2007. Les dépêches se succèdent, les articles, les reportages, les images. Un soir, au journal télévisé, on nous montre une vidéo, quelques secondes d’une embarcation pleine à craquer, dans les parages des côtes maltaises et libyennes, puis on nous indique que le rafiot a disparu avec ses cinquante-sept passagers. Mais on ne nous explique pas comment une telle « disparition » a été possible, alors  que le bateau avait été, pendant un moment au moins, surveillé par des caméras et des objectifs !Un autre jour, on apprend que la frégate française La Motte-Picquet a repêché dix-huit corps au large de Malte. Douze hommes, quatre femmes, deux enfants, décomposition avancée des cadavres « vraisemblablement à l’eau depuis plusieurs jours », nous dit-on. Etaient-ils sur le rafiot filmé quelques jours plus tôt  ou ces cadavres viennent-ils d’un autre naufrage ?
Encore un autre jour et une photo, prise par le commandant d’un avion de l’armée italienne, qui fait le tour de la planète. Des hommes sont en pleine mer, accrochés aux cages d’élevage de thons. On nous précise qu’ils sont restés ainsi pendant trente-six heures, alors que les cages étaient rattachées à un remorqueur maltais qui faisait route vers l’Espagne. Le capitaine du bateau savait que vingt-sept types  étaient accrochés à ses filets mais a refusé de les prendre à son bord, de peur que l’armateur de son navire ne lui fasse des histoires, le chargement de thons étant trop précieux pour courir des risques. Selon un quotidien britannique, le dit capitaine aurait déclaré : « on n’échange pas un million de dollars contre un million de problèmes ». Voilà, on est en plein dans le réel, où les hommes valent évidemment moins que les thons, ou plutôt que le fric que ces gros poissons rapportent.http://www.martine-storti.fr/bloc-notes/

Monday, February 17, 2014

8 Mars

  • AGECA.177 Rue de Charonne, 75011 Paris Metro Alexendre Dumas.
  • Deux sujets de discussions:
    - - 1927 : Le courrier du bonheur des femmes
    -Révolte des femmes Iraniennes en mars 1979

    8 Mars 2014
    نگاه به دو سند مهم .پیک سعادت نسوان1309-خیزش زنان ایران در اسفند1357
    Comité des Femmes Contre la Lapidation
    کمیته ضد سنگسار.پاریسDébat autour de Mouvements des femmes en IRAN. بحث و گفتگو

Iran 8 mars 1979 - Femmes contre hejab.Women.Iran.8 Mars 1979. ‬مبارزه ز...

Wednesday, February 12, 2014

not un illusion

http://www.cultureunplugged.com/play/5323

Tuesday, February 11, 2014

8 Mars 2014


Débat autour de Mouvements des femmes en IRAN
AGECA.177 Rue de Charonne, 75011 Paris Metro Alexendre Dumas. 19h
Deux sujets de discutions:
- 1927 LE COURRIER DE LA PROSPÉRITÉ DES FEMMES
-Révolte des femmes Iraniennes en mars 1979
نگاه به دو سند مهم
 .1307پیک سعادت نسوان
-خیزش زنان ایران در اسفند1357
Comité des Femmes Contre la Lapidation
کمیته ضد سنگسار.پاریس

Friday, February 07, 2014

Martine Storti 4

Martine Storti
Accueil arrow Bloc-notes arrow Derechef, bobards de Catherine Clément, cette fois en Iran en 1979
Derechef, bobards de Catherine Clément, cette fois en Iran en 1979Version imprimableSuggérer par mail
Après avoir lu,  le passage caricatural sur Mai 68, j'avais laissé de côté le bouquin de Catherine Clément, et puis je l'ai terminé aujourd'hui, occupant ainsi cette matinée pluvieuse du 8 mars 2009, et une fois de plus, je n'en ai pas cru mes yeux ! Et ce que j'ai lu m'oblige à de nouvelles rectifications, tant madame Clément raconte n'importe quoi.
Ainsi elle consacre quelques pages au retour de Khomeiny en Iran, au début de l'année 1979 et surtout à la délégation française du comité international du droit des femmes qui en mars 79 se rendit en Iran pour soutenir les femmes iraniennes qui refusaient de porter le tchador.
En effet il y eut une délégation et il se trouve que j'en faisais partie, à la fois comme femme, comme féministe et comme journaliste (à l'époque à Libération). Nous n'étions pas douze, comme le dit C.C. mais dix-neuf[1], mais peu importe ce détail.
Importe en revanche ce que C.C. raconte quant à ce qui divisa la dite délégation. 
L'Ayatollah Khomeiny acceptait de recevoir à Qom quelques-unes d'entre nous à condition qu'elles se couvrent les cheveux d'un voile, à tout le moins d'un fichu. Allions-nous accepter de porter ce fichu, alors que nous venions marquer notre solidarité et notre soutien aux iraniennes qui le refusaient, pour pouvoir, en substance, dire à Khomeiny ce que nous pensions de sa politique ? Ou bien allions nous refuser et le fichu et la rencontre ?
Le grave débat nous occupa presque une nuit dans les salons du Park Hotel, il fut long, violent, on pouvait aussi, sur le moment même et a fortiori aujourd'hui, le trouver dérisoire, ridicule. Mais il ne portait que sur ce point: fichu or not fichu? Eh bien madame Clément prétend qu'il portait sur la question de savoir "si nous allions aller voir l'ayatollah les seins nus". Oui, oui, elle affirme ça, que pendant une nuit ou presque nous avons avec sérieux examiné l'hypothèse d'aller à un rendez-vous avec Khomeiny les seins nus ! Et même que l'une d'entre nous a téléphoné de Téhéran à Simone de Beauvoir, qui était à Paris, pour lui demander son avis. Et que Simone aurait répondu :"oui, allez-y les seins nus" . Oui, oui madame Clément affirme que Simone de Beauvoir a dit un jour à des femmes "allez donc voir l'Ayatollah Khomeiny les seins nus" Et pourquoi pas complètement à poil! Il y eut bien un coup de fil à SdeB, mais à propos du port d'un fichu, pas sur "les seins nus" ! Et Simone répondit ce que pensait d'ailleurs une majorité d'entre nous, qu'il fallait ou rencontrer Khomeiny sans avoir les cheveux couverts ou bien renoncer à l'entrevue.
Des récits de cette nuit de mars 79 dans un hotel de Téhéran ont déjà été publiés, j'en citerai au moins deux particulièrement critiques, celui de Sylvie Caster, sur le moment, publié dans Charlie Hebdo du 29 mars 1979, celui de Maria Antonietta Macciocchi quelques années plus tard, dans "Deux mille ans de bonheur" (Grasset 1983). Ni l'une ni l'autre ne sont tendres pour cet épisode mais aucune des deux n'a osé inventer des énormités grotesques comme celles de Catherine Clément. Sans doute n'avaient-elles pas un aussi grand mépris de la vérité que celui manifesté par cet ex-professeur de philosophie qui se pique pourtant de trouver essentiel "le savoir, les livres et la transmission..
Cela reste pour moi mystérieux. Comment C.C. peut-elle écrire de telles absurdités ? Comment peut-elle mentir à ce point? Car là, je n'ai pas de doute, il ne peut s'agir d'une mémoire défaillante. Non il s'agit bien d'une invention, délibérée. Dans quel but ? Ridiculiser les autres ? Montrer à quel point, elle, était intelligente, perspicace, lucide ? Je ne sais.
Pas plus que je ne saurais dire ce qu'il en est de la validité des autres anecdotes qu'elle raconte dans son livre. Mais sur deux récits qu'il contient, l'un relatif aux AG de philo en mai 68, l'autre à un voyage en Iran en mars 79, madame Clément ne raconte que des bobards!
    


[1] Composaient cette délégation : Claire Brière, Sylvie Caster, Catherine Clément, Leila Abou-Saïf, Marie-Odile Fargier,  Martine Franck, Françoise Gaspard, Paula Jacques, Katia Kaupp, Marie-Antoniettea Macchiochi, Michéle Manceaux, Gaelle Monlahuc, Michèle Perrein, Micheline Pelletier-Lattes, Claude Servan-Schreiber, Martine Storti, Hélène Védrine, Anne Tristan, Alice Schwartzer
 

Martine Storti 3

En Iran, mars et avril 1979Version imprimableSuggérer par mail
En 1979, du 18 mars au 2 avril j'étais en Iran. C'était juste après les manifestations des femmes qui, dans les rues de Téhéran, avaient montré leur opposition au tchador et juste au moment de la campagne relative au referendum sur la République islamique.
Au printemps 2009, au moment des manifestations en Iran et des réunions ou meetings de soutien en France, j'ai ouvert le carton "Iran". J'ai retrouvé des tracts de l'époque, des coupures de presse, des photos, j'ai retrouvé mes notes, nombreuses, faites d'entretiens en particulier avec des femmes iraniennes, féministes ou non, musulmanes ou non. Sans doute ferais-je quelque chose de ces notes.
J'ai retrouvé aussi les articles alors écrits qui donnent une idée et de la réalité sinon iranienne du moins téhéranaise du moment et de l'approche que j'ai pu alors en avoir.
Il me semble qu'ils peuvent à tout le moins avoir quelque intérêt pour celles et ceux qui ne sont pas indifférents à l'Iran, aux luttes que d'autres femmes et d'autres hommes mênent à nouveau pour leur liberté et une vie meilleure.
En Iran, des manifestations de femmes au référendum pour la république islamique1) Les inconnues de la république islamique
Depuis le premier avril 1979, l’Iran est officiellement une république islamique après un referendum-plébiscite auquel les Iraniens ont massivement participé. Symbole d’un formidable espoir pour ce peuple qui a fait tomber la dictature du Shah, le nouveau régime, dont le contenu est encore mal connu, a suscité aussi bien des inquietudes, avant même sa proclamation En mars dernier, une première forme d’opposition s’est massivement manifestée, celle de milliers de femmes descendues dans les rues de Téhéran, et inquiètes de ce que peuvent laisser préfigurer pour elles certains discours religieux ou politiques. Décidées aussi à lutter pour leurs droits afin de ne passer, une fois de plus, aux pertes et profits de la révolution.
Le 8 mars et les jours suivants, elles étaient plusieurs dizaines de milliers dans les rues de Téhéran. On leur imposait la tenue islamique, on les refoulait des bureaux quand elles ne la portaient pas, on les agressait dans les rues. Elles disaient « non » et vite, dans la foulée, elles réclamaient leurs droits.
A Paris, ce fut un coup de cœur : les femmes iraniennes, qui avaient, comme les hommes, lutté contre le Shah n’acceptaient pas être les oubliées de la révolution. Pour la première fois, les femmes refusaient, après une lutte politique, générale, d’être renvoyées aux limbes de l’histoire.
Coup de cœur et désir de partir. Pour les rencontrer. Pour parler avec elles. Sentir. Comprendre. Partager un peu, un tout petit peu, leur enthousiasme, leurs espoirs, leurs craintes, leurs luttes. Comprendre aussi ce qui se joue dans ce pays qui a renversé une dictature en battant en brèche tous les modèles politiques qui avaient jusqu’alors fonctionné, dans la réalité ou dans nos têtes, en remettant profondément en cause le schéma marxiste des révolutions.
Sur le terrain, bien sûr, les choses paraissaient un peu plus compliquées. Disons que la réalité ne correspond ni au désir, ni à parano. Côté désir, autant être claire : la révolution des femmes n’est pas aujourd’hui en marche dans l’Iran de la république islamique. Côté parano de parisienne en mal de héroïsme, j’ai été refaite. Kate Millet a certes été expulsée, mais les avertissements paternalistes des stewards dans l’avion : « vous allez être accueillie avec des mitraillettes et fouillées intégralement », font doucement rigoler quand on débarque à l’aéroport de Téhéran. Les formalités d’entrée se font sans problème ; ce qui frappe, ce ne sont pas les fusils, mais un doux soleil printanier comme on en rêve à Paris (on m’avait dit aussi : « prends des vêtements chauds, il fait froid ») et l’immense portrait de Khomeiny au dessus des bureaux de douane. Il faudra d’ailleurs que je m’habitue, pendant ces deux semaines à Téhéran, à voir l’Imam partout, avec les airs les plus divers - paternel, terrible, souriant, sérieux, protecteur, père fouettard - et sur tous les supports : affiches, cartes postales, tapis, nappes, assiettes, porte-clefs, badges...
Quant à l’autre avertissement : « fais attention avec ces fanatiques musulmans, on ne sait jamais », il m’a aussi fait sourire : tête nue comme nombre des Téhéranaises, j’ai pu me baladerlibrement dans les rues de la capitale, sauf la nuit bien sûr, mais, alors, personne ne flâne dans les rues de Téhéran. Restent les fusils, bien présents il est vrai,  surtout dans les mains des membres des « comités Khomeiny » postés derrière leurs sacs de sable à chaque carrefour, ou devant les immeubles officiels, les bureaux, les mosquées, les hôtels. La nuit ils tirent parfois au moindre prétexte, en l’air le plus souvent, ou vous mettent l’arme sous le nez pour une vérification d’identité. Mais autant l’avouer, je n’ai vu un fusil de très près que le jour où un garçon d’une quinzaine années, m’a fait, dans une épicerie, une démonstration détaillée de ses capacités : récital de jeu de culasse, balle offerte en cadeau pour que je m’en fasse un collier, démonstration détaillée sur le sol de la boutique de la façon dont on met le feu à la poudre... Il riait, moi aussi, en mangeant des pistaches et des raisins secs.
Je n’ai vu une femme en arme qu’une seule fois, montant la garde devant l’immeuble des fedayins. Battle dress, foulard palestinien, arme à l’épaule. Ses camarades ne m’ont pas donné l’autorisation de la prendre en photo. Je ne lui ai pas parlé non plus. Il y a eu nos deux sourires et nos deux poings levés.  Gestes muets qui n’ont pas remplacé tous les mots que je voulais échanger avec elle. Je ne saurai jamais comment elle est devenue fedayin, ni ce qu’elle veut pour sa vie de jeune iranienne dans la nouvelle république islamique.
Combien y a-t-il eu, au fil de ces deux semaines, de rencontres muettes, pour la plupart rendus impossibles par le barrage de la langue. Qu’il n’y ait pas de méprise : j’ai parlé avec de nombreuses femmes, presque toutes étaient issues d’un milieu socio-culturel privilégié. Je n’oserai donc pas parler des femmes iraniennes en général, expression qui d’ailleurs a bien peu de sens. L’Iran est un pays de diversité et de particularités, sociales, culturelles, ethniques... L’intelligentsia et la petite bourgeoisie téhéranaises, fussent-elles au cœur d’une situation et d’une action politique déterminantes, ne rendent pas compte des femmes du Kurdistan, ou du Baloutchistan ou du Golfe persique. Et à Téhéran même, il y a sûrement plus de différences entre une femme du nord de la ville, européanisée et embourgeoisée, et une femme du sud, pauvre, islamique, qu’entre une bourgeoise et une ouvrière chez nous.
 « Par la république islamique une femme aura plus de dignité que n’importe quelle femme dans le monde », dans la forêt de banderoles qui décorent les rues de Téhéran, celles-ci se répète à des dizaines d’exemplaires. Tout le problème est de savoir quel est le sens et le contenu de cette « dignité » de la femme. Les manifestantes du mois dernier n’étaient pas d’accord avec la conception exprimée par Khomeiny le 7 mars devant les ulémas et les étudiants en théologie de Ghom. Pour l’Imam, la femme qui est un « être humain digne de respect » et non « une poupée maquillée » doit « sortir voilée décemment » et dans les « bureaux et les administrations, porter le voile islamique », c’est-à-dire se couvrir la tête et le cou.
Il paraît qu’à ce moment là personne n’a bien compris les propos de Khomeiny : ni les fanatiques qui se sont mis à agresser les femmes ou à leur interdire l’accès des bureaux lorsqu’elles n’avaient pas la tête couverte, ni les femmes elles-mêmes qui ont confondu recommandation et obligation. C’est au moins ce qui fut très vite expliqué par le gendre de l’Imam d’abord, par l’ayatollah Taleghani et le porte-parole du gouvernement ensuite. Mais comme le disent en souriant nombre des téhéranais, le gouvernement passe son temps à expliquer ou justifier les propos de l’Imam qui « connaît peut-être bien le Coran mais qui se trompe souvent en politique!» Certes, il y a des nuances entre recommandation et obligation mais la recommandation elle-même a mobilisé des milliers de femmes parce qu’elle est venue s’inscrire dans un climat qui depuis quelque temps ne manquait pas d’inquiéter, même s’il est difficile, de distinguer rumeurs et projets véritables
Les femmes, vous dit-on dès votre arrivée, ne pourront pas être juges parce que le coran ne le permet pas. Et d’ailleurs une circulaire a déjà été faite au ministère de la justice qui interdit aux femmes de pratiquer ce métier. Bien plus, toutes les femmes juges ont été rétrogradées au rang des secrétaires ou d’employées de bureau. Comment vérifier ?  Impossible de parler aux gens au ministère de la justice, pas moyen de mettre la main sur une femme qui aurait été juge et qui ne l’est plus. Je parviens à rencontrer une avocate à la cour de Téhéran. Elle est présidente de la fédération iranienne des femmes juristes, elle me confirme que les femmes juges ne peuvent plus exercer. Mais elle ajoute aussitôt : « d’ailleurs les tribunaux normaux ne fonctionnent plus donc aucun juge ne travaille plus à Téhéran. » Et son mari, juge lui-même, est, comme il le dit « au chômage  technique ». Alors seule certitude, à Mashad, dans l’est du pays, dix femmes juges ont protesté par voie de pétition lorsqu’un responsable religieux local a annoncé que les femmes, comme le prescrit la loi coranique, n’exerceront plus ce métier. Et Bazargan lui-même qui confirme l’interdiction du coran et la justifie en disant que les femmes sont trop émotives pour être juges, n’ose pas dire que la nouvelle législation entérinera cette interdiction. 
Second exemple : les licenciements des professeurs femmes. Des bruits circulent : les femmes enseignantes seront licenciées, d’ailleurs cela a commencé à Téhéran, allez à l’école polytechnique, vous verrez. J’y vais, bien sûr, j’ai même pris rendez-vous avec la prof en question par l’intermédiaire du directeur de l’institut. Visiblement Kajal a peur. Je lui ai inventé un prénom car elle ne veut ni être nommée, ni que ses propos soient enregistrés au magnétophone. Kajal n’a pas de chance : la révolution ne lui donne pas ce que l’ancien régime lui a refusé. Il y a quatorze mois, elle a terminé ses études d’ingénieur. Parce qu’elle est opposante au régime, la savak refuse de contresigner son contrat de professorat. En clair, elle ne peut enseigner. Mais les professeurs de l’école, solidaires d’elle, décident de l’embaucher officieusement et de se débrouiller pour la salarier. Pendant quatorze mois Kajal enseignera donc et participera à toutes les luttes menées contre le Shah. Dès la mise en place du nouveau régime et la réorganisation de l’école, elle demande que son contrat soir signé. A son grand étonnement, la nouvelle direction refuse elle aussi de légitimer son statut de professeur. Plusieurs démarches sont réalisées par elle et ses collègues, aucun motif n’est officiellement donné pour justifier ce refus. « Je ne peux pas dire, précise Kajal, que c’est parce que je suis une femme qu’ils ne veulent pas de moi, mais tous les professeurs en sont arrivés à l’idée que c’était pour ça. » Ils se sont d’ailleurs mis en grève mais Kajal n’a toujours pas son contrat. Et elle dit : « ils ne videront peut-être pas tous les profs femmes en place, mais ils ne feront rien pour en embaucher de nouveaux. »
Une chose est certaine : la république islamique signifie la fin des écoles mixtes ; pour les universités, rien n’est officiellement décidé. Mais déjà à Abadan, trois étudiantes en troisième année de médecine ont éte interdites d’accès au cours au nom de cette non-mixité. Comme elles n’étaient que trois, on n’a pas jugé bon d’ouvrir un cours que pour elles. Et conseil leur fut donné de s’en aller étudier dans la capitale. A Téhéran, en arguant que le niveau à Abadan était faible, on leur a demandé de se réinscrire en première année d’études. « Bavures », répondent les officiels à ce genre d’exemple. « Dans une période incertaine comme celle où nous sommes, il ya toujours des gens qui ne comprennent rien. » A moins qu’ils comprennent trop. Car ce qui fait peur, c’est que ces anecdotes soient les prémisses d’une politique générale concernant les femmes.
La question de la tenue islamique s’est donc posée dans un climat déjà inquiétant accentué par une ignorance totale du contenu de la future république islamique. Personne ne sait si les lois seront basées ou non sur le droit coranique, notamment en ce qui concerne les femmes et plus largement la famille.
Le shah avait tenté, par la loi sur la protection de la famille, de battre en brèche certaines pratiques islamiques en cours comme la polygamie et la répudiation. Instaurant le divorce -  mais seule la bourgeoisie en avait profité, autorisant l’avortement à l’hôpital, cette loi assurément progressiste mais bien timide n’était pas allée jusqu’à remettre en cause des principes bien défavorables aux femmes. L’héritage d’une fille par exemple est égal à la moitié de celui d’un fils, dans un procès de témoignage d’un homme vaut celui de deux femmes, à la mort du père, c’est le grand père et non la mère qui détient l’autorité parentale sur les enfants, le mari peut faire interdire par un tribunal que sa femme travaille, une fille ne peut pas se marier sans autorisation de son père… La loi sur la protection de la famille n’a jamais été approuvée par Khomeiny qui a annoncé son abolition peu de temps après on retour en Iran. Personne ne sait ce qui la remplacera. Certes toutes les déclarations officielles affirment que dans la république islamique les femmes et les hommes auront des droits égaux. Khomeiny lui-même ne le rappelait-il pas à la veille du référendum ? « Les femmes, a-t-il déclaré en les invitant à voter, auront les même droits que les hommes avec comme eux des restrictions. »
Les restrictions concernant les femmes n’ont pas été précisées, alors que celles des hommes l’ont été : ne pas jouer et ne pas boire de vin, ce qui a amené les mauvais esprits téhéranais à en conclure immédiatement  qu’ils pouvaient boire de l’alcool !
Cependant on peut connaître la philosophie officielle du régime concernant les femmes en écoutant les propos du Premier ministre : « du point de vue de la nature, il n’y a pas d’égalité entre les sexes, ni au niveau végétal, ni au niveau animal, ni au niveau humain », ou ceux de l’ayatollah Taleghani : « le premier droit de la femme est d’avoir un mari et de devenir mère ». Mais il faut surtout se rendre au siège de la toute récente Société des femmes islamiques installée depuis peu dans les locaux de l’ancienne organisation des femmes iraniennes, création de la sœur du Shah, Aschraf dite la sanglante qui pimenta l’ancien régime de ce que certains appellent un « stylewomen’s lib ».
Conduite par les filles Bazargan et Teleghani, la  Société des femmes islamiques sera sans nul doute l’organisation officielle du nouveau régime. Aucune de ses militantes n’a évidemment participé aux manifestations du 8 mars qualifiées sans nuance de « contre-révolutionnaires ». Pour elles, la question du voile ne se pose pas. Elles le portent assorti à la couleur du chemisier pour celles qui sont habillées à l’occidentale, marron ou beige pour celles vêtues, comme les filles de l’Ayatollah Taleghani, d’une ample blouse qui ne laisse rien voir du corps et de ses formes.
« Les femmes qui ont manifesté n’ont pas compris ce qui signifie le port du voile islamique. Elles le prennent pour une prison alors qu’il apporte la liberté. L’important c’est que l’homme et la femme ne se voient pas comme deux sexes différents mais comme deux individus différents. Si la femme n’est pas couverte, l’homme ne la considère pas comme un être mais comme un objet sexuel. Dans vos pays c’est ainsi que les femmes sont considérées, d’ailleurs les féministes chez vous luttent contre ça.» Que répondre, prise au piège de mes propres luttes ? Expliquer que cacher mon corps ne me semble pas la meilleure façon d’être libre et que voilée ou dévoilée, je me soumets encore, toujours, au regard de l’homme. Avec l’étrange sentiment, le jour de cette rencontre d’être en présence d’un univers de pensée différent du mien, et donc passionnant, et d’une manipulation totalitaire qui me terrifiait.
Point de base : bien comprises et bien appliquées, les lois islamiques apporteront une solution à tous les problèmes de la société. Les femmes n’ont donc rien à redouter, tout à en attendre. « Sous l’ancien régime on a abandonné les lois islamiques sous prétexte qu’elles n’étaient pas modernes, en pratique on a vu que les lois modernes n’étaient pas mieux, il faut donc revenir aux lois islamiques.» Le modernisme et l’Occident étant associés au Shah, l’alternative proposée est donc celle d’un retour aux sources, avec la certitude qu’il démontrera, aux yeux du monde entier, la valeur de l’islam. Le principe de la polygamie par exemple est donc parfaitement remis à l’ordre du jour. « Le prophète a dit qu’un homme pouvait avoir quatre femmes, mais qu’il devait être juste avec elles, affectivement, économiquement, spirituellement. Comme cela est très difficile, il ne pourra en fait être vraiment juste qu’avec une seule.»
A la moindre contestation des principes ou de leur application, la réponse tombe comme un couperet : « La polygamie est préférable à la prostitution  qui règne chez vous. » Si un homme peut avoir quatre femmes à condition d’être juste avec elles, une femme par contre ne peut avoir quatre maris. Pour une raison de fait : « il y a toujours plus de femmes que d’hommes » et de droit : « la femme ne saurait pas qui est le père de ses enfants. » Le souci de la filiation paternelle l’emporte évidemment sur celui de l’égalité et de la réciprocité. Le fonctionnement de la pensée est clair : un mélange  d’opportunisme qui tient compte des circonstances et une interprétation nuancée, censée atténuer la rigueur des principes. Autre exemple : la répudiation. La loi islamique l’admet. A condition toutefois que quatre témoins constatent l’adultère. Ce qui est très difficile. Donc la répudiation ne peut être automatique.
Ces femmes sont sûres d’elles. Et de leur foi. Et de la légitimité de leur discours. Elles espèrent tout de la république islamique. Elles ne pardonnent qu’une chose : l’ignorance du coran. Mais sont prêtes à consacrer leur énergie à l’éducation du peuple, pour qu’il comprenne le réel spiritualisme de l’islam.
 2) Les laïques « coincées entre les fanatiques et les partisans du shah »
Vu du Paris, ça se présentait de la façon suivante : les femmes iraniennes ont participé à la révolution, l’intégrisme musulman veut leur imposer le tchador, premier signe d’une remise à l’écart des femmes, comme toujours après les révolutions, elles disent « non », on les traite de « contre-révolutionnaires », comme toujours aussi. Elles gagnent sur le tchador, elles s’arrêtent de manifester jusqu’à la prochaine fois. Mais la question se posait de plus en plus : pourquoi avaient-elles décidé de s’arrêter, alors qu’elles n’avaient obtenu aucune garantie sur leurs droits ? Pourquoi avaient-elles répondu aussi vite aux injonctions du gouvernement et des groupes de gauche leur demandant de ne plus être dans la rue ?
Vu de Téhéran, à la faveur du changement de régime, des groupes de femmes apparaissent, liés aux forces laïques. Ces femmes choisissent, pour marquer leur première apparition publique, de célébrer le 8 mars, date de la journée internationale de femmes. Appel dans la presse, réunion de 200 femmes à l’université, des étudiantes, des lycéennes, des employées de bureau, des infirmières. Elles décident de tenir pour le 8 mars leur grand rassemblement, ou éventuellement de faire une manifestation. Démonstration qui de toute façon aurait fait problème puisque, dès son annonce, les femmes islamiques qualifient le 8 mars de journée occidentale et impérialiste et informent qu’elles vont lancer, elles, une autre journée des femmes dont la date serait probablement celle du Vendredi noir.
Sans les déclarations de Khomeiny du 7 mars, la journée du 8 mars n’aurait sûrement pas mobilisé une grande masse de femmes. Il a fallu les diatribes de l’ayatollah contre les « poupées maquillées » et ses propos sur le port du voile pour que plusieurs milliers de manifestantes se retrouvent pour trois jours dans les rues.
Qu’obtiennent les manifestantes ? Pas grand-chose au fond. Gouvernement et conseil de la révolution précisent que l’ayatollah n’a rien commandé mais seulement recommandé, qu’il n’a pas parlé du tchador mais du voile islamique qui doit cacher cheveux et cou. Ce qui n’est pas un recul. La symbolique morale est en effet davantage contenue dans le hidjab (voile islamique) que dans le tchador. Après tout, celui-ci est aussi un vêtement traditionnel qui présente des inconvénients, il ne facilite pas les mouvements, mais aussi des avantages ne serait-ce que celui, pour les femmes pauvres, de cacher leur misère. Il a pris contre le shah une signification politique qu’il n’avait pas auparavant, signifiant par un retour à la tradition, le refus d’une dictature liée à l’Occident et au modernisme. Le hidjab a par contre seulement une signification morale ou religieuse puisque sa fonction vestimentaire est nulle.
Bref, en précisant que l’ayatollah avait parlé du voile et non du tchador, rien n’avait vraiment changé. Et les manifestantes n’avaient pas obtenu le 12 mars de réponse précises sur la résolution en huit points (pour les droits de femmes et contre les discriminations) qu’elles avaient remis le 10 au premier ministre Bazargan.
Pourtant la plupart d’entre elles décident de cesser les manifestations. Le 12 elles ne sont que quelques milliers, le 13 quelques centaines devant l’immeuble de la télévision. Pourquoi cette décision ? Pourquoi cet arrêt ? « Il était impossible de continuer, nous ne contrôlions plus rien du mouvement, nous aurions fait le jeu de la contre-révolution ». Cette réponse je l’ai entendu des dizaines de fois à Téhéran. Pas de la part des hommes et des femmes hostiles aux manifestations, pas de la part de « fanatiques musulmans », mais des manifestantes elles-mêmes. Sauf un groupe dont je reparlerai, le comité pour la défense des droits des femmes, toutes ont la même position. Non seulement celles qui, partisanes de la république islamique, ont tenu à protester contre l’obligation du voile, mais aussi les femmes de la gauche laïque qui prennent leur distance à l’égard du nouveau régime et qui ont préféré s’abstenir au référendum.
« Aujourd’hui nous sommes coincées entre les fanatiques religieux et les partisans du shah. Les uns nous traitent de communistes et d’agents de l’étranger, les autres veulent nous utiliser contre la révolution. Comme au Chili ».  Sara est professeur à l’Université de Téhéran. Arrêtée, torturée sous le shah, elle a été de toutes les dernières luttes contre la dictature Pahlavi. Elle a participé aux manifestations de femmes les trois premiers jours du moins, elle a cessé ensuite. Elle eu peur de la force encore grande des « fonctionnaires pro-shah », elle a peur aussi de ce qui se profile du côté des islamiques pures et dures. « Aucun doute, dit elle, on est plus libre qu’avant. Tu ne peux pas savoir ce qui est pour moi le surgissement de tous ces journaux, de tous ces partis de gauche, les livres jusqu’alors interdits qu’on peut acheter partout, la possibilité de se réunir, de discuter, de s’organiser ». Mais Sara l’optimiste cède bien vite la place à Sara la pessimiste. Elle parle de la censure à la télé et dans les journaux « contrôlés par des conseils de mollahs », du pouvoir de l’occulte conseil de la révolution dont on ne sait pas vraiment qui les compose, de celui des comités Khomeiny « qui font ce qu’ils veulent », de l’absence de programme économique du gouvernement. Elle dit « jamais sous le shah je n’aurais osé recevoir de journalistes et parler comme je le fais », mais elle ne veut pas que je cite son vrai nom, à la fois par peur et dit-elle, « pour ne pas jouer les vedettes ». Sara est descendue dans la rue parce que « les femmes doivent avoir les mêmes droits que les hommes. Nous avons participé à la révolution autant qu’eux, plusieurs centaines de femmes sont mortes, d’autres ont été emprisonnées, tortueées, certaines ont été violées au serpent, d’autres ont vu leurs enfants torturés sous leurs yeux, puisque nous avons démontré dans la lutte que nous étions les égales des hommes, nous devons avoir les mêmes droits qu’eux. » Sara qui voit aussi dans les déclarations de Khomeiny des menaces pour toutes les libertés considère que son combat dépasse largement une spécificité féminine.
Cette position est partagée par beaucoup. Ce qui est à l’ordre du jour semble moins une lutte de femmes spécifique qu’une participation des femmes à la lutte générale. Toutes croient d’ailleurs (optimiste? illusion ?) que les hommes ne les abandonneront pas dans leur propre combat à elles. « Mon mari a manifesté avec moi contre le port de voile, je suis sûre qu’il sera aussi à mes côtés si demain d’autres attaques sont menées contre les femmes ». On trouve à Téhéran bien peu de femmes qui veulent se séparer des hommes pour lutter. Tout leur objectif justement, compte tenu du séparatisme social imposé entre les hommes et les femmes, est d’imposer leur présence aux hommes. D’être dans les mêmes partis qu’eux, d’y faire entendre leurs voix.
Sara qui anime avec d’autres L’Union nationale des femmes, de création récente, souhaite que les femmes qui y participeront s’engagent dans tous les partis politiques : « si les femmes restent à l’écart, on les laissera à l’écart, les partis politiques sont jeunes, il faut profiter de leur dynamisme ». Elle se méfie aussi d’une revendication des femmes pour les lois les concernant en particulier. « Nous ne devons avoir qu’un seul mot d’ordre, précise-t-elle, les même droits pour tous et toutes ».
Cette stratégie n’empêche pas la multiplication des regroupements de femmes comme L’Éveil des femmesLe Syndicat révolutionnaire des femmes combattantesLes Femmes en lutte etc., qui se donnent essentiellement pour but de faire surgir, pour les exporter ensuite dans les partis politiques, des revendications de femmes pour l’égalité des salaires, pour la non-discrimination à l’embauche, aussi contre les pratiques ou lois islamiques que la république shiite va probablement remettre en vigueur. Animés par des femmes jeunes déjà militantes politiques dans les partis laïques, ces groupes, encore très minoritaires, avancent aujourd’hui en ordre dispersé parce que chacun veut connaître en détail le programme de politique générale du voisin. J’ai été frappée de la réponse, plusieurs fois exprimée à la question d’une éventuelle unité entre tous ces mouvements : « nous allons examiner leur programme, nous allons réfléchir ». 
Un seul groupe semble vouloir développer une stratégie de « séparatisme », le Comité pour la défense des droits de femmes, le seul à avoir appelé à la poursuite des manifestations, en estimant que les femmes n’ont pas à se soumettre à des impératifs tactiques. « La question des femmes était loin d’être réglée, précise Kateh, il fallait continuer ». Mais elles ont dû se rendre à l’évidence : les femmes ne descendaient plus dans la rue. Le profil de ce comité peut davantage convenir à nos désirs de féministes occidentales.
D’ailleurs la plupart de ses militants, aujourd’hui pas plus d’une vingtaine, il est vrai,  ont été formées à l’école du féminisme européen et américain et sont rentrées depuis quelques semaines seulement en Iran. Ce qui ne leur permet pas, on s’en doute, de bien connaître la réalité de leur pays. Mais comme les autres, elles veulent convaincre les femmes de lutter et de se battre.
Ces Téhéranaises politisées sont décidées à propager la bonne parole ; elles ont un splendide enthousiasme pour partir dans les usines, les villages, expliquer, éduquer cette population analphabète à 70%. Les femmes islamiques veulent montrer le « réel spiritualisme de l’islam », les féministes veulent diffuser les revendications, apprendre aux femmes d’être autonomes et à s’organiser.
Toutes sont animées de multiples craintes et d’un formidable espoir. Persuadées que le pouvoir islamique prendra de nombreuses mesures contre les femmes, elles le sont autant de la capacité de celles-ci à y riposter. Les manifestations de mars dernier leur semblent d’ailleurs un symptôme de cette résistance. On ne sait s’il y a là une conscience réelle des possibilités de combat ou une illusion à la mesure de leurs espoirs. Il est impossible, pense Sara, que « le peuple iranien n’ait pas acquis au cours de sa lutte contre le shah une conscience politique très grande, si la république islamique ne lui apporte pas ce qu’il souhaite, il se battra ».
La grande inconnue de la situation actuelle en Iran est bien là : ces millions de gens descendus pendant plusieurs mois dans la rue pour finalement contraindre le shah à partir ont-ils une conscience claire de leurs espoirs et de leurs désirs, au-delà du fameux « Allah est grand et Khomeiny est notre guide » ?
Du coup, à propos du référendum, les hésitations n’ont  pas manqué. Témoin Maryam, qui a fini par décider, après avoir beaucoup hésité, de voter pour la République islamique. Dix fois, vingt fois elle a changé d’avis. Maryam est un exemple parmi d’autres. Un exemple de cette espèce de désarroi que l’on sent du côté des forces laïques, de ces incertitudes, de ces doutes qui les assaillent. Nous sommes « coincées », disait Sara. Une situation qui risque bien de se renforcer maintenant que la République islamique a été massivement approuvée et que les reculs tactiques ne sont même plus nécessaires.
J’ai passé le premier jour du référendum dans un village de montagne, à 80 kms au nord de Téhéran. Petit village pauvre qui vit d’un peu de culture et d’élevage. J’ai parlé avec une paysanne qui le matin même s’était rendue au bourg voisin pour voter. Pour la république islamique bien sûr. Qu’en attend-elle ? Des routes, un hôpital et l’électrification du village. Sous le shah chaque famille a payé, quelque soit son revenu, 15000 rials (750F), soit le montant de trois mois de travail, pour avoir l’électricité. Les habitants l’attendent encore. En somme, pour elle, la république islamique c’est le coran plus d’électricité ! Quant à la libération des femmes, ce n’est pas son problème. Pourtant, elle qui porte le tchador et ne s’en plaint pas, trouve que « chaque personne doit pouvoir s’habiller comme elle veut. »