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Sunday, April 19, 2015

laicité


Mosquées : comment les élus contournent la loi de 1905
Par Jean-Christophe Moreau Mis à jour le 21/03/2015dits p
Spécialiste de l'histoire du droit, diplômé de l'École des hautes études sciences sociales et de la Faculté de droit et de sciences politiques de l'université Aix-Marseille III. Il a co-écrit avec Isabelle Kersimon, Islamophobie la contre-enquête (Edition plein Jour)
Bien que la loi de Séparation des Églises et de l'État prévoie expressément que la République ne salarie ni ne subventionne aucun culte, ce principe connaît de nombreuses dérogations. Ainsi les municipalités peuvent-elles prêter leur concours à l'édification de nouveaux lieux de culte au moyen de trois mécanismes distincts: en garantissant les emprunts contractés par les associations religieuses, en accordant des subventions pour financier la construction des parties «culturelles» des édifices cultuels, et, last but not least, en mettant à disposition des terrains constructibles par la conclusion de baux emphytéotiques administratifs cultuels.
Les municipalités peuvent-elles prêter leur concours à l'édification de nouveaux lieux de culte au moyen de trois mécanismes distincts.
Dans un rapport rendu public le 18 mars, le sénateur Hervé Maurey (UDI) propose d'aller plus loin et demande, parmi sept mesures «destinées à faciliter les relations entre les pouvoirs publics locaux et les cultes dans notre pays», l'autorisation pour les collectivités locales de conclure des baux emphytéotiques avec option d'achat au profit des associations religieuses. Or, cette proposition pose problème car le montant symbolique du loyer d'un bail emphytéotique est précisément supposé être la contrepartie de la cession future du droit de propriété du bâtiment construit (aux frais de l'association) au bénéfice la collectivité. Présentée comme un moyen idéal de désamorcer «les bombes à retardement» que sont les baux emphytéotiques cultuels, la solution de «l'option d'achat» présage surtout d'une énième offensive contre le principe de Séparation des Églises et de l'État.
La solution de «l'option d'achat» présage surtout d'une énième offensive contre le principe de Séparation des Églises et de l'État.
La Séparation des Églises et de l'État: un mirage juridique
En 1905, la règle de non subventionnement des cultes était regardée comme une règle vertueuse. Supprimer le budget des cultes, c'était alors rompre le lien organique entre l'État est les Églises: l'interdiction témoignait à la fois de l'avènement d'une société sécularisée et de l'émancipation politique des autorités religieuses.
Longtemps considérée comme la pierre angulaire du principe de laïcité, cette règle est désormais perçue comme un handicap politique par de nombreux élus locaux. Face à la vitalité du culte musulman (et dans une moindre mesure du culte évangélique), nombre d'édiles voient dans la loi de 1905 une source d'inégalités entre les cultes anciens et «nouveaux» , inégalités qu'ils dénoncent avec d'autant plus de conviction qu'elle représente à leurs yeux un manque à gagner électoral. Tandis qu'au plan national, on lui reproche d'encourager le maintien de l'islam sous influence étrangère, et plus précisément de contraindre les fidèles à accepter des financements en provenance de pays connus pour leur interprétation rigoriste des préceptes coraniques.
Longtemps considérée comme la pierre angulaire du principe de laïcité, cette règle est désormais perçue comme un handicap politique par de nombreux élus locaux.
Lancée par le célèbre rapport Machelon en 2006, cette fronde des élus locaux contre la loi de 1905 a déjà porté ses fruits devant le Conseil d'État (arrêt du 19 juillet 2011, Mme Vayssière) et le Conseil constitutionnel (QPC du 21 février 2013, décision n°2012-297) puisque ces derniers ont «assoupli» la règle de non subventionnement des cultes au motif qu'elle aurait connu trop de dérogations pour avoir valeur constitutionnelle. Les Hautes juridictions ont effectivement jugé, contre la lettre et l'esprit de la loi de 1905, que l'obligation de neutralité religieuse de l'État était un accessoire du principe constitutionnel de laïcité et qu'il incombait avant tout aux autorités publiques de garantir la liberté de religion, y compris en soutenant éventuellement la construction de nouveaux lieux de culte pour compenser les difficultés financières d'une communauté religieuse.
On est ainsi passé en un siècle de l'idée d'une Séparation indispensable des Églises et de l'État à l'assimilation de la satisfaction des besoins religieux à une mission d'intérêt général… Ce travestissement du principe de laïcité est d'autant plus problématique que les municipalités ont en pratique un pouvoir d'appréciation quasi-discrétionnaire pour juger de l'existence d'un «intérêt public local» en matière de lieux de culte. Au risque de voir l'intérêt général sacrifié au profit du calcul électoral, et d'autoriser les élus locaux à s'immiscer dans l'organisation du culte musulman en privilégiant certaines associations plutôt que d'autres.
Les Hautes juridictions ont effectivement jugé, contre la lettre et l'esprit de la loi de 1905, que l'obligation de neutralité religieuse de l'État était un accessoire du principe constitutionnel de laïcité.
La tentation néo-concordataire chez les élus locaux
D'après l'enquête TNS/SOFRES réalisée pour le rapport Maurey, 59% des maires seraient hostiles à toute modification de la loi de 1905 qui viserait à autoriser le financement public des nouveaux lieux de culte, tandis que 29 % ne s'opposeraient pas à un système de co-financement État/communes et organisations religieuses. L'enquête révèle également que les sollicitations pour la construction de nouveaux édifices cultuels concernent essentiellement le culte musulman, confirmant ainsi la tendance observée au cours des dernières décennies .Les sollicitations pour la construction de nouveaux édifices cultuels concernent essentiellement le culte musulman. Mais lorsque les élus sont directement concernés par l'implantation de nouveaux lieux de culte, en particulier lorsqu'il est question de l'islam, le souci de neutralité s'efface au profit d'un volontarisme municipal évident. Sur 190 lieux de culte musulmans en chantier (ou inaugurés depuis 2011), on constate que 114 projets ont été rendus possibles grâce à la cession d'un terrain municipal (dont 76 terrains vendus après déclassement et 38 terrains mis à disposition par bail emphytéotique administratif).
Tout porte donc à croire que les municipalités -toutes tendances politiques confondues à l'exception du Front national- sont en passe de devenir les premiers bailleurs fonciers du culte musulman. Ainsi le projet de grande mosquée de Tours a-t-il débuté grâce à une vente de terrain à un prix dérisoire (7,5 €/m2) et une promesse de subvention «culturelle» à hauteur de 2,5 millions d'euros, malgré l'endettement record de la ville. De même, la municipalité d'Évreux a voté la mise à disposition d'un terrain de 5000 m2 pour un euro symbolique au profit du projet de l'Union cultuelle musulmane d'Évreux. À Nantes, la mosquée Assalam (inaugurée en 2012) a été construite sur un terrain vendu par la municipalité, tout en bénéficiant d'une subvention «culturelle» de 200 000 euros et d'une garantie d'emprunt à hauteur de 346 800 euros. Autant d'exemples qui invitent à relativiser les discours catastrophistes d'Edwy Plenel sur un pays en «guerre contre la visibilité de l'islam»…
Tout porte donc à croire que les municipalités toutes tendances politiques confondues à l'exception du Front national sont en passe de devenir les premiers bailleurs fonciers du culte musulman.
Au lieu d'ajouter de nouvelles dérogations à la loi de 1905 comme le préconise le rapport Maurey, on aimerait que cette fuite en avant cède la place à un temps de réflexion sur la finalité politique de ces accommodements en commençant, conformément au souhait de certains élus socialistes, par «commander un audit national sur l'ensemble des financements publics en faveur des cultes».
À l'heure où il est question d'une réforme transparente de l'islam de France, il serait peut-être temps de méditer les réflexions du théologien Alexandre Vinet sur la Séparation des Églises et de l'État: «Si l'on nous demande: Que voulez-vous que la religion devienne, sans l'appui de l'État? Nous répondrons simplement: Qu'elle devienne ce qu'elle doit devenir; qu'elle vive si elle a de quoi vivre; qu'elle meure si elle doit mourir… S'il était vrai que la religion ne dût pas survivre à ses rapports artificiels et forcés avec l'État, s'il était vrai seulement que sa condition dût empirer par le fait de cette séparation, autant vaudrait, dès cette heure, l'abandonner, et chercher dans quelque vieille erreur ou dans quelque jeune système la consolation de cette misère intime et profonde que, jusqu'à ce jour, à l'aide d'une sage politique, elle avait si doucement, si complaisamment bercée.»
              

               

Guy Georges 14/04/2015

  1.  
                                   Réflexion sur l'air du temps
                                       __________
          Depuis quelques années revient dans les gazettes, les partis de droite, quelques mouvements qui se disent laïques, une recherche dangereuse et particulièrement rétrograde qui consiste à proposer en fait une remise en cause de la loi de séparation de 1905. La raison principale de l’aggiornamento, nous dit-on, serait la place importante qu’occuperait l’ « islam », depuis quelques décennies, dans notre société
          "construire un islam de France dans une république laïque", tel était le thème du colloque organisé par l'UMP en avril 2011. Dans le droit fil sans doute de l'affirmation de M. Sarkozy selon qui "la religion doit être au coeur de la République"(La république, les religions , l'espérance)?
          Depuis les attentats de janvier, cette tendance s'est exaspérée au point que le PS vient d'emboîter le pas dans un communiqué du 26 février 2015 qu'il conclut ainsi :"il (le PS) milite pour une laïcité d'inclusion (première énormité : y aurait-il une "laïcité" d'exclusion??) à même de consolider l'expression d'un islam fidèle aux valeurs de la République"
          Il faut donc supposer que ces deux partis sollicitent l’intervention de l’État pour s’acquitter de cette « mission » de mettre  une religion en conformité avec les lois de la République. Si tel est bien le cas, est alors évidente la contradiction  avec le principe de séparation, c’est à dire d’indépendance réciproque, inscrit dans la loi de 1905….Et encore une fois, au nom d’une laïcité galvaudée, détournée de son sens.
          « Avez-vous une autre réponse ? » J’ai entendu cette objection.
          Essayons d’y voir un peu clair.

I) La fausse route
         
          Revisitons notre histoire ; si elle ne se répète pas, elle est toujours instructive. Notre pays a été, une fois, confronté à une situation comparable à celle où les partis de gouvernement voudraient l’entraîner aujourd’hui. C’était en 1790. Il s'agissait, comme le souligne Jaurès (histoire de la révolution française, tome I-2) de "régler les rapports de la société nouvelle créée par la Révolution et de l'Église". La solution adoptée par la Constituante fut la Constitution Civile du clergé. En compensation de l'expropriation des biens d'Église, la Constituante s'engageait à pourvoir au service des cultes et l'entretien de ses ministres; ceux-ci seraient élus par la population de la commune et devaient prêter serment de fidélité à la Nation et à la loi. Pourquoi  les Constituants n’ont pas, dans leur élan, rompu avec l’,Église ? Des historiens ont posé cette question pour constater que l’Église catholique était si imbriquée dans le fonctionnement de la Royauté,  qu’il était difficile d’envisager une autre solution que celle du contrôle du clergé par la Constitution civile
          . La plupart des commentateurs ont cependant vu dans cette organisation  un premier pas vers la séparation de l'État et de l'Église catholique. L'étape suivante fut en effet le décret Cambon (18/09/1794) supprimant le budget de l'Église assermentée. Puis fut adoptée la Constitution de l'an III dont l'article 354 actait cette séparation. On en retrouvera l'essentiel dans les article 1 et 2 de la loi de 1905 qui ont abouti à ce que,
depuis un siècle, la séparation existe légalement.
          Qu'on le veuille ou non, c'est une démarche à contresens qui est proposée aujourd'hui puisqu'elle vise si l'on n'y prend garde, à revenir à une relation antérieure à la loi de 1905...Avec les instances islamiques, nous dit-on; mais évidemment aussi les autres…que rien, dans un État de droit, ne permet d’écarter
         
          Présentement,  mise à part la solution radicale de rejeter hors de nos frontières des adeptes de l’islam, comme le proclame le FN, UMP et PS prétendent rendre l’islam « compatible avec la République », les premiers en stigmatisant, en contraignant ses adeptes, les seconds en leur proposant, à l’inverse, des facilités comme le développement des mosquées et de l’enseignement privé musulman. « Islamophobie » contre « islamophilie », pour reprendre les oppositions caricaturales qu’encourage le vocabulaire ?
          Et rien ne garantit que le résultat escompté serait acquis ! Prétendre obtenir la soumission d'une religion aux valeurs de la République est bien aléatoire.
          Les uns et les autres font fausse route.
          Par ailleurs, une telle prétention est à strictement parler est une absurdité
 La proposition de « construire l’islam dans la République » ou « un islam fidèle aux valeurs de la République ».repose sur un non-sens  L'islam, comme toute religion relève du domaine privé. Comment devrait-il et pourrait-il être fidèle à des principes établis pour une collectivité dans sa diversité? Ce sont les citoyens, quelles que soit leurs affinités spirituelles, qui doivent être fidèles aux valeurs de la république.
                    On  observera en outre  qu’il est assez paradoxal de réduire une difficulté, certes grave, que rencontre notre société à la relation entre une religion et l’ État quand tout sondage confirme que plus de 60%  des citoyens sont non pratiquants, y compris ceux de religion musulmane.
          D’autre part,           quelle est la part effective de  responsabilité de la religion musulmane  dans les attentats perpétrés à Paris ? Aucun des 3 terroristes ne fréquentait régulièrement les mosquées.
          Par contre le terrain de la stigmatisation de l’islam est propice à son exploitation à des fins qui n’ont plus rien de religieux. C’est un terreau favorable à l’endoctrinement. Certes des imams sont probablement propagandistes de la « guerre sainte » ; ils sont loin d’être les seuls ; l’endoctrinement se fait ailleurs aussi
          Plus les réactions se concentrent sur la question religieuse plus elles aident les recruteurs à d’autres fins. C’est un alibi pour enrôler des individus dans une croisade "contre les mécréants", dans une guerre  qui en masque une autre.    

          La véritable question n’est donc pas de « rendre compatible » l’islam avec la République

          La question qui se pose est de deux ordres
           1) comment notre pays peut faire face à une déclaration et des actes de guerre terroriste organisés depuis l’étranger ? .
          2) pourquoi et comment des jeunes citoyens français sont influencés par la propagande de cet ennemi de l’extérieur ? Et comment y faire face en conformité avec le « socle de la laïcité » qu’est la loi de séparation des églises et de l’Etat.
          Je n’ai aucune compétence pour traiter de la première question qui relève de la sécurité intérieure et extérieure. Par ailleurs, on sait les graves insuffisances et inégalités sociales, économiques, spatiales, que résume férocement  et pertinemment -hélas- le titre de l’analyse de toutes les inégalités par M.H. Bacqué et M. Mechmache «Si les hommes sont libres et égaux en droit, c’est à quelle heure ? » 
          Je ne reviens pas ici sur la première des inégalités, voire des ségrégations, auxquelles se heurte l’enfance dans l’organisation scolaire. J’en ai souvent dit les causes et de possibles solutions
          Il est évident que ces situations répétées d’inégalité, d’injustice, sont un terreau fertile pour les marchands d’illusion et les recruteurs de basses besognes criminelles.
          Je m’en tiens à la question posée dès le début de cette réflexion par le constat des déviances dont on ferait soit une nécessité (on ne peut pas faire autrement) soit pire, des solutions pérennes (il faut évoluer)
          Tout simplement, faut-il modifier la loi de 1905, ce socle de la laïcité admis comme tel par les juridictions, y compris européennes, pour l’adapter aux évolutions de la société française ?Les partisans de cette révision sont ceux qui, par réduction, qualifient de « laïcité à la française » le principe de la séparation des églises et de l’État
          Ou faut-il chercher à rendre compatibles les évolutions de la société (et non les religions) avec ce socle ?C’est, à mon sens, la démarche authentique du citoyen laïque.
II) la réalité : une attaque en règle contre la loi de 1905
          Les deux composantes historiques du parti clérical , partis de droite et Église catholique, usent d’un procédé très classique : une réécriture de l’histoire où elles inversent les attitudes, les rôles et par conséquent les responsabilités.
          1- Le « constat » que dresse l’UMP dans son document d’avril 2011 « laïcité, pour mieux vivre ensemble » ne manque pas d’impudence.. « Nous ne sommes plus, dit-il, au temps où …laïcisme et cléricalisme s’affrontaient…la laïcité de combat n’est plus d’actualité. »Et cet autre argument tout aussi inattendu : « si la loi de 1905 a permis d’organiser les rapports entre la République et les cultes catholique, protestants ou juif, elle ne concerne aucun autre culte et en particulier pas le culte musulman » D’où cette déduction : »le développement de l’islam…rend nécessaires certaine clarifications »
          C’est bien l’alliance entre parti conservateur et Église catholique qui a mené combat contre la République, avant et après le vote de la loi de 1905, et non l’inverse. C’est bien cette loi qui se voulait conciliatrice ; c’est bien le cléricalisme de combat qui  ne devrait plus être d’actualité, grâce à la laïcité instaurée en 1905. Quant à cette interprétation selon laquelle la religion musulmane ne serait pas concernée,  elle est puérile : d’une part, le titre de la loi est explicite « lois de séparation des églises et de l’État » ; d’autre part, cette loi, comme toute loi tend évidemment à régler des situations existantes, et, tout aussi évidemment, s’applique à toute situation future. Le texte des articles 1 et 2 de la loi concerne bien toute religion présente ou future.
          2- Un récent article de Henri Tincq laisse pantois. M. Tincq n’est pas n’importe qui ; son expression engage sans doute la pensée de l’Église catholique. Pendant que philosophes, partis, journalistes se querellent sur « la laïcité dans tous ses états » (Télérama), les « sept laïcités françaises » de l’inénarrable M. Baubérot et « comment caser l’islam dans la République » pour le PS, l’église catholique poursuit son activité de termite. H. Tincq n’y va pas de main morte ; en résumé, pour lui, la loi de 1905 n’existe pas. Le titre de son article l’annonce : « la laïcité à la française ne doit plus être une neutralité religieuse ».
          Je retiens seulement ici ce postulat pharisien sur quoi repose la démonstration : »la laïcité se définissait autrefois comme le rejet de la religion catholique. Elle devrait se définir aujourd’hui par l’accueil de la diversité ». Il faut un certain aplomb pour inverser à ce point l’histoire. La laïcité se définissait bien, en 1905 comme l’accueil de la diversité. Non seulement elle ne rejetait pas plus la religion catholique que les autres, elle assurait cette diversité par la liberté de conscience à quoi elle ajoutait la garantie du libre exercice  des cultes. Et c’est bien l’Église catholique qui, par l’encyclique Vehementer nos d’une rare violence de  Pie X, en1906, a rejeté cette « loi infâme », c’est à dire la proposition de paix qu’instituait l’indépendance réciproque des églises et de l’État. Ne faut-il pas comprendre que l’église catholique et ses alliés politiques, qui n’ont jamais accepté la loi de séparation, sentent le moment propice pour la dépecer ?.
          Il serait urgent que les partis, dont le PS, qui historiquement ont porté cette laïcité universelle, les intellectuels, les mouvements laïques, cessent de polémiquer sur l’accessoire et affirment fermement leur engagement à sauvegarder les principes.
         
         
III) il y a des solutions aux évolutions de la société dans le cadre de la loi de séparation ;
          Parlons clair c‘est cette phrase clef de l’article 2 de la loi de 1905 qui est visée derrière l’enfumage des mots et des intentions :
          « La République ne reconnaît, ne salarie, ne subventionne aucun culte. »
          Je souligne ceux des verbes qui font débat.
La main sur le cœur, tout parti garantit qu’il n’y touchera pas mais reste très imprécis sur ce qui devrait, selon lui, être « adapté »
          . On peux raisonnablement penser qu’il ne vient plus à personne l’idée de demander le rétablissement du salariat des clercs…Encore qu’il perdure en Alsace-Moselle et que certains alchimistes politiques verraient bien l’extension du statut particulier à l’ensemble des départements français…Puisque j’évoque cet aspect, question subsidiaire : comment la nouvelle région Champagne-Lorraine-Alsace va-t-elle gérer deux situations statutaires différentes, eu égard au principe de séparation et en matière scolaire par exemple ?
          a) de la « reconnaissance » au dialogue
          La commission Machelon a délibérément semé la confusion en avançant, pour la compréhension du verbe reconnaître, les deux sens que notre langue lui attribue. On « reconnaît », on connaît à nouveau, une personne dans la foule, quelqu’un qu’on avait quelque peu oublié…On « reconnaît » une dette, un enfant ; on accepte alors un statut juridique qui vous lie à l’objet ou la personne. Pour le législateur de 1905 les débats parlementaires et les travaux de la commission Buisson l’attestent  il est évident qu’il entendait bien que l’État n’aurait plus de relation de droit avec les églises. Plus de concordat ; plus de contrats
          Pourquoi alors, aujourd’hui, cette tentative de confusion ? Probablement pour étayer la critique souvent ressassée d’absence de dialogue qu’aurait entraînée la loi de 1905..et pour favoriser « une conception de la laïcité qui écoute les églises et les religions, fait passer leurs messages comme n’importe quel groupe de la société civile » (Henri Tincq)
          On est toujours à fronts renversés : qui a rompu tout dialogue depuis 1906 jusqu’à l’après-guerre, sinon le Vatican ? Encore en 1924,Pie XI confirmait : « Que personne ne se permette de détourner notre déclaration présente, comme si nous voulions abolir les condamnations portées par notre prédécesseur ou nous réconcilier avec les lois qu’on dit « laïques »Ce que Pie X a condamné, nous le condamnons »
          « Une conception de la laïcité qui écoute les églises » ? A ma connaissance, depuis 1945, l’Eglise catholique a été reçue par les pouvoirs publics comme d’autres mouvements quand elle le sollicitait. L’État (la gauche laïque en 1983) a  considéré que le comité national d’éthique devait comporter dans sa composition des mouvements religieux et philosophiques. Un Premier Ministre de gauche a même « poussé » la civilité jusqu’à recevoir chaque année les représentants des églises.
          Alors de quoi se plaint donc M. Tincq ? Les églises peuvent discuter avec le ministre chargé des cultes sur ce qui touche à l’exercice de la liberté de cultes ; elles peuvent exposer leur doctrine vis-à-vis de toute question de société tant auprès de l’exécutif que des corps législatifs. Il n’y a là rien de contraire au principe de séparation L’état connaît les églises comme il connaît tout mouvement représentatif d’une partie de la population
          Mais l’Église catholique est plus gourmande. Rappelons-nous la requête de la commission épiscopale européenne (COMECE), en juin 2002, auprès du Président de la Commission de l’Union Européenne, M. Prodi ; elle demandait non seulement d’être entendue sur tout projet la concernant, mais une « procédure de consultation préalable » à tout projet législatif, entrant ainsi dans l’élaboration des lois. Cette conception fut acceptée par la Commission européenne et figure dans la constitution européenne, quoique sous une forme ambiguë. Ce serait en France une manière de retrouver un statut juridique que la loi de 1905 avait fait perdre à l’Église catholique
          On voit ainsi où se situe la ligne jaune.Que l’État accepte un tel contenu et il « reconnaît » les cultes.
          Quand le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve déclare dans une interview au Monde (26/02/2015) que sa volonté, c’est « qu’autour du CFCM, nous puissions mettre en place une instance de dialogue à l’instar de ce qui existe pour les catholiques » et qu’il précise « l’État n’a pas vocation à organiser le culte musulman ! il doit fixer des objectifs et des principes » et encore «c’est à chacun des français musulmans de se positionner »,  il situe son action dans le cadre de la loi de séparation
          Quand le PS, dans son pré-rapport du 25 janvier, écrit « il s’agit d’organiser maintenant la place de l’islam dans la République en réformant le conseil du culte français, en procédant au recensement des besoins aux (sic) lieux de culte, et en examinant les moyens de répondre aux manques »,il franchit la ligne jaune en se fixant des objectifs qui relèvent de la responsabilité du culte musulman et de lui seul.
          2 le subventionnement
          C’est le principe qui a subi le plus d’adaptations depuis la loi de 1905, en particulier en ce qui concerne le financement de la construction de lieux de culte, à la charge de chaque culte depuis le vote de la loi de 1905. Pour mémoire, on retiendra que depuis 2004 et particulièrement ses décisions de juillet 2011, le Conseil d’État a édulcoré largement l’interdiction de subventions publiques en « donnant à ce principe une interprétation raisonnable »
          Revenant à la construction de lieux de culte, je me contente de rappeler la synthèse exhaustive rédigée par Jean-François Loisy à la suite de la « deuxième rencontre de la laIcité », et publiée en 2011 dans « le guide pratique de la laïcité » par la Fondation Jean Jaurès pour le groupe SRC de l’Assemblée Nationale. Il en résulte que les dispositions inscrites dans la loi de 1905 et les aménagements qui l’ont suivie (baux emphytéotiques, garantie d’emprunt, exemption des taxes d’habitation et foncière, construction conjointe d’édifices cultuels et culturels..) satisfont toute demande.
          Il est évident que ces dispositions visent des lieux de TOUS les cultes, donc du culte musulman. Les revendications spécifiques n’ont donc a priori pas de fondement ; ce que l’on sait des débats locaux sur la construction ou non d’une mosquée pointe d’autres motivations que l’application administrative dont les intéressés semblent ne critiquer que la lenteur
          Que vient donc faire ici cette injonction du PS « il faut… »    Il faut « examiner les moyens de répondre aux manques dans certaines parties du territoire ». Mieux ! « il faut recenser les besoins en lieux de culte ». De quoi se mêle le PS qui se substitue aux autorités religieuses musulmanes ?? C’est à elles qu’il appartient de faire cet inventaire et trouver les financements nécessaires. M. Boubakeur fait son travail de responsable religieux quand il avance la nécessité de construire 2000 mosquées.
          On nous rétorque que c’est pour éviter l’apport de financements étrangers liés aux extrémismes religieux. Est-ce à dire que l’État devrait prendre en charge la totalité du financement des constructions de lieux de culte ? Il faut le dire clairement.
          Et observons que la prévention de toute déviance à l’intérieur d’un lieu de culte, une mosquée en l’occurrence, ne vient pas de sa construction mais de ce qui s’y passe et s’y dit…
          La loi du 9 décembre est déjà parfaitement claire sur de tels cas :
ART. 34.- Tout ministre d'un culte qui, dans les lieux où s'exerce ce culte, aura publiquement par des discours prononcés, des lectures faites, des écrits distribués ou des affiches apposées, outragé ou diffamé un citoyen chargé d'un service public, sera puni d'une amende de 500 francs à trois mille francs et d'un emprisonnement de un mois à un an, ou de l'une de ces deux peines seulement. ….. 
          ART. 35.- Si un discours prononcé ou un écrit affiché ou distribué publiquement dans les lieux où s'exerce le culte, contient une provocation directe à résister à l'exécution des lois ou aux actes légaux de l'autorité publique, ou s'il tend à soulever ou à armer une partie des citoyens contre les autres, le ministre du culte qui s'en sera rendu coupable sera puni d’un emprisonnement de trois mois à deux ans sans préjudice des peines de la complicité dans le cas où la provocation aurait été suivie d’une sédition, révolte ou guerre civile »
          Il ne manque à la loi que le courage politique de l’appliquer
          3) la formation des imams et des aumôniers
          « il faut, dit le PS, prévoir une aide à la formation des imams français ». Une formation à quoi ? Si c’est à l’enseignement de l’islam, c’est du domaine des clercs  de leur structure. Créer un institut de théologie ? Cela leur appartient, ce fut toujours et c’est leur domaine privé…sauf en Alsace-Moselle ! Veut-on faire de l’islam une religion d’État ? On souhaite à nos apprentis sorciers bien du plaisir quand ils devront satisfaire les exigences des sunnites, chiites, soufistes, salafistes et tutti quanti ? Et les autres religions ? Et les imams étrangers qui officient sur le sol français ? Cela n’a pas de sens.
          Par contre, il est une situation à laquelle l’État ne peut être indifférent, c’est le rôle que jouent les imams – et pas seulement français- dans les mosquées et dans des établissements publics comme les prisons.
          Il est plus que souhaitable que ces religieux connaissent nos institutions et leur histoire et…incitent leurs fidèles à les respecter. Il est même plus que souhaitable que cet enseignement soit ouvert à tout résident sur le sol de France Cela peut s’enseigner hors de l’université. Rappelons-nous comment, au début du XXéme siècle, la population a été informée et éduquée aux lois républicaines : par des « cours du soir » , des « cours d »adultes » organisés par les communes. Qu’est-ce qui empêche la mise en œuvre d’un tel dispositif ?
          Dès lors, le rôle de l’État serait clair. Vérifier dans les mosquées le comportement des imams, qui seraient censés ne plus ignorer les lois de notre démocratie. Et appliquer la loi en cas de trouble public (voir plus haut les articles 34 et 35 de la loi de 1905
           L’État y a eu recours dans le passé et ses services de sécurité sont suffisamment professionnels pour assumer correctement cette fonction.
          Le cas des aumôniers est différent et justifie une plus grande attention.
          L’article 2 de la loi de 1905 mentionne comme pouvant être inscrits aux divers budgets publics «  les services d’aumônerie….dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons ». Ce statut applicable à toutes les religions, donc l’islam, peut justifier une exigence particulière de garantie à l’égard de tout aumônier, notamment au moment de son recrutement et de son affectation dans un établissement public tel qu’une prison. Ce peut être un engagement écrit de respecter les lois de la République, de les enseigner aux détenus ; ce peut être également un oral ou une épreuve écrite de contrôle des connaissances sur nos institutions avant l’engagement dans l’établissement. Il faut observer que tout ceci est applicable aux établissements scolaires ; si les autorités religieuses islamiques n’ont pas encore revendiqué un service d’aumônerie dans les lycées et collèges, rien ne le leur interdit….en application de la loi de 1905 !!!
4) enseigner « le fait religieux »  ou l’histoire de nos institutions ?
          Comme ils savent si bien le faire, les adversaires de la laïcité de nos institutions n’ont pas manqué d’imagination pour brouiller leurs intentions.
          Rappelons-nous…En même temps que l’ « affaire du foulard » apparaissait cette suggestion insistante d’enseigner les religions à l’école laïque  S’attaquer à la loi de mars 1882 ? Étendre le système d’Alsace-Moselle à l’ensemble du territoire ? En clair, c’était enseigner les catéchismes à l’école. L’Église catholique ne s’y est pas trompée qui excluait que cet enseignement soit donné par d’autres que ses clercs.. Alors, on proposa d’enseigner l’histoire des religions, notion plus imprécise à laquelle on objecta que cette histoire entrait dans les programmes habituels par l’histoire elle-même, la littérature, les arts..Depuis peu circule avec insistance une expression encore plus ambiguë, le « fait religieux » Il faut enseigner « le fait religieux » tel est l’antienne que l’on entend y compris dans les milieux les plus inattendus.. M. Tincq y revient évidemment dans sa diatribe. Qu’est-ce à dire ? Un pèlerinage à Lourdes ou La Mecque est un fait religieux..Le massacre de la St Barthélémy, l’abjuration de Galilée aussi ? Et le génocide arménien…le massacre de coptes en Egypte ou en Libye ou de chrétiens d’Orient…etc.
          Ce qui importe tout au long de l’histoire, c’est l’édification des sociétés et  le rôle qu’ont pu y jouer les mouvements religieux. Par exemple, il est certainement utile à la compréhension du monde de connaître le passage, dans l’antiquité, du polythéisme au monothéisme et son schisme en trois religions antagonistes tout au long des siècles.
           Quand  des concitoyens, comme on l’a relevé plus haut, interpellent : « liberté et égalité, c’est à quelle heure ? »,ils ont à moitié raison.  Situer l’article 1er de la déclaration des droits de l’homme dans le contexte de 1789 lui donne sa véritable dimension. Jusque-là, une société coupée en deux, d’une part les représentants de Dieu sur terre, roi et église catholique, concrètement leurs représentants, nobles et évêques ; d’autre part, le peuple « taillable et corvéable à merci » jusqu’à la famine (voir les cahiers de doléance). Le fait religieux est alors la domination sans partage de la société par l’église catholique Fin août 1789, des représentants de ce peuple balaient cette situation de dépendance, d’exploitation du faible, pour décréter que les hommes naissent libres et égaux en droits. Certes, dans leur enthousiasme, ils ont ajouté l’utopie «et demeurent ».Oui, c’est déterminant de naître libres et égaux ; ce principe n’admet pas de réserve ;mais ensuite, l’affrontement est de tous les instants pour y parvenir au fil de la vie. A quelle heure ? Cela dépend de l’engagement de chacun  Pour M. Sarkozy, « liberté et égalité sont incompatibles ».

IV Sans conclusion
          Je n’ai point oublié une anecdote que je voudrais résumer. C’était un ou deux ans après les incidents du collège de Creil au sujet du foulard que portaient deux adolescentes. Le ministre avait sollicité l’avis du Conseil d’Etat, puis rédigé une circulaire, ces deux faits n’ayant point calmé la polémique ; bien au contraire. La Mission Laïque, qui comme on sait, rassemble les établissements d’enseignement français à l’étranger, avait réuni les chefs d’établissement comme elle le fait périodiquement. La polémique au sujet du « voile à l’école » faisait rage. IL en fut évidemment question. Le proviseur du lycée français de Casablanca s’étonna , avec quelque ironie, du tapage provoqué en France et dit à peu près ceci : vraiment, en France, vous perdez votre sang froid ; mon lycée est en plein quartier musulman ; j’explique à chaque rentrée aux élèves que dans la classe, on ne peut porter de signe distinctif de caractère religieux ou politique ; il n’y a pas de difficultés les adolescentes voilées quittent leur voile pour rentrer en classe et le remettent en sortant..
          Pas de difficultés dans un État où la religion musulmane est religion d’État ; affaire d’État en France !!  Alors qu’il suffisait de rappeler calmement la loi, le règlement  qui détermine le statut laïque d’un établissement scolaire et d’en expliquer sereinement les raisons. Tout ministre du moment pouvait être informé par ses services des instructions générales du 9 avril 1903 « Les emblèmes religieux de quelque nature qu’ils soient ne doivent pas figurer dans les locaux scolaires » comme des  circulaires de Jean Zay (1936 et 1937) puis de R. Capitant le 27/12/1944.La circulaire du 15 mai 1937 était suffisamment explicite et pérenne : « L’enseignement public est laïque. Aucune forme de prosélytisme ne saurait être admise dans les établissements scolaires. Je vous demande d’y veiller avec une fermeté sans défaillance »
           Il suffisait d’expliquer calmement aux élèves le pourquoi de la laïcité de l’école ;ce qui se faisait le plus souvent. Point n’était besoin d’une loi d’interdiction pour quelques situations qui relevaient probablement de la provocation militante et auxquelles répondait un défi équivalent.
          Il faut croire que le filon était prometteur puisque les provocations n’ont cessé ensuite de proliférer, de se répéter venant toujours des adversaires historiques de la laïcité de nos institutions ; c’est à qui, à droite, demandera une nouvelle loi d’interdiction….dans les universités, dans l’accompagnement des élèves. On atteint présentement la déraison, M. Sarkozy avec les repas des cantines municipales, la RATP et les affiches dans le métro. A quoi réplique M. Boubakeur relance  la compétition bimillénaire entre mouvements religieux avec ses 2000 mosquées à construire. Et le Parti socialiste qui, pour ne pas être en reste( ?) préconise le développement de l’enseignement confessionnel musulman !
          Tout cela au nom de la laïcité !!!
          Il ya 50 ans, pour la droite, la laïcité faisait « partie du programme de papa » (J.R. Tournoux L’Express du 8/01/1964) ou c’était « une vieille histoire dépassée » (G. Suffert L’Express du 5/07/1965). Aujourd’hui, c’est à qui en utilisera le terme  pour mieux en détourner le sens. Qui manipule qui ? Évolution suicidaire si ne sont pas allumés les contrefeux
                                                                     Guy Georges
                                                                     14/04/2015      

              
  
         

         

         


          

loi de 1905



                        Modifier la loi de 1905, nouvelle offensive
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Plusieurs indices donnent à penser qu'une nouvelle offensive prend corps pour promouvoir une "laicïté" avec épithètes, en clair "organiser la place de l'islam dans le République"  (l'hebdo des socialistes n°764 7 au 13/02/2015) donc modifier l'article 2 de la loi de 1905.
          Cette conception née dans les instances de la Ligue de l'enseignement en 1989, étendue ensuite à tous les cultes par l'UMP, est donc reprise aujourd'hui par le PS?(1)
          RAPPELS
          1988/89 La Ligue de l'enseignement confie au Cercle Condorcet "l'étude du religieux dans la société actuelle"  Jean Baubérot est en charge d'un rapport dont l'objectif est de "contribuer à la définition d'une laïcité moderne compromis dynamique acceptable par tous, dans un souci de dialogue et d'ouverture". Opposant la laïcité "au sens large synonyme de tolérance" à la laïcité "au sens étroit" associée à "un comportement sectoriel et restrictif", Baubérot propose une "culture laïque ouverte" que la Ligue prend à son compte ( invitation de Tarik Ramadan, déclaration commune avec la Fédération Protestante de France; participation à un colloque de "La Croix" sur "laïcité et débat d'aujourd'hui"
          2003 Le rapport Stasi définit ainsi la laïcité : » l’égalité en droit des options spirituelles et religieuses ». En contradiction avec l’art. 1er de la constitution « égalit » en droit des citoyens sans distinction de religion..
          2004 Le ministre de l'Intérieur N. Sarkozy publie un ouvrage "La République; les religions, l'espérance" qui veut démontrer que " la place de la religion dans la France est centrale...Ce n'est pas une place à l'extérieur de la République; c'est une place dans la République". Il considère que la loi de 1905 n'est pas "inscrite dans le marbre". Précisons que son intention vise surtout à intégrer la religion "chrétienne" dans la République et contraindre les musulmans à s'y insérer;
          2006 Conclusions de la Commission Machelon, créée par M. Sarkozy dès 2004. L'objectif majeur était de démontrer que l'article 2 de la loi de 1905 n' pas de caractère constitutionnel et peut donc être modifié par la loi. Conclusion: l'acception "moderne" de la laïcité n'interdit ni la reconnaissance ni le subventionnement des cultes. D'où la pression de députés de l'APEL ( parlementaires partisans de l'enseignement libre) M. Le Fur en tête pour légiférer.
          2011 offensive de N. Sarkozy et l’UMP sur le thème de l’identité nationale. Discours au Plateau des Glières et à Grenoble où N. Sarkozy distingue les « français de souche » de culture chrétienne et les autres, sommés d’adapter leurs traditions à celle-ci. Début avril l’UMP organise un colloque sur le thème de « la laïcité et l’islam », 26 propositions dont le but est de refuser l’islam en France et « construire un islam de France »
          Janvier 2012 F. Hollande promet d’inscrire dans la Constitution la loi de 1905 ; son engagement est caviardé dans sa proposition 46.

EVOLUTION DES INSTANCES ADMINISTRATIVES
          2004  le Conseil d'Etat  publie un rapport dont il ressort que les principes de la loi de 1905 (liberté de conscience, séparation) n'entraînent pas une « étanchéité totale entre le politique et le religieux ». Quant au subventionnement public, il suggère de lui donner "une interprétation raisonnable" sous la forme d’intérêts publics locaux"
          2011 Le Conseil d’Etat, en juillet, confirme sa doctrine par 5 décisions liées à l’application de la loi. Il explique dans un communiqué de presse son « interprétation et (les) conditions d’application de la loi de 1905 », considérant que celle-ci « doit être articulée avec d’autres législations qui y dérogent ou y apportent des tempéraments »
          2013 Le Conseil Constitutionnel, le 21 février, avance une définition constitutionnelle à l’occasion d’une décision relative à une CPC sur le statut d’Alsace Moselle. Rappelant que le principe de laïcité est garanti par la Constitution, il considère qu’en « résultent » trois conséquences, la neutralité de l’Etat, la non-reconnaissance des cultes, le non-salariat des cultes. Dans cette énumération qui redit l’art. 2 de la loi, manque le non-subventionnement,… omission certainement pesée.
          Pour mémoire, cette excellente référence, l’arrêt « Dogru » du 4/12/2008, de la Cour Européenne des droits de l’Homme, selon laquelle « la véritable clef de voûte de la laïcité en France est la loi du 9 décembre 1905, dite loi de séparation des églises et de l’Etat »

ACTUEL REBONDISSEMENT
          Les attentats de janvier, les excellentes déclarations de principe sur la laïcité du Pt de la République et du Premier Ministre ont  aussi réveillé  les divergences.
          L’avis de l’observatoire de la laïcité du 13 janvier 2015 est le plus caractéristique et le plus préoccupant, en particulier l’interprétation que lui donne son rapporteur général, N. Cadène, dans le « Midi Libre ». Introduire « le fait religieux à l’école » « un enseignement impartial pour introduire une distance critique dans la réflexion des élèves » !!! On n’est guère renseigné, avec ce jargon, sur ce qu’est le « fait religieux ».
          Plus grave cette proposition d’un « soutien à la création d’établissements privés de théologie musulmane et de formation à l’islamologie »,M. Cadène expliquant qu’il s’agit d’ « accompagner ( ?) des établissements privés dans leur organisation pour élaborer des diplômes qui soient reconnus par l’Etat » !! On est en plein déni de la loi de 1905. Un diplôme d’Etat reconnaissant la formation d’ un ministre des cultes ! Voilà qui doit ravir les séminaires catholiques, entre autres, qui bénéficieront des mêmes dispositions
          A quoi réplique la Dépêche du Midi » du 22 janvier, qui constate qu’ainsi, l’Etat reconnait et  missionne les religions
          Aubaine pour une presse qui depuis des décennies, fait son fromage de la polémique sur le sens de la laïcité. Libération , le 6 février, voit dans l’appel à l’unité nationale de F. Hollande, « une posture pour éviter les débats qui fâchent comme…la réforme de la loi de 1905 » . En écho ( ?) Télérama fait, le 8 /02, une analyse orientée à partir d’écrits de philosophes, de juristes , de l’inévitable Baubérot qui nous annonce un livre sur les « sept laïcités ». Analyse à laquelle réagissent opportunément Egale et un excellent texte d’Alain
          L’AMF vient de créer un commission paritaire, dont on peut espérer des conclusions constructives
          Par contre la Ligue de l’Enseignement et les éditions Milan caricaturent la charte de la laïcité de V. Peillon, à la limite de la dénaturation
          Le 21 janvier, le Ministre de la Ville envisage « des mesures de discrimination positive », expression de droite de sombre notoriété.
          Pour ne pas être en reste ( ?) J. Lang estime, le 3 février sur France Culture qu’ « il serait juste d’assouplir les règles de l’Etat dans le soutien matériel de l’exercice des cultes » . On ne saurait mieux souhaiter la révision de la loi de 1905. Voilà un ralliement qui doit réjouir Sarkozy qui ne disait pas autre chose en 2004
          Et réapparaît le scénario que l’UMP a monté et dont le FN se nourrit : dénaturer la laïcité pour apparaître comme ses vrais défenseurs, en élargissant par la loi les interdits. Ainsi E. Ciotti, après avoir en octobre proposé d’étendre la loi de 2004 à l’interdiction du voile aux accompagnatrices de sorties scolaires, demande aujourd’hui son extension aux Universités…Mais il se garde bien de proposer cette extension aux établissements privés sous contrat !..
          Et voilà qu’une instance nationale du PS emboîte le pas sur ce même  terrain des rapports à la religion musulmane. Et pas des moindres : Un groupe de travail consacré à la « cohésion sociale » a été créé sous la direction du délégué national à la laïcité.. Le pré-rapport de celui-ci, tel qu’il est résumé dans l’ « hebdo des socialistes » n°764, énumère, certes, des questions de fond sur lesquelles je vais revenir. Mais il donne une place au moins égale à cette « organisation de l’islam français » ( !) avec une longue citation du responsable du groupe, Laurent Dutheil dont ceci : « Il s’agit d’organiser maintenant la place de l’islam dans la République, en réformant le conseil du culte français, en procédant au recensement  des besoins aux lieux de culte et en examinant les moyens de répondre aux manques »(1)
          Brimades de la droite, excès de zèle ici… L’UMP et le FN veulent intégrer « l’islam  dans la République » par coercition ; le PS par complaisance. D’un côté comme de l’autre, c’est clairement la remise en cause de l’article 2 de la loi de 1905. Et l’ouverture de la boîte de Pandore
          Il faut dire :stop !

STOPPER UNE DEVIANCE DE PLUS DE 50ANS ? EST-CE POSSIBLE ?
          Le Constat
Oui des forces de plus en plus agressives font dévier la loi de 1905 de ses objectifs. Nous les savons : liberté de conscience ; liberté de culte et indépendance réciproque des églises et de l’Etat. C’est cette indépendance qui est remise en cause au détriment de l’espac public. L’Etat n’est plus neutre ; il doit satisfaire les revendications de quelques églises » reconnues »
          Oui la laïcité est dénaturée. Ce n’est plus l’égalité des citoyens devant la loi sans distinction de religion, garantie par la Constitution ;c’est à l’inverse l’égalité de traitement des mouvements religieux reconnus assurée y compris matériellement par l’Etat .
          « La religion est devenue une affaire publique » (V. Valentin, juriste)           L’Observatoire de la laïcité est sur cette longueur d’onde, notamment avec son dernier avis.  Idem J. Lang, président de l’IMA
Le PS aussi ? (1)
Ces orientations ont-elles l’aval du Gouvernement ?
          Que vaut alors l’affirmation du Président de la République lors de sa conférence de presse le 5 février « il n’est pas question de modifier la loi de 1905 »

          Répondre aux besoins des lieux de cultes ?
          Le PS a eu une réponse claire qu’il peut retrouver dans « le Guide pratique de la laïcité ».
          c’est quand même un peu fort !
           Lors des premières rencontres de la laïcité, cette question a été traitée . elle a fait l’objet d’un excellent compte-rendu dû en particulier a J.F Loisy. il occupe 40 pages de ce guide édité par la fondation J. Jaurès pour le compte du groupe parlementaire S.R.C., dont il ressort que « remettre en question la loi de 1905 sous prétexte que les musulmans ont besoin d’aide….est un débat infondé »
On aurait pu supposer que le PS, pour le moins, connaitrait ces travaux, et particulièrement le responsable « laïcité »
                    il faut donc les lui rappeler (1)

          Ne pas confondre causes et conséquences
          1) face à une situation très préoccupante, il est naturel que les pouvoirs publics veuillent parer au plus pressé
          Les mesures sécuritaires sont nécessaires, notamment aux frontières et dans les prisons. Le travail de Dounia Bouzar, par exemple, plus large, est tout aussi bénéfique.
          Mais ce serait tenter de remplir le tonneau des Danaïdes si l’on s’en tenait à ce qui est en fait l’effet d’insuffisances notoires .
           2) Porter remède aux causes est un impératif trop longtemps négligé
                    Elles ont un nom :INEGALITE
          Inégalité sociale (lieux et conditions de vie, de logement) ; inégalité dans le travail ; inégalité à l’école. C’est la première ressentie et la plus déterminante.
          Je m’en tiens à celle-ci où j’ai eu quelque expérience
          On sait depuis plus de 50 ans pourquoi et comment une partie d’une classe d’âge se trouve presqu’au départ de sa scolarité en situation d’être exclue, exclusion qui s’aggravera pour atteindre un paroxysme au collège.
          On sait depuis p)lus de 50 ans où sont les obstacles ( corporatistes du SNES ; des associations de disciplines, élitistes de la Société des Agrégés, de l’Académie Française)
          On sait les remèdes
          -une formation professionnelle véritable des enseignants de l’enseignement obligatoire, qui maîtrise l’hétérogénéité d’une classe. Exercice difficile qui s’apprend. Allez donc sur internet, comme si vous étiez en passe de passer le bac, pour choisir, avant le 20 mars, l’option post-bac qui vous ouvrira une voie professionnelle possible. Sur 23 propositions de licence (santé, ingénierie, commerce, etc…) aucune proposition de cursus de formation d’enseignant
          -une démarche constructive et non exclusive, avec des programmes mettant chaque élève en mesure de découvrir ses aptitudes. Qu’ un enfant nul , ça ne puisse pas exister Cela aussi ,on sait faire. Cela fait 40 ans que je le clame

Cela ne constituerait-il pas un vrai programme socialiste ?

                             Guy Georges
                             23/02/2015
(1)Les points d’interrogation ont eu une réponse rapide…Il suffit de lire le communiqué de presse du responsable « laïcité » du PS, daté du 26 février pour être édifié. En voici l’essentiel :
          Après s’être « félicité de la convergence d’analyses avec le Gouvernement » le PS « se réjouit que les mesures que ce dernier a dévoilé (sic !) reprennent largement celles du rapport sur la cohésion républicaine que le Parti socialiste a présenté le 1er février :
-        La création d’une instance de dialogue avec les représentants sz l’islam de France,
-        Le renforcement de la formation en France des imams et des aumôniers musulmans,
-        Le développement de l’enseignement privé confessionnel musulman
-        L’incitation à l’édification de nouveaux lieux de culte
Autant de reniements des principes historiques du socialisme par un parti voit dans ces propositions des « initiatives de concorde » au nom d’une « laïcité d’inclusion »
( nouveauté bien absconse dans la liste déjà longue des épithètes employées par les manipulateurs du socle laïque de la République)
          Une telle déclaration laisse pantois et relève  soit de l’ignorance, soit de la démagogie ou de l’une et de l’autre
          Car la formation de clercs de toute religion ne relève pas de l’Etat depuis la loi du 9/12/1905, mais des mouvements religieux eux-mêmes. Va-t-on au nom du principe d’égalité, organiser et financer (pourquoi pas ?) les élèves des séminaires catholiques ?
          Par ailleurs l’ utilisation de la réglementation actuelle permet à tout culte d’édifier des lieux de culte. Voir plus haut
          Enfin, aider au développement de l’enseignement privé musulman ?? Un renforcement de la loi Debré, un encouragement à la division de la jeunesse dès l’enfance venant d’un parti qui, historiquement, a toujours défendu l’école laïque, l’école de la République, symbole et instrument d’unité de la Nation ? Quand dans le même temps ce parti est muet quand des militants se battent depuis des années contre le sectarisme de la droite qui refuse par exemple de créer un collège public dans le Maine et Loire, comme la loi pourtant l’impose !!

          Et ce communiqué prétend refuser «toute instrumentalisation et dévoiement de la laïcité » ! N’est-ce pas ce qu’il fait ?
          Qui croire quand, par ailleurs, on lit cet extrait d’une déclaration du Premier Secrétaire du PS : » La laïcité est claire ; elle n’exclut personne, elle ne souffre aussi d’aucune dérogation. Elle ne doit pas devenir une valeur tiède, l’acceptation de tout, le renoncement à l’essentiel »(l’hebdo des socialistes n° 766)
          Il faut conseiller aux dirigeants du PS d’aujourd’hui d’étudier et méditer la célèbre intervention de Jaurès devant les députés,, le 21 janvier 1910, que son journal, l’Humanité, rendit publique sous le titre « Pour la Laïque ». Et particulièrement ce court extrait de portée universelle :
          S’il est entendu qu’entre les fils d’un même pays d’une même génération…..l’antagonisme de doctrine, de pensée et de conscience doit être à jamais si irréductible qu’on ne pourra jamais rassembler ces enfants sous la discipline d’une même école…c’est le déchirement intégral de la Nation »
                                      

                                                                     G.G. 3/03/2015
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