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mouvement des femmes Iraniennes

mouvement des femmes Iraniennes

Sunday, December 18, 2011

> Film : L’étrangère.
> L'ETRANGÈRE
> Réalisé par
> Genre : Drame | Durée : 01h59mn
> Film : Allemand | Sortie le : 20/04/2011
>
> Umay, qui vient de se faire avorter en secret, quitte en pleine nuit son mari violent, en emmenant leur fils, le petit Cem. La jeune femme laisse derrière elle
sa vie à Istanbul pour retrouver à Berlin sa famille, établie dans un quartier peuplé en majorité d'immigrés turcs. Mais le coup d'éclat d'Umay est si mal perçu
par la communauté musulmane locale qu'il risque de compromettre le mariage de sa jeune soeur. Lorsque son père et son frère aîné menacent de
renvoyer Cem à Istanbul, Umay, déchirée, fait intervenir la police, qui la conduit avec le gamin dans un centre pour femmes abusées. Afin de repartir sur de
nouvelles bases, la jeune mère est retournée aux études et, grâce à une amie allemande, a décroché un travail dans un restaurant. C'est là qu'elle
s'éprend de Stipe, un jeune cuisinier sensible à ses malheurs.
>
> Premier film de la réalisatrice autrichienne Feo Aladag, porté par l'interprétation magistrale de la révélation de "Head On", Sibel Kekilli, "L'Etrangère"
raconte le combat poignant d'une femme pour obtenir sa liberté. Rencontre avec deux femmes hors du commun !
> La première, Feo Aladag  , est une actrice devenue réalisatrice, dont la
blondeur n'a d'égale que les grands yeux noirs de la seconde, qu'elle met en scène, Sibel Kekilli
, révélée par Head on
du réalisateur Fatih Akın
. Véritable ode à la tolérance, L' Etrangère
, primé dans de nombreux festivals, nous plonge au coeur des tensions familiales et
communautaires à travers le combat d'une jeune mère qui décide de quitter son mari violent en Turquie pour retrouver sa famille en Allemagne, avant de
fuir à nouveau pour épargner le déshonneur aux siens. Allociné a rencontré pour vous les deux femmes qui portent avec intelligence et talent ce film, en
salles cette semaine.
>
> Allociné: Pour un premier film, vous vous attaquez à un sujet délicat, comment en êtes-vous venue aux crimes d'honneur?
>
> Feo Aladag  : Il y a 8 ou 9 ans, Amnesty International m'a contactée pour
écrire et réaliser des spots publicitaires pour une campagne contre la violence faite aux femmes. Je ne m'étais jamais essayée à la réalisation auparavant,
et je n'étais pas certaine d'en être capable. J'ai fait énormément de recherches pour réaliser ces deux spots de 30 secondes chacun, j'ai notamment lu la
Charia, le Coran ainsi que des rapports de l'ONU pendant près de quatre mois. Mais quand mon travail fut fini, il restait tellement de questions en suspens
dans ma tête, et d'émotions, que je ne pouvais pas me résoudre à abandonner ce sujet. Je n'avais pas encore une assez grande compréhension des
problématiques psychologiques que cela comportait et de ce qui se passait dans ces familles. C'est aussi à cette époque que les medias en Europe, et en
particulier en Allemagne, traitaient de plus en plus de faits divers liés à ce qu'on appelle les crimes d'honneur. Je me suis alors rendue compte que je
voulais écrire une histoire là-dessus. Avant de commencer à écrire le scénario, j'ai fait beaucoup recherches, je me suis énormément documentée pendant
près de deux ans, j'ai lu, vu tout ce que j'ai pu sur le sujet, j'ai même assisté à des audiences. J'ai également vécu dans un refuge pour femmes battues
pour mieux comprendre ces femmes et échanger avec elles. Quand les différents membres de la famille sont prêts à faire des efforts pour mieux s'entendre,
le thérapeuthe organise des réunions de conciliation, des suivis avec les personnes concernées, et par chance, j'ai également pu assister à ces rencontres.
A travers ces réunions, j'ai ainsi eu accès aux autres membres de la famille. J'ai pu nouer le dialogue avec de jeunes hommes responsables de ces crimes
et prendre conscience de ces problèmes des différents points de vue, car ce qui m'intéressait avant tout, c'était de ne pas juger les auteurs de ces faits,
mais de faire naître de l'empathie envers eux et de les rendre humains. Je continue d'ailleurs de m'intéresser à ce sujet puisque je travaille pour une
association allemande appelée Papatya qui tente de lever des fonds pour trouver des logements à de jeunes femmes dans ce genre de situation.
Aujourd'hui, cette cause fait entièrement partie de ma vie.

> Comment avez-vous construit le personnage d'Umay? Est-ce tiré de votre vécu, de ces jeunes femmes que vous avez rencontrées?
>
> Feo Aladag  : Je pense que comme toujours lorsque l'on écrit, on va
chercher des choses très personnelles et pour un personnage aussi fort qu'Umay, on est obligé d'y mettre un peu de soi, puis de le transformer parfois plus
ou moins. Pour ma part, c'est en effet un personnage très personnel que j'ai enrichi grâce à mes recherches et surtout aux rencontres que j'ai pû faire avec
ces femmes qui ont accepté de parler, malgré la souffrance, la honte et la peur qu'elles ressentaient, et de partager avec moi leur histoire, et moi la mienne.
> La force de ce film justement est de parvenir à concilier les différents points de vue. Même si on s'attache peut-être un peu plus à Umay, chacun des
personnages du film a un point de vue défendable. D'ailleurs on voit très bien que lorsqu'une personne prend une décision, c'est l'ensemble de la famille
qui est affectée.
>
> Sibel Kekilli  : Tout n'est pas blanc ou noir dans L' Etrangère
. D'ailleurs, même si on éprouve peut-être un peu plus d'empathie à l'égard d'Umay, dans
certaines scènes comme celle du mariage de sa soeur, on a presque envie de la gifler et de lui demander ce qu'elle fait là, pourquoi elle fait subir cet
embarras à ses parents, à ses frères et à sa soeur. Cette scène était l'une des plus difficiles que j'ai eu à tourner.
>
> Feo Aladag  : C'est vrai et ce quel que soit l'enjeu. Par exemple, le père
d'Umay, Kader, est littéralement déchiré entre son estime de soi comme homme et chef de famille, et l'amour qu'il porte à sa fille. Cela ne correspondrait
pas à mon idée de l'humanité qu'un homme tel que lui ne souffre pas, comme c'est souvent montré dans les médias. Nous avons si souvent cette vision du
père et des frères comme des monstres. Si on considère le problème d'un point de vue strictement humain, tous les membres de la famille sont victimes de
ce système et de cette structure archaïque, ou bien sont instrumentalisés par leur propre interprétation du sens de l'honneur. Si votre sens de l'honneur
trouve sa source dans le contrôle de la vie de votre femme, de vos soeurs et de vos filles, vous vivez dans la peur constante de perdre le contrôle et la peur
est la source d'agression et de haine la plus courante. Il faut donc proposer à ces hommes une nouvelle conception de l'honneur.

>
> La pression de la communauté, même si on ne voit que quelque rares personnes tout au long du film, est donc omniprésente?
>
> Feo Aladag  : Je ne voulais pas être trop dogmatique. Vous n'avez pas à
montrer chacune des déclinaisons possibles de la communauté turquepour faire passer le message. J'ai cependant mis en scène différents types de
femmes pour montrer comment chacune d'entre elles parvient à gérer ce genre de situation. Par exemple, le personnage de Gül, la patronne d'Umay, est
une femme forte, déterminée, c'est une femme d'affaires. Elle s'est construite toute seule, mais a toujours eu pleinement conscience de ses racines, tout en
vivant de façon indépendante. En revanche, la mère d'Umay, Halime, est toujours bloquée par ces structures archaïques, incapable de les remettre en
question et de les surmonter pour aider ses enfants, et surtout ses filles. C'était très intéressant de développer ces deux types de personnages.
>
> Dans votre cas Sibel, comment vous êtes-vous plongée dans ce personnage? Etes-vous peronnellement familière des crimes d'honneur? Avez-vous
rencontré des femmes qui l'étaient?
>
> Sibel Kekilli  : Je travaille pour l'association Terres de femmes en Allemagne
qui se bat contre la violence envers les femmes musulmanes, donc je connaissais le sujet. En revanche, je n'ai jamais rencontré une famille ou une femme
confrontée aux crimes d'honneur. Je me souviens que lorsque j'avais 14 ans, une camarade de classe n'est plus venue en cours du jour au lendemain alors
que ses frères continuaient de venir à l'école. Je ne crois pas qu'elle ait été tuée, mais elle a probablement été mariée de force, quelque chose comme ça.
Je n'ai jamais su. Malheureusement dans ce genre de communauté, la violence est très présente.
>
> Umay ferait tout ce qui est en son pouvoir pour assurer la sécurité de son fils. Pensez-vous que beaucoup de femmes auraient le courage de quitter leu
pays, leur mari, pour vivre une nouvelle vie, seule avec leur enfant?
>
> Sibel Kekilli  : Umay est certainement une femme courageuse mais c'est très
difficile. Dans ces familles, vous devez vivre comme la famille et non de la façon dont vous voulez. Si vous n'êtes pas assez forte, vous devez vivre comme
ils l'entendent mais avec la peur au ventre. Si vous choisissez de vivre votre propre vie, cela signifie que parfois, vous devrez laisser votre famille derrière
vous. Mais il faut imaginer ce que c'est. Cela implique que vous êtes seule, que si vous avez un enfant, vous ne pouvez pas le laisser à sa grand-mère. Et
que pouvez-vous lui dire? "Oui, tu as une grand-mère mais nous n'avons plus aucun contact". Vous êtes toujours seule. Et lorsque vous êtes très malade
par exemple, que vous devez aller à l'hopital, que vous n'êtes pas mariée, que vous tombez dans le coma, comme vous n'avez pas de famille pour répondre
à votre place, vous devez écrire vos souhaits sur papier. Ce sont des problèmes que nous avons tendance à oublier mais qui peuvent faire partie du
quotidien...

>
> Pensez-vous que les familles d'origine étrangère vivant dans les pays d'Europe de l'Ouest doivent obligatoirement choisir la vie de la communauté ou la
liberté?
>
> Sibel Kekilli  : Non, je ne pense pas que cela concerne tout le monde. Peut-
être le problème est-il le même ici, en France avec la communauté algérienne. Dans le cas d'Umay, je pense qu'elle doit choisir mais qu'elle aimerait ne pas
avoir à le faire. Elle ne veut pas rayer les traditions de sa vie, elle veut simplement avoir sa famille à ses côtés mais elle ne veut pas que la violence fasse
partie de sa vie. Comme elle et son fils ne sont pas en sécurité, elle n'a pas le choix, elle doit partir et laisser sa famille derrière elle...
>
> La relation entre Umay et sa mère est très importante. Umay aime sa mère mais refuse de vivre de la même façon qu'elle, et ne comprend pas que celle-ci
lui refuse une vie meilleure...
>
> Sibel Kekilli  : Il y a ici un conflit de générations évident et c'est très triste
parce que la mère ne semble pas non plus très heureuse. Elle voudrait peut-être vivre autrement mais elle n'a jamais eu la force, l'énergie, la volonté de se
battre pour décider elle-même. Dans ce genre de communauté en plus, il faut savoir que lorsque les enfants font quelque chose de mal, la faute est
toujours imputée à la mère.
>
> Feo Aladag  : Souvent, c'est très difficile pour les parents de laisser leurs
enfants vivre avec leur époque. Quand nous serons plus âgés, ce sera pour nous aussi très difficile de remettre en question notre mode de vie. Et si nos
enfants viennent nous dire qu'ils ont choisi de vivre d'une façon complétement différente de la nôtre, cela voudra dire qu'ils remettent en cause notre
propre façon de vivre et que nous devons le faire à notre tour. C'est très difficile mais nous devons laisser nos enfants vivre avec leur temps.
>
> Au contraire, la petite soeur d'Umay, Rana, est bien décidée à se marier et à embrasser le mode de vie de ses parents. Qu'est-ce qui les rend si
différentes?
>
> Feo Aladag  : Rana pense en fait que c'est la façon la plus facile de faire
les choses. Elle pense qu'elle y trouvera son compte. Chaque personne est bien entendu différente, certaines préfèrent se heurter de front au problème et
d'autres pensent qu'en passant par des chemins détournés elles arriveront aussi à leurs fins.
>
> L'aîné des frères, Mehmet, est celui qui est le plus attaché aux valeurs traditionnelles et au code de l'honneur de la communauté. Comment l'expliquez-
vous?
>
> Feo Aladag  : Mehmet veut vivre en accord avec ce que pense son père. Il
pense que son père ne réagit pas assez durement envers Umay et essaie de compenser cette faiblesse. Il veut aussi que son père lui montre sa
reconnaissance pour sa conduite. D'un point de vue psychologique, j'ai construit le personnage de Mehmet comme quelqu'un qui avait besoin de
compenser quelque chose. Il a besoin de l'amour et de la reconnaissance de son père. Du coup, il est très frustré, et à cette situation s'ajoute une vision
incertaine de sa vie professionnelle puisqu'il est au chômage. Le problème se pose également petit à petit avec le frère cadet, Acar. Le frère et la soeur
s'aiment tellement qu'au départ, la communauté ne vient pas interférer entre eux. Puis, il finit lui aussi par être instrumentalisé par ces traditions et ces
règles archaïques.
>
> L'attachement à la communauté et aux valeurs traditionnelles est-il de plus en plus fréquent chez les jeunes générations? Est-ce devenu un phénomène
de société?
>
> Sibel Kekilli  : C'est en effet une tendance notable. En Allemagne, il y a une
certaine tolérance d'un côté et de l'autre une peur bien ancrée de l'islamisme depuis les attentats du 11 septembre 2001. Les gens ont de plus en plus peur
et les jeunes d'origine étrangère ont l'impression d'être l'objet de préjugés, ce qui rend le fossé au sein de la population de plus en plus grand. Ces jeunes
commencent à se rattacher aux valeurs traditionnelles car ils se sentent comme des étrangers dans leur pays, l'Allemagne, même si en général, ils se
sentent aussi quelque part étranger dans leur pays d'origine. Ils ne trouvent la compréhension et le soutien dont ils ont besoin qu'au sein de la
communauté.
>
> Feo Aladag  : La situation est plus complexe qu'elle n'y paraît, mais il
semble que cette tendance soit importante chez les jeunes simplement parce qu'ils sont eux-mêmes dans des situations difficiles. Dans les sociétés
d'Europe de l'Ouest, on ne leur offre pas assez de chances de réussite. Leurs pères ou leurs frères sont parfois au chômage, desespérés, ils se sentent
indésirables. Chacun d'entre nous a besoin de sentir qu'il a une valeur, chacun doit tirer son estime de soi de quelque part, et si c'est la seule chose dont
vous pouvez tirer votre estime de soi, c'est très dur de faire abstraction. A Berlin par exemple, il y a l'association Heroes, où l'on apprend à des jeunes
hommes issus des minorités une nouvelle conception de l'honneur. L'honneur, c'est peut-être défendre la liberté de sa soeur et non de la restreindre. Et un
jour, ils comprennent par eux-mêmes, et peuvent faire passer le message aux autres membres de leur groupe. C'est évident qu'un jeune allemand d'origine
trurque de 16 ans ne va pas écouter avec la même attention un assistant social et un ami, il a besoin d'avoir son propre gang et de changer les choses lui-
même. Je trouve cette initiative très intelligente. Avec d'autres personnes issues des médias, de la culture et de la politique, nous sommes également en
train de créer le réseau Yes you can be pour aider les jeunes d'origine étrangère à Berlin à trouver du travail dans des secteurs auxquels ils ont peut-être
moins accès, leur montrer les différentes options qui s'offrent à eux.
>
> Lorsqu'Umay rappelle à ses frères le passé, la façon dont ils prenaient soin les uns des autres lorsqu'ils étaient plus jeunes, ils n'acceptent pas, et
refusent de l'écouter. Comment peut-on changer de comportement à ce point?
>
> Sibel Kekilli  : Dans ce genre de communauté, lorsqu'une fille se marie, son
statut change parce qu'elle n'appartient plus à sa famille mais à la famille de son mari. Je n'aime pas ce mot, "appartenir", mais c'est ce qui se produit. Dans
le cas d'Umay, le problème est qu'elle a un fils, et que, dans la tête de son frère, une autre famille est impliquée . Pour lui, elle n'est plus seule, et c'est ça le
principal changement. Dans tous les cas, lorsqu'une fille devient femme, ça devient toujours plus dangereux pour la famille.
>
> Feo Aladag  : Je voulais montrer au gens l'absurdité de ces méchanismes.
Qu'est-ce qui peut être plus fort que l'amour que l'on porte à ses proches? A sa famille? Quelle sorte de pression ou de système peut être plus fort que
l'amour que nous avons les uns pour les autres? Dans les familles comme dans la politique, nous ne sommes pas si différents les uns des autres. Nous
mettons beaucoup de choses entre nous alors que souvent, nous partageons les mêmes espoirs, les mêmes peurs et nous désirons les mêmes choses.
>
> "L'Etrangère" - Extrait 1
>
> Dans une scène, Gül, la patronne d'Umay affirme que dans n'importe quelle circonstance, le père d'Umay choisira la communauté plutôt que sa propre
fille. Est-ce la seule façon de survivre?
>
> Sibel Kekilli  : Chaque décision devient un dilemme impossible à résoudre.
Les reproches viennent de toutes parts et chacun y met son grain de sel, la famille, le mari, les collègues, les amis. La pression vient de l'ensemble de la
communauté. Tout le monde souffre, comme les frères à qui l'on dit que leur soeur est une pute.
>
> Feo Aladag  : Umay continue d'espérer jusqu'au dernier moment que sa
famille se ravise. Toutes les femmes victimes de ces violences, rejetées par leur famille, réagissent ainsi, ce qui est tragique. On voudrait leur dire "pourquoi
ne pas quitter la ville?", mais au fond, pensez-vous vous même que vos propres parents vous feraient du mal? Jamais. Et jusqu'au dernier moment, vous
espérez que l'amour soit plus fort.
>
> Peut-on voir le film comme une métaphore sur le "vivre ensemble" au sein de toutes les sociétés? La nécéssisté pour chacun d'entre nous d'accepter les
différences des autres?
>
> Feo Aladag  : Absolument. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai fait
ce film. Accepter l'individualité et les différences de chacun, chercher ce qui nous rapproche, privilégier nos points communs plutôt que nos différences.
Pour moi tout cela rélève de ce qui ne peut être sujet à débat: les droits de l'homme. Des gens ont signé pour nous tous une charte de l'ONU qui dit que
chacun d'entre nous a le droit d'être libre, d'avoir accès à l'éducation, de vivre une vie sans violence, où les hommes et les femmes sont égaux. Je dis
toujours que la cuisine française est l'une des plus riches et que la cuisine allemande pourrait l'être aussi si elle mélangeait les spécialités culinaires
truques, perses, africaines...C'est le même principe pour la société. Il faut voir nos sociétés multiculturelles en bien et non en mal.
>
> Vous avez montré le film dans le monde entier, comment les gens ont-ils réagi?
>
> Feo Aladag  : Aujourd'hui, nous avons présenter le film au total dans 48
pays et 6 continents depuis avril 2010. J'ai montré le film dans des pays très lointains, comme le Pakistan, où le nombre de crimes d'honneur est un des
plus élevés au monde. Je voulais voir comment le public recevrait le message du film, comment les medias en parleraient, ce qu'ils publieraient ou non.
C'était très enrichissant. J'ai également présenté le film dans l'endroit le plus riche au monde, les Hamptons à New York, où vous ne trouvez pas de maison
en dessous de 5 millions de dollars. Les gens vivent dans un monde totalement différent et pourtant, même là-bas, le film parlait au gens. Des americaines
sont venues me voir et m'ont dit des choses comme "J'ai exactement la même relation avec mon père", et elles étaient catholiques, blanches et riches! C'est
exactement ce que j'ai voulu faire avec ce film, une histoire universelle sur la famille, une métaphore qui pourrait être adaptée sur une plus grande échelle
aux contextes culturels et politiques, et à la façon dont nous décidons chacun de vivre ensemble.
>
> Vous avez écrit, réalisé et produit le film. C'est très difficile de tout faire en même temps, pourquoi avez-vous choisi de porter toutes ses casquettes pour
votre premier film?
>
> Feo Aladag  : Cela m'a permis d'avoir la plus grande liberté possible. Je
savais aussi que si j'échouais, je serai la seule responsable, je ne pourrai me cacher derrière personne, je ne pourrai pas dire que c'était la faute du
producteur ou de quelqu'un d'autre. J'aime être aux commandes, et pour ce film, j'avais besoin d'être indépendante. C'est pourquoi j'ai d'ailleurs appelé ma
société Independent Artists.
>
> Votre prochain projet?
>
> Feo Aladag  : Je suis en train de travailler dessus. Dans tous les cas, il
aura une dimension politique. Je pense qu'on peut écrire une histoire d'amour avec deux personnes sur une île deserte et faire un film politique. J'ai besoin
de penser que mon film a un intérêt, un fond politique, pour croire qu'il présentera également un intérêt pour le public. Malheureusement, mon prochain film
ne sera pas une comédie romantique, ce sera peut-être le cas de mon troisième film!
>
> La bande-annonce de "L'Etrangère"

> Propos recueillis par Camille Lamourette le 6 avril 2011
>
> En savoir plus : Sibel Kekilli  , Feo Aladag
, L'Etrangère
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La révolution arabe et la Palestine



Le courant continu de la révolution arabe : « La Nakba n’est pas une fatalité car un monde arabe démocratique et fédéré pourra traiter avec l’Occident sur le même pied d’égalité, défendre les droits légitimes des Palestiniens et ne jamais se plier à la volonté expansionniste et colonialiste d’Israël », disait un journaliste arabe dans les années 50. C’était un temps où nous bénéficiions encore des acquis de la Renaissance arabe et de ses réalisations dans les champs sociaux et politiques. Nous vivions les lendemains heureux des libérations nationales.
Mais hélas ! un autre sort était réservé aux peuples arabes qui ont, pendant plusieurs décennies, subi des dictatures militaires ou des monarchies absolues et ont vu la Palestine occupée et démantelée par Israël, les Palestiniens spoliés de leur terre et de leurs droits et la cause palestinienne livrée d’une part aux enchères et à la démagogie des dirigeants arabes et d’autre part aux manipulations, aux atermoiements et à la différence des dirigeants occidentaux.
La révolution arabe, dont la première étincelle est partie de la Tunisie en janvier 2011, devient aujourd’hui une réalité incontestable. Ses prémices n’étaient certes pas inexistantes mais pourquoi maintenant ? Inespérée et inattendue à la fois, chaque révolution a son propre profil : elle tire le peuple de sa torpeur et de son désespoir et vient bouleverser des normes, briser des certitudes et crever des tabous. Certains sont tentés de comparer la révolution arabe à d’autres. Mais les comparaisons, rarement justes, nuisent souvent à la lucidité et à la clairvoyance, car si un animateur de télévision française ironise sur une future démocratie dans le Monde arabe, en avançant l’argument : « après la révolution française, il y a eu la terreur », c’est que cet animateur n’a surtout pas envie de sortir de ses clichés qui lui obstruent l’esprit. Contrairement à un spécialiste du Monde arabe qui rappelle : « Les événements actuels reflètent un changement en profondeur des sociétés du Monde arabe. Ces changements sont en cours depuis longtemps, mais ils étaient occultés par les clichés tenaces que l’Occident accrochait sur le Moyen-Orient.»1
D’autres pensent que si mai 68 a été récupéré, les révolutions arabes le seront aussi par les islamistes, les Américains… Or, il faut comparer ce qui est comparable comme l’avait fait Chris Marker dans son film « Le fond de l’air est rouge » où il évoque toutes les révolutions des étudiants déclenchées dans le monde (Mexique, Japon, Egypte…) suite à mai 68.
Grâce à la révolution arabe naissante, un cliché est en train de tomber en Occident, celui qui stipule que les Arabes n’ont rien en commun et qu’ils n’existent pas comme une entité culturelle, sociale et politique. Par contre, lorsqu’il s’agit de les stigmatiser, on leur reconnaît une identité commune mais ô combien négative ! Si le livre d’Elias Sanbar et Farouk Mardam Bey, « Etre arabe »2, est très éclairant à ce sujet, la révolution arabe vient révéler aujourd’hui le destin commun des peuples arabes.
Une révolution innovante : Cette révolution a étonné, avec son expression pacifiste, ses exigences et ses revendications. Une jeunesse avertie et dynamique garde le lien avec les aînés, les remotive tout en gardant ses distances par rapport à eux. Alors que tous les dirigeants en place réagissent de la même manière et utilisent les mêmes ficelles usées en jouant sur les divisions sociales, tribales, confessionnelles, ethniques tout en ayant recours à des répressions sanglantes. Chose étrange ! tandis que les régimes érigés au nom des peuples emploient la violence contre les révoltes populaires, des régimes dits « réactionnaires », celui du sultan d’Oman et du roi du Maroc, dans un moindre degré, anticipent les contestations et promettent des changements significatifs. Un passage en douce vers une réelle démocratie au sein d’une monarchie constitutionnelle ! Attendons pour voir. Le cas du régime syrien, selon
1 Olivier Roy, le Monde du 13-14 février.
2 Actes sud-Sinbad, 2005.
un journaliste palestinien, pourrait résumer les espoirs d’un tel changement : « Le peuple syrien souffre de deux faims, celle du pain et celle de la dignité et de la justice sociale. Si le président Bachar ne s’en rend pas compte, le résultat serait extrêmement grave. Nous avons peur pour la Syrie : la seule citadelle qui fait face au projet israélo-américain qui a humilié les peuples arabes, volé leurs biens et brisé leur capacité de résistance. C’est pourquoi, nous souhaitons la préserver en lui conseillant l’anticipation des réformes. Le dirigeant est jeune, mais il est entouré de momies qui croient vivre encore du temps de Brejnev et de la Guerre froide. La Syrie attend l’étincelle, pourvu que le président Bachar puisse lui éviter la grande explosion.»3
Ce mouvement révolutionnaire qui se ressent dans l’opinion arabe refuse toute sorte d’ingérence étrangère susceptible de lui voler son printemps. L’expérience de l’Irak est suffisamment douloureuse et instructive (le fait de priver le peuple irakien de juger lui-même ses anciens dirigeants, suite à des procès équivoques, a marqué les esprits à jamais !).
La Palestine au coeur de la révolution : Après le départ de Ben Ali, les Tunisiens lancent immédiatement ce slogan : « Palestine, nous ne t’oublions pas ». Alors que le célèbre poète égyptien, la voix des peuples arabes, Ahmad Fouad Najm, qui a connu les geôles des trois derniers présidents égyptiens, s’adresse aux Palestiniens à la fin d’une intervention sur Al Jazeera : « N’ayez pas peur, nous venons à votre secours ». Dans un de ses derniers poèmes, mis en musique, il dit en guise de refrain : « Ni Hamas, ni Abbas, mais plutôt la cause palestinienne ».
Chose significative, depuis quelques jours, des manifestations régulières revendiquent la fin de la division au sein du camp palestinien. Des jeunes entament une grève de la faim qu’ils promettent d’observer jusqu’à l’unité nationale. Très peu de temps après, Mahmoud Abbas annonce une importante décision : aller à Gaza pour rencontrer les dirigeants de Hamas pour sceller l’union et organiser des élections rapides.
Israël est aussi inquiet que les dirigeants arabes en place. Ils prétendent tous que l’islamisme va régner partout. Pourtant quelques rares esprits lucides et courageux expriment leur désaccord. Ecoutons l’analyse d’un journaliste israélien d’Haartez : « Nous sommes tous atteints d’orientalisme pour ne pas dire de racisme, car, au lieu de se réjouir en voyant des peuples se débarrasser de leurs tyrans et revendiquer avec courage des élections libres, nous tremblons de peur parce que ces peuples sont des Arabes… A-t-on peur de ne plus être la seule démocratie du Moyen-Orient ?... Et si les prochains Arabes qui se révoltent sont des palestiniens, si des dizaines de milliers parmi eux avancent les mains libres et sans armes vers les murs des colonies pour revendiquer un pays libre, comment va réagir l’armée israélienne ? »4
Ces paroles sont l’écho immédiat de ce qui a circulé la veille, le mercredi 2 mars, sur le net. Après le succès des révolutions en Egypte et en Tunisie, des activistes palestiniens ont déclaré dans un communiqué publié sur leur page "Facebook"5 : « Nous nous attachons au droit de retour de notre peuple palestinien, en conformité avec la résolution onusienne n° 194… Nous appelons notre peuple à retourner dans la Palestine historique et à mettre en oeuvre ce retour dès le 15 mai prochain".
Le groupe, qui se nomme "Marche de retour 2011", a déclaré que le retour est un droit juridique, politique et humanitaire et que tout le monde doit travailler pour l'atteindre. Les
3 Traduit de l’arabe : Abdel-Bari Atwan, al-hirak as-souri ila aïn (Où va la contestation en Syrie) ? Le journal Al Quds al-Arabi, le 17 mars 2011.
4 Traduit de l’arabe, publié dans le journal Al Quds al-Arabi, le 3 mars 2011.
5 Contacter sur : http://www.facebook.com/maseera2011 ; http://www.facebook.com/profile.php?id=100002200592154 ;
http://www.facebook.com/home.php?sk=group_168620926523892.
rédacteurs de l’appel s’attendent à ce que le régime israélien fasse recours à des moyens de répressions, mais ils confirment la possibilité de passer les frontières, car aucune force sur le terrain ne pourrait opprimer tout un peuple qui réclame ses droits. L’efficacité virtuelle de cet appel non violent se fait déjà ressentir : le ministre de l’Information israélien a insisté auprès du fondateur de Facebook pour supprimer la page de l’appel du 15 mai en prétextant qu’il s’agit de « provocation » et d’ « incitation à nuire aux Juifs et aux Israéliens ».6
Des obstacles à vaincre : Mais pour faire évoluer l’opinion publique en France, il faudrait tenir compte des difficultés signalées par Esther Ben Bassa, historienne et directrice d’études à l’EPHE. Elle critique tous ces intellectuels et élites politiques qui observent la révolution dans les pays arabes peut-être avec envie tout en craignant ce bouleversement et le commentant selon des « grilles de lecture d'un autre temps, héritées du colonialisme… Ils se demandent, ajoute-t-elle, comment d'anciens colonisés sont capables de se révolter, eux, ces « attardés de la civilisation », ces « islamistes-terroristes » obnubilés par leur religion « rétrograde ». Ces femmes qu'en Occident nous voulions libérer en leur enlevant le voile sont là-bas sur les places publiques – avec ou sans voile – en train de mener la rébellion à côté des hommes et sur un pied d'égalité… Nous avons même oublié que ces mêmes peuples s'étaient déjà révoltés contre la colonisation elle-même et avaient acquis l'indépendance au prix de grandes luttes, et que ce n'est pas la première fois qu'ils prennent leur destin en main… » 7.
Enfin, E. Benbassa porte sur la politique française un jugement d’une grande sévérité. Elle considère qu’au lieu de soutenir ce qui se passe de l’autre côté de cette méditerranée qui se démocratise et à défaut de vrais projets politiques, certains partis utiliseront comme repoussoir « l’écharpe verte de l’islam ».
En Israël, Netanyahou avoue clairement sa peur de voir les manifestations pacifistes palestiniennes se multiplier. Entertenir un état de guerre permanent, tout en discourant sur la paix, est en effet la politique qu’a suivi l’Etat d’ Israël depuis sa fondation. Politique sécuritaire et expansionniste inspirée de méthodes coloniales utilisées jadis par la France en Algérie ou par des colons aux USA : « Elles consistent, d’après Tocqueville le théoricien de la colonisation en Algérie, à mettre le pays à sac, à s’emparer de tout ce qui peut être utile pour l’entretien de l’armée en « faisant vivre ainsi la guerre par la guerre », comme l’affirme le général Lamoricière, et à repousser toujours plus loin les autochtones de façon à s’assurer de la maîtrise complète des territoires conquis. Ces objectifs une fois atteints par l’emploi d’une terreur de masse autoriseront l’implantation et le développement de nombreuses colonies de peuplement, qui rendront impossible le retour des anciennes tribus… Quant aux populations locales, repoussées par les armes puis dépouillées de leurs terres par les juges, elles décroîtront sans cesse.»8
Quant à nous, nous espérons vivement que le printemps arabe va réussir d’une part à renverser des régimes tyranniques et corrompus et à déjouer d’autre part les plans expansionnistes d’Israël en lui imposant enfin des accords de paix réels, justes et équitables.
Ghaïss Jasser
6 Voir le journal Al Quds al-Arabi du 25 mars 2011.
7 Révoltes dans le monde arabe : notre arrogance colonialiste, voir : Rue 89 Published on Rue89 (http://www.rue89.com/),
8 Quand Tocqueville légitimait les boucheries, Olivier Le Cour Grandmaison, in : monde.diplomatique.fr

Protestantisme fondamentaliste





Je suis une laïque protestante. Je fais partie de l’Eglise Réformée de France qui est membre de la Fédération Protestante de France, et je suis également membre d’une ONG, le Mouvement Jeunes Femmes d’origine protestante, mais qui s’est affirmé dans ses statuts féministe et laïque.

C’est à partir de cette double appartenance que je vais tenter d’introduire le problématique des intégrismes religieux protestants.

1.           Dans le Protestantisme, on parle moins d’intégrisme que de fondamentalismes au pluriel, car le Protestantisme est d’abord un fait pluriel.
Il y a des églises protestantes, se référant à des traditions théologiques différentes, contrairement à l’Eglise Catholique qui a une structure centralisée. Il h’y a pas de doctrine unique qui s’impose à tous, même s’il y a des affirmations et des références communes, car il n’y a pas de magistère qui imposent une norme de pensée ou de foi.
Les fondamentalismes représentent une minorité dans le Protestantisme. Les grandes Eglises se caractérisent plutôt par un esprit d’ouverture ; elles ont d’ailleurs été les premières à accepter l’ordination des femmes, elles ont pris position en faveur de la liberté de choix en matière d’avortement, elles ont participé à la laïcisation de la société.

Pour comprendre l’origine et les manifestations du fondamentalisme protestant, il faut aller chercher Outre-Atlantique, aux U.S.A., où il est né au début du 20ème siècle.
Entre 1910 et 1915 parurent aux USA 12 petits traité intitulés : The Fundamentals : A testimony to the Truth ». Leurs auteurs affirmaient contre le libéralisme protestant un certain nombre de points de foi qu’ils jugeaient non négociables. Le fondamentalisme a donc été au départ une position théologique qui réaffirmait une fois très traditionnelle contre le libéralisme ambiant et contre le Christianisme social, qui leur paraissaient saper les fondements de la foi chrétienne.
Un texte paru dans The Presbyterian en 1920 nous fournit les clés de cette vision fondamentaliste.
« Il faut se souvenir que l’Amérique a été engendrée par des ancêtres moraux, qu’elle est bâtie sur un fondement moral éternel… Ce fondement, c’est la Bible, la Parole infaillible de Dieu…Mais un affaiblissement de cette norme morale s’est produit dans la vie de l’Amérique qui est le fruit d’une période où a régné la luxure à l’intérieur et la liberté due à l’absence de conflits avec l’extérieur. Il n’y a qu’un remède : la nation doit retourner à son modèle initial de la Parole de Dieu… La Bible et le Dieu de la Bible sont notre seul espoir. L’Amérique est placée devant un choix. Elle doit remettre la Bible à la place qu’elle avait historiquement dans la famille, à l’école, au collège et à l’université, à l’Eglise comme à l’école du dimanche ».

         Le fondamentalisme a une triple visée ;

-      théologique ; croyance en la Parole Infaillible de Dieu et donc attachement à la littéralité de l’Ecriture`
-      politique ; protestation contre la modernité culturelle, refus de la théorie de l’évolution, et retour à l’ordre ancien, à la Genèse comme création divine
-      morale ; combat contre les tendances foncièrement mauvaises de l’homme et engagement missionnaire au service du peuple américain qui doit se soumettre à la loi religieuse donc morale.

C’est ainsi que le movement de la Moral Majority conduit par le oasteur Jerry Faldwell a apporté son soutien en 1980 à la candidature de Ronald Reagan.

Ce refus du changement et cet attachement à l’ordre éternel perpétue la culture patriarcale, et donc les hiérarchies conjugale, familiale, sociale pour assurer la stabilité du monde. C’est un modèle englobant où les représentations mentales inégalitaires sont profondément intériorisées par les hommes et par les femmes et justifiées par un discours de nature, lui-même justifié par l’autorité divine.

Les courants fondamentalistes américains sont d’autant plus dangereux qu’ils combinent trois éléments :
-      la puissance économique,
-      l’influence politique,
-      l’impact médiatique.

Ils constituent une menace réelle en particulier pour l’autonomie et la marche vers l’égalité des femmes et des hommes d’autant plus qu’ils cherchent à nouer des alliances avec d’autres lobbies politiques ou religieux intégristes pour imposer leur choix de société. On a vu à Pékin et au Caire comment ce système pouvait constituer une véritable violence à l’égard des femmes.

Mais pourquoi cette violence se projettent-elle sur les femmes ? Pourquoi en sont-elles la cible ?
Peut-être parce que nous touchons ici à la différence première – celle qui est à l’origine de toutes les autres – qui a donné lieu, aussi loin que nous puissions remonter dans l’histoire à la « valence différentielle des sexes », comme l’appelle l’anthropologue Françoise Héritier.

Dès lors interfèrent trois éléments qui se nouent ensemble à la racine de cette discrimination : la sexualité, le pouvoir et le mal.
-      la sexualité, à cause de la fascination devant la capacité de la femme à donner la vie
-      le pouvoir, parce que la domination masculine s’est affirmée à la fois par la volonté de contrôler le corps des femmes et par leur volonté de donner le sens
-      le mal, parce que la femme apparaît comme l’autre menaçante, menaçante précisément parce que autre. C’est la différence, l’altérité, qui est ressentie comme la menace.
L’intégrisme dévoile et réactive à la fois cette liaison très ancienne de la sexualité, du pouvoir et du sacré.

II       Comment le Protestantisme peut-il aujourd’hui, à partir de son fondement même, de ses grands principes : sola scriptura, sola gratia, sola fide, et de sa tradition lutter contre cette violence ?

         Certes, les grandes églises protestantes ont aboli dans leur constitution toutes formes de discrimination contre des femmes, en particulier en ce qui concerne l’accès des femmes au ministère pastoral. Mais un long chemin reste à parcourir pour passer de l’égalité de droit et de principe à l’égalité de fait.

         J’évoquerai quatre chantiers qui me semblent prioritaires ;

1)          le travail d’interprétation critique des textes par une lecture renouvelée, plurielle de la Bible. En effet, les lectures ont trop souvent servi, et servent encore à légitimer l’infériorisation des femmes, car ces textes sont issus de cultures patriarcales et certains textes, pris au pied de la lettre, comme par exemple :

« Femmes, soyez soumises à vos maris… (Eph 5,22)
« Que les femmes se taisent dans les assemblées…(1 Cor 14,34)

justifient la subordination des femmes.

Il s’agit donc de resituer les textes dans leur historicité, de les interroger à partir de tous les outils actuels de la recherche, de prendre en compte les travaux de plus en plus nombreux des théologiennes féministes, de rendre visible l’histoire oubliée ou censurée des femmes et de rechercher ce qui, au cœur de l’Evangile, est message et promesse de libération.

2)          Une éducation à la mixité.
La domination masculine est si profondément enracinée dans nos mentalités qu’un travail d’éducation dans la longue durée s’impose non seulement pour dépasser les préjugés, les stéréotypes, les réflexes misogynes, mais plus encore pour engendrer un regard nouveau sur l’autre.
C’est une éducation qui ne devrait pas s’arrêter à la conquête de l’égalité, certes nécessaire, mais qui aurait pour finalité un réel partage des tâches, des fonctions, de l’autorité dans un souci de réciprocité.

3)          L’accueil de l’étranger et le refus des exclusions
De nombreux passages bibliques attestent de l’importance pour les
croyants de donner une place à l’étranger. Dans ce temps où l’on assiste à des déplacements de population en masse, il faut peut-être rappeler que les étrangers sont aussi des étrangères.
Le combat contre les intégrismes ne vise pas seulement le sexisme mais toutes les formes de discimination qu’elles soient d’ordre racial, social ou national.

4)          L’importance de la laïcité
Nos sociétés sont désormais des sociétés plurielles à la fois
pluri-culturelles, pluri-religieuses, et pluri-ethniques.
La laïcité, en tant que séparation de l’Eglise et de l’Etat, requiert que nulle autorité religieuse n’impose ses normes propres à l’ensemble de la vie sociale.
Mais la laïcité, parce qu’elle est également une culture du débat,  de la délibération commune, construit un vivre ensemble dans une humanité plurielle.

Or, aujourd’hui, il nous faut inventer des réponses neuves à des problèmes sans précédent, par exemple dans le domaine de la bio-éthique, des manipulations génétiques, du nucléaire, de l’environnement, des routes de la communication. C’est de l’exercice laborieux de la pluralité que surgiront les réponses. Dans ce travail, les femmes doivent être partie prenante à part entière avec l’expérience et le génie qui leur sont propres.
En conclusion, je reprendrai l’affirmation du philosophe Paul Ricœur, « C’est du fond même d’une conviction forte qu’il y a le péril de la violence ». Cette relation entre conviction et violence est encore plus forte s’agissant de la conviction religieuse, car la religion concerne la quête de l’absolu, et toute religion est portée à absolutiser sa propre vision du monde, et à exclure toute autre vision.

Il est d’autant plus nécessaire de ressaisir dans nos traditions religieuses respectives la parole subversive, libératrice dont elles témoignent. Ce que tentent de faire aujourd’hui, parmi d’autres, les théologies féministes.

Christaine Delteil
Genève, 17 janvier 2000


Virilités et pouvoirs: les révoltes arabes

De «révolution en révolution», les femmes sont tantôt voilées, dévoilées, exhibées et enfermées.
Il est connu et reconnu que les dictatures enferment, musèlent et violentent  les peuples dans toutes leurs composantes que ce soient les hommes, les femmes et toutes les minorités.
Les révolutions, quant elles sont sensées libérer les peuples dans toutes leurs composantes,comprenant bien par là que cela ne peut se réaliser qu'à travers la démocratie. Démocratie qui doit aux minorités leur protection et leur liberté (A. Camus)
Les révolutions arabes ou comme les appellent certains, les printemps arabes seraient l'expression de la volonté des peuples d'exigence d'un changement de l'ordre politique, économique, culturel et moral des systèmes politiques dictatoriaux, corrompus et despotes en place.
Ces dites révolutions lancées et portées par une jeunesse coordonnées par des réseaux sociaux virtuels voient leurs aboutissements se dessiner par les prises de pouvoirs par les hommes et presque exclusivement des hommes. Et voilà que les hommes déclarent héroïquement un projet de société fondé sur la religion qui consacre la virilité ( le masculin): « juchée sur son socle théologico- juridique» (N.Tazi): «aucune revendication politique n'ébrèche cette identité qui se rapporte à la naissance... le commandement s'identifie au commencement.»
N'est-ce pas qu'Ibn Khaldùn dit que «l'homme est un chef par nature», et qu' «il est fait pour commander parce qu'il est le représentant de Dieu sur terre.» Ici et là à travers les écrits et les plateaux télé beaucoup de chercheurs, intellectuels et politiques s'évertuent à nous convaincre de la grandeur de ces révolutions. Ces mêmes révolutions qui ont ,certes, le mérite d'avoir balayées les dictateurs mais n'assurent pas pour autant l'avènement d'une démocratie réelle et effective.
Alors à ceux et à celles qui savent parfaitement que la démocratie ne se limite pas qu'à la chute des dictateurs et le recours aux urnes, nous leur demandons de nous raconter la vérité des intérêts qui se cachent derrière leurs analyses relativistes. Et si intérêt, il n' y en  a pas, alors que la solidarité des hommes et des femmes libres et égaux s'expriment en termes de liberté de conscience, de partage des pouvoirs et des richesses, d'égalité de droits entre les hommes et les femmes.
Mais face à certains discours entachés de spécificités culturelles pour ne pas dire religieuses, en tant que femmes issues de ces pays là, nous nous demandons pourquoi ne pas être nées «homme» où alors pourquoi nos pères n'ont pas eu la même idée que le père d'Ahmed, née fille, élevée et présentée à la société comme garçon. Cette histoire témoigne de la relation triangulaire entre religiosité, virilité et pouvoir; elle aborde la relation entre domination et «soumission enchantée» des femmes expliquée par Jeanne Favret saadi dans «la conscience dominée, fragmentée et contradictoire de l'opprimée ou de l'envahissement  de la conscience  des femmes par le pouvoir physique, juridique et mental des hommes.» Ainsi que la «conscience dominée» qui «annule quasiment toute responsabilité de la part de l'oppresseur.» (Nicole-Claude Mathieu)
Voici une lecture succincte du roman l'Enfant de sable: « Naitre «garçon» est un moindre mal... naitre fille est une calamité, un malheur qu'on dépose négligemment sur le chemin par lequel la mort passe en fin de journée» P 169. Le récit à travers des têtes de chapitres évoquant sept (7) portes correspondant elles-mêmes aux 7 jours de la semaine et renvoyant aux différentes étapes linéaire de la vie, nous présente l'obsession du père El Haj d'avoir une progéniture mâle même si c'est une fille, la porte du jeudi s'ouvre sur le défi que le père d'Ahmed lance au destin: « l'enfant à naître sera un mâle même si c'est une fille», « le père pensait  qu'une fille aurait pu suffire. Sept, c'était trop, c'était même tragique. Que de fois il se remémore l'histoire des Arabes d'avant l'Islam qui enterraient leurs filles vivantes! Comme il ne pouvait pas s'en débarrasser, il cultivait à leur égard non pas de la haine, mais de l'indifférence.» Elles sont pour le père une hantise, une graine maudite voire une malédiction. Ainsi au début si les portes étaient larges et accueillantes symbolisant le recouvrement de l'honneur du père et la reconnaissance, enfin retrouvée d'une mère n'ayant enfantée que des filles; elles rétrécissent au même rythme des changements physiques, physiologiques et psychologiques d'Ahmed. Aussi tout au long du récit et jusqu'à sa mort, le père demeure déterminé à renier, non seulement, l'essence féminine du sexe de son enfant mais à l'abolir complètement, et par tous les moyens. L'apprentissage d'Ahmed est orienté vers les comportements virils et la soumission des femmes par les hommes. Malgré une période d'adolescence trouble, ambiguë et foisonnante de questionnements liés à l'identité sexuelle et de genre, Ahmed ne mit pas longtemps à porter son choix sur le genre masculin car comme il le dit : «...ma condition, non seulement je l'accepte et je la vis, mais je l'aime. Elle m'intéresse. Elle me permet d'avoir les privilèges que je n'aurais jamais pu connaître. Elle m'ouvre des portes et j'aime cela, même si elle m'enferme ensuite dans une cage de vitres.» Il s'adresse, par ailleurs à ses sœurs: « vous me devez obéissance et respect. Enfin inutile de vous rappeler que je suis homme d'ordre et que, si la femme chez nous est inférieure à l'homme, ce n'est pas parce que Dieu l'a voulu ou que le Prophète l'a décidé, mais parce qu'elle accepte ce sort. Alors subissez et vivez dans le silence.»
Toutes celles et ceux qui ont eu l'occasion de lire ce roman, ont pu constater que les références à la religion ne sont pas anodines, mais un thème central de l'histoire. Il est, alors intéressant de constater comment Tahar Benjelloun réussit à concilier et même confondre le personnage, son histoire et ses actes avec la religion. Mais quelle ne fut le choc d'Ahmed quand il vît l'expérience du genre féminin et réalise toutes les violences sociales et sexuelles réservées aux femmes. C'est dire que les violences faites aux femmes ne sont ni un fruit du hasard ni commises par certains hommes à soigner, mais bel et bien un pouvoir politique et idéologique qu'il ne s'agira pas de solutionner ni par l'ouverture des structures de soins ni par la mise en avant d'une poignée de femmes alibi, mais par une transformation fondamentale  des lois et des mentalités .
Alors, femmes et hommes d'ici, de là-bas et d'ailleurs épris de justice sociale et culturelle, de liberté de conscience et d'égalité de droits, continuons la lutte car  comme le dit Gramsci:
                                                                                                          «après la lutte, il y a la lutte.»

                                                                                              Salima Deramchi et Salima Mousli
                                                                                               Féministes Laïques Algériennes
WUNRN
http://www.wunrn.com  
 http://reproductiverights.org/en/changetheworld
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Peru - CEDAW Ruling - Victory for Women's Reproductive Rights - VideoThe U.N. Committee on Elimination of Discrimination against Women condemned Peru for violating L.C.’s human rights when she asked for and was denied a lawful abortion. A groundbreaking precedent, it’s the first decision by a U.N. committee demanding that a country protect women’s health and human rights by changing its abortion laws.

And it’s the first time the U.N. has called the denial of legal abortion what it is: discrimination.

The facts of L.C.’s case are horrifying: She was nine when her life changed forever. A man in her Lima neighborhood raped her. Repeatedly. For years. L.C. was 13 when she found out she was pregnant—and discovered that Peru’s laws did not allow for abortion in the case of rape or incest. ____________________________________________________________

Peru - A Girl Who Changed the World, A Victory for Women Everywhere
In 2009, a girl from Peru named L.C. demanded justice.

Two years earlier, a victim of rape, pregnant, perilized from a fall, she needed an abortion—had a legal right to abortion—and was denied, suffering irrevocable harm. L.C. wanted to hold an entire government accountable, her doctors responsible, for failing her just when she needed their help most.

L.C. contacted a reproductive rights group in Peru called the Center for the Promotion and Defense of Sexual and Reproductive Rights. That organization called us, largely because of our landmark victory on behalf of another victim of Peru’s oppressive abortion laws  . We vowed to defend L.C.’s human and legal rights, and bring her case all the way to the United Nations.

We Won!
The U.N. Committee on Elimination of Discrimination against Women condemned Peru for violating L.C.’s human rights when she asked for and was denied a lawful abortion. A groundbreaking precedent, it’s the first decision by a U.N. committee demanding that a country protect women’s health and human rights by changing its abortion laws.

And it’s the first time the U.N. has called the denial of legal abortion what it is: discrimination.

The facts of L.C.’s case are horrifying: She was nine when her life changed forever. A man in her Lima neighborhood raped her. Repeatedly. For years. L.C. was 13 when she found out she was pregnant—and discovered that Peru’s laws did not allow for abortion in the case of rape or incest.

Scared, ashamed, hopeless, she flung herself off a neighbor’s roof and suffered a crippling spinal injury. Doctors could have fixed some of the damage and greatly improved L.C.’s future, but the operation likely would’ve terminated the pregnancy.

So the doctors refused.
Peru’s law is clear: A woman has the right to an abortion when it prevents “grave and permanent harm to her health.” L.C.’s doctors broke that law.

To what end? L.C. ultimately miscarried, and by then, surgery couldn’t heal her. L.C. is a quadriplegic today—a victim first at the hands of a monster, and a second time by the powers of an ideological government.

The U.N.’s resounding affirmation of a woman’s right to abortion did more than demand that Peru change its abortion laws so victims of rape and incest can get an abortion. The U.N. will require Peru to establish a system that ensures legal abortion services are truly accessible. And the state has to guarantee that a woman can get an abortion when not having one threatens her life or well-being. 

The repercussions of this victory cannot be overstated. Women of Peru have vital new protections, and are one step closer to the health, equality, dignity, and reproductive autonomy that all women deserve.

For the 25 percent of women across the globe who live in countries where abortion is totally prohibited, or nearly so, the U.N.’s ruling offers a beacon of hope—signaling a shift in thinking that’s gathering momentum as governments and courts of international law worldwide increasingly recognize reproductive freedom as a fundamental human right.

The work, though, is far from done. L.C.’s tragedy unfolded despite our previous victory in Peru, and despite the laws on its books that should have safeguarded the very rights that L.C. was denied.

The Center for Reproductive Rights will closely monitor the Peruvian government’s response to this ruling—and we will hold them accountable for fulfilling the requirements of the U.N.’s decision.

Progress on international fronts requires a relentless effort for each incremental victory followed by an unyielding determination to see new laws impact every reach of their jurisdiction. But if L.C. has taught us anything, it’s that courage, strength, and fortitude can win out in the end.

And that, sometimes, one girl can change the world. 

Récentes tendances Extrémistes juives

 
1°     Depuis peu, des publicistes cèdent aux demandes d’un groupe d’extrémistes à Jérusalem et ne postent plus des photos de femmes dans leurs affiches dans cette ville. Des femmes et hommes luttent contre cela en prenant des photos de femmes et en les affichant à travers la ville. Ils expliquent que le fait d’éliminer les images des femmes revient à renforcer l’idée que les femmes doivent être cachées. Ils et elles se rebellent contre cette idée, qui obéit clairement à des buts d’extrémisme religieux inacceptables. Ils proclament leur solidarité avec les femmes de Jérusalem et envoient aux extrémistes le message que le pluralisme religieux et les droits des femmes sont une partie intégrale d’une société libre et ouverte. Le contraire met la société sur la pente dangereuse de l’érosion du statut des femmes.

2°     Des groupes d’extrémistes avaient exercé des pressions sur des lignes de bus publiques pour que l’on fasse entrer et s’asseoir les femmes à l’arrière des bus, le devant étant pour les hommes.
Naomi Ragen, une écrivaine très connue, féministe quoique orthodoxe, avait dit « Si nous n’y mettons pas fin immédiatement, ils changeront le Judaïsme et le rendront méconnaissable. » En 2007 après avoir été harcelée dans le bus en rentrant chez elle, elle avait porté plainte devant la Haute Cour de justice. D’autres femmes, victimes de ce harcèlement, l’ont rejoint, ainsi que le Centre pour le pluralisme religieux.
Le 6 janvier 2011, la Cour Suprême a rendu son jugement en disant que les femmes avaient le droit de s’asseoir où elles voulaient. Le juge Rubinstein, en annonçant la décision, a exprimé sa surprise qu’en l’an 2011 la Cour devait déclarer une évidence : le droit des femmes de choisir librement leurs sièges dans les bus. Il a rappelé qu’il n’y avait jamais eu de ségrégation et que cette situation fut créée par un groupe d’extrémistes religieux qui demandaient aussi que les femmes s’habillent « modestement ».
La Cour a demandé que le Ministre des transports crée une Commission d’enquête qui a présenté ses conclusions fin 2009, déclarant que des bus ségrégués étaient illégaux, que tout harcèlement de femmes, verbal ou physique, serait pénalisé criminellement. Le Juge Rubinstein a cité des sources de loi juive et a dit que le respect de la dignité humaine était fondamental dans le Judaïsme.
Le Ministère des transports et la compagnie des bus publics, Egged, sont rendus responsables de l’application de la décision et ont dû faire des annonces publiques très largement diffusées. De plus, les conducteurs doivent être formés pour cette application. La Cour a acté que toute ligne n’appliquant pas correctement le jugement serait fermée.
Les féministes se battent aussi pour  que la décision soit bien appliquée. Les femmes ont lancé une campagne nationale « Les passagères de la liberté » pour encourager les femmes à noter leur vécu dans les bus.
3°     Un 3ème problème, beaucoup plus ancien, est l’acte de divorce religieux, le guet, qui doit être accordé par le mari.
Une association de femmes croyantes et pratiquantes, mais luttant pour une totale égalité des femmes, Kolech (sa voix), s’est créée. Kolech aide des femmes « agounot » (en attente de leur acte de divorce juif) en mettant à leur disposition des avocates ou conseillères auprès des tribunaux rabbiniques avec lesquels elles ont établi un dialogue afin de trouver des dispositifs pour abolir ce genre d’iniquité. Elles conseillent aux couples de signer l’accord prénuptial avant le mariage [1].
Par ailleurs elle publie chaque semaine sur son site Internet un feuillet, distribué aussi dans des centaines de synagogues, qui met en exergue des paroles de femmes sur les passages de la Torah, et elle organise des cours de leadership pour les femmes. Elle porte aussi assistance à des femmes victimes de violences ou de harcèlement sexuel dans les milieux pratiquants.
Kolech organise des discussions, débats, conférences, évènements et un symposium tous les deux ans à Jérusalem pour faire le point sur les avancées des droits des femmes dans le judaïsme. Ces femmes sont insérées dans le tissu social orthodoxe et leur questionnement est donc relayé dans le monde juif. Le dernier symposium de Kolech a touché à des sujets encore quelque peu tabous comme l’homosexualité féminine dans les milieux orthodoxes ou la transsexualité.

Une récente séance intéressante fut celle où Léah Shakdiel, féministe orthodoxe connue, a invité des femmes musulmanes féministes du Neguev. Elles font partie d’un groupe de dialogue de femmes religieuses juives et musulmanes. Le débat comparait les tribunaux pratiquant les lois de charia avec le système des tribunaux rabbiniques. Il y eut une discussion très libre sur la lutte que les deux groupes de femmes mènent contre l’obligation de se couvrir la tête et/ou le corps. 









[1] L’accord prénuptial est signé par les deux conjoints devant un notaire. Il stipule que, si l’un des conjoints souhaitait le divorce, l’homme s’engage à donner le « guet » à sa femme et sa femme à l’accepter. Si cela n’est pas respecté, le mari devra payer une forte somme mensuelle de dédommagement.
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