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mouvement des femmes Iraniennes

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Friday, February 07, 2014

Martine Storti 4

Martine Storti
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Derechef, bobards de Catherine Clément, cette fois en Iran en 1979Version imprimableSuggérer par mail
Après avoir lu,  le passage caricatural sur Mai 68, j'avais laissé de côté le bouquin de Catherine Clément, et puis je l'ai terminé aujourd'hui, occupant ainsi cette matinée pluvieuse du 8 mars 2009, et une fois de plus, je n'en ai pas cru mes yeux ! Et ce que j'ai lu m'oblige à de nouvelles rectifications, tant madame Clément raconte n'importe quoi.
Ainsi elle consacre quelques pages au retour de Khomeiny en Iran, au début de l'année 1979 et surtout à la délégation française du comité international du droit des femmes qui en mars 79 se rendit en Iran pour soutenir les femmes iraniennes qui refusaient de porter le tchador.
En effet il y eut une délégation et il se trouve que j'en faisais partie, à la fois comme femme, comme féministe et comme journaliste (à l'époque à Libération). Nous n'étions pas douze, comme le dit C.C. mais dix-neuf[1], mais peu importe ce détail.
Importe en revanche ce que C.C. raconte quant à ce qui divisa la dite délégation. 
L'Ayatollah Khomeiny acceptait de recevoir à Qom quelques-unes d'entre nous à condition qu'elles se couvrent les cheveux d'un voile, à tout le moins d'un fichu. Allions-nous accepter de porter ce fichu, alors que nous venions marquer notre solidarité et notre soutien aux iraniennes qui le refusaient, pour pouvoir, en substance, dire à Khomeiny ce que nous pensions de sa politique ? Ou bien allions nous refuser et le fichu et la rencontre ?
Le grave débat nous occupa presque une nuit dans les salons du Park Hotel, il fut long, violent, on pouvait aussi, sur le moment même et a fortiori aujourd'hui, le trouver dérisoire, ridicule. Mais il ne portait que sur ce point: fichu or not fichu? Eh bien madame Clément prétend qu'il portait sur la question de savoir "si nous allions aller voir l'ayatollah les seins nus". Oui, oui, elle affirme ça, que pendant une nuit ou presque nous avons avec sérieux examiné l'hypothèse d'aller à un rendez-vous avec Khomeiny les seins nus ! Et même que l'une d'entre nous a téléphoné de Téhéran à Simone de Beauvoir, qui était à Paris, pour lui demander son avis. Et que Simone aurait répondu :"oui, allez-y les seins nus" . Oui, oui madame Clément affirme que Simone de Beauvoir a dit un jour à des femmes "allez donc voir l'Ayatollah Khomeiny les seins nus" Et pourquoi pas complètement à poil! Il y eut bien un coup de fil à SdeB, mais à propos du port d'un fichu, pas sur "les seins nus" ! Et Simone répondit ce que pensait d'ailleurs une majorité d'entre nous, qu'il fallait ou rencontrer Khomeiny sans avoir les cheveux couverts ou bien renoncer à l'entrevue.
Des récits de cette nuit de mars 79 dans un hotel de Téhéran ont déjà été publiés, j'en citerai au moins deux particulièrement critiques, celui de Sylvie Caster, sur le moment, publié dans Charlie Hebdo du 29 mars 1979, celui de Maria Antonietta Macciocchi quelques années plus tard, dans "Deux mille ans de bonheur" (Grasset 1983). Ni l'une ni l'autre ne sont tendres pour cet épisode mais aucune des deux n'a osé inventer des énormités grotesques comme celles de Catherine Clément. Sans doute n'avaient-elles pas un aussi grand mépris de la vérité que celui manifesté par cet ex-professeur de philosophie qui se pique pourtant de trouver essentiel "le savoir, les livres et la transmission..
Cela reste pour moi mystérieux. Comment C.C. peut-elle écrire de telles absurdités ? Comment peut-elle mentir à ce point? Car là, je n'ai pas de doute, il ne peut s'agir d'une mémoire défaillante. Non il s'agit bien d'une invention, délibérée. Dans quel but ? Ridiculiser les autres ? Montrer à quel point, elle, était intelligente, perspicace, lucide ? Je ne sais.
Pas plus que je ne saurais dire ce qu'il en est de la validité des autres anecdotes qu'elle raconte dans son livre. Mais sur deux récits qu'il contient, l'un relatif aux AG de philo en mai 68, l'autre à un voyage en Iran en mars 79, madame Clément ne raconte que des bobards!
    


[1] Composaient cette délégation : Claire Brière, Sylvie Caster, Catherine Clément, Leila Abou-Saïf, Marie-Odile Fargier,  Martine Franck, Françoise Gaspard, Paula Jacques, Katia Kaupp, Marie-Antoniettea Macchiochi, Michéle Manceaux, Gaelle Monlahuc, Michèle Perrein, Micheline Pelletier-Lattes, Claude Servan-Schreiber, Martine Storti, Hélène Védrine, Anne Tristan, Alice Schwartzer
 
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