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mouvement des femmes Iraniennes

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Thursday, February 12, 2015

Mariem Helie Lucas


France : Que font les institutions religieuses musulmanes pendant l’après-Charlie ? Elles lobbyent, avec le plein soutien de l’Etat français.
lundi 9 février 2015 , par siawi3
 

9 février 2015
marieme helie lucas
 
 
En ce 9 février 2015, cinq nouvelles entrées apparaissent sur le site de l’UAM (Union des Associations Musulmanes de Seine Saint Denis 93) : je constate qu’elles constituent un modèle, un résumé des manœuvres religieuses pour un envahissement soft de la laïcité en France. Mais hélas, ça va surement plaire aux autorités françaises qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez en matière de stratégie…
A moins que cela ne corresponde vraiment au changement qu’elles souhaitent sans encore oser le dire en France : l’adoption de la définition anglo-saxonne de la laïcité, non plus en tant que séparation des ‘églises’ et de l’état, mais l’état faisant preuve d’équanimité et d’une égale tolérance envers les différentes religions.
On a pourtant vu ce que ça donnait en Angleterre où les ‘communautés’ font la loi et où la notion de citoyenneté est soumise à l’appartenance ethnique et religieuse.
Ces cinq entrées présentent le point de vue d’organisations religieuses travaillant à modeler l’idéologie de l’état suivant ces deux axes :
 les organisations religieuses doivent être impliquées dans la gouvernance à tous les niveaux ( y compris quand la préfecture fait faire le boulot de prévention de la radicalisation islamiste par les associations cultuelles, renforçant ainsi leur pouvoir, leur légitimité et leur crédit au sein de la population dite-musulmane ainsi que leur représentativité au sein de l’état français) ;
 et les ‘musulmans’ (c’est à dire, selon ces organisations religieuses, toute personne dont le nom ou l’origine géographique présuppose - et de fait impose - une croyance religieuse) sont des victimes : qu’il s’agisse de retirer des enfants à une famille jugée toxique ou de laisser les gendarmes rappeler la loi aux mineurs ; ou qu’il s’agisse de dénoncer des actes racistes qui ont hélas toujours existé sporadiquement en France mais sont maintenant requalifiés en actes contre l’islam et non contre le pauvre bougre qu’on a assassiné ; ou qu’il s’agisse de dénoncer la peur très réelle des ‘musulmans’ devant le danger d’une responsabilité ( et punition ) collective.
Voici comment on forge une opinion : regardons un peu le détail de ces entrées :
Préfecture : l’UAM-93 invitée à la Prévention de la radicalisation en Seine-Saint-Denis
La “lutte contre le radicalisme”, tant mise en avant ces derniers jours, passe avant tout par la lutte contre l’islamophobie, les inégalités de traitement qui aujourd’hui frappent la Communauté musulmane, le discours populiste des politiques, la libération de l’expression islamophobe dans nos médias, etc...*
Islamophobie : la famille Msakni privée de leurs 5 enfants
Msakni est une famille musulmane dans la tourmente suite à une grave injustice. Le 29 janvier 2015, la police a décidé d’enlever les cinq enfants de cette famille de Bourgoin Jallieu, dans la région Lyonnaise, car elle « soupçonne le père de rejoindre la Syrie ». Parmi les cinq enfants, il y a un nourrisson de 3 mois allaité par sa maman.*
Terrorisme : Ahmed 8 ans au commissariat de Nice
Un môme de 8 ans n’a nullement sa place dans un commissariat ou dans une gendarmerie. L’école publique est le lieu d’apprentissage par excellence du vivre ensemble, les enseignants doivent aider les élèves à décoder l’actualité et non les « balancer » à la police ou aux gendarmes.
Enfin qu’est-ce qu’on peut attendre d’un enfant musulman quand son professeur le piège par la question : « soutiens-tu Charlie Hebdo qui insulte ton Prophète ou plutôt les terroristes ? ».
*
Mohammed El Makouli assassiné de 17 coups de couteau : témoignage de sa femme
Dans la nuit du mercredi au jeudi 15 janvier 2015, à Beaucet, un village dans le département du Vaucluse, Mohammed El Makouli un musulman de 47 ans, a été assassiné atrocement de 17 coups de couteau chez lui par son voisin tenant des propos islamophobes.
Sa femme blessée de plusieurs coups de couteau en essayant de le défendre raconte l’atrocité de cette nui
t *
M’hammed Henniche : « Les musulmans savent qu’ils vont payer »
La communauté musulmane est passée d’un cauchemar à un autre. Tout le monde a compris que cela va se retourner contre nous, quand bien même les politiques disent qu’il ne faut pas faire d’amalgame et qu’ils donnent une image d’unité. Alors que c’est une minorité, des marginaux qui ont fait ça, les musulmans savent qu’ils vont payer. La punition sera collective. Les gens sont en colère. *
Commençons par la dernière : c’est un tissu de dévoiement de la pensée rationnelle, ou bien une habile construction destinée à renforcer tout ce qu’on peut voir monter sous le vocable ‘ islamophobie’.
Il s’agit apparemment d’une interview donnée au Parisien par Mohamed Henniche (M’hammed Henniche est l’un des principaux représentants des musulmans de Seine-Saint-Denis et le président de la mosquée de Pantin.) qui a longtemps dirigé l’association UAM 93. La ‘communauté musulmane’ y est décrite comme exclusivement victime – mais curieusement moins des intégristes armés que des français en général : ‘angoissée’, ‘peur’, ‘punition collective’, ‘stigmatisés’, voici quelques uns des termes utilisés par Mr Henniche qui affirme que ‘les musulmans savent qu’ils vont payer’.
Je ne doute d’ailleurs pas une seconde que la population dite-musulmane ne soit à juste titre effrayée devant la montée de l’extrême droite xénophobe en France ; mais je suis épouvantée que la menace de l’extrême droite religieuse dite-islamiste ne soit pas du tout mentionnée comme cause potentielle d’angoisse.
Devant cette angoisse, les ‘musulmans’ ont besoin d’un ‘soutien religieux’ . Notez bien : pas républicain, ou policier, ou citoyen.
Et d’ailleurs vers qui se tourne Mr Henniche, - en cela en parfaite adéquation avec le journaliste-interviewer, notons le ? Vers les associations juives, de façon à montrer qu’il y a ‘une union’ - non pas entre citoyens mais entre représentants de différentes religions.
Le consensus journaliste- musulman, en l’occurrence, montre l’étendue du problème de la pensée dominante ; il ne vient à l’esprit de personne de demander que pensent, que font les voisins du 93 non musulmans (qui ont peut être peur, eux, des attentas dits-islamistes), comment accroitre la capacité de protection mutuelle dans un espace donné…
Adieu la laïcité… Henniche enjoint bien de ‘casser le communautarisme’ mais il fait exactement le contraire en s’adressant aux communautés de culte et non à ses concitoyens en général.
Quant aux assassins, ce sont des ‘marginaux’, une ‘minorité’, le ‘mauvais sort’ ( ?), ‘un groupe qui a fait une bêtise’… Je lui accorde la ’minorité’, mais pour le reste...on croit rêver : au temps de Daech, d’Al Qaeda, des Taliban, de Boko Haram, des Shababs – cette autre forme de globalisation dont notre gauche a peur de parler, laissant stupidement ce soin à l’extrême droite xénophobe -, dire que ce sont des isolés irresponsables n’est pas une clause de style : c’est un mensonge politique éhonté.
Et qualifier ces assassins de malades mentaux, fous et irresponsables, comme beaucoup l’ont fait, dans le souci de les distinguer et de les rejeter hors de la ‘communauté musulmane’ revient aussi à les exonérer de leurs crimes. Le psychiatre Boris Cyrulnik s’est élevé contre cette implicite exonération par référence à la maladie mentale. et a affirmé : ‘non, ils ne sont pas fous !’, avant de les comparer – comme nous le faisons depuis les années 90 - aux nazis.(1)
Adieu la laïcité : c’est également ce que fait la Préfecture du 93 qui fait appel à l’UAM pour ‘faire de la prévention de la radicalisation’ dans le département. Je serais curieuse de savoir si les autorités font autre chose en matière de prévention, à part appeler les associations religieuses à leur secours ?
Car que peut il arriver si l’UAM est la seule à faire de la prévention, pour le compte de l’état français ? Au mieux, les jeunes seront instruits à devenir de meilleurs musulmans, pas de meilleurs citoyens ; on leur inculquera qu’il existe un ‘vrai islam’, un ‘bon islam’, lequel doit donc avoir droit de cité dans les instances politiques françaises, lesquelles cesseront donc d’être laïques.
Le problème qui se posera donc immédiatement est : qui parle pour le bon islam, qui parle pour le mauvais ? Sera-ce au gouvernement français d’en décider ? On peut voir se profiler des querelles de représentation et des attaques quant à la légitimité d’un gouvernement supposé laïque à trancher en la matière.
De plus, comment ne pas voir que le choix se porte délibérément – et exclusivement - sur une association religieuse, alors qu’il existe dans toute la Seine Saint Denis depuis plusieurs décennies des associations laïques radicales, comme par exemple Africa 93, dirigée par Mimouna Hadjam, laïque et fille d’ouvrier nord-africain émigré, lui même très impliqué dans les luttes ouvrières de son temps ?
Mimouna elle même a été menacée et attaquée plusieurs fois dans le 93, et le local d’Africa 93 fut partiellement détruit – non pas par leurs voisins non musulmans, mais par leurs voisins endoctrinés par les prêcheurs de l’extrême droite religieuse. Pourtant, elle n’a pas été sollicitée par l’état français représenté par la préfecture de Seine Saint Denis pour participer à la prévention, et les attaques dont elle et son association laïque on été l’objet ne figurent pas parmi celles qui provoquent la ‘peur’ et l’’angoisse’ des ‘musulmans’, selon l’UAM. Quelle contradiction !
Nous dénonçons cette attitude des gouvernements successifs en France, qui nous dé-légitimisent auprès des populations dites-musulmanes : seuls sont jugés ‘authentiques’ représentants des ‘musulmans’ ceux qui se définissent comme religieux ; ce qui serait logique si, dans le même temps, toute la population d’origine émigrée n’était pas estampillée ‘musulmane’ par les mêmes autorités de la république… Sémantique, à moi !
Enfin, ne pas tenir compte, dans la lutte contre la ‘radicalisation’, de l’énorme disparité des moyens idéologiques (les prêcheurs qui font leur travail prosélyte depuis des décennies en France en toute impunité) et financiers (merci à l’Arabie Saoudite et maintenant au Qatar) dont dispose l’extrême droite religieuse par rapport aux anti-intégristes, cela relève de l’utopie : l’enrôlement de l’UAM est une goutte d’eau dans la mer face aux moyens dont disposent les ‘radicaux’ de l’extrême droite religieuse.
Sous la signature du président de l’UAM, on découvre la vraie source de la radicalisation : elle est due à ‘l’échec de la représentativité du culte musulman’. Mais qu’est il donc de la loi française qui précisément interdit toute représentation politique des religions dans la république laïque ? , cette fameuse loi de 1905-1906 , - promulguée donc bien avant qu’une émigration nord africaine ne serve aux ignares manipulateurs et à ceux qui les suivent aveuglément à prétendre que c’est une loi contre l’islam !
Pour l’UAM-93, ‘la “lutte contre le radicalisme”, tant mise en avant ces derniers jours, passe avant tout par la lutte contre l’islamophobie, les inégalités de traitement qui aujourd’hui frappent la Communauté musulmane, le discours populiste des politiques, la libération de l’expression islamophobe dans nos médias, etc.’ Notons que l’extrême droite religieuse n’est pas une seule fois mentionnée.
Et de conclure , au mépris des lois sur la laïcité : ‘ce dont nous avons besoin aujourd’hui, ce n’est pas d’un clergé qui va formater les musulmans et unifier les visions. Nous avons besoin d’une autorité religieuse indépendante de toute influence étrangère –consulaire ou idéologique- qui jouisse d’une bonne crédibilité qui permettra d’orienter les musulmans de France et en particulier les plus jeunes.
Par quel miracle la Préfecture de Seine Saint Denis peut –elle espérer que l’Union des Associations Musulmanes de Seine Saint Denis est la bouée de sauvetage, seule et unique, avec laquelle traiter le problème de la radicalisation des jeunes en banlieue parisienne ? L’unique but de l’UAM est de dévoyer les lois laïques, pour s’assurer une représentation politique. Ce pour quoi elle a besoin de la menace de radicalisation des jeunes et de pouvoir apparaître comme l’unique sauveur – deus ex machina.
L’UAM utilise ensuite trois exemples pour démontrer la victimisation des ‘musulmans’ :
. les services de protection de l’enfance ont retiré cinq enfants à une famille dont la police ‘soupçonne le père de rejoindre la Syrie’
. un enfant scolarisé dans le primaire a été entendu par la police après avoir été accusé d’avoir fait des déclarations pro-terroristes au sein de son école
. un père de famille a été assassiné par un de ses voisins
Commençons par ce dernier. Hélas, les crimes racistes n’ont pas été éradiqués de la société française, bien qu’ils soient poursuivis en justice et dénoncés par les associations de droits humains qui suivent de près le traitement qu’y apportent les tribunaux et les condamnations qui s’ensuivent, n’hésitant pas à faire appel si nécessaire. Hélas aussi, il y a eu après le massacre de Charlie Hebdo plusieurs attentats contre des lieux de culte musulmans, que l’état français a du faire protéger.
Sauf que ça ne s’appelle plus des crimes racistes, c’est devenu de ‘l’islamophobie’. Les ex-‘arabes’ sont devenus des ‘musulmans’ sans que ce glissement sémantique n’inquiète outre mesure .
Nous continuons à perdre la bataille des concepts, lancée il y plus de dix ans par l’extrême droite religieuse ! Mais c’est un autre sujet qui mériterait un autre article…
Ce qui est intéressant, c’est que l’UAM amalgame sous le terme ‘islamophobie’ des incidents divers et de graves crimes comme des attaques armées : elle dénonce sans discrimination la : ‘vague islamophobe qui a déferlé contre les musulmans de France depuis le 7 janvier 2015 (attaques contre des mosquées, audition des enfants musulmans par des gendarmes et des policiers, etc.)’.
Ainsi des attaques armées contre des mosquées, avec le risque de blesser des croyants qui y seraient en train de prier , seraient à mettre sur le même plan que des rappels à l’ordre républicain menés auprès de mineurs ? L’audition d’un jeune enfant de ‘8 ans au commissariat pour apologie du terrorisme’ deviendrait selon les termes de l’UAM une ‘grave atteinte aux droits fondamentaux d’une partie de la population française. Tous les enfants auditionnés sont musulmans’.
Comment est ce que les services de l’état sont supposés traiter la ‘radicalisation’ des jeunes s’il ne leur est même pas loisible de faire appeler un enfant (par ailleurs accompagné de son père et d’un avocat, selon de nombreux rapports de presse) devant les représentants de la loi pour y entendre un rappel à l’ordre républicain ? Comment se fait-il que cette indignation ne s’applique pas quand des mineurs y sont également convoqués ( sans doute, cette fois, sans leur père et leur avocat !) pour répondre d’un larcin mineur ou d’une agression sans gravité ?
L’UAM va jusqu’à accuser l’enseignant de cet enfant de l’avoir ‘piégé’, alors même que d’autres incidents, traités de la même façon par la police, sont à déplorer, pendant la même période, parmi les enfants scolarisés. Tous ces instituteurs et professeurs, dans différents établissements d’enseignement en France, seraient ils donc tous xénophobes et chercheraient-ils à ‘piéger’ leurs élèves pour mieux les envoyer devant la police ?
Voici l’excuse fournie par l’UAM : ‘Qu’est ce qu’on peut attendre d’un enfant musulman quand son professeur le piège par la question : ‘soutiens tu Charlie Hebdo qui insulte ton Prophète ou plutôt les terroristes’ ?’. Permettez moi de douter que la question, si question il y a eu, ait été posée dans ces termes. Mais en tout état de cause, la réponse que feraient les enfants de mes amis laïques et croyants éclairés, émigrés d’Afrique du Nord, est simple : leurs enfants ne diraient pas qu’ils soutiennent les terroristes, si cette question stupide leur avait vraiment été posée. Sans le moindre doute. Parce que leurs propres parents, leur famille, ou leurs amis ont déjà subi la répression et la terreur de l’extrême droite religieuse. Et que c’est pour y échapper qu’ils sont en France. Un enfant qui n’a pas entendu dire ça dans sa famille n’aurait pas l’idée de ‘soutenir les terroristes’.
Et l’UAM de conclure : ‘Un môme de 8 ans n’a nullement sa place dans un commissariat ou dans une gendarmerie ; l’école publique est le lieu d’apprentissage’.
Oui, certes l’éducation se fait à l’école, pour peu qu’on la laisse s’y faire, ce dont je doute en pensant aux innombrables rapports d’instituteurs et de professeurs de collèges et de lycées (2) qui témoignent de l’interdiction qui leur est faite par les élèves d’aborder certains sujets d’histoire, de sciences ou de morale. Je dis bien l’interdiction. Violente au point d’y céder. Et voici plus de deux décennies qu’ils en témoignent dans l’indifférence générale. Encore beau quand on ne les accuse pas d’islamophobie ou d’ infirmité pédagogique.
Mais non, l’école n’est pas le lieu où on rappelle la loi après une infraction. Ce serait la dévoyer que de confondre ces deux missions de la république.
Quant à la protection des mineurs qui retire les enfants aux parents jugés toxiques pour leur progéniture, on connaît certes des cas où cette séparation a été abusive et nocive pour les enfants placés en institution ou chez des familles d’accueil - sans que ni les parents ni les enfants ne soient de près ou de loin des musulmans ! - : mais là n’est pas la question du jour.
La question est : s’il existe des catégories de toxicité des parents envers leurs enfants, le fait de vouloir rejoindre les forces de Daech en est-elle une ? Faut il retirer leurs enfants à des parents qui prônent et s’apprêtent à pratiquer l’élimination physique des ‘infidèles’ ? ou des juifs ? ou des déficients mentaux ? ou des communistes ? ou des gypsies ? Bref, des untermensch ?
Je n’ai pas la réponse – elle est bien difficile à déterminer - mais je suis sure que c’est dans ces termes-là qu’il faut la poser. Quel est le rôle de l’état et de la protection de l’enfance quand un père risque d’emmener ses enfants participer à une entreprise criminelle, et être éduqués dans une idéologie criminelle ? En ces temps de commémoration d’Auswitch, ce qui serait criminel, c’est de ne pas se le demander, quelle que soit par ailleurs la réponse qu’on y apporte.
Tant qu’on n’aura pas fait le parallèle qui s’impose entre forces d’extrême droite religieuse (prétendument islamique) et fascisme, on est très loin de trouver la solution à la ‘radicalisation’ en cours. Elle marche main dans la main avec la montée du Front National qui, je le rappelle, vient d’atteindre les 49,1% lors d’une élection législative partielle dans un département français, le Doubs. Ces deux extrême-droites ont besoin l’une de l’autre et se renforcent mutuellement.
* (Tous ces artices sont accessibles sur le site de l’UAM 93)
Notes :
(1)
http://siawi.org/article8685.html
Massacre à Charlie : Les analyses éclairantes du très sage neuropsychiatre Boris Cyrulnik
(2)
http://siawi.org/article8786.html
Pourquoi j’ai démissionné du lycée Averoes, par Soufiane Zitouni

Wednesday, February 11, 2015

یادداشت بعد از 8 مارس 2014 پاریس

خانمها اقایان مدتهاست مایل بودم نظرم را در باره این جمع که من آن را کمیته نمینامم و جمع مینامم بیان کنم. درک من از جمع شدن این جمع به پیشنهاد دوست عزیزم زهره ستوده فعالیتهای دموکراتیک در باره اصولی که در ایران رعایت نمیشود بود.  و چند حرکت جمعی با نقاط قوت و ضعف مرا به ادامه کار جمعی امیدوار میکرد.
اما درکهای متفاوت ما از کار دموکراتیک و تصمیمات عجولانه و بحث نشده با همه کسانی که در ادرس ای میل گروهی هستند و اتفاق اخیر ضّد کمیته سنگسار ،مرا برآن داشت که از شما فاصله بگیرم.
درک و تحلیل من از این حرکت ، تجاوز به حقوق شهروندی و جمع زنانی ست که درین کوره راه ظلمت فرهنگی در جستجوی حقوق انسانی زیر پا گذاشته تاریخی زنان از طرف قدرتهای استبداد و فرهنگ پدرسالارانه مردانی ست که نمیتوانند خودرا ازین فرهنگ رها کنند.
هرگونه تصمیمی برای جمع اوری کمک مالی باید با تصویب چهار نفری که درین برنامه با نام « کمیته ضد سنگسار» برنامه ریزی و اجرا کردند ، انجام میگرفت.
فقط همین حرکت توهین آمیز مرا بر آن میدارد که ازین جمع کناره بگیرم. و تاسفم صد چندان شود که دوستان نزدیک من که به نظر سیاسی و مبارزاتشان افتخار میکنند در چنین وضعیتی ، با بی اعتناعی هنوز ادعای مبارزاتی داشته باشند. روش منحوس سیاستبازی که جنبش اجتماعی و سیاسی را به این ورطه بکشاند.
کمک مالی به کارگر بیماری که اگر این روشها را بلدبود و استفاده کرده بود ، بر آن تخت بیمارستان بیکس و فقیر نمانده بود. مطمئنم دزدی ازدیگران با حیله و تجاوز ،برای کمک به  او ،توهین به او و طبقه استثمارشده و فراموش شده در ایران و جهان است.
سکوت بقیه آقایان که در سالن کمیته حضور داشتند مرا وامیدارد که یاد تجاوزهای جمعی به زنان بیفتم.
من فکر میکنم تجاوز های دیگری جز تجاوز جنسی وجود دارد که از تجاوز جنسی منحوس تر و تخریب کننده تر است. .. تجاوزهایی که انسانها را به گریز از عرصه اجتماعی و سکوت و آشفتگی فکری وا میدارد.
یک نکته هم در باره جنبش زنان.
ایده های فکری و مبارزاتی من در روزهای اول انقلاب در کنارزنانی جان گرفت که بعد از رانده شدن از طرف تمام سازمانهای مترقی و چپ که ادعای مبارزات طبقاتی و ایده های انسانی داشتند دریافتند که تنها هستند . گروههای سیاسی که بسیاری از زنان و مردان عضوشان بودند و هستند نگاه به قدرتی داشتند و دارند  که چون چراغ جادو به محض گرفتن همه مشکلات کارگران و بقیه را با چشم بهم زدنی  حل خواهند کرد.  به همه  نوشته هاو نظریات اخیر چپ نویسان و چپ اندیشان برای روز زن 2014 که بنگرید جزین چیزی نمیبینید.
کمیته ضد سنگسارپاریس ، همراه با زنان نسل من در انقلاب که بعد از تنها ماندن خود را متعلق به جنبش مستقل زنان میدانستند شکل گرفت . در آغاز سال 1980 تا 1995 ما جمع خود را که نسبت به شرایط زندگی زنان عضو تغییر میکرد ، اما من همیشه عضو پایدارش بودم کمیته دموکراتیک زنان نامیده میشد و به همین نام در جنبشهای فمینیستی فرانسه و المان  مبارزه میکردیم .  از سال 1995 .چهارمین کنفرانس جهانی زنان که دوباره به قوانین ضد بشری نسبت به زنان تصمیم گرفتیم . نام سنگین کمیته ضد سنگسار را استفاده کنیم که در هر جمع بین المللی با این نام میتوانستیم رژیم ضد زن ایران را افشا کنیم.
و هر وقت عرصه مبارزه در میان ایرانیان خالی میشد ، ما در عرصه جهانی ادامه میدادیم و چون هر جمع دموکراتیک زنان مختلفی جمع و پراکنده میشدند. اما این جمع فعلی از سال 2000 میلادی هر سال در پاریس برنامه یی برای هشت مارس فراهم کرده است که بسیاری از اقایان هم در آن جلسات شرکت کرده اند.  اما افراد این جمع دایما به کوشش آقایان و یا گاهی خودشان به فعالیتهای دیگری پرداخته اند و وقت زیادی برای کمیته نداشته اند. البته کوششهای فراوانی برای جلب و انحلال و پیوستن به گروههای دیگر در دستور کار بوده و هست .

رفتار این جمع در قبال کمیته یی که سالهاست کجدار و مریض کرسی دار مبارزات زنان فمینیست در پاریس بوده است مرا بر آن دارد که دیگر در جمع دیگری که مبارزات زنان هدف اصلی اش نیست فعالیتی نداشته باشم . ما را به خیر شما را به سلامت.  

Wednesday, February 04, 2015

je suis Charlie

« Je suis féministe, je suis Charlie"

Je suis féministe, je suis Charlie
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7 janvier 2015, 11h30, la rédaction de Charlie Hebdo est victime d’un attentat terroriste ; deux jours plus tard, des juifs sont exécutés dans un commerce cascher.
C’est probablement la première fois en France, que des fondamentalistes exécutent méthodiquement, implacablement, leurs cibles : « Vous allez payer parce que vous avez insulté le prophète » lâchent-ils en partant de Charlie Hebdo, pour justifier leur effroyable carnage.
S’en suit une mobilisation sans précédent depuis la libération de Paris, soutenue un peu partout dans le monde libre.

Engagée, laïque, anticléricale, antiraciste, antifasciste, la féroce satyre de Charlie Hebdo visait les pouvoirs économiques, politiques et religieux, la gauche, la droite, le FN souvent, toutes les religions, etc.
Les tueurs, fondamentalistes islamistes qui ne tolèrent ni scepticisme ni désacralisation, ont voulu réduire au silence des libres-penseurs anticléricaux.
Leurs cibles sont menacées depuis longtemps, mais qui pouvait imaginer que la lutte serait à ce point inégale : des dessins et des mots, des parisiens qui font leur course et des policiers en service, contre des tueurs lourdement armés ?
La critique, la liberté d’expression, la liberté tout simplement, fusillées.

Cette liberté c’est la nôtre, celle du peuple français, c’est notre ADN commun.
Curieusement pourtant, des voix se sont élevées pour dire « Je ne suis pas Charlie… », de féministes aussi, se dissociant de l’unanime élan de solidarité nationale, et allant jusqu’à prétendre que Charlie Hebdo était sexiste, raciste et « islamophobe ».
Diffamation caractérisée : Charlie Hebdo n’a jamais été ni raciste, ni « islamophobe » *1, au contraire, il luttait, à sa façon, contre les idéologies haineuses.
Mais je reconnais bien là, la grossière manipulation rhétorique de certains « islamo-gauchistes » qui d’ailleurs, fait autant de torts aux populations supposées être ou étant de religion musulmane, que celle du Front National.
Le relativisme façon « Indigènes de la République » *2 est une insulte à la démocratie ; il a malheureusement imprégné jusqu’aux politiques de gauche, accordant notamment aux « grands-frères », un rôle plus que contestable.
« JeSuisCharlie » n’a jamais voulu dire : je valide tout le contenu de Charlie Hebdo, mais je suis pour la liberté de la presse, la critique des religions et leur caricature.
Salir la liberté d’expression en justifiant son assassinat, quand on vit dans un pays démocratique, c’est le luxe des lâches.

Quant à être sexiste, Charlie Hebdo, parfois oui, parfois moins.
Mais surtout, les pouvoirs politiques et religieux infantilisent, les femmes au premier chef, les réduisant aux rôles d’épouse et de mère, entravant leur autonomie, leur sexualité et leurs droits à disposer d’elles-mêmes comme elles l’entendent.
A fortiori, les femmes qui vivent sous l’emprise de la charia payent le prix fort : restrictions de liberté (soumission totale à une autorité masculine, père, frère ou mari), interdits, sanctions (répudiation, lapidation…), etc.
Alors, bien sûr, Charlie n’était pas assez féministe, la gauche ne l’est jamais assez, mais son engagement contre le sexisme des religions en faisait un allié incontestable.
N’oublions pas que des articles pro-féministes ont été publiés dans le magazine, ni le dessin de Charb en réponse aux 343 salauds !
Les unes sur l’avortement, la fête des mères « Vive la pilule », la GPA (un couple et une esclave), etc. ne nous ont pas échappé non plus et nous savions notamment Charb et Gérard Biar rédacteur en chef, pro-féministes et abolitionnistes de la prostitution.
Alors c’est vrai que des femmes sont chaque jour et en grand nombre assassinées, aussi bien par des proches que par des régimes totalitaires, mais il ne fait aucun doute pour moi que tuer aveuglement des cibles désignées, pour imposer son point de vue, est un aboutissement des plus pervers du machisme.
Les terroristes sont des ultra-machistes, sont ce que les sociétés patriarcales produisent de pire.
C’est donc bien aussi, en tant que féministe, que je pleure les courageux humoristes irrévérencieux qui, bien que lourdement menacés, ont jusqu’au bout tenu à remplir leur mission d’aiguillon des consciences.

Sans naïveté aucune, sachant que toute tentative d’unité nationale, même contre la barbarie, est vite lézardée par des intérêts inconciliables ; que les pouvoirs politiques cherchent toujours à récupérer les mouvements populaires, malgré tout, voir autant de gens soudés pour défendre nos libertés fondamentales et résister au terrorisme, m’a aidée comme beaucoup, à endurer ce cauchemar.
Bien sûr il y a des personnes racistes en France, le succès du Front National est là pour nous le rappeler, mais au cœur de ces heures oppressantes, nous n’avons déploré qu’à la marge, amalgames et actes de violence ; les français le savent, les musulmans sont aussi des cibles du terrorisme et d’ailleurs, nombreux sont ces derniers, descendus dans la rue pour le rappeler et refuser que le nom de leur Dieu soit associé à la haine.
Seuls les extrêmes confondent une stigmatisation et un rejet des musulmans avec la nécessité de combattre tout laxisme face à des dérives intégristes inacceptables et pire encore des actes de terreur.
Dans l’adversité, l’exécutif a bien réagi et cette fois, j’ai trouvé François Hollande à la hauteur de l’évènement, rassembleur, responsable, rappelant que « Ceux qui ont commis ces actes, ces fanatiques, ces illuminés n’ont rien à voir avec la religion musulmane. », n’éludant pas la volonté délibérée de commettre « un acte antisémite » Porte de Vincennes et appelant « tous les Français à se lever dimanche, ensemble, pour porter ces valeurs de démocratie, de liberté de pluralisme ».

Il y a un temps pour tout.
Tous les prétextes pour affaiblir la mobilisation étaient autant de cadeaux faits aux terroristes ; s’opposer ensemble au terrorisme, n’empêche en rien d’avoir des opinions divergentes sur le reste, c’est juste une question de priorité.
Sans être dupe pour autant des odieuses tentatives de récupération de ceux qui dans leur pays sont coupables d’atteinte à la liberté d’expression, dimanche, le peuple rassemblé a adressé unanime, un message aux groupes terroristes : le délit de blasphème n’existe pas, l’Islam, radical ou pas, comme toutes les religions, peut et doit être critiqué, non au terrorisme !

En revanche, nous devons maintenant interroger : les responsabilités de l’état sur l’échec de l’intégration de populations, aux valeurs « républicaines » ; le manque de perspicacité de nos gouvernements pour lutter contre les dérives intégristes et le terrorisme ; la faiblesse de la protection des personnes fortement menacées ; l’importance des liens entre le grand banditisme et le terrorisme ; le manque de surveillance des personnes identifiées dangereuses et l’ampleur du groupe « des buttes Chaumont » ; le rôle des imams qui endoctrinent et recrutent pour les filières djihadistes ; etc.

Il est temps de le dire haut et fort, confondre le racisme avec la lutte contre les dérives sectaires et même intégristes des religions, est criminel.
Il n’y aurait pas de problème avec l’Islam ? Bien sûr que si ! Comme il y en a avec toutes les religions qui toutes sans exception, ont un versant doux et éclairé et un versant beaucoup plus sectaire, totalitaire, pouvant aller jusqu’à l’intégrisme (Manifpourtous et désobéissance civile avec le refus de marier des couples homosexuels, etc.).
Toutes les religions sont fortement préjudiciables aux femmes, à leur autonomie et liberté, aux gays et aux lesbiennes aussi, et la religion musulmane n’est pas en reste.
Les religions chrétiennes sont en perte de vitesse, mais les religions musulmane et juive vivent un regain d’intérêt, se radicalisent et sont de plus en plus visibles dans l’espace public, à un point tel, il faut bien le dire, que nombre d’athées étouffent sous tant de religiosité ostentatoire.
Le communautarisme religieux qui se développe gaillardement sous nos yeux depuis des années, est propice à l’endoctrinement.
Il a mis sous emprise, dans toutes les religions, des familles, des quartiers, au point que leurs enfants se sentent, si jeunes, obligés d’être les porte-parole d’une religion qu’ils endossent tous, comme si cela allait de soi et que personne n’avait plus le droit d’être athée, et pratiquent d’une manière de plus en plus radicale.
Les enseignants qui témoignent de la journée de deuil national du 8 janvier font état de réactions d’enfants imperméables à l’humour, figés dans une foi aveugle, intransigeante : « Ils l’ont bien mérité : Ils n’avaient pas à insulter notre Prophète ». Ces enfants ne sont pourtant pas des intégristes !
Des macho-barbus dans la religion musulmane, (sous d’autres aspects dans les autres religions), imposent souvent l’arbitraire et la violence de lois qu’ils décrètent coraniques et dont les principales victimes sont les femmes et les enfants.
Il n’y a pas que l’islamisme versions Hamas, Hezbollah ou Etat Islamique qui soient  critiquables, trop rares sont les musulmans et ceux qui les représentent qui effectuent un travail critique sur leur textes et pratiques religieuses, et dénoncent haut et fort, l’imposture.
De son côté, souvent complaisant, le « politiquement correct français » n’a eu de cesse de culpabiliser ceux qui s’interrogeaient sur le développement du communautarisme et des comportements radicaux de plus en plus envahissants.
Pour continuer de vivre ensemble, de partager l’espace public, la République a pourtant été contrainte de constamment procéder à des rappels, bien trop timides d’ailleurs, à la laïcité.
Une immense cacophonie quand on y pense.

Pour bien vivre ensemble, il faudrait éviter de tout confondre : l’origine et la religion sont deux réalités bien différentes ; c’est le premier amalgame qu’il faut cesser de faire : le racisme existe, l’ »islamophobie » non.
Il faut aussi cesser de prétendre que les religions sont opprimées en France, c’est faux ; en revanche, elles oppriment toujours les femmes et c’est un problème dans une République qui vise l’égalité entre les femmes et les hommes, inutile de se le cacher.
Ensuite, il faudrait avec constance, valoriser les valeurs d’humanisme et de respect mutuel au cœur du projet républicain, favoriser le dialogue et les échanges, briser les barrières et les replis ; ne jamais encourager mais combattre fermement toute dérive, toute radicalisation religieuse et/ou politique ; condamner inlassablement les idéologies, postures et délits tels que :
  • stigmatisation et rejet des musulmans et supposés musulmans (personnes d’origine arable et autres, dont français convertis),
  • antisémitisme
  • racisme
  • arbitraire et violence des diktats religieux imposés le plus souvent par une domination masculine décomplexée
  • sexisme
  • atteinte à l’égalité
  • atteinte à la laïcité
–         atteinte à toutes les valeurs républicaines et de progrès

La liberté, la démocratie, l’autonomie et l’émancipation des personnes et en particulier des femmes sont à ce prix.
Parce que je suis féministe, forcément, JeSuisCharlie
Christine Le Doaré
 *1 Le mot « islamophobe » a une histoire, il a été inventé par les islamistes dans le but d’interdire toute critique de l’islam radical.  Il s’agit d’une atteinte au droit fondamental à exercer la liberté d’expression. Les religions ne sont que des croyances qui doivent pouvoir être critiquées.  En utilisant ce mot, nous donnons du pouvoir aux islamistes pour réduire au silence leurs peuples d’abord et puis tous ceux qu’ils considèrent être des mécréants. Cessons d’être complices, de mélanger origine, religion et pouvoir.  Le racisme existe, l’antisémitisme a une histoire, mais les religions elles, ne sont jamais à l’origine de phobie ; il y a les indifférents, les adeptes et ceux qui les combattent, le plus souvent pour d’excellentes raisons et c’est très différent.  Une certaine gauche, certains intellectuels, les Indigènes de la République et leurs amis n’ont que ce mot à la bouche, il faut l’oublier.
*2 Quand un collectif de 20 intellectuels, aux côtés des Indigènes de la République, condamnait Charlie Hebdo.

Monday, February 02, 2015

Dessine moi

Nouvel article sur Caroline Fourest

Dessine-moi Mahomet : la vraie histoire de l’affaire des caricatures

by Caroline Fourest
Nous avons retrouvé ce texte paru il y a presque dix ans, en mai 2006, juste après l’affaire des caricatures. Un Hors-série « Charlie Blasphème » écrit par Caroline Fourest et Fiammetta Venner, illustré par Charb et Luz.
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L’émotion, extraordinairement disproportionnée, qui a accompagné la publication de douze dessins sur Mahomet dans un journal danois a révélé combien le droit à l’irrévérence envers la religion n’était pas une valeur partagée. Et peut-être en péril.
Vendredi 30 septembre 2005. Jyllands-Posten, le principal quotidien conservateur danois, publie douze dessins sur Mahomet dans ses pages culture sous le titre « Les Visages de Mahomet ». Non par provocation gratuite, mais pour dénoncer une forme de censure. Quelques mois plus tôt, un auteur danois de gauche, allergique au fondamentalisme, Kare Bluitgen, n’a pu trouver un seul dessinateur qui accepte de cosigner un album pour enfants sur la vie de Mahomet. Le meurtre de Théo Van Gogh est dans tous les esprits, et il pèse sur les plumes. À la fin de septembre, dans les pages mêmes du Jyllands-Posten, un comique confie qu’il n’a aucun problème à uriner sur La Bible devant une caméra, mais qu’il ne ferait jamais de même avec Le Coran. À Londres, le directeur de la Tate Gallery vient d’expliquer qu’il ne reproduirait plus l’exposition satirique qu’il a programmée il y a quelques mois sur Le Talmud, Le Coran et La Bible après les attentats du 7 juillet 2005 qui ont frappé Londres. En Suède, quelques mois plus tôt, le musée de Göteborg a choisi d’annuler une exposition de peintures mêlant symboles sexuels et citations du Coran. C’est dans ce contexte et dans ce contexte seulement que Flemming Rose, le rédacteur en chef des pages Culture, a l’idée du concours de dessins : « Notre but était simplement de repousser les limites de l’autocensure. » Cet ancien militant marxiste, parti vivre jadis son rêve comme journaliste dans l’ex-Union soviétique, est revenu allergique au fait de bâillonner les arts au nom d’une idéologie. Il lance un défi à l’association des dessinateurs danois : « Dessinez Mahomet comme vous le voyez. » C’est le sens de sa commande. « Je ne leur ai en aucun cas demandé de faire une caricature ou de se moquer », précise-t-il. Le résultat graphique est à cette image, ni terrible ni spécialement drôle. L’onde de choc politique qui s’en est suivie, elle, démontre une chose : l’inquiétude du Jyllands-Posten était fondée. La liberté d’expression est en danger.
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Tout ce foin pour douze dessins
La plupart des dessins publiés par le journal danois sont plutôt sympathiques. Ils nous montrent un Mahomet poétique, stylisé. Comme ce beau Mahomet tirant son âne sur fond de soleil couchant. Certains dessinateurs ont détourné la commande pour mieux se moquer du journal. Comme dans cette caricature où un jeune Mohammed, et non Mahomet, écrit en persan sur un tableau d’écolier : « Les journalistes du Jyllands-Posten sont une bande de provocateurs réactionnaires. » Un autre met tous les prophètes des différentes religions sur le même plan lors d’une séance d’identification de la police. Et puis, il y a les dessins plus humoristiques. Comme celui présentant des candidats au martyre montant vers Mahomet qui les arrête tout net. « Stop ! stop ! Nous sommes en rupture de stock de vierges. » Ou cet autre, sur lequel Mahomet est en train de calmer des guerriers prêts à en découdre : « Du calme les gars, c’est juste un sketch fait par un Danois du Sud-Ouest. » Sur les douze dessins, seuls deux sont plus durs. L’un montre un homme barbu tenant un sabre devant deux femmes voilées. Un carré noir, exactement équivalent au carré permettant aux deux femmes de voir à travers leur niqab, lui cache les yeux. Ce qui est une façon de dire que l’on masque Mahomet comme on voile les femmes au nom de l’islam. Le dernier, enfin, celui qui a réellement fait tiquer, montre un Mahomet sévère avec un turban en forme de bombe. L’émoi est compréhensible, mais relativement hypocrite. Comment imaginer que, sur douze dessins, pas un seul n’aborde la question du terrorisme alors que nous vivons une époque où des fous de Dieu posent des bombes en son nom ? Est-ce vraiment le dessinateur qui fait cet amalgame ? Ou ces caricatures sont-elles le reflet de terroristes instrumentalisant le Prophète pour commettre des crimes en son nom, au point de salir son image… et qui voudraient ensuite faire payer cet amalgame en prétendant une fois de plus servir Mahomet et rétablir son honneur en prônant la violence ?
Flemming Rose le voit bien ainsi. Pour lui, le dessin avec la bombe « dit que quelques individus prennent l’islam en otage pour commettre des actes terroristes au nom du Prophète ». Plusieurs mois après l’affaire, il se montre désolé d’avoir blessé certains musulmans, mais refuse de renoncer pour autant au droit de publier des éléments pouvant offenser, sans quoi la liberté de la presse n’existe plus. Ce n’est pas l’avis de son concurrent du Politiken, le principal quotidien de gauche. Pour Toger Seidenfaden, son rédacteur en chef, le Jyllands-Posten n’a rien voulu d’autre que provoquer : « Ils ont cherché à offenser les musulmans et ils ont réussi leur coup. » Le commentaire n’est guère crédible venant d’un concurrent plutôt complaisant envers les islamistes. Il devient plus audible lorsqu’il invoque le climat politique danois, dangereusement xénophobe [voir encadré], qui oblige à prendre certaines précautions pour bien dissocier les musulmans de l’islam intégriste. Mais il oublie volontairement le contexte international, qui exige de ne pas abdiquer le droit à la critique du religieux face à la montée du fanatisme.
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Jusqu’ici tout va bien
Pendant quatre mois, la publication des douze caricatures n’a guère suscité qu’une émotion si ce n’est légitime, en tout cas compréhensible. Le 14 octobre 2005, à Copenhague, plusieurs milliers de musulmans ont manifesté dans le calme contre ces dessins jugés « provocants et arrogants ». Rien que de très démocratique. Le lendemain toutefois, un jeune homme de 17 ans est arrêté à Arthus, une ville de l’ouest du Danemark, pour avoir proféré des menaces de mort à l’encontre du journal. On parle alors d’un jeune « psychologiquement instable ». Les choses prennent une tournure plus politique lorsque onze ambassadeurs de pays musulmans demandent à être reçus par le Premier ministre, Anders Fogh Rasmussen, qui les éconduit poliment mais fermement : « La liberté d’expression est un fondement inaliénable de la démocratie danoise. Le gouvernement ne possède aucun moyen d’influencer la presse. Adressez-vous aux tribunaux ! » Vendu. Plusieurs associations musulmanes emmenées par un certain Abou Laban tentent de réactiver une vieille loi antiblasphème en sommeil.
Ce Palestinien de Jaffa, arrivé au Danemark en 1984, à une dent contre le Jyllands-Posten. Le journal a plusieurs fois montré sa capacité à tenir un double discours, dans la tradition des Frères musulmans. Il peut se déclarer grand amateur de démocratie et de laïcité, mais s’entoure de militants franchement radicaux. Comme Ahmed Akkari, un jeune imam survolté. En 2001, il a été condamné à une peine de prison de quarante jours avec sursis. Stagiaire dans un collège, il avait agressé à coups de poing et coups de pied un garçon de 11 ans, parce que celui-ci avait arraché le foulard d’une camarade musulmane. Mais lui-même est partisan de la contrainte en matière de religion. Selon le Berlingske Tidende du 24 mars 2006, il aurait écrit dans une revue pour jeunes qu’une musulmane ne portant pas le foulard mérite d’être frappée ! Filmé en caméra cachée par Mohamed Sifaoui et une équipe d’« Envoyé spécial », on peut l’entendre ironiser sur le fait qu’il faudrait envoyer un kamikaze se faire exploser dans le bureau d’un homme politique danois de culture musulmane – très laïque et donc jugé traître –, s’il était nommé à un poste de ministre. Une blague assure le jeune imam ! Mais qui nous renseigne au moins sur une chose : les Frères, sous la houlette d’Abou Laban, ont visiblement un sens de l’humour très particulier. Selon Mehdi Mozaffari, politologue d’origine iranienne, l’affaire des caricatures leur a servi de prétexte pour régler des comptes et tester la possibilité « d’imposer une loi communautaire basée sur la charia ». De fait, sans l’intervention d’Abou Laban et ses amis, le dialogue aurait sans doute pu s’instaurer. Le 1er décembre, lors d’une réunion à huis clos, huit des dessinateurs ont rencontré cinq représentants de la communauté musulmane. « La discussion était très bonne, et il n’était pas question d’excuses », se souvient l’un des participants, Mogens Blicher Bjerregard, président du Syndicat danois des journalistes. Tout bascule le lendemain, lorsqu’un groupe islamiste pakistanais met à prix la tête des dessinateurs, qui cessent de donner toute interview et se cachent.
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Allumettes danoises
Que s’est-il passé ? Pourquoi le conflit rebondit-il avec autant de violence depuis le Pakistan ? C’est là que les hommes d’Abou Laban ont joué un rôle décisif. Au lieu de privilégier le dialogue, ils ont cherché à se venger du Jyllands-Posten en faisant de la surenchère. Leur action juridique invalidée, ils se mettent en tête de mener la riposte depuis l’étranger. Pas n’importe comment. Dans l’avion qui les emmène à la rencontre de leaders et mécènes du Moyen-Orient (Égypte, Turquie, Liban, Syrie et golfe Persique), Abou Laban et son comparse, Ahmed Akkari, ont emporté un dossier mensonger, en tout cas trompeur. Aux caricatures parues dans le Jyllands-Posten, ils ont ajouté des images particulièrement atroces et racistes que l’on peut trouver sur des sites internet fachos, mais qu’aucun journal danois n’a jamais publiées ! Mahomet avec des cornes tenant entre ses mains des petites filles, avec pour sous-titre « Mahomet pédophile ». Une photo prise à la fête du cochon, en France, montrant un homme avec une tête de cochon est légendée ainsi : « Voici le vrai visage de Mahomet ». Un dessin, enfin, représente un musulman agenouillé pour la prière en train de se faire monter par un chien, avec ce texte : « Voilà pourquoi les musulmans prient ». Bref, l’horreur ! On imagine volontiers la tête des dignitaires musulmans du golfe en voyant ces images. En Égypte, le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit, qui s’est illustré en déposant à l’Organisation des nations unies un projet de résolution visant à interdire toute attaque envers les religions, écrit aussitôt au secrétaire général de l’ONU, ainsi qu’à la Ligue arabe, pour crier au « scandale ». Dès le 29 décembre, la Ligue arabe émet un communiqué où les ministres des Affaires étrangères font savoir qu’ils « rejettent et condamnent » ce qu’ils qualifient comme une « atteinte aux valeurs de l’islam ». Mais le feu ne prend vraiment qu’après le 10 janvier (2006), lorsqu’un journal chrétien norvégien, Magazinet, décide de republier les caricatures.
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Boycott global
Une consigne mondiale visant à boycotter les produits danois en signe de rétorsion est lancée par des oulémas depuis l’Arabie Saoudite le 26 janvier, en marge du sommet de Davos. En Égypte, les Frères musulmans, qui viennent d’entrer en force au parlement, embrayent. Tout en demandant la rupture diplomatique avec le Danemark et la Norvège, le guide égyptien des Frères, Mohammad Mehdi Akef, appelle « les peuples et les gouvernements musulmans et arabes à boycotter les produits du Danemark et de la Norvège, et à prendre des mesures fermes ». Une consigne aussitôt relayée par le Hamas, la branche armée des Frères en Palestine. Tandis qu’en Égypte, la surenchère continue. Mis en cause par un journal nationaliste laïque, qui lui reproche sa passivité, le recteur d’Al-Azhar est obligé de monter au créneau contre « les pays qui salissent l’islam et le Prophète ». Pour ne pas avoir l’air en reste ! Pourtant, dès le 17 octobre (année), un quotidien égyptien, Al Faqr, a publié les caricatures sans que personne ne s’émeuve… Il faut croire que boycotter les produits égyptiens n’amuse pas les islamistes égyptiens. En revanche, l’Union des chambres de commerce égyptienne adhère totalement à l’idée d’un boycott contre les produits danois et norvégiens. Même des magasins Carrefour d’Égypte manifestent leur soutien en retirant les produits des rayons par « solidarité avec la communauté musulmane et égyptienne ».
Les Danois, qui sont les principaux exportateurs de produits laitiers vers les pays du golfe Persique, dégustent. Arla Food, un groupe suédo-danois, est obligée de fermer certaines laiteries, comme à Ryad au Maroc. Résultats : 1,5 million d’euros de perte par jour au plus fort de la crise et huit cents emplois menacés (dont deux cents supprimés dès janvier).
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Harcèlement diplomatique et amalgames
Au chantage économique s’ajoute le harcèlement diplomatique. Venant de toutes parts entre le 29 et le 30 janvier. La Syrie appelle le « gouvernement danois à prendre les mesures nécessaires pour punir les fautifs ». Le Soudan refuse de recevoir le ministre de la Défense danois. La Libye et L’Arabie Saoudite ferment leurs ambassades au Danemark. Le ministre saoudien de l’Intérieur, Nayef Ben Abdel Aziz, appelle tous les pays arabes à faire de même. Le secrétaire général de l’Organisation de la conférence islamique, regroupant les pays musulmans représentés aux Nations unies, « demande à l’assemblée générale de l’ONU d’adopter une résolution interdisant toute atteinte aux religions ». À toutes les religions.
Sur le terrain, des manifestations ont également lieu tout le week-end en Mauritanie et Syrie, en Jordanie, au Liban et dans les territoires palestiniens. Dans l’esprit des foules, tous les Scandinaves sont bientôt amalgamés et leurs drapeaux brûlés. Tout ressortissant danois est potentiellement menacé. Surtout en Irak et en Palestine, où la violence monte d’un cran.
En Irak, l’ayatollah Sistani réclame des « mesures dissuasives » contre ceux qui ont « offensé » Mahomet. Le jour même, sept églises irakiennes chaldéennes, ainsi que la nonciature apostolique, sont prises pour cibles. Bilan : trois morts et dix-sept blessés. Le lendemain, un groupe armé, Jaïf al-Moujahidine, appelle ses partisans à frapper pour « venger l’offense ». En Palestine, ce n’est pas le Hamas – qui a choisi le boycott –, mais les groupes armés proches du Fatah qui jouent la surenchère pour tenter de ravir la vedette aux Frères. Une vingtaine d’hommes armés du Fatah et du Jihad islamique ont même bouclé le bâtiment de l’Union européenne à Gaza, lequel abrite pourtant des fonctionnaires chargés de l’aide aux Palestiniens ! Avec cette inscription sur la porte : « Fermé jusqu’à présentation d’excuses ». Si le Fatah voulait éviter que le Hamas – qui vient de gagner les élections en Palestine – puisse faire l’inventaire de ce qu’il reste, ou non, de l’aide européenne dans les caisses, il n’aurait pas trouvé mieux… Mais les menaces vont bien au-delà. Le Jihad islamique et les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa somment les ressortissants danois présents en Cisjordanie de partir. La Croix-Rouge se voit également dans l’obligation de rapatrier ses équipes à la suite de menaces directes à Gaza et au Yémen, où cinq mille femmes ont manifesté en criant : « Je mourrai pour toi, Prophète ! »
Excuses ou regrets ?
Ce que la diplomatie n’est pas parvenue à obtenir, le chantage économique et le recours à la violence l’obtiennent. Le 30 janvier, dans la soirée, après un week-end d’enfer, le Premier ministre danois craque et laisse entendre qu’il désapprouve personnellement ces caricatures : « J’ai personnellement un tel respect pour les croyances religieuses des gens que je n’aurais jamais pu représenter Mahomet, Jésus ou d’autres figures religieuses d’une manière qui peut être insultante envers d’autres. » Sous pression, le rédacteur en chef du Jyllands-Posten présente ses excuses, mais sans se renier : « Ces dessins ne violaient pas la législation danoise, mais ils ont offensé de manière irréfutable beaucoup de musulmans, et nous nous en excusons. » Un geste dont le Premier ministre danois s’est félicité. Pourtant, 79 % des Danois estiment que leur gouvernement n’avait pas à s’excuser. La raison du plus fort a donc eu raison de la majorité citoyenne. Menacé de mort, le rédacteur en chef du journal norvégien, Magazinet, ne s’excuse pas, mais exprime des « regrets ».
L’incendie ne faiblit pas pour autant. Trop heureux d’avoir trouvé un nouveau bouc émissaire pour détourner l’attention des peuples et de l’opinion internationale, certains leaders musulmans prétextent la republication des caricatures dans plusieurs journaux européens pour se déchaîner.
Le 1er février, France soir est le premier journal français à oser publier les caricatures dans leur intégralité. Serge Faubert, son rédacteur en chef, signe un éditorial flamboyant : « Il faut donc à nouveau écraser l’infâme, comme se plaisait à répéter Voltaire. » La sanction tombe le lendemain. Le directeur de la publication, Jacques Lefranc, est tout simplement limogé. En « signe fort de respect des croyances religieuses », explique le propriétaire du journal, Raymond Lakah, un homme d’affaires franco-égyptien… chrétien. Le même jour en Palestine, la Brigade des martyrs d’Al-Aqsa continue de bomber le torse face au Hamas : « Tout Norvégien, Danois ou Français présent sur notre terre est une cible. » La Syrie et l’Iran, surtout, ont intérêt à souffler sur les braises. La Syrie parce qu’elle est sur le grill à cause de l’enquête sur la mort de l’ex-Premier ministre libanais, Rafic Hariri. L’Iran, parce qu’elle veut gagner du temps pour pouvoir continuer son programme nucléaire.
Le 4 février, les ambassades du Danemark et de Norvège sont incendiées à Damas. Le 6 février, à Téhéran, une foule attaque les ambassades du Danemark et d’Autriche. Le 10 février, l’ambassade de France reçoit des cocktails Molotov. Dans tous les cas, les ambassades n’ont guère été protégées face une foule soigneusement guidée. Mais le feu se propage aussi au Liban, où la Syrie a toujours des relais et où l’Iran parle à travers la voix du parti chiite islamiste, le Hezbollah. Hassan Nasrallah, son chef, déclare que « s’il s’était trouvé un musulman pour exécuter la fatwa de l’imam Khomeyni contre le renégat Salman Rushdie, cette racaille qui insulte notre prophète Mahomet au Danemark, en Norvège et en France n’aurait pas osé le faire ». Message reçu. Dimanche 5 février, plusieurs milliers de manifestants surexcités se mettent en quête d’incendier le consulat danois, puis se rabattent sur le quartier chrétien de Beyrouth, Achrafiyeh. L’église Saint-Maron est prise sous les jets de pierre. Un mort et une cinquantaine de blessés. Le ministre de l’Intérieur démissionne. Le lendemain, trois Afghans sont tués et plusieurs blessés par balles près de Kaboul, lors de manifestations contre les caricatures.
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Montre-moi ta presse, je te dirai quel pays tu es
Le 6 février, le plus important quotidien iranien, Hamshahri, annonce le lancement d’un concours de caricatures sur l’holocauste. Le prétexte ? Faire front aux journaux occidentaux commençant à republier les caricatures. Le vrai motif ? Alimenter le fantasme du deux poids deux mesures sur le mode : « Vous voyez, les Occidentaux insultent l’islam, mais ils ne supportent pas qu’on critique les Juifs. » Alors que la raison de cette incompréhension mutuelle n’est pas là. À longueur d’années, des caricaturistes du monde musulman utilisent le dessin pour inciter à la haine raciste. Les dessinateurs danois, eux, n’ont fait que tester le droit à l’irrévérence envers Mahomet, soit le représentant d’une religion et non d’un peuple. Nous sommes bien au cœur du problème. Mis au pas par des régimes soit autoritaires soit théocratiques, la plupart des journaux du monde musulman préfèrent le respect des symboles religieux, quitte à mépriser les êtres (en l’occurrence les Juifs assimilés aux Israéliens), tandis que la presse libre des pays d’Europe tente de respecter les êtres, en ne se montrant pas raciste, mais se réserve le droit de rester critique envers les injonctions autoritaires et sacrées. Ce qui n’empêche pas les lâches et les courageux d’exister partout. Nombreux sont les éditorialistes et les journalistes qui vont être sanctionnées, en Jordanie, en Algérie, au Maroc, mais aussi en Finlande, en France et en Angleterre [voir encadré] !
Les Anglo-Saxons ont battu tous les records de la couardise sur ce dossier. Depuis Doha, où il fait un séjour confortable, Bill Clinton parle de caricatures « outrageuses pour l’islam ». Il existe pourtant une très belle représentation de Mahomet, sabre à la main, sur le plafond de la Cour suprême. Les associations musulmanes n’ont jamais pu obtenir son retrait… Peu importe. La Maison Blanche dit même « comprendre » la colère des musulmans et invite à une attitude responsable. Eh oui, vous avez bien compris ! Au temps de Guantanamo et de la guerre préventive en Irak, les Américains accusent des dessinateurs danois et des journalistes européens de mettre de l’huile sur le feu !
À ce petit jeu, la Grande-Bretagne remporte incontestablement la palme. Aucun journal, même parmi les plus populistes, n’a osé froisser son lectorat musulman et prendre le risque d’un boycott. Un malheureux étudiant s’est risqué à reproduire les caricatures dans son journal de fac. Tous ses exemplaires ont été mis au pilon. Ce n’est pas auprès des autorités britanniques, travaillant main dans la main avec les Frères musulmans, qu’il trouvera du réconfort. Tariq Ramadan, choisi par Tony Blair pour le conseiller contre l’extrémisme islamique, s’en félicite : « Comme aux États-Unis, il existe en Grande-Bretagne un rapport spécial avec le facteur religieux, et c’est bien mieux ainsi. » De fait, le 3 février, les bobbies étaient surtout occupés à encadrer une manifestation appelée par Hizb ut-Tahir, une organisation islamiste ultra-radicale, où l’on peut voir des barbus et des femmes voilées tenir des pancartes telles que « Mort à celui qui insulte l’islam », « Préparez-vous pour le vrai holocauste », « Liberté va en enfer », ou encore « L’Europe va payer : ton 11 septembre est en route ! ».
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Le retour des pompiers pyromanes
Quelques jours plus tard, les Frères musulmans anglais organiseront une manifestation beaucoup plus télégénique pour rattraper le coup. Conformément à leurs habitudes, après avoir contribué à allumer l’incendie, ils proposent maintenant de jouer les pompiers. Khaled Mechaal, le numéro un du Hamas, vivant en Syrie, postule comme baby-sitter des foules musulmanes. À condition que les gouvernements occidentaux s’excusent et adoptent des lois empêchant « de porter atteinte, non seulement au prophète Mahomet mais aussi à tous les prophètes et toutes les religions ». En France aussi, les Frères musulmans se verraient bien gardes-chiourme. Comme au moment de la loi sur les signes religieux, les Frères aliment bel et bien la rage, mais ils l’encadrent dans l’espoir d’apparaître comme un « juste milieu ». Cela dit, même des Français musulmans éclairés et modernes se disent sincèrement choqués par ces dessins (72 % comprennent l’émotion soulevée par les caricatures). Parfois, sans les avoir vus. On peut le comprendre. Ils sont fatigués de ces polémiques, où ils peuvent à tout moment être victimes d’amalgames. D’où le succès prévisible (entre 7 000 et 10 000 personnes) de la manifestation organisée à Paris le 11 février par l’Union des associations musulmanes du 93. Ses organisateurs ont bien fait les choses. Ils ont demandé aux manifestants de venir avec des drapeaux français (pure stratégie, mais l’intention y est). Quelques Allah oakbar et chants du Front islamique du salut sont bien entonnés, mais pour le reste, la foule (très barbue et très voilée) défile dans le calme, en réclamant surtout une loi contre l’islamophobie : « S’attaquer au Prophète, c’est s’attaquer à tous les musulmans. »
En revanche, pas un mot pour dénoncer l’hystérie mortifère et les amalgames des lanceurs de fatwas anticaricatures. Et pourtant, cette hystérie commence à tuer. Le 7 février, en Turquie, un prêtre italien est assassiné au cri de « Allah oakbar » par un adolescent déséquilibré. Les autres morts sont des manifestants anticaricatures piétinés par une foule hystérique, dont ils font partie. Souvent sans avoir vu les caricatures en question et sur la base d’informations erronées, comme ces textos annonçant qu’on brûle des Coran sur la place publique au Danemark !
Il ne faut pas s’étonner de cette hystérie. Quand la presse est lâche ou muselée par des gouvernements indignes, par des obscurantistes, l’information laisse place aux fantasmes, et la haine l’emporte sur la raison. Mais la mondialisation de la haine et de la lâcheté a un revers. Non négligeable. Celui de mondialiser les résistances et les solidarités. C’est en son nom que Charlie et d’autres journaux européens ont décidé de publier ces dessins. Par solidarité. Pour crier que nous « sommes tous danois » face à l’inquisition moderne. Pour montrer que l’Europe n’est pas un espace où le respect des religions prime sur la liberté d’expression. Parce que la provocation et l’irrévérence sont nos seules armes pour faire reculer l’intimidation de l’esprit critique dont se nourrit l’obscurantisme.
Caroline Fourest & Fiammetta Venner
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