Gisèle Halimi, avocate, présidente de Choisir la cause des femmes
L'indécent retour médiatique de DSK
| 06.09.11 | 10h24 • Mis à jour le 06.09.11 | 10h55
Les médias français et leurs décideurs sont-ils sourds, aveugles à l'exigence d'une dignité des femmes ? On pourrait le croire, dans le flot d'images et de commentaires complaisants ou neutres, mais jamais défavorables qui nous a été asséné depuis hier pour signaler l'"événement" du week-end : le retour de Dominique Strauss-Kahn à Paris.
A moins d'être totalement dépourvu d'aptitude ou de conscience professionnelles, les informateurs ne pouvaient oublier qu'il s'agissait d'un homme – et non des moindres – accusé d'agression sexuelle sur une femme. Donc un prédateur présumé de notre dignité profonde, celle de l'intégrité de notre sexe, de notre corps, mais aussi celle de notre identité de femme.
Qui, quand elle dit non, signifie non. Or Nafissatou Diallo – la plaignante – fut à peine nommée, les faits presque jamais rappelés, la réputation un peu glauque de Dominique Strauss-Kahn escamotée.
Le "retour" du violeur présumé (la tentative de viol équivaut en droit au crime de viol lui-même) était traité comme un événement mondain, à peine politique, rien à voir avec un crime.
J'entends bien que Dominique Strauss-Kahn n'est mis en cause que dans une procédure civile – après l'abandon de poursuites pénales. Mais cela n'empêche en rien de caractériser la source du dommage pour la nécessité de la réparation.
INDIGENCE
Nous avons eu droit à l'éternelle et ridicule séquence de l'épouse – outragée – mais fidèle-soutien-de-l'accusé. Séquence dont on raffole outre-Atlantique, histoire de s'identifier un peu aux Hillary Clinton et autres célèbres cocues. Une épouse pour laquelle la femme victime présumée n'existe pas, n'existe plus.
Seul compte "le retour" de l'homme que l'on croit (à tort) blanchi, car les procédures sont en cours et l'épisode judiciaire loin d'être clos.
Mais laissons cela. Je m'intéresse quant à moi à l'indigence, l'indulgence et l'indécence qui ont marqué la relation médiatique de ce détestable feuilleton.
Et j'y vois le signe que, près d'un demi-siècle après le nouveau combat des femmes pour exister comme individus à part entière, après la réforme du code pénal quant au viol (à l'initiative de Choisir la cause des femmes), leur dignité peut être foulée aux pieds comme dans le passé.
Je n'ose formuler d'autres hypothèses: Dominique Strauss-Kahn intouchable parce que attendu dans le prochain cirque politique ? La victime passée par pertes et profits parce que lointaine, socialement humble (une "domestique") et noire ? Que les médias s'expliquent, nous expliquent, ou alors, honte à eux !
Gisèle Halimi, avocate, présidente de Choisir la cause des femmes
Article paru dans l'édition du 07.09.11
Comité des Femmes Contre la Lapidation. Nous exigeons la séparation de l’Etat et la religion en IRAN. Nous affirmons notre engagement à ouvrer en un réseau international de femmes pour la liberté, l’égalité, la justice, la paix, les droits des femmes et pour un monde libéré de toute violence. Nous luttons pour l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Nous luttons pour un monde où différence ne signifie pas inégalité, oppressions ou exclusion.
Wednesday, September 07, 2011
DSK
La prétendue séduction "à la française" n’est que de la violence sexuelle
Point de vue | LEMONDE.FR | 24.08.11 | 10h08 • Mis à jour le 26.08.11 | 10h02
par Florence Montreynaud, historienne
C'est un curieux féminisme "à la française" qu'ont fait apparaître les débats autour de l'affaire Strauss-Kahn. Selon la sociologue Irène Théry, il "veut les droits égaux des sexes et les plaisirs asymétriques de la séduction, le respect absolu du consentement et la surprise délicieuse des baisers volés" (Le Monde, 28 mai 2011). En se référant au féminisme universel, qui en France comme ailleurs veut l'égalité et la justice, on peut se demander à qui profite ce mélange de notions opposées — droit et séduction, consentement à un acte sexuel et vol de baisers. Depuis des décennies, des féministes ont précisé le sens de mots relatifs à la sexualité, dissipant ainsi des confusions dues à la complaisance pour la violence machiste, symbolique (en mots ou en images) ou réelle (viols, coups, meurtres). Plutôt que de flotter dans le ciel des idées, sur le nuage d'une prétendue "exception française", revenons aux réalités de la violence sexuelle dans le monde, cette violence que tant d'hommes, encouragés et protégés par le système de domination masculine, exercent sur de plus faibles.
Qu'est-ce qu'un séducteur, aujourd'hui comme hier, ici comme ailleurs ? Un homme qui, à force de sourires et de belles paroles, cherche à obtenir d'une femme ou d'une fille ce qu'elle ne propose pas, ce qu'elle ne désire pas. Quelle qu'en soit la forme — de la drague lourde des baratineurs de plage à la cour raffinée des libertins se croyant au XVIIIe siècle —, la séduction masculine "à la française" repose par convention sur une asymétrie visible : l'homme fait les avances, car c'est à lui de s'exposer en faisant le premier pas. Au contraire, l'éducation ou la contrainte sociale imposent aux filles et aux femmes des attitudes présentées comme typiquement féminines, pudeur ou réserve, tandis que la famille doit veiller sur leur réputation, voire sur leur virginité. Comme me le disait une voisine, mère de fils avec lesquels jouaient mes filles : "Plus tard, vous ferez mieux de rentrer vos poules, quand je lâcherai mes coqs !" Tout au plus une femme "bien" peut-elle manifester discrètement sa disponibilité. Même si elle en meurt d'envie, elle se doit de résister à l'homme, de commencer par refuser ses propositions ; après une cour dont la durée dépend de la valeur qu'elle veut se donner, elle peut enfin paraître céder avec une réticence suffisante au désir masculin. Une femme qui accepterait avec empressement se déconsidérerait, comme le prouve le raisonnement machiste : "Une femme bien qui dit “non'', ça veut dire “peut-être'' ; si elle dit “peut-être'', ça veut dire “oui'' ; et si elle dit “oui'', ce n'est pas une femme bien." Déduction du dragueur : "Elle dit “non'', mais ça veut dire “oui''".
Une femme osant en public exprimer son désir à un homme est qualifiée d'"allumeuse", "provocante", ou "chaudasse", tous mots inusités au masculin. À tous âges et dans tous les milieux, la voilà classée — "une pute !" — et rejetée du groupe. Alors que celui qui "ne pense qu'à “ça''" et "baise tous azimuts" est salué comme un "chaud lapin" ou un "don Juan", son équivalent féminin est une "grosse nympho" qu'"a le feu au cul" et "y a qu'le train qui lui est pas passé d'ssus".
LA DOUBLE NORME SEXUELLE EST TOUJOURS EN VIGUEUR
Autrement dit, le machisme se caractérise par la signification asymétrique donnée au désir sexuel : c'est le concept féministe de la double norme sexuelle — ainsi dénommé au XIXe siècle. Exprimer clairement son désir dévalorise une femme et valorise un homme : telle est la règle, que quelques audacieuses transgressent à leurs dépens. L'homme est renforcé dans sa virilité symbolique s'il se conforme au modèle traditionnel du "mâle à besoins impérieux". Au contraire, comme en témoignent les qualificatifs injurieux de "femelle", "salope" ou "chienne en chaleur", une expression trop directe, trop visible du désir place la féminité sous le signe de l'excès, de l'animalité et de la saleté. Le machisme, qui assimile les hommes à leur érection — "je bande, donc je suis" —, fait peser un tabou sur la manifestation du désir féminin : "mouiller" n'a rien d'aussi prestigieux. Pour les machos, la sexualité effective — désir, actes et plaisir — salit les femmes, et les fait déchoir du seul statut respectable, celui de vierge-mère asexuée — "toutes des salopes, sauf ma mère !" Aux femmes "bien" ne s'offre donc qu'une alternative : refuser ou céder.
Baratineur insistant ou don Juan esthète, le séducteur ne tient compte ni du désir de la femme, ni même de son non-désir exprimé : pour pousser son avantage — "femme qui écoute est à demi conquise", affirme le dicton —, une absence de résistance lui suffit, ou un consentement arraché. Avec ses manœuvres stratégiques et ses ruses tactiques, cette séduction masculine "à la française" s'apparente à une guerre dont l'issue incertaine fait tout l'intérêt. En cela elle diffère du viol avec violence, car elle relève plutôt de l'emprise, la pression psychologique exercée, voire le chantage ("Si tu m'aimes…"), évitant la brutalité physique. Pour aboutir à la pénétration qu'il est le seul à désirer, le violeur se dispense de mettre des formes : il use de sa force ou abuse de son autorité, ce qui fait de lui un criminel. Criminel ! Un gros mot ? C'est pourtant le seul qui soit juste, même s'il reste difficile à admettre par ceux qui persistent, avec le "beauf" de Coluche, à dire "Le viol, c'est quand on veut pas, et moi, j'voulais !" ! De leur racine latine — séduire, c'est détourner du droit chemin — séduction et séducteur gardent une nuance péjorative, atténuée dans l'adjectif "séduisant". On peut leur préférer le verbe "plaire" dont le sens est positif quel que soit le sexe du sujet. Chercher à plaire, ou à se plaire l'un à l'autre, désigne un ensemble d'actions visant au même but que la séduction — un acte sexuel, une rencontre au plus intime. Toutefois, la différence, essentielle, vient de ce que chaque personne prend le temps d'attendre le désir de l'autre. Plaire et séduire peuvent aussi se combiner au début mais, alors que plaire suppose réciprocité, souci de l'autre et recherche d'un double plaisir, séduire est toujours asymétrique.
Certes, séduire, "ce divertissement féminin par excellence" (Marguerite Yourcenar, Quoi, l'éternité ?) n'est pas le propre de l'homme, mais quand une femme cherche à attirer un homme, il s'agit de coquetterie plutôt que de contrainte, de regards plutôt que d'actes, d'invites verbales plutôt que de "main aux fesses" : rien de comparable au "troussage de domestique" ni au "droit de cuissage", et ni "dragueur" ni "don Juan" n'ont de féminin. Pourtant, il existe bien des séductrices, et c'est même un type féminin marquant de la littérature et du cinéma ; encore faut-il se souvenir que l'immense majorité de ces œuvres sont des productions d'hommes. La vamp ou la "femme fatale" hantent l'imaginaire masculin, suscitant à la fois fascination et répulsion. En Occident, "la" femme est vue comme fatale à l'homme depuis Ève la tentatrice, ou même Lilith, démon femelle que le mythe juif du Moyen Âge présente comme la première épouse d'Adam ; leur lignée ininterrompue resurgit de nos jours sous la forme de Cruella et autres "dominatrices" qui confortent le masochisme masculin. Si Hollywood représente de préférence des hommes en victimes photogéniques de "sorcière", tel Michael Douglas dans Liaison fatale, reprise du thème de La Femme et le Pantin ou de L'Ange bleu, dans la réalité le rapport de forces entre hommes et femmes est à l'inverse. Avant la contraception moderne, combien de femmes "séduites et abandonnées", combien de domestiques engrossées et jetées à la rue, combien de "filles-mères" traitées en coupables, tandis que le séducteur-géniteur n'était jamais inquiété ! Les hommes, écrit Madame de Staël dans Delphine, "veulent, en séduisant les femmes, conserver le droit de les en punir". Un demi-siècle de pilule n'a pas suffi à modifier en profondeur les mentalités, comme le prouvent les pratiques de harcèlement sexuel masculin au travail, dont on commence seulement à percevoir l'ampleur, ou les réactions de solidarité machiste à l'affaire Strauss-Kahn. Alors que l'opprobre social pèse toujours sur la "salope" qui fait perdre la tête à un mari, ou qui croque les hommes et les rejette "comme un kleenex", le dragueur fier de son "tableau de chasse", le consommateur méthodique ou le dirigeant incapable de maîtriser ses pulsions ne sont pas si mal vus. Quelques-uns bénéficient même du soutien public indéfectible d'une épouse aussi dévouée qu'Anne Sinclair ou Hillary Clinton. On peine à imaginer le cas inverse – l'abnégation d'un mari solidaire d'une présidente portée sur la chair fraîche.
Autre asymétrie : selon la curieuse moyenne établie par les enquêtes sur la sexualité, les hommes auraient eu au cours de leur vie 11 partenaires, et les femmes 3, différence que le recours de certains hommes à la prostitution ne suffit pas à expliquer ; la source en est plutôt dans la sur-évaluation masculine et la sous-évaluation féminine : sur chaque sexe pèsent des attentes opposées, ce qui amène chacun d'eux à déformer la réalité en sens contraire.
Quant à l'intimité d'un couple établi, d'après les mêmes enquêtes, dans la majorité des cas c'est l'homme qui prend l'initiative du rapport sexuel — c'est du moins ce qui ressort des déclarations, dont on peut de même suspecter le conformisme, c'est-à-dire le respect des normes en matière d'activité sexuelle.
C'est seulement dans le monde abstrait des formules que deux personnes, A et B, — leur sexe étant indifférent — sont mues par des désirs d'intensité égale, et les expriment, soit simultanément, soit alternativement. Dans la "vraie vie", l'une des deux a toujours plus envie que l'autre, ou alors, si les deux ressentent du désir, ce n'est pas au même moment — ce décalage dans l'intensité ou le temps entraînant difficultés et incompréhension.
Notre monde est inégalitaire, et le sexe qui domine dans tous les domaines — politique, économique, social ou religieux — impose aussi les modes et les rythmes de la relation sexuelle : c'est le désir masculin qui fait la loi, à toutes les étapes — approche, attaque, déroulement et conclusion.
LA VÉRITABLE LIBÉRATION SEXUELLE EST À VENIR
La libération sexuelle annoncée dès mai 68 a d'abord permis aux hommes d'affirmer leurs désirs, à charge pour les femmes de les satisfaire. En effet, une femme, à plus forte raison une camarade, osant refuser l'"hommage" d'une telle proposition était stigmatisée par la critique suprême : "T'es pas libérée !" (variantes : "T'es coincée !" ou "frigide"). Comme si "libération des femmes" signifiait mise à disposition sexuelle au profit de tous les hommes de l'entourage… De grandes intellectuelles mirent en forme une opposition politique à ce machisme de gauche. C'est à des féministes des années 70 qu'on doit le début de la révolution conceptuelle si bien exprimée dans le titre donné par la sociologue Nicole-Claude Mathieu à son article : "Quand céder n'est pas consentir" (1978).
Ensuite, la philosophe Geneviève Fraisse et d'autres penseuses approfondirent la notion de consentement. Traduction sur des banderoles lors de manifestations contre le viol : "Quand une femme dit “non'', c'est non", ou "Viol de nuit, terre des hommes" (Paris, 19 septembre 1985). Depuis lors, les mentalités évoluent, certes très lentement, vers une perception de la rencontre sexuelle comme celle de deux désirs, dans la liberté et l'égalité. Plaire par ses propres mérites, susciter l'acquiescement de l'autre, au lieu d'imposer sa volonté par la contrainte, c'est découvrir que les baisers échangés ont meilleur goût, pour les deux, que les baisers volés. Loin des grands machos de ce monde et de leur argent qui prétend acheter les consciences, voilà que quelques hirondelles annoncent le printemps d'une authentique libération sexuelle : des femmes se libèrent de leurs inhibitions et apprennent à exprimer leurs désirs sans craindre le jugement d'autrui, des hommes n'ont pas peur de se sentir considérés comme des objets de désir, et certains privilégiés y trouvent même du plaisir. Loin du tapage des médias et des rodomontades de vieux mâles s'accrochant à leur privilèges, de plus en plus de couples féministes montrent, discrètement, comment lier désir et respect de l'autre, plaisir et égalité.
Après l'insouciance de la "douce France" chantée par Trenet, et ses "baisers volés" chers à Truffaut, Dominique Strauss-Kahn a pu incarner la France dans son arrogance dominatrice, mais la prétendue séduction "à la française" apparaît désormais, le roi étant nu, pour ce qu'elle est : de la violence sexuelle.
Point de vue | LEMONDE.FR | 24.08.11 | 10h08 • Mis à jour le 26.08.11 | 10h02
par Florence Montreynaud, historienne
C'est un curieux féminisme "à la française" qu'ont fait apparaître les débats autour de l'affaire Strauss-Kahn. Selon la sociologue Irène Théry, il "veut les droits égaux des sexes et les plaisirs asymétriques de la séduction, le respect absolu du consentement et la surprise délicieuse des baisers volés" (Le Monde, 28 mai 2011). En se référant au féminisme universel, qui en France comme ailleurs veut l'égalité et la justice, on peut se demander à qui profite ce mélange de notions opposées — droit et séduction, consentement à un acte sexuel et vol de baisers. Depuis des décennies, des féministes ont précisé le sens de mots relatifs à la sexualité, dissipant ainsi des confusions dues à la complaisance pour la violence machiste, symbolique (en mots ou en images) ou réelle (viols, coups, meurtres). Plutôt que de flotter dans le ciel des idées, sur le nuage d'une prétendue "exception française", revenons aux réalités de la violence sexuelle dans le monde, cette violence que tant d'hommes, encouragés et protégés par le système de domination masculine, exercent sur de plus faibles.
Qu'est-ce qu'un séducteur, aujourd'hui comme hier, ici comme ailleurs ? Un homme qui, à force de sourires et de belles paroles, cherche à obtenir d'une femme ou d'une fille ce qu'elle ne propose pas, ce qu'elle ne désire pas. Quelle qu'en soit la forme — de la drague lourde des baratineurs de plage à la cour raffinée des libertins se croyant au XVIIIe siècle —, la séduction masculine "à la française" repose par convention sur une asymétrie visible : l'homme fait les avances, car c'est à lui de s'exposer en faisant le premier pas. Au contraire, l'éducation ou la contrainte sociale imposent aux filles et aux femmes des attitudes présentées comme typiquement féminines, pudeur ou réserve, tandis que la famille doit veiller sur leur réputation, voire sur leur virginité. Comme me le disait une voisine, mère de fils avec lesquels jouaient mes filles : "Plus tard, vous ferez mieux de rentrer vos poules, quand je lâcherai mes coqs !" Tout au plus une femme "bien" peut-elle manifester discrètement sa disponibilité. Même si elle en meurt d'envie, elle se doit de résister à l'homme, de commencer par refuser ses propositions ; après une cour dont la durée dépend de la valeur qu'elle veut se donner, elle peut enfin paraître céder avec une réticence suffisante au désir masculin. Une femme qui accepterait avec empressement se déconsidérerait, comme le prouve le raisonnement machiste : "Une femme bien qui dit “non'', ça veut dire “peut-être'' ; si elle dit “peut-être'', ça veut dire “oui'' ; et si elle dit “oui'', ce n'est pas une femme bien." Déduction du dragueur : "Elle dit “non'', mais ça veut dire “oui''".
Une femme osant en public exprimer son désir à un homme est qualifiée d'"allumeuse", "provocante", ou "chaudasse", tous mots inusités au masculin. À tous âges et dans tous les milieux, la voilà classée — "une pute !" — et rejetée du groupe. Alors que celui qui "ne pense qu'à “ça''" et "baise tous azimuts" est salué comme un "chaud lapin" ou un "don Juan", son équivalent féminin est une "grosse nympho" qu'"a le feu au cul" et "y a qu'le train qui lui est pas passé d'ssus".
LA DOUBLE NORME SEXUELLE EST TOUJOURS EN VIGUEUR
Autrement dit, le machisme se caractérise par la signification asymétrique donnée au désir sexuel : c'est le concept féministe de la double norme sexuelle — ainsi dénommé au XIXe siècle. Exprimer clairement son désir dévalorise une femme et valorise un homme : telle est la règle, que quelques audacieuses transgressent à leurs dépens. L'homme est renforcé dans sa virilité symbolique s'il se conforme au modèle traditionnel du "mâle à besoins impérieux". Au contraire, comme en témoignent les qualificatifs injurieux de "femelle", "salope" ou "chienne en chaleur", une expression trop directe, trop visible du désir place la féminité sous le signe de l'excès, de l'animalité et de la saleté. Le machisme, qui assimile les hommes à leur érection — "je bande, donc je suis" —, fait peser un tabou sur la manifestation du désir féminin : "mouiller" n'a rien d'aussi prestigieux. Pour les machos, la sexualité effective — désir, actes et plaisir — salit les femmes, et les fait déchoir du seul statut respectable, celui de vierge-mère asexuée — "toutes des salopes, sauf ma mère !" Aux femmes "bien" ne s'offre donc qu'une alternative : refuser ou céder.
Baratineur insistant ou don Juan esthète, le séducteur ne tient compte ni du désir de la femme, ni même de son non-désir exprimé : pour pousser son avantage — "femme qui écoute est à demi conquise", affirme le dicton —, une absence de résistance lui suffit, ou un consentement arraché. Avec ses manœuvres stratégiques et ses ruses tactiques, cette séduction masculine "à la française" s'apparente à une guerre dont l'issue incertaine fait tout l'intérêt. En cela elle diffère du viol avec violence, car elle relève plutôt de l'emprise, la pression psychologique exercée, voire le chantage ("Si tu m'aimes…"), évitant la brutalité physique. Pour aboutir à la pénétration qu'il est le seul à désirer, le violeur se dispense de mettre des formes : il use de sa force ou abuse de son autorité, ce qui fait de lui un criminel. Criminel ! Un gros mot ? C'est pourtant le seul qui soit juste, même s'il reste difficile à admettre par ceux qui persistent, avec le "beauf" de Coluche, à dire "Le viol, c'est quand on veut pas, et moi, j'voulais !" ! De leur racine latine — séduire, c'est détourner du droit chemin — séduction et séducteur gardent une nuance péjorative, atténuée dans l'adjectif "séduisant". On peut leur préférer le verbe "plaire" dont le sens est positif quel que soit le sexe du sujet. Chercher à plaire, ou à se plaire l'un à l'autre, désigne un ensemble d'actions visant au même but que la séduction — un acte sexuel, une rencontre au plus intime. Toutefois, la différence, essentielle, vient de ce que chaque personne prend le temps d'attendre le désir de l'autre. Plaire et séduire peuvent aussi se combiner au début mais, alors que plaire suppose réciprocité, souci de l'autre et recherche d'un double plaisir, séduire est toujours asymétrique.
Certes, séduire, "ce divertissement féminin par excellence" (Marguerite Yourcenar, Quoi, l'éternité ?) n'est pas le propre de l'homme, mais quand une femme cherche à attirer un homme, il s'agit de coquetterie plutôt que de contrainte, de regards plutôt que d'actes, d'invites verbales plutôt que de "main aux fesses" : rien de comparable au "troussage de domestique" ni au "droit de cuissage", et ni "dragueur" ni "don Juan" n'ont de féminin. Pourtant, il existe bien des séductrices, et c'est même un type féminin marquant de la littérature et du cinéma ; encore faut-il se souvenir que l'immense majorité de ces œuvres sont des productions d'hommes. La vamp ou la "femme fatale" hantent l'imaginaire masculin, suscitant à la fois fascination et répulsion. En Occident, "la" femme est vue comme fatale à l'homme depuis Ève la tentatrice, ou même Lilith, démon femelle que le mythe juif du Moyen Âge présente comme la première épouse d'Adam ; leur lignée ininterrompue resurgit de nos jours sous la forme de Cruella et autres "dominatrices" qui confortent le masochisme masculin. Si Hollywood représente de préférence des hommes en victimes photogéniques de "sorcière", tel Michael Douglas dans Liaison fatale, reprise du thème de La Femme et le Pantin ou de L'Ange bleu, dans la réalité le rapport de forces entre hommes et femmes est à l'inverse. Avant la contraception moderne, combien de femmes "séduites et abandonnées", combien de domestiques engrossées et jetées à la rue, combien de "filles-mères" traitées en coupables, tandis que le séducteur-géniteur n'était jamais inquiété ! Les hommes, écrit Madame de Staël dans Delphine, "veulent, en séduisant les femmes, conserver le droit de les en punir". Un demi-siècle de pilule n'a pas suffi à modifier en profondeur les mentalités, comme le prouvent les pratiques de harcèlement sexuel masculin au travail, dont on commence seulement à percevoir l'ampleur, ou les réactions de solidarité machiste à l'affaire Strauss-Kahn. Alors que l'opprobre social pèse toujours sur la "salope" qui fait perdre la tête à un mari, ou qui croque les hommes et les rejette "comme un kleenex", le dragueur fier de son "tableau de chasse", le consommateur méthodique ou le dirigeant incapable de maîtriser ses pulsions ne sont pas si mal vus. Quelques-uns bénéficient même du soutien public indéfectible d'une épouse aussi dévouée qu'Anne Sinclair ou Hillary Clinton. On peine à imaginer le cas inverse – l'abnégation d'un mari solidaire d'une présidente portée sur la chair fraîche.
Autre asymétrie : selon la curieuse moyenne établie par les enquêtes sur la sexualité, les hommes auraient eu au cours de leur vie 11 partenaires, et les femmes 3, différence que le recours de certains hommes à la prostitution ne suffit pas à expliquer ; la source en est plutôt dans la sur-évaluation masculine et la sous-évaluation féminine : sur chaque sexe pèsent des attentes opposées, ce qui amène chacun d'eux à déformer la réalité en sens contraire.
Quant à l'intimité d'un couple établi, d'après les mêmes enquêtes, dans la majorité des cas c'est l'homme qui prend l'initiative du rapport sexuel — c'est du moins ce qui ressort des déclarations, dont on peut de même suspecter le conformisme, c'est-à-dire le respect des normes en matière d'activité sexuelle.
C'est seulement dans le monde abstrait des formules que deux personnes, A et B, — leur sexe étant indifférent — sont mues par des désirs d'intensité égale, et les expriment, soit simultanément, soit alternativement. Dans la "vraie vie", l'une des deux a toujours plus envie que l'autre, ou alors, si les deux ressentent du désir, ce n'est pas au même moment — ce décalage dans l'intensité ou le temps entraînant difficultés et incompréhension.
Notre monde est inégalitaire, et le sexe qui domine dans tous les domaines — politique, économique, social ou religieux — impose aussi les modes et les rythmes de la relation sexuelle : c'est le désir masculin qui fait la loi, à toutes les étapes — approche, attaque, déroulement et conclusion.
LA VÉRITABLE LIBÉRATION SEXUELLE EST À VENIR
La libération sexuelle annoncée dès mai 68 a d'abord permis aux hommes d'affirmer leurs désirs, à charge pour les femmes de les satisfaire. En effet, une femme, à plus forte raison une camarade, osant refuser l'"hommage" d'une telle proposition était stigmatisée par la critique suprême : "T'es pas libérée !" (variantes : "T'es coincée !" ou "frigide"). Comme si "libération des femmes" signifiait mise à disposition sexuelle au profit de tous les hommes de l'entourage… De grandes intellectuelles mirent en forme une opposition politique à ce machisme de gauche. C'est à des féministes des années 70 qu'on doit le début de la révolution conceptuelle si bien exprimée dans le titre donné par la sociologue Nicole-Claude Mathieu à son article : "Quand céder n'est pas consentir" (1978).
Ensuite, la philosophe Geneviève Fraisse et d'autres penseuses approfondirent la notion de consentement. Traduction sur des banderoles lors de manifestations contre le viol : "Quand une femme dit “non'', c'est non", ou "Viol de nuit, terre des hommes" (Paris, 19 septembre 1985). Depuis lors, les mentalités évoluent, certes très lentement, vers une perception de la rencontre sexuelle comme celle de deux désirs, dans la liberté et l'égalité. Plaire par ses propres mérites, susciter l'acquiescement de l'autre, au lieu d'imposer sa volonté par la contrainte, c'est découvrir que les baisers échangés ont meilleur goût, pour les deux, que les baisers volés. Loin des grands machos de ce monde et de leur argent qui prétend acheter les consciences, voilà que quelques hirondelles annoncent le printemps d'une authentique libération sexuelle : des femmes se libèrent de leurs inhibitions et apprennent à exprimer leurs désirs sans craindre le jugement d'autrui, des hommes n'ont pas peur de se sentir considérés comme des objets de désir, et certains privilégiés y trouvent même du plaisir. Loin du tapage des médias et des rodomontades de vieux mâles s'accrochant à leur privilèges, de plus en plus de couples féministes montrent, discrètement, comment lier désir et respect de l'autre, plaisir et égalité.
Après l'insouciance de la "douce France" chantée par Trenet, et ses "baisers volés" chers à Truffaut, Dominique Strauss-Kahn a pu incarner la France dans son arrogance dominatrice, mais la prétendue séduction "à la française" apparaît désormais, le roi étant nu, pour ce qu'elle est : de la violence sexuelle.
Tuesday, September 06, 2011
DSK
Affaire DSK - Quand une femme est agressée, le doute n’est pas permis
AUTOPSIE D’UNE DÉCISION JUDICIAIRE
31 août 2011
par Annie Ferrand
Nausée. Colère d’opprimée flouée et foulée aux pieds. Voilà ce qui me vient en ce jour où la réalité revient dans les rails du prévisible : un dossier accablant dans une affaire de viol – État de NY c/ DSK - s’évapore par la magie d’un procès d’intention. (1) La notion de crédibilité de la victime a prévalu sur le crédit que la justice accorde à ses propres experts. En effet, le rapport médico-légal concernant Mme Diallo a révélé la présence de sperme de l’accusé et des lésions assez caractéristiques pour qu’il conclut : "Diagnostic : agression.". Le 22 août 2011, la justice s’est prononcée sur la cause de l’abandon des poursuites : les éléments rassemblés ne permettraient pas d’accréditer la version de la plaignante au delà d’un « doute raisonnable ». Car la poursuite aurait dû prouver hors de « tout doute raisonnable » qu’un crime a été commis et que c’est l’accusé qui l’a commis. Ma question est : pourquoi la présence d’ADN de l’accusé et des traces qui, selon les médecins, sont l’indice d’une agression, ne prouvent–ils pas « au-delà du doute raisonnable » que l’accusé a agressé la victime ?
1- Un soupçon raisonnable…
2-
Le procureur a des visées électoralistes en abandonnant les poursuites. Cependant, il a trouvé une raison très crédible. Sa seule certitude est qu’il y a eu « acte sexuel » , mais quant à savoir si Mme Diallo a été forcée, aucune certitude ne serait possible. Le seul élément qu’il retient comme « preuve » indubitable est la présence de sperme. Exit les traces de violence. Pourquoi ignorer des éléments tangibles ? Pourquoi une vision partiale devient crédible ? Car elle entérine la version sexiste que médias et avocats de DSK martèlent depuis le début : il y a eu relation sexuelle. Or cela signifie simplement que l’affaire est jugée d’avance. Car les notions de relation sexuelle et de viol s’opposent : l’une est une relation normale, l’autre est une agression qui a pour arme le pénis. La thèse de la relation sexuelle n’est corroborée qu’en l’absence de preuve d’agression. À l’instar des militantes de New York , j’insiste : les traces de violence ne signifient donc rien ?
Non. Les avocats de DSK l’affirment comme une évidence : les lésions constatées « peuvent avoir été provoquées par un rapport sexuel consenti ». Ah bon ? des ecchymoses au sexe ? Une partie de « plaisir » bien douloureuse pour madame ! Mensonge insultant. Selon le procureur : « Les preuves physiques, scientifiques et d’autres natures indiquent que l’accusé a engagé un acte sexuel précipité avec la plaignante… ». Précipité ? Comme « il s’est précipité sur moi pour m’agresser » ou comme « il était pressé… un avion à prendre » ? Jeu de mot insultant. Pourquoi un tel mépris ? Car les lésions constatées n’ont pu corroborer « au delà du doute raisonnable » la thèse de l’agression. Le lien d’évidence entre violence et préjudice a été rompu. Par quoi ? Par l’idée que la plaignante ait pu consentir à la violence. Car, rappelons-le, le préjudice est un dommage, en tant que tel indésirable pour la victime. Si la plaignante a consenti à la violence, la violence n’est plus un préjudice. Voilà une idée bien sexiste qui établit un double standard en matière d’agression : la violence ne porte pas en soi préjudice aux femmes car elles peuvent en jouir. Ce qui porte préjudice est que la plaignante n’ait pas consenti à ce qui s’est passé, quelle qu’en soit la violence.
Ainsi, la plaignante a pu consentir à la violence… peut-être est-elle masochiste. Cette possibilité a été capable de mettre en doute l’évidence d’une agression ayant laissé des traces. Ce raisonnement a même tenu contre toute probabilité. Une femme proposerait des actes sadomasochistes à un inconnu sur son lieu de travail ? alors que 90% des adeptes du SM (2) sont des hommes et qu’aucune femme ne se risquerait d’elle-même à un scénario brutal avec un inconnu ? Invraisemblable. Pourquoi ce doute de masochisme est-il jugé si « raisonnable » ? Il est parvenu à neutraliser des preuves accablantes d’agression alors qu’il ne correspond ni à une réalité statistique ni à un raisonnement logique. En effet, comment une probabilité de 0.0…01% (l’employée masochiste qui tombe sur un client sadique) peut-elle mettre en doute une thèse à 100% corroborée (agression) ? Ce soupçon relève d’une sociologie folle où règne la probabilité infinitésimale. D’où vient alors sa « crédibilité » ? De son « réalisme ».
En effet, le soupçon de masochisme féminin est instillé par toute une culture sexiste. Cette chimère résonne à divers niveaux de fabrication de la vision dominante du réel : des sciences de la sexualité (3) à l’art (Dworkin, 1974), en passant par la pornographie. La crédibilité de ce soupçon est désormais imposée par la propagande d’un empire multimilliardaire : l’industrie proxénète et ses secteurs promotionnels - pornographie, publicité, magazines, clip musicaux (Dines, 2005 ; Poulin, 2007). Il est donc aussi « raisonnable » que la réalité, en tant que l’idéologie construit la perception de la réalité. Les industriels du sexisme imposent une fiction « réaliste » faite de chimères : « la soubrette qui aguiche », la ‘racisée’ (4) « qui a le sang chaud », la « masochiste qui jouit d’être contrainte et brutalisée », la « vendue qui ferait tout pour de l’argent ». Dans notre culture pornographiée (Poulin, 2009), la « soubrette masochiste prostituée » existe, telle une probabilité « réaliste » créée par un faisceau de messages réels (scénario de films, publicités sexistes), causés par l’expansion du proxénétisme. Les industriels créent ainsi le soupçon « réaliste » que toute femme est masochiste. Aucune de ses souffrances (servilité, exil, etc.) ne résiste au stigmate. Surtout si plane le soupçon qu’elle est une vendue, la simulatrice absolue. Lever ce doute revient alors à « nier la réalité » (porno-proxénète) basée sur la probabilité (virtuellement énorme) que « des femmes comme ça existent ». Or nier la réalité n’est pas raisonnable.
3- … dans un raisonnement douteux…
Il est navrant de constater la similitude entre la « raison » sceptique de cette justice et les raisonnements spontanés des individus qui ont « leur » opinion sur l’affaire. En effet, les réactions des proches de DSK ou de passant-e-s interviwé-e-s par les médias trahissent un même esprit soupçonneux. Apparaît alors
a) « Ça se peut » que ce soit une femme prostituée, qu’elle soit masochiste, « ça se peut » qu’une femme de ménage piège un client. Si « ça se peut », même à 0,01%, on ne peut pas être sûr à 100% qu’elle dise vrai. Toutes choses égales par ailleurs et toute proportion gardée, il est donc impossible de lever « raisonnablement » ce doute !
b) « Ça se peut pas » qu’un « séducteur » viole les femmes car il les aime, « ça se peut pas » qu’un violeur aille tranquillement dîner après avoir violé, qu’il mette sa carrière en danger pour une femme de ménage. Si « ça se peut pas », alors il existe un soupçon irréductible de mensonge. Le doute qu’elle ait menti est donc très raisonnable.
Conclusion : les plus « objectifs » affirmeront que l’on ne peut pas juger - à classer sans suite. Ceux dont le raisonnement est le plus formaté diront qu’il est raisonnable de penser qu’elle a menti - à poursuivre pour dénonciation calomnieuse. Le jury populaire a parlé, par l’entremise de la propagande médiatico-porno-publicitaire.
En fait, tous ces raisonnements trahissent l’emprise qu’a l’idéologie (5) sur les gens et leur perception de la réalité. Car la réalité est toute autre. Les spéculations à base de « ça se peut » sont des mythes de propagande. Les certitudes à base de « ça se peut pas » découlent du négationnisme dominant. Rétablissons quelques vérités.
OUI, les « séducteurs » violent les femmes… car ils sont sexistes : ils ont une haute opinion de « l’Homme », ils ont un besoin compulsif de mettre les femmes à « leur place » de « femme », ils célèbrent la « conquête », c’est-à-dire l’assaut qui mène à la reddition.
OUI, un violeur peut reprendre le cours normal de sa vie juste après les faits … car pour lui c’est un « rapport sexuel ». Le conjoint qui insiste jusqu’à ce que sa femme cède : il a violé. Ça l’empêche de dormir après ? Celui qui invite une copine sous un faux prétexte et, multipliant mensonges et dénis, provoque sa confusion et son consentement sous emprise : il a violé. Ça l’empêche de se vanter après ?
OUI, un violeur peut agir en un éclair… car il a bien souvent une expérience de délinquant ou criminel en série. La réputation de « séducteur » en est un signe. Elle trahit des habitudes de harcèlement connues de tous, donc une impunité, source de montée en puissance des agressions. Il est d’autant plus déterminé, sans mauvaise conscience, qu’il est protégé : le cumul des privilèges (sexistes, racistes, capitalistes, filiaux) est donc un facteur déterminant du viol. Son opportunisme se base sur une évaluation rapide de la vulnérabilité sociale de la victime. Les stigmates visibles de subordination sont donc déterminants. En effet, le viol, en tant que crime politique, sanctionne le « délit de faciès » d’être femme, d’autant plus si elle est enfant, et/ou corvéable, et/ou ‘racisée’.
OUI, un homme peut violer une femme prostituée … car c’est l’objet même du contrat prostitutionnel ! Le statut de femme prostituée découle de et entraîne une perte radicale des droits fondamentaux. C’est pourquoi le viol (rapport non désiré), voire le sadisme et la torture (dits « SM ») subis par elle sont légaux (Dworkin, 2007). Les accusés agitent donc, dès qu’ils le peuvent, le soupçon de prostitution pour banaliser voir blanchir leur délits et crimes.
La banalité du viol est une réalité que toutes les femmes connaissent et que les militantes reconnaissent comme « la réalité objective ». Mais l’idéologie dit « impossibles » les exactions quotidiennes du pouvoir et dit « possibles » des contre-vérités exactement opposées. Elle diffuse une pensée commune incohérente pour cacher que l’oppression est un système cohérent, étendu et organisé. L’analyse globale des systèmes de pouvoir est minée par une objection jugée rationnelle : « y’en-a-des-qui ». Face à la réalité de l’exploitation domestique (Delphy, 1998), les sceptiques rétorquent « y’en-a-qui vivent aux crochets de leur mari ». Violence masculine à domicile, en entreprise ? « Y’en-a-qui sont violentes envers les hommes ». Face aux enquêtes, à une cohérence rendue à la réalité, ils ne sont saisis d’aucun doute. La probabilité statistique s’obstine : « y’en-a-qui ». D’où vient leur certitude ? Où sont réellement ces femmes ? Deux réponses : « tout le monde le sait » et un exemple personnel, presque toujours sexiste. Apparaît alors le socle de la « rationalité » probabiliste : un consensus jamais questionné et une fausse perception de la réalité.
3-… cela crée un doute rédhibitoire.
Dans ce contexte de suspicion organisée, face à cette « raison » probabiliste, que pèse la parole d’une femme ? Rien. Doublement rien. D’abord, elle est subalterne, c’est pourquoi tant de soupçons (masochiste, prostituée ) pèsent sur sa « caste » (Delphy, 2005). Ensuite, pour témoigner, elle ne peut s’abstraire de ce corps de femme où les porno-publicitaires projettent leurs soupçons. Or, dans les affaires de violences sexistes à caractère « sexuel », le faisceau de soupçons sur la « sexualité » (de l’agresseur et de la victime) l’emporte. La plaignante n’est donc pas crédible au plan structurel. La parole de Mme Diallo, elle, ne vaut quadruplement rien. Pour faire entendre sa voix par une institution du pouvoir – la justice – elle a dû affronter l’obstacle de classe. Prolétaire, elle ne peut jeter des fortunes à des avocats pour qu’ils sapent la partie adverse. Simple témoin, elle reste à la merci des intérêts d’un procureur à aller jusqu’au procès (en France le système est tout autre et abandonne les victimes dès le début).
De plus, plane sur elle une « réputation » de prolétaire, un soupçon de vénalité et de perfidie. Aujourd’hui, les porno-proxénètes le mêlent au stigmate de masochisme féminin. En effet, ils recyclent toutes les hiérarchies pour exciter les hommes à la violence sexiste. Les rôles de la « soubrette » et « l’infirmière » décuplent la brutalité, censée la « remettre à sa place » de sexe et de classe. Dans ces scénarios, la femme « se donne des airs professionnels » mais est là pour autre chose : se faire brutaliser. Ils créent ainsi le mythe de la double masochiste et double manipulatrice : vraie femme (perfide et masochiste) et fausse professionnelle. Ils font peser sur les femmes cantonnées dans les métiers « féminins » un danger considérable. Pour témoigner, Mme Diallo ne peut pas non plus s’abstraire de ce corps de femme noire où les porno-publicitaires projettent leurs messages racistes. En effet, la hiérarchie raciste est un élément clé du discours de haine qu’est la pornographie (Dworkin, 1986). Andrea Dworkin décrit les brutalités inouïes que déchaînent les pornographes contre les actrices ‘racisées’, surtout noires et asiatiques. Leur message : double masochiste, la « femme chaude du Sud » ou « docile d’Asie ». Noire, Mme Diallo incarne aussi ce Sud que le pouvoir du Nord diabolise. Tout ce que l’idéologie en dit est qu’il produit de la misère et des guerres incompréhensibles, qui débarquent sur les côtes paisibles du Nord de potentiel-le-s envahisseurs-euses.
Opprimée, Mme Diallo représente toute cette masse d’individus interchangeables, dépouillés de toute singularité (Guillaumin, 1978). En tant que Noire et immigrée (6), elle incarne donc le spectre d’une migration qui déstabilise le système : sa sécurité, son économie sociale, son « identité nationale », voire sa stabilité démographique et raciale (aux ÉTATS-UNIS). Le soupçon plane alors : mensonge et fraude. Il est dès lors facile de la renvoyer à un stigmate : la « clandestine » (ou « illegal » aux États-Unis). Cet adjectif apparenté au domaine de la criminalité s’est transmuté en nom pour désigner exclusivement celles-ceux qui, par leur « délit » (absence de papiers de séjour) tracent de nouvelles frontières morales et politiques. Une large panoplie de dispositifs d’enfermement sont essayés sur cette population (cf Marie Claire Caloz Tschopp), qui refont vivre le mot et la réalité des « camps » et créent, là encore, des « humains superflus » (Hannah Arendt, 1951) (7). Femme, Noire, Prolétaire, Immigrée. Elle incarne quatre fois un spectre, la menace des « parasites-dont-On-ne-sait-pas-ce-qu’elles-nous-veulent ». En portant plainte, elle dément quatre fois la « raison » dominante qui répète, ahurie : « Comment ose-t-elle ? elle n’était « pas censée survivre » (Audre Lorde, 1995) ! Et pourtant, elle est là, elle dénonce. Que peuvent faire les agents d’un pouvoir qui jette sur son spectre des soupçons accablants ? Ils ne peuvent que douter « raisonnablement » d’elle.
Le « doute raisonnable » qui annule des preuves accablantes d’agression vient de loin. Que la victime puisse consentir à la violence, être prostituée, manipulatrice, menteuse et fraudeuse vient d’un faisceau de présomptions idéologiques. Ces présomptions sont « crédibles » au delà de toute raison car elles sont portées par un système : la politique sexuelle du complexe proxo-industriel, les politiques de migration, le néocolonialisme et la prolétarisation des masses, en particulier des femmes. En fait, le « doute raisonnable » qui accable les victimes de crimes politiques (violence sexiste, patronale ou parentale, persécution nationaliste) n’est que soupçon idéologique. Il est donc bien plus crédible que la parole d’un-e subalterne. De plus, la spéculation probabiliste est logique et le soupçon (masochisme, prostitution, perfidie) est « réaliste » car idéologique. Alors, se forge une intime conviction sous forme d’un doute, crédible comme la réalité. Son évidence se passe de toute démonstration. Il ne peut donc être raisonnablement levé. Certes, il n’est raisonnable qu’au prix d’un silence politique – la réalité, vraie et non vraisemblable, le démentirait sans appel. Mais il a quand même un poids de Raison et d’Objectivité. Des décideurs (police, jury, juge) peuvent donc l’opposer tacitement aux preuves les plus formelles, dans l’aveuglement le plus général.
Un viol, condamné seulement si nul doute ne plane, est dès lors facilement blanchi.
4- Les faits et l’accusé sont des détails quand la plaignante est suspecte.
5-
On l’a vu, toute preuve matérielle, aussi irréfutable puisse-t-elle nous paraître (un constat d’agression), peut se volatiliser sous l’effet du soupçon de masochisme. Dès que le lien entre violence et préjudice est rompu, les spéculations de « bon sens » peuvent aller bon train sur les raisons du « consentement » de la victime et ses motivations à se plaindre. La plaignante devient donc suspecte. Il s’agira alors d’évaluer si la plaignante est une « victime vraisemblable ». Alors, les soupçons se multiplient : Elle a menti sur une chose ? alors elle ment sur tout (car elle est « clandestine »). Elle parle d’argent ? alors elle est là pour dépouiller l’accusé (car elle est prostituée). De soupçon en soupçon, l’espoir de justice s’éloigne. Le cachet « bonne victime » en matière de violences politiques est illusoire, car la victime incarne un spectre venu du monde irrationnel des doutes et soupçons idéologiques.
Par exemple, le procureur (22 août 2011), accuse Mme Diallo de :
changer de version sur la chronologie des événements et son comportement après les faits ;
faire un récit « précis et poignant » d’un viol collectif survenu en Guinée, mais qui serait faux. Ce mensonge serait très significatif car il démontre sa « capacité à raconter une fiction avec une conviction totale […]elle pleurait, parlait avec hésitation, et semblait désespérée ».
Ces mises en doute révèlent un aveuglement obstiné en matière de viol : ignorer les effets psychiques du viol et les mécanismes de pouvoir qui mènent au viol et l’occultent. Le viol est un crime. Il provoque donc des dommages considérables. En particulier, une mémoire traumatique qui explique les incohérences du récit (désorientation spatio-temporelle, amnésie péri-traumatique, etc.) et les troubles corporels (par exemple, une discordance entre douleur et cause corporelle, toujours susceptible d’enflammer les délires idéologiques). En outre, le viol est l’effet et l’instrument d’un rapport de pouvoir. Sa dénonciation est donc incroyablement difficile pour les victimes. Les femmes ayant porté de fausses acusations de viol sont très rares. Et parmi elles, la grande majorité – souvent des enfants et des adolescentes – n’ont pas menti sur les faits mais sur l’auteur. Pourquoi ? Parce qu’au moment de la plainte, le violeur était trop menaçant : encore à la maison, muté dans un service proche, etc. Souvent aussi, l’accusé n’est pas totalement innocent : il a juste moins de pouvoir sur elle que le criminel dont il ravive le souvenir traumatique. La force du récit alors témoigne d’une vérité : la plaignante a réellement été traumatisée, peut-être par un autre au même moment ou par l’accusé avant ou dans une moindre mesure. Balayer cette vérité, accuser la victime de mentir sur tout, permet d’éviter d’enquêter sur les bords de la route éclairée, dans l’ombre où prospèrent les délinquants et criminels impunis, ceux que leur pouvoir de classe protège.
En fait, en matière de délits ou crimes politiques, la justice attend un « récit » de « victime idéale » car elle dénie le système qui les crée. Elle ne croit donc ni au cumul des « malchances » ni à la relative « normalité » de la victime. Elle soupçonne les moindres incohérences alors même que la vie des subalternes est contrôlée par d’incessantes pressions contradictoires. D’où ces questions des policiers qui dévastent les victimes : « Vous l’avez quand même suivi ? Vous n’avez rien dit ? etc. ». Une femme qui, juste avant le viol, était habillée en jupe, à quatre pattes, dans la chambre de son agresseur, n’est pas crédible en portant plainte ? Si. Pour le comprendre, il faut voir la cohérence globale des faits : « femme à quatre pattes » ou en jupe = disponibilité ? uniquement en raison de la propagande porno-publicitaire. « Femme dans la chambre d’un homme » = à prendre ? uniquement car le « rapport de sexage » (Guillaumin, 1978) organise les relations individuelles entre femmes et hommes. Que faisait-elle là ? Elle nettoyait. « Femme de ménage » = bonne à tout ? seulement car sa servilité professionnelle (care, nettoyage, service) est issue de l’économie patriarcale où les femmes sont corvéables sans limites (8). Pourquoi était-elle en jupe ? Déguisée en servante ? Car c’est son uniforme, une humiliation imposée par les codes classistes et sexistes régissant son métier.
On le voit, la plaignante a vu s’abattre sur elle une violence organisée à grande échelle, dont elle était la cible potentielle. Sa stupeur est donc indubitable. Pourquoi ne va-t-elle pas immédiatement porter plainte ? Pour part, car elle se sent coupable : les phrases assassines des policiers sont déjà dans sa tête, car elles viennent de l’idéologie. Pourquoi parle-t-elle d’argent quand on lui demande quelle justice elle espère ? Car il existe pour elle une hiérarchie des urgences et une échelle des violences. Elle est prolétaire, sa vie est menacée par la pauvreté, encore plus que par les faits : sa survie psychique après le viol dépend donc surtout de sa sécurité économique. Parce qu’elle est victime d’une violence politique, elle adopte pour part le point de vue idéologique et ressent donc fatalisme, déni et honte. De plus, elle fera tout pour éviter les stéréotypes auxquels les dominants assignent les victimes de viol (« finie, irrécupérable, aigrie »). Face au crime sexiste par excellence, s’identifier à la prolétaire flouée par un puissant lui donne plus de combativité. Car se voir comme une femme violée par un homme la voue au stigmate et au naturalisme sexiste, sans recours à une culture dissidente qui politise la sexualité.
5 - Le récit « vraisemblable » des faits contre les victimes
J’ai lu des dires d’avocats où les clichés les plus caricaturaux s’abattaient sur des femmes maltraitées : la « mauvaise mère » qui dresse son enfant contre le père, l’« âpre aux gains », la « mégère », l’« hystérique », la « mauvaise épouse » qui ne « tient pas sa maison » ou pousse son mari à la tromper. Ces clichés, étayés par des attestations d’amis du mari, ont pesé plus lourd que des mains courantes déposées par Madame, des lettres qui démontrent un harcèlement ou des relevés de compte qui prouvent l’escroquerie. Les juges alors ont prononcé les « torts partagés », voire condamné Madame à aussi rembourser les dettes. Les mères doivent négocier seules, parfois toutes les semaines, l’hébergement de leur enfant avec l’ex-conjoint violent. Parfois la femme ne peut se relever : l’insertion professionnelle, le statut quant à la nationalité, les ressources, le logement… tout ce que le conjoint a méticuleusement contrôlé et sapé devient source de déchéance sociale. Dernière punition alors : les juges aux Affaires Familiales, évaluant surtout la capacité du parent à prendre en charge l’enfant, le confient au conjoint violent ! (cf.Thiers-Vidal, 2006 ; Carole Roussopoulos, 2003).
J’ai entendu des avocats et des éducateurs parler à des femmes demandant secours (asile ou protection face au conjoint) : il faut te « préparer » à l’audience, pour ne pas commettre « d’erreur » et être « crédible ». Quelles erreurs ? S’embrouiller, ne pas être sûre, se dédire. Réclamer ou accuser : risqué. Sourire en disant l’horreur : erreur fatale. Pourtant, ô combien commune pour les opprimé-e-s qui n’ont pas la légitimité sociale d’exister. Elles-ils s’excusent encore de se plaindre. Les femmes le font sans cesse : quand on nous bouscule, nous nous excusons en souriant, quand un inconnu nous harcèle, nous le repoussons en souriant… (Guillaumin, 1992 : 88). Etre crédible ? Paraître bouleversée et sûre de ce que l’on dit est essentiel. De fait, aucun des symptômes graves des traumatismes n’est « crédible » : l’émoussement affectif causé par la dépersonnalisation, l’incrédulité causé par la déréalisation, l’approximation liée à l’évitement de penser, la confusion et le trouble de la réalité causés par les nuits blanches, les cauchemars éveillés et une sociabilité de somnambule. Or ils sont tous peu ou prou présent chez les femmes demandeuses d’asile ou échappées de la violence du conjoint et/ou brutalisées sexuellement.
En fait, il existe un gouffre entre l’esprit douteux qui juge et la conscience traumatisée de la victime. L’un soupçonne le stéréotype, l’autre s’épuise à coordonner ses fuites – hors de la réalité, hors d’elle-même, vers quelque chose d’enfin réel et enfin à soi. L’un veut voir des chimères idéologiques, l’autre se nie pour ne pas vivre en soi, dans le stéréotype où on l’a incarcérée. L’un peut tenir en équilibre sur une probabilité infinitésimale, l’autre a vu toutes les probabilités réalistes s’effondrer et la probabilité limite, réputée impossible et inévitable en même temps, se réaliser. L’un ne doute que raisonnablement. Peut-il saisir la stupeur et la panique nées du paradoxe que la réalité est impossible mais persiste à exister sous nos yeux ? Les vérités communes sont un possible prospérant hors-sol, la victime le sait car elle en a été débarquée. Comment l’esprit suspicieux pourrait-il ne pas en douter ? La violence a jeté la victime dans l’absurde et l’impossible. Or les institutions récusent ces réalités parallèles pour nier que leur système est absurde et impossible pour le plus grand nombre. Comment pourraient-elles lui rendre justice ?
Alors, il lui faut apprendre à parler sans mélanger les événements, les ordonner pour faire apparaître une logique vraisemblable et pleurer – pas trop, sinon c’est jugé théâtral. En un mot : mentir. Car une personne traumatisée a perdu, pour le moment, le fil de sa vie, le contact avec ses émotions. Une victime de violence politique ne peut restituer la logique des faits qu’en révélant une logique « invraisemblable », dite « impossible » par le pouvoir : le préjudice subi n’est pas fortuit, extrême ni individuel mais organisé, banal et pandémique.
Paraître « crédible » est alors une ultime violence institutionnelle. Les victimes doivent : s’abstraire d’elles-mêmes pour « jouer » la « victime idéale » ; nier leur expérience réelle pour faire le récit vraisemblable de leur souffrance ; réduire un faisceau de violences à un acte individuel, inexplicable par lui-même. Le cercle est vicieux. Pour être reconnues par les institutions du pouvoir, il leur faut incarner un mythe. En retour, ces institutions justifient leurs rejets par leur soupçon « raisonnable » qu’il y a mensonge. Au plan individuel, les victimes sont renvoyées vers un non-lieu, voire subissent des rétorsions (plainte pour dénonciation calomnieuse, expulsion, etc.). Au plan global, l’institution, en blanchissant des dominants, protège le système.
6- Rejeter les plaintes les plus crédibles pour toutes nous faire taire
7-
Nous avons assisté à un fiasco judiciaire en direct. Mêmes des militantes ont été sidérées. Brutalement la réalité « invraisemblable » que nous dénonçons au quotidien est apparue « réelle » à nos propres yeux, car publiquement dévoilée. Pourtant, le pouvoir impose par des tours de magie quotidiens son impunité invraisemblable et un climat de terreur ciblée. Dans l’ombre, les refus de dépôt de plainte, les abandons de poursuite, les non-lieux sont la norme en matière de violence sexiste à caractère « sexuel ». Ce fiasco déchire le silence d’une « conspiration des oreilles bouchées » (Roussopoulos, 1995). Banalement, le droit se charge de blanchir les crimes politiques : faire reposer la qualification du crime de viol sur le consentement est une de ses méthodes. Aujourd’hui, la pression néolibérale sur les pratiques judiciaires est réelle. Résultat de 40 ans d’expansion de l’industrie proxénète, le mythe du « masochisme féminin » peut désormais occulter jusqu’aux franges les plus extrêmes du sexisme (viols avec coups, sadisme : dits « SM »). Qui peut le pire peut le moins : c’est la totalité des violences sexistes que visent à blanchir les industriels. En effet, ils n’attaquent pas seulement la sexualité de toutes les femmes (MacKinnon, 2007 ; 1984). Nos conditions de travail aussi sont menacées à la base (compétence, fiche de poste, etc.), par le soupçon tenace de « vraie fausse professionnelle ». Les marchands de soupçons sont nos ennemis. Le danger est considérable, il est déjà à l’œuvre. Si même les viols avec traces de coups - les moins fréquents - peuvent rester impunis, quelle victime, potentielle ou réelle, peut être protégée ? Quelle réalité ont nos droits fondamentaux ? Quelle féministe peut espérer la « trêve des hostilités » qui, seule, permettrait un début d’égalité (Dworkin, 1983) ?
Cet article est aussi publié sur l’excellent blogue de Muriel Salmona « Stop aux violences familiales, conjugales et sexuelles » qui analyse les mécanismes et les conséquences des psychotraumatismes conséccutifs à ces violences. Visitez aussi le site « Mémoire traumatique et victimologie ».
Notes
1. Merci aussi à Olga, Christine, Florence, Sarah : votre lucidité éclaire jusqu’à l’horizon de nos luttes.
2. Chiffres avancés par une domina, Jeanne de Berg (ici). Le masochisme chez les femmes étant causé par une socialisation sexiste (menaces quotidiennes, agressions vécues), il est inacceptable d’un point de vue éthique. Pourquoi le droit ne les protège pas ? Il le fait bien des suicidaires… Je suis contre ce contrôle, dans l’absolu. Mais tant que les inégalités existent, l’autodestruction des opprimé-e-s n’est pas un libre choix. Elle entérine l’œuvre dominante de destruction et de haine de soi.
3. Selon Freud, la "sexualité féminine" est masochiste en vertu de la Nature de la Pulsion et du Fantasme (Ferrand, 2010). La sexologie prend pour modèle les "perversions". Y compris sadisme, voyeurisme, exhibitionnisme, prostitution, qui sont commises surtout par des hommes contre des femmes. C’est définir la sexualité comme une violence sexiste (Jeffreys, 1997). « Masochisme féminin » est une des entrées du Larousse de la sexualité (Mimoun, 2007 : 545).
4. « Personne opprimée et exploitée dans le cadre des rapports sociaux de « race » (Falquet, 2011). Le remarquable article de Jules me permet de dire que la pornographie est centrale dans de ce qu’elle nomme « le continuum néolibéral de la violence militaro-masculine », basé sur « l’expropriation de la sexualité des femmes » théorisée par Paola Tabet (2001).
5. Nul idéalisme ici : cet empire n’est que l’effet psychique des relations de pouvoir (Guillaumin, 1978 ; Michard, 2002).
6. Ce terme ici désigne le résultat de la migration. Mais ce processus est inachevable, car la construction des terres en nations, et leur organisation par des logiques Nords/Suds, brisent les tentatives d’identité des migrant-e-s : droits sociaux et civiques, légitimité professionnelle, reconnaissance de leur langue et de leur mémoire, etc.
7. Je remercie Olga pour ces références et réflexions, et pour sa relecture.
8. Colette Guillaumin (1992 : 91-92) analyse combien la servitude domestique détruit l’identité. Le portrait par Susan Raes (2007) de Hristina, femme de ménage bulgare, sans-papière au Pays-Bas, montre avec tact que ce travail morcelle et chosifie.
Références
DELPHY, Christine : « Qui accuse qui dans l’affaire Strauss-Kahn ? »
DELPHY, Christine : « Race, Caste et Genre en France », 2005.
DINES, Gail & JENSEN, Robert : « Pornography is a Left Issue »
. DWORKIN, Andrea, Woman Hating : A Radical Look at Sexuality (Dutton, 1974).
DWORKIN, Andrea, Pornography : men possessing women, Boston, Plume, 1991 (1981)
. DWORKIN, Andrea, Pouvoir et violence sexiste, Montréal, Sisyphe, 2007.
DWORKIN, Andrea : « I Want a Twenty-Four-Hour Truce During Which There Is No Rape », 1983.
DWORKIN, Andrea, « Pornography Is a Civil Rights Issue », Testimony before the Attorney General’s Commission on Pornography on January 22, 1986, in New York City.
FALQUET, Jules : « Penser la mondialisation dans une perspective féministe », Travail Genre et Sociétés, 2011/1 n°25, p. 81-98.
FERRAND, Annie : « L’inconscient : l’ennemi intérieur des femmes », Monde Libertaire (à paraître). FERRAND, Annie : « Rien de ce qui est sexuel ne serait criminel -1 », 2011.
FERRAND, Annie : « Rien de ce qui est sexuel ne serait criminel - 2 », à paraître.
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GUILLAUMIN, Colette, « L’idéologie raciste, genèse et langage actuel », 2002, Paris.
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Mis en ligne sur Sisyphe, le 29 août 2011
Annie Ferrand
Source - http://sisyphe.org/article.php3?id_article=3967 -
AUTOPSIE D’UNE DÉCISION JUDICIAIRE
31 août 2011
par Annie Ferrand
Nausée. Colère d’opprimée flouée et foulée aux pieds. Voilà ce qui me vient en ce jour où la réalité revient dans les rails du prévisible : un dossier accablant dans une affaire de viol – État de NY c/ DSK - s’évapore par la magie d’un procès d’intention. (1) La notion de crédibilité de la victime a prévalu sur le crédit que la justice accorde à ses propres experts. En effet, le rapport médico-légal concernant Mme Diallo a révélé la présence de sperme de l’accusé et des lésions assez caractéristiques pour qu’il conclut : "Diagnostic : agression.". Le 22 août 2011, la justice s’est prononcée sur la cause de l’abandon des poursuites : les éléments rassemblés ne permettraient pas d’accréditer la version de la plaignante au delà d’un « doute raisonnable ». Car la poursuite aurait dû prouver hors de « tout doute raisonnable » qu’un crime a été commis et que c’est l’accusé qui l’a commis. Ma question est : pourquoi la présence d’ADN de l’accusé et des traces qui, selon les médecins, sont l’indice d’une agression, ne prouvent–ils pas « au-delà du doute raisonnable » que l’accusé a agressé la victime ?
1- Un soupçon raisonnable…
2-
Le procureur a des visées électoralistes en abandonnant les poursuites. Cependant, il a trouvé une raison très crédible. Sa seule certitude est qu’il y a eu « acte sexuel » , mais quant à savoir si Mme Diallo a été forcée, aucune certitude ne serait possible. Le seul élément qu’il retient comme « preuve » indubitable est la présence de sperme. Exit les traces de violence. Pourquoi ignorer des éléments tangibles ? Pourquoi une vision partiale devient crédible ? Car elle entérine la version sexiste que médias et avocats de DSK martèlent depuis le début : il y a eu relation sexuelle. Or cela signifie simplement que l’affaire est jugée d’avance. Car les notions de relation sexuelle et de viol s’opposent : l’une est une relation normale, l’autre est une agression qui a pour arme le pénis. La thèse de la relation sexuelle n’est corroborée qu’en l’absence de preuve d’agression. À l’instar des militantes de New York , j’insiste : les traces de violence ne signifient donc rien ?
Non. Les avocats de DSK l’affirment comme une évidence : les lésions constatées « peuvent avoir été provoquées par un rapport sexuel consenti ». Ah bon ? des ecchymoses au sexe ? Une partie de « plaisir » bien douloureuse pour madame ! Mensonge insultant. Selon le procureur : « Les preuves physiques, scientifiques et d’autres natures indiquent que l’accusé a engagé un acte sexuel précipité avec la plaignante… ». Précipité ? Comme « il s’est précipité sur moi pour m’agresser » ou comme « il était pressé… un avion à prendre » ? Jeu de mot insultant. Pourquoi un tel mépris ? Car les lésions constatées n’ont pu corroborer « au delà du doute raisonnable » la thèse de l’agression. Le lien d’évidence entre violence et préjudice a été rompu. Par quoi ? Par l’idée que la plaignante ait pu consentir à la violence. Car, rappelons-le, le préjudice est un dommage, en tant que tel indésirable pour la victime. Si la plaignante a consenti à la violence, la violence n’est plus un préjudice. Voilà une idée bien sexiste qui établit un double standard en matière d’agression : la violence ne porte pas en soi préjudice aux femmes car elles peuvent en jouir. Ce qui porte préjudice est que la plaignante n’ait pas consenti à ce qui s’est passé, quelle qu’en soit la violence.
Ainsi, la plaignante a pu consentir à la violence… peut-être est-elle masochiste. Cette possibilité a été capable de mettre en doute l’évidence d’une agression ayant laissé des traces. Ce raisonnement a même tenu contre toute probabilité. Une femme proposerait des actes sadomasochistes à un inconnu sur son lieu de travail ? alors que 90% des adeptes du SM (2) sont des hommes et qu’aucune femme ne se risquerait d’elle-même à un scénario brutal avec un inconnu ? Invraisemblable. Pourquoi ce doute de masochisme est-il jugé si « raisonnable » ? Il est parvenu à neutraliser des preuves accablantes d’agression alors qu’il ne correspond ni à une réalité statistique ni à un raisonnement logique. En effet, comment une probabilité de 0.0…01% (l’employée masochiste qui tombe sur un client sadique) peut-elle mettre en doute une thèse à 100% corroborée (agression) ? Ce soupçon relève d’une sociologie folle où règne la probabilité infinitésimale. D’où vient alors sa « crédibilité » ? De son « réalisme ».
En effet, le soupçon de masochisme féminin est instillé par toute une culture sexiste. Cette chimère résonne à divers niveaux de fabrication de la vision dominante du réel : des sciences de la sexualité (3) à l’art (Dworkin, 1974), en passant par la pornographie. La crédibilité de ce soupçon est désormais imposée par la propagande d’un empire multimilliardaire : l’industrie proxénète et ses secteurs promotionnels - pornographie, publicité, magazines, clip musicaux (Dines, 2005 ; Poulin, 2007). Il est donc aussi « raisonnable » que la réalité, en tant que l’idéologie construit la perception de la réalité. Les industriels du sexisme imposent une fiction « réaliste » faite de chimères : « la soubrette qui aguiche », la ‘racisée’ (4) « qui a le sang chaud », la « masochiste qui jouit d’être contrainte et brutalisée », la « vendue qui ferait tout pour de l’argent ». Dans notre culture pornographiée (Poulin, 2009), la « soubrette masochiste prostituée » existe, telle une probabilité « réaliste » créée par un faisceau de messages réels (scénario de films, publicités sexistes), causés par l’expansion du proxénétisme. Les industriels créent ainsi le soupçon « réaliste » que toute femme est masochiste. Aucune de ses souffrances (servilité, exil, etc.) ne résiste au stigmate. Surtout si plane le soupçon qu’elle est une vendue, la simulatrice absolue. Lever ce doute revient alors à « nier la réalité » (porno-proxénète) basée sur la probabilité (virtuellement énorme) que « des femmes comme ça existent ». Or nier la réalité n’est pas raisonnable.
3- … dans un raisonnement douteux…
Il est navrant de constater la similitude entre la « raison » sceptique de cette justice et les raisonnements spontanés des individus qui ont « leur » opinion sur l’affaire. En effet, les réactions des proches de DSK ou de passant-e-s interviwé-e-s par les médias trahissent un même esprit soupçonneux. Apparaît alors
a) « Ça se peut » que ce soit une femme prostituée, qu’elle soit masochiste, « ça se peut » qu’une femme de ménage piège un client. Si « ça se peut », même à 0,01%, on ne peut pas être sûr à 100% qu’elle dise vrai. Toutes choses égales par ailleurs et toute proportion gardée, il est donc impossible de lever « raisonnablement » ce doute !
b) « Ça se peut pas » qu’un « séducteur » viole les femmes car il les aime, « ça se peut pas » qu’un violeur aille tranquillement dîner après avoir violé, qu’il mette sa carrière en danger pour une femme de ménage. Si « ça se peut pas », alors il existe un soupçon irréductible de mensonge. Le doute qu’elle ait menti est donc très raisonnable.
Conclusion : les plus « objectifs » affirmeront que l’on ne peut pas juger - à classer sans suite. Ceux dont le raisonnement est le plus formaté diront qu’il est raisonnable de penser qu’elle a menti - à poursuivre pour dénonciation calomnieuse. Le jury populaire a parlé, par l’entremise de la propagande médiatico-porno-publicitaire.
En fait, tous ces raisonnements trahissent l’emprise qu’a l’idéologie (5) sur les gens et leur perception de la réalité. Car la réalité est toute autre. Les spéculations à base de « ça se peut » sont des mythes de propagande. Les certitudes à base de « ça se peut pas » découlent du négationnisme dominant. Rétablissons quelques vérités.
OUI, les « séducteurs » violent les femmes… car ils sont sexistes : ils ont une haute opinion de « l’Homme », ils ont un besoin compulsif de mettre les femmes à « leur place » de « femme », ils célèbrent la « conquête », c’est-à-dire l’assaut qui mène à la reddition.
OUI, un violeur peut reprendre le cours normal de sa vie juste après les faits … car pour lui c’est un « rapport sexuel ». Le conjoint qui insiste jusqu’à ce que sa femme cède : il a violé. Ça l’empêche de dormir après ? Celui qui invite une copine sous un faux prétexte et, multipliant mensonges et dénis, provoque sa confusion et son consentement sous emprise : il a violé. Ça l’empêche de se vanter après ?
OUI, un violeur peut agir en un éclair… car il a bien souvent une expérience de délinquant ou criminel en série. La réputation de « séducteur » en est un signe. Elle trahit des habitudes de harcèlement connues de tous, donc une impunité, source de montée en puissance des agressions. Il est d’autant plus déterminé, sans mauvaise conscience, qu’il est protégé : le cumul des privilèges (sexistes, racistes, capitalistes, filiaux) est donc un facteur déterminant du viol. Son opportunisme se base sur une évaluation rapide de la vulnérabilité sociale de la victime. Les stigmates visibles de subordination sont donc déterminants. En effet, le viol, en tant que crime politique, sanctionne le « délit de faciès » d’être femme, d’autant plus si elle est enfant, et/ou corvéable, et/ou ‘racisée’.
OUI, un homme peut violer une femme prostituée … car c’est l’objet même du contrat prostitutionnel ! Le statut de femme prostituée découle de et entraîne une perte radicale des droits fondamentaux. C’est pourquoi le viol (rapport non désiré), voire le sadisme et la torture (dits « SM ») subis par elle sont légaux (Dworkin, 2007). Les accusés agitent donc, dès qu’ils le peuvent, le soupçon de prostitution pour banaliser voir blanchir leur délits et crimes.
La banalité du viol est une réalité que toutes les femmes connaissent et que les militantes reconnaissent comme « la réalité objective ». Mais l’idéologie dit « impossibles » les exactions quotidiennes du pouvoir et dit « possibles » des contre-vérités exactement opposées. Elle diffuse une pensée commune incohérente pour cacher que l’oppression est un système cohérent, étendu et organisé. L’analyse globale des systèmes de pouvoir est minée par une objection jugée rationnelle : « y’en-a-des-qui ». Face à la réalité de l’exploitation domestique (Delphy, 1998), les sceptiques rétorquent « y’en-a-qui vivent aux crochets de leur mari ». Violence masculine à domicile, en entreprise ? « Y’en-a-qui sont violentes envers les hommes ». Face aux enquêtes, à une cohérence rendue à la réalité, ils ne sont saisis d’aucun doute. La probabilité statistique s’obstine : « y’en-a-qui ». D’où vient leur certitude ? Où sont réellement ces femmes ? Deux réponses : « tout le monde le sait » et un exemple personnel, presque toujours sexiste. Apparaît alors le socle de la « rationalité » probabiliste : un consensus jamais questionné et une fausse perception de la réalité.
3-… cela crée un doute rédhibitoire.
Dans ce contexte de suspicion organisée, face à cette « raison » probabiliste, que pèse la parole d’une femme ? Rien. Doublement rien. D’abord, elle est subalterne, c’est pourquoi tant de soupçons (masochiste, prostituée ) pèsent sur sa « caste » (Delphy, 2005). Ensuite, pour témoigner, elle ne peut s’abstraire de ce corps de femme où les porno-publicitaires projettent leurs soupçons. Or, dans les affaires de violences sexistes à caractère « sexuel », le faisceau de soupçons sur la « sexualité » (de l’agresseur et de la victime) l’emporte. La plaignante n’est donc pas crédible au plan structurel. La parole de Mme Diallo, elle, ne vaut quadruplement rien. Pour faire entendre sa voix par une institution du pouvoir – la justice – elle a dû affronter l’obstacle de classe. Prolétaire, elle ne peut jeter des fortunes à des avocats pour qu’ils sapent la partie adverse. Simple témoin, elle reste à la merci des intérêts d’un procureur à aller jusqu’au procès (en France le système est tout autre et abandonne les victimes dès le début).
De plus, plane sur elle une « réputation » de prolétaire, un soupçon de vénalité et de perfidie. Aujourd’hui, les porno-proxénètes le mêlent au stigmate de masochisme féminin. En effet, ils recyclent toutes les hiérarchies pour exciter les hommes à la violence sexiste. Les rôles de la « soubrette » et « l’infirmière » décuplent la brutalité, censée la « remettre à sa place » de sexe et de classe. Dans ces scénarios, la femme « se donne des airs professionnels » mais est là pour autre chose : se faire brutaliser. Ils créent ainsi le mythe de la double masochiste et double manipulatrice : vraie femme (perfide et masochiste) et fausse professionnelle. Ils font peser sur les femmes cantonnées dans les métiers « féminins » un danger considérable. Pour témoigner, Mme Diallo ne peut pas non plus s’abstraire de ce corps de femme noire où les porno-publicitaires projettent leurs messages racistes. En effet, la hiérarchie raciste est un élément clé du discours de haine qu’est la pornographie (Dworkin, 1986). Andrea Dworkin décrit les brutalités inouïes que déchaînent les pornographes contre les actrices ‘racisées’, surtout noires et asiatiques. Leur message : double masochiste, la « femme chaude du Sud » ou « docile d’Asie ». Noire, Mme Diallo incarne aussi ce Sud que le pouvoir du Nord diabolise. Tout ce que l’idéologie en dit est qu’il produit de la misère et des guerres incompréhensibles, qui débarquent sur les côtes paisibles du Nord de potentiel-le-s envahisseurs-euses.
Opprimée, Mme Diallo représente toute cette masse d’individus interchangeables, dépouillés de toute singularité (Guillaumin, 1978). En tant que Noire et immigrée (6), elle incarne donc le spectre d’une migration qui déstabilise le système : sa sécurité, son économie sociale, son « identité nationale », voire sa stabilité démographique et raciale (aux ÉTATS-UNIS). Le soupçon plane alors : mensonge et fraude. Il est dès lors facile de la renvoyer à un stigmate : la « clandestine » (ou « illegal » aux États-Unis). Cet adjectif apparenté au domaine de la criminalité s’est transmuté en nom pour désigner exclusivement celles-ceux qui, par leur « délit » (absence de papiers de séjour) tracent de nouvelles frontières morales et politiques. Une large panoplie de dispositifs d’enfermement sont essayés sur cette population (cf Marie Claire Caloz Tschopp), qui refont vivre le mot et la réalité des « camps » et créent, là encore, des « humains superflus » (Hannah Arendt, 1951) (7). Femme, Noire, Prolétaire, Immigrée. Elle incarne quatre fois un spectre, la menace des « parasites-dont-On-ne-sait-pas-ce-qu’elles-nous-veulent ». En portant plainte, elle dément quatre fois la « raison » dominante qui répète, ahurie : « Comment ose-t-elle ? elle n’était « pas censée survivre » (Audre Lorde, 1995) ! Et pourtant, elle est là, elle dénonce. Que peuvent faire les agents d’un pouvoir qui jette sur son spectre des soupçons accablants ? Ils ne peuvent que douter « raisonnablement » d’elle.
Le « doute raisonnable » qui annule des preuves accablantes d’agression vient de loin. Que la victime puisse consentir à la violence, être prostituée, manipulatrice, menteuse et fraudeuse vient d’un faisceau de présomptions idéologiques. Ces présomptions sont « crédibles » au delà de toute raison car elles sont portées par un système : la politique sexuelle du complexe proxo-industriel, les politiques de migration, le néocolonialisme et la prolétarisation des masses, en particulier des femmes. En fait, le « doute raisonnable » qui accable les victimes de crimes politiques (violence sexiste, patronale ou parentale, persécution nationaliste) n’est que soupçon idéologique. Il est donc bien plus crédible que la parole d’un-e subalterne. De plus, la spéculation probabiliste est logique et le soupçon (masochisme, prostitution, perfidie) est « réaliste » car idéologique. Alors, se forge une intime conviction sous forme d’un doute, crédible comme la réalité. Son évidence se passe de toute démonstration. Il ne peut donc être raisonnablement levé. Certes, il n’est raisonnable qu’au prix d’un silence politique – la réalité, vraie et non vraisemblable, le démentirait sans appel. Mais il a quand même un poids de Raison et d’Objectivité. Des décideurs (police, jury, juge) peuvent donc l’opposer tacitement aux preuves les plus formelles, dans l’aveuglement le plus général.
Un viol, condamné seulement si nul doute ne plane, est dès lors facilement blanchi.
4- Les faits et l’accusé sont des détails quand la plaignante est suspecte.
5-
On l’a vu, toute preuve matérielle, aussi irréfutable puisse-t-elle nous paraître (un constat d’agression), peut se volatiliser sous l’effet du soupçon de masochisme. Dès que le lien entre violence et préjudice est rompu, les spéculations de « bon sens » peuvent aller bon train sur les raisons du « consentement » de la victime et ses motivations à se plaindre. La plaignante devient donc suspecte. Il s’agira alors d’évaluer si la plaignante est une « victime vraisemblable ». Alors, les soupçons se multiplient : Elle a menti sur une chose ? alors elle ment sur tout (car elle est « clandestine »). Elle parle d’argent ? alors elle est là pour dépouiller l’accusé (car elle est prostituée). De soupçon en soupçon, l’espoir de justice s’éloigne. Le cachet « bonne victime » en matière de violences politiques est illusoire, car la victime incarne un spectre venu du monde irrationnel des doutes et soupçons idéologiques.
Par exemple, le procureur (22 août 2011), accuse Mme Diallo de :
changer de version sur la chronologie des événements et son comportement après les faits ;
faire un récit « précis et poignant » d’un viol collectif survenu en Guinée, mais qui serait faux. Ce mensonge serait très significatif car il démontre sa « capacité à raconter une fiction avec une conviction totale […]elle pleurait, parlait avec hésitation, et semblait désespérée ».
Ces mises en doute révèlent un aveuglement obstiné en matière de viol : ignorer les effets psychiques du viol et les mécanismes de pouvoir qui mènent au viol et l’occultent. Le viol est un crime. Il provoque donc des dommages considérables. En particulier, une mémoire traumatique qui explique les incohérences du récit (désorientation spatio-temporelle, amnésie péri-traumatique, etc.) et les troubles corporels (par exemple, une discordance entre douleur et cause corporelle, toujours susceptible d’enflammer les délires idéologiques). En outre, le viol est l’effet et l’instrument d’un rapport de pouvoir. Sa dénonciation est donc incroyablement difficile pour les victimes. Les femmes ayant porté de fausses acusations de viol sont très rares. Et parmi elles, la grande majorité – souvent des enfants et des adolescentes – n’ont pas menti sur les faits mais sur l’auteur. Pourquoi ? Parce qu’au moment de la plainte, le violeur était trop menaçant : encore à la maison, muté dans un service proche, etc. Souvent aussi, l’accusé n’est pas totalement innocent : il a juste moins de pouvoir sur elle que le criminel dont il ravive le souvenir traumatique. La force du récit alors témoigne d’une vérité : la plaignante a réellement été traumatisée, peut-être par un autre au même moment ou par l’accusé avant ou dans une moindre mesure. Balayer cette vérité, accuser la victime de mentir sur tout, permet d’éviter d’enquêter sur les bords de la route éclairée, dans l’ombre où prospèrent les délinquants et criminels impunis, ceux que leur pouvoir de classe protège.
En fait, en matière de délits ou crimes politiques, la justice attend un « récit » de « victime idéale » car elle dénie le système qui les crée. Elle ne croit donc ni au cumul des « malchances » ni à la relative « normalité » de la victime. Elle soupçonne les moindres incohérences alors même que la vie des subalternes est contrôlée par d’incessantes pressions contradictoires. D’où ces questions des policiers qui dévastent les victimes : « Vous l’avez quand même suivi ? Vous n’avez rien dit ? etc. ». Une femme qui, juste avant le viol, était habillée en jupe, à quatre pattes, dans la chambre de son agresseur, n’est pas crédible en portant plainte ? Si. Pour le comprendre, il faut voir la cohérence globale des faits : « femme à quatre pattes » ou en jupe = disponibilité ? uniquement en raison de la propagande porno-publicitaire. « Femme dans la chambre d’un homme » = à prendre ? uniquement car le « rapport de sexage » (Guillaumin, 1978) organise les relations individuelles entre femmes et hommes. Que faisait-elle là ? Elle nettoyait. « Femme de ménage » = bonne à tout ? seulement car sa servilité professionnelle (care, nettoyage, service) est issue de l’économie patriarcale où les femmes sont corvéables sans limites (8). Pourquoi était-elle en jupe ? Déguisée en servante ? Car c’est son uniforme, une humiliation imposée par les codes classistes et sexistes régissant son métier.
On le voit, la plaignante a vu s’abattre sur elle une violence organisée à grande échelle, dont elle était la cible potentielle. Sa stupeur est donc indubitable. Pourquoi ne va-t-elle pas immédiatement porter plainte ? Pour part, car elle se sent coupable : les phrases assassines des policiers sont déjà dans sa tête, car elles viennent de l’idéologie. Pourquoi parle-t-elle d’argent quand on lui demande quelle justice elle espère ? Car il existe pour elle une hiérarchie des urgences et une échelle des violences. Elle est prolétaire, sa vie est menacée par la pauvreté, encore plus que par les faits : sa survie psychique après le viol dépend donc surtout de sa sécurité économique. Parce qu’elle est victime d’une violence politique, elle adopte pour part le point de vue idéologique et ressent donc fatalisme, déni et honte. De plus, elle fera tout pour éviter les stéréotypes auxquels les dominants assignent les victimes de viol (« finie, irrécupérable, aigrie »). Face au crime sexiste par excellence, s’identifier à la prolétaire flouée par un puissant lui donne plus de combativité. Car se voir comme une femme violée par un homme la voue au stigmate et au naturalisme sexiste, sans recours à une culture dissidente qui politise la sexualité.
5 - Le récit « vraisemblable » des faits contre les victimes
J’ai lu des dires d’avocats où les clichés les plus caricaturaux s’abattaient sur des femmes maltraitées : la « mauvaise mère » qui dresse son enfant contre le père, l’« âpre aux gains », la « mégère », l’« hystérique », la « mauvaise épouse » qui ne « tient pas sa maison » ou pousse son mari à la tromper. Ces clichés, étayés par des attestations d’amis du mari, ont pesé plus lourd que des mains courantes déposées par Madame, des lettres qui démontrent un harcèlement ou des relevés de compte qui prouvent l’escroquerie. Les juges alors ont prononcé les « torts partagés », voire condamné Madame à aussi rembourser les dettes. Les mères doivent négocier seules, parfois toutes les semaines, l’hébergement de leur enfant avec l’ex-conjoint violent. Parfois la femme ne peut se relever : l’insertion professionnelle, le statut quant à la nationalité, les ressources, le logement… tout ce que le conjoint a méticuleusement contrôlé et sapé devient source de déchéance sociale. Dernière punition alors : les juges aux Affaires Familiales, évaluant surtout la capacité du parent à prendre en charge l’enfant, le confient au conjoint violent ! (cf.Thiers-Vidal, 2006 ; Carole Roussopoulos, 2003).
J’ai entendu des avocats et des éducateurs parler à des femmes demandant secours (asile ou protection face au conjoint) : il faut te « préparer » à l’audience, pour ne pas commettre « d’erreur » et être « crédible ». Quelles erreurs ? S’embrouiller, ne pas être sûre, se dédire. Réclamer ou accuser : risqué. Sourire en disant l’horreur : erreur fatale. Pourtant, ô combien commune pour les opprimé-e-s qui n’ont pas la légitimité sociale d’exister. Elles-ils s’excusent encore de se plaindre. Les femmes le font sans cesse : quand on nous bouscule, nous nous excusons en souriant, quand un inconnu nous harcèle, nous le repoussons en souriant… (Guillaumin, 1992 : 88). Etre crédible ? Paraître bouleversée et sûre de ce que l’on dit est essentiel. De fait, aucun des symptômes graves des traumatismes n’est « crédible » : l’émoussement affectif causé par la dépersonnalisation, l’incrédulité causé par la déréalisation, l’approximation liée à l’évitement de penser, la confusion et le trouble de la réalité causés par les nuits blanches, les cauchemars éveillés et une sociabilité de somnambule. Or ils sont tous peu ou prou présent chez les femmes demandeuses d’asile ou échappées de la violence du conjoint et/ou brutalisées sexuellement.
En fait, il existe un gouffre entre l’esprit douteux qui juge et la conscience traumatisée de la victime. L’un soupçonne le stéréotype, l’autre s’épuise à coordonner ses fuites – hors de la réalité, hors d’elle-même, vers quelque chose d’enfin réel et enfin à soi. L’un veut voir des chimères idéologiques, l’autre se nie pour ne pas vivre en soi, dans le stéréotype où on l’a incarcérée. L’un peut tenir en équilibre sur une probabilité infinitésimale, l’autre a vu toutes les probabilités réalistes s’effondrer et la probabilité limite, réputée impossible et inévitable en même temps, se réaliser. L’un ne doute que raisonnablement. Peut-il saisir la stupeur et la panique nées du paradoxe que la réalité est impossible mais persiste à exister sous nos yeux ? Les vérités communes sont un possible prospérant hors-sol, la victime le sait car elle en a été débarquée. Comment l’esprit suspicieux pourrait-il ne pas en douter ? La violence a jeté la victime dans l’absurde et l’impossible. Or les institutions récusent ces réalités parallèles pour nier que leur système est absurde et impossible pour le plus grand nombre. Comment pourraient-elles lui rendre justice ?
Alors, il lui faut apprendre à parler sans mélanger les événements, les ordonner pour faire apparaître une logique vraisemblable et pleurer – pas trop, sinon c’est jugé théâtral. En un mot : mentir. Car une personne traumatisée a perdu, pour le moment, le fil de sa vie, le contact avec ses émotions. Une victime de violence politique ne peut restituer la logique des faits qu’en révélant une logique « invraisemblable », dite « impossible » par le pouvoir : le préjudice subi n’est pas fortuit, extrême ni individuel mais organisé, banal et pandémique.
Paraître « crédible » est alors une ultime violence institutionnelle. Les victimes doivent : s’abstraire d’elles-mêmes pour « jouer » la « victime idéale » ; nier leur expérience réelle pour faire le récit vraisemblable de leur souffrance ; réduire un faisceau de violences à un acte individuel, inexplicable par lui-même. Le cercle est vicieux. Pour être reconnues par les institutions du pouvoir, il leur faut incarner un mythe. En retour, ces institutions justifient leurs rejets par leur soupçon « raisonnable » qu’il y a mensonge. Au plan individuel, les victimes sont renvoyées vers un non-lieu, voire subissent des rétorsions (plainte pour dénonciation calomnieuse, expulsion, etc.). Au plan global, l’institution, en blanchissant des dominants, protège le système.
6- Rejeter les plaintes les plus crédibles pour toutes nous faire taire
7-
Nous avons assisté à un fiasco judiciaire en direct. Mêmes des militantes ont été sidérées. Brutalement la réalité « invraisemblable » que nous dénonçons au quotidien est apparue « réelle » à nos propres yeux, car publiquement dévoilée. Pourtant, le pouvoir impose par des tours de magie quotidiens son impunité invraisemblable et un climat de terreur ciblée. Dans l’ombre, les refus de dépôt de plainte, les abandons de poursuite, les non-lieux sont la norme en matière de violence sexiste à caractère « sexuel ». Ce fiasco déchire le silence d’une « conspiration des oreilles bouchées » (Roussopoulos, 1995). Banalement, le droit se charge de blanchir les crimes politiques : faire reposer la qualification du crime de viol sur le consentement est une de ses méthodes. Aujourd’hui, la pression néolibérale sur les pratiques judiciaires est réelle. Résultat de 40 ans d’expansion de l’industrie proxénète, le mythe du « masochisme féminin » peut désormais occulter jusqu’aux franges les plus extrêmes du sexisme (viols avec coups, sadisme : dits « SM »). Qui peut le pire peut le moins : c’est la totalité des violences sexistes que visent à blanchir les industriels. En effet, ils n’attaquent pas seulement la sexualité de toutes les femmes (MacKinnon, 2007 ; 1984). Nos conditions de travail aussi sont menacées à la base (compétence, fiche de poste, etc.), par le soupçon tenace de « vraie fausse professionnelle ». Les marchands de soupçons sont nos ennemis. Le danger est considérable, il est déjà à l’œuvre. Si même les viols avec traces de coups - les moins fréquents - peuvent rester impunis, quelle victime, potentielle ou réelle, peut être protégée ? Quelle réalité ont nos droits fondamentaux ? Quelle féministe peut espérer la « trêve des hostilités » qui, seule, permettrait un début d’égalité (Dworkin, 1983) ?
Cet article est aussi publié sur l’excellent blogue de Muriel Salmona « Stop aux violences familiales, conjugales et sexuelles » qui analyse les mécanismes et les conséquences des psychotraumatismes conséccutifs à ces violences. Visitez aussi le site « Mémoire traumatique et victimologie ».
Notes
1. Merci aussi à Olga, Christine, Florence, Sarah : votre lucidité éclaire jusqu’à l’horizon de nos luttes.
2. Chiffres avancés par une domina, Jeanne de Berg (ici). Le masochisme chez les femmes étant causé par une socialisation sexiste (menaces quotidiennes, agressions vécues), il est inacceptable d’un point de vue éthique. Pourquoi le droit ne les protège pas ? Il le fait bien des suicidaires… Je suis contre ce contrôle, dans l’absolu. Mais tant que les inégalités existent, l’autodestruction des opprimé-e-s n’est pas un libre choix. Elle entérine l’œuvre dominante de destruction et de haine de soi.
3. Selon Freud, la "sexualité féminine" est masochiste en vertu de la Nature de la Pulsion et du Fantasme (Ferrand, 2010). La sexologie prend pour modèle les "perversions". Y compris sadisme, voyeurisme, exhibitionnisme, prostitution, qui sont commises surtout par des hommes contre des femmes. C’est définir la sexualité comme une violence sexiste (Jeffreys, 1997). « Masochisme féminin » est une des entrées du Larousse de la sexualité (Mimoun, 2007 : 545).
4. « Personne opprimée et exploitée dans le cadre des rapports sociaux de « race » (Falquet, 2011). Le remarquable article de Jules me permet de dire que la pornographie est centrale dans de ce qu’elle nomme « le continuum néolibéral de la violence militaro-masculine », basé sur « l’expropriation de la sexualité des femmes » théorisée par Paola Tabet (2001).
5. Nul idéalisme ici : cet empire n’est que l’effet psychique des relations de pouvoir (Guillaumin, 1978 ; Michard, 2002).
6. Ce terme ici désigne le résultat de la migration. Mais ce processus est inachevable, car la construction des terres en nations, et leur organisation par des logiques Nords/Suds, brisent les tentatives d’identité des migrant-e-s : droits sociaux et civiques, légitimité professionnelle, reconnaissance de leur langue et de leur mémoire, etc.
7. Je remercie Olga pour ces références et réflexions, et pour sa relecture.
8. Colette Guillaumin (1992 : 91-92) analyse combien la servitude domestique détruit l’identité. Le portrait par Susan Raes (2007) de Hristina, femme de ménage bulgare, sans-papière au Pays-Bas, montre avec tact que ce travail morcelle et chosifie.
Références
DELPHY, Christine : « Qui accuse qui dans l’affaire Strauss-Kahn ? »
DELPHY, Christine : « Race, Caste et Genre en France », 2005.
DINES, Gail & JENSEN, Robert : « Pornography is a Left Issue »
. DWORKIN, Andrea, Woman Hating : A Radical Look at Sexuality (Dutton, 1974).
DWORKIN, Andrea, Pornography : men possessing women, Boston, Plume, 1991 (1981)
. DWORKIN, Andrea, Pouvoir et violence sexiste, Montréal, Sisyphe, 2007.
DWORKIN, Andrea : « I Want a Twenty-Four-Hour Truce During Which There Is No Rape », 1983.
DWORKIN, Andrea, « Pornography Is a Civil Rights Issue », Testimony before the Attorney General’s Commission on Pornography on January 22, 1986, in New York City.
FALQUET, Jules : « Penser la mondialisation dans une perspective féministe », Travail Genre et Sociétés, 2011/1 n°25, p. 81-98.
FERRAND, Annie : « L’inconscient : l’ennemi intérieur des femmes », Monde Libertaire (à paraître). FERRAND, Annie : « Rien de ce qui est sexuel ne serait criminel -1 », 2011.
FERRAND, Annie : « Rien de ce qui est sexuel ne serait criminel - 2 », à paraître.
GUILLAUMIN, Colette, Sexe Race et Pratique du pouvoir. L’idée de nature , Paris, 1992.
GUILLAUMIN, Colette, « L’idéologie raciste, genèse et langage actuel », 2002, Paris.
GUILLAUMIN, Colette : « Femmes et théories de la société : remarques sur les effets théoriques de la colère des Opprimées », Sociologie et sociétés, vol. 13, n° 2, 1981, p. 19-32.
JEFFREYS Sheila, The spinster and her enemies : feminism and sexuality, 1880-1930. [New ed.] North Melbourne : Spinifex Press, 1997
JEFFREYS Sheila, « L’érotisation de la violence et de la subordination, quelques éléments d’histoire », entretien avec Claudie LESSELIER, 1986.
LORDE, Audre : « A Litany for Survival », 1995, in The Black Unicorn : Poems.
McKINNON Catharine, Le féminisme Irréductible, discours sur la vie et sur la loi, Paris, Des femmes, 2005 (1987).
McKINNON, Catherine, « Pornography : Not a Moral Issue », 1984.
MICHARD, Claire, Le sexe en linguistique : Sémantique ou zoologie ? 2002, Paris : l’Harmattan, coll. Bibliothèque du féminisme.
POULIN, Richard : « 50 ans après la naissance de Playboy. La tyrannie du nouvel ordre sexuel », 2007.
POULIN Richard, Sexualisation précoce et pornographie, Paris, La Dispute , 2009.
RAES, Suzanne, « Les maisons de Hristina », documentaire, Pays-Bas, 2007
ROUSSOPOULOS, Carole : « Viol conjugal, viols à domicile », documentaire, 2003 :
« Room Sévices », les violences de sexe et de classe contre les femmes de ménages dans des hôtels de luxe en Suisse
RUSSELL, Diana, The Politics of Rape : The Victim’s Perspective, 1975
RUSSELL, Diana, Dangerous Relationships : Pornography, Misogyny and Rape, 1998, version augmentée du livre, accessible en entier ici : SALMONA, Muriel, « La Nausée », 2011
TABET, Paola, « La grande Arnaque, l’expropriation de la sexualité des femmes », Actuel Marx, 30, 2001, pp. 131-152.
The People of the State of New York against Dominique Strauss-Kahn, Supreme Court, Motion to Dismiss, 22.08.2011,.
THIERS-VIDAL, Léo : « Ça se passe près de chez vous : des filles incestueuses aux mères aliénantes », 2006.
Mis en ligne sur Sisyphe, le 29 août 2011
Annie Ferrand
Source - http://sisyphe.org/article.php3?id_article=3967 -
Thursday, August 25, 2011
مبانی " قانونی " سرکوب زنان در جمهوری اسلامی ایران
مقدمه ای برای
شناخت چهره و جایگاه زنان و مبارزات آنها
در ایران
مبانی " قانونی " سرکوب زنان
در جمهوری اسلامی
ایران
کمیته موقت برگزاری روز جهان زن - پاریس
C.I.P.C.J.I.F
Paris 1984
دفتری که در دست دارید ، ترجمه متن کامل سخنرانی
نماینده کمیته موقت برگزاری بزرگداشت روز جهانی
زن در "خانه زنان" پاریس است. این سخنرانی در
تاریخ یازدهم مارس 1984 به زبان فرانسه ایراد
شده است.
مبانی " قانونی " سرکوب زنان در جمهوری اسلامی ایران
رژیم جمهوری اسلامی ایران که از همان نخستین روز، با شمشیر آخته بر آزادی و انسان به تخت نشست، چنان مرزهای درنده خویی، وحشیگری، دشمنی با انسان و انسانیت ، تجاوز و تحقیر و استثمار را در نوردیده است که بر نمایاندن جنایاتش، همانقدر که سهل، دشوار نیز هست. بویژه در بخشهایی از جامعه، که رژیم در نقض حقوق و آزادی آنها، نه تنها به انگیزه های اجتناب ناپذیر ماهوی خود، که به خشک مغزی، حقارت، باورهای ما قبل تاریخی و پندارهای ضد تاریخی و واپسگرا نیز متکی بوده است. یکی از عمده ترین، شاخص ترین و وسیعترین بخشهای جامعه
ایران که بار ستم پیشگی رژیم جمهوری اسلامی را با تمام ویژگیهایش بدوش کشیده اند، زنان هستند.
برای شناخت ابعاد ستمی که رژیم جمهوری اسلامی ایران بر زنان روا داشته و میدارد و نمایاندن چهره و جایگاه امروز زنان در ایران، می بایست از میان انبوه فجایع رژیم، از میان انبوه قتل و شکنجه و سنگسار و توهین، محورها و ممیزه های این ستمگری را از درون ماهیت رژیم و قانونیتی که خود را برآن متکی میداند بیرون بکشیم، ارتباط آنها را با عملکردش در بخشهای دیگر بیابیم و نشان دهیم که چگونه این اقدامات احتناب ناپذیرند و در هستی رژیم ریشه دارند. نیز در حول همین محورهاست که می توانیم شیوه های دد منشانه رژیم – که همانندشان را در اعصار حکومت اجداد
همین حاکمان میتوان یافت - در نقص حقوق زنان ارائه کنیم.
این طرح مختصر می کوشد که تنها با ارائه نمونه هایی، مصادیق شیوۀ برخورد فوق را نشان دهد و مقدمه ای برارزیابی موقعیت اجتماعی، اقتصادی و فرهنگی زنان و جنبش زنان پیش و پس از قیام بهمن 57 و چشماندازهای آن
باشد.
1
نخست باید بر اوضاع زنان در سالهای آخر حکومت شاه نگاهی گذرا افکند تا روشن شود که حلقۀ مبارزات زنان در
انقلاب و قیام بهمن 57 به چه گذشته ای متصل بوده است.
رفرم های سال 1341 که برای رفع بحران اقتصادی – سیاسی رژیم صورت گرفت، زمینه های مشارکت بیشتر زنان را در فعـالیــت های اقتصادی و اجتماعی فراهم ساخت و تعداد بیشتری از زنان را جذب فعالیت های تولیدی، دوره های آموزش کوتاه و بلند مدت و بخش خدمات کرد. اما، از یکسو بنا به ماهیت این تغییرات و نیز بنیادهای اقتصادی- اجتماعی رژیم شاه، فرهنگ مصرفی دست و پای خود را به کل پهنۀ زندگی اجتماعی دراز می کرد و از سـوی دیگر ساخت سیــاسی رژیم، امتیــازات حقــوقی تــازه را که برای زنان بوجود آمده بود، تنهـــــا در پوستـۀ خــود
نگه میداشت و از تعمیق آن بشکل مشارکت واقعی، مسئول و سازمانده جلوگیری می کرد.
این خصلت باعث شد که در سالهای آخر حکومت شاه، در بن بست سیاسی – اقتصادی رژیم و بر متن بحرانی که راه حـل های انقــــلابی را طـلب میکرد، زنان نیز برای تحقق عینی و تعمیق حقوق خود، پا به پای موج انقلابی، بسوی
دگرگونیهای بنیادی گام بردارند.
زنان در اشکال نخستین اعتراضات علیه رژیم شاه، در بخش های روشنفکری، نوشتن نامه های اعتراض، اجتماعات دانشگاه، شبهای شعر و ... حضور و مشارکت فعال داشتند و وقتی مبارزات مردم، اشکالی همه گیرتر و توده ای به خود گرفت، دیگر جدا ساختن مرز زنان از مردان امکان پذیر نبود. مشارکت زنان در مؤثرترین حربۀ انقلاب علیه رژیم؛ یعنی اعتصابات سراسری صنایع و بخش خدمات، بشکل شرکت عمومی در اعتصابات و در کمیته های مخفی اعتصاب، جلوۀ دیگری از حضور فعال زنان در موج انقلابی علیه رژیم شاه بود. و نهایتا ً زمانی که در روزهای آخــر، مبارزه به قیام مسلحــانۀ روزهای 21 و 22 بهمن ارتقاء یافت. زنان تداوم حرکت خود را با حضور در سنگرها،
تحقق بخشیدند. نیز بر بستر و متن همین مبارزات بود که هسته های خود آگاه تشکل زنان نطفه بست.
2
رژیم جمهوری اسلامی که پس از سقوط رژیم شاه بر قدرت دولتی تکیه زد، از همان نخستین روز به قدرت رسیدن خود، بر روی دمکراسی شمشیر کشید و نفیر شومش را برای مبارزه با آزادی – و حتی کلمۀ آزادی – سرداد. هنوز یک هفته از عمر حاکمان جدید نگذشته بود که رژیم از زبان یکی از آیت اله ها زمزمه لغو قانون حمایت از خانواده را آغاز کرد. هنوز پژواک صدای زنان در فضای شهر خاموش نشده بود که این بار خمینی خود پا به میدان گذاشت و دست یک روز پیش از روز جهانی زن اعلام کرد که زنان باید حجاب را در ادارات رعایت کنند. این تجاوز گستاخانه خمینی اگر چه دور از انتظار نبود، اما در التهاب و شور انقلابی آن زمان، نمی توانست بی پاسخ بماند. تظاهرات زنان در8 مارس سال 1979 ( اسفند 57 ) و روزهای پس از آن، اگر چه فاقد رهبری آگاه و فاقد تشکل رهبری کننده و سازمانده بود، رژیم را مجبور به عقب نشینی کرد. اما این عقب نشینی بلافاصله جای خود را به فشارهای غیر رسمی در ادارات و تبلیغات رژیم علیه عناصر آگاه و مبارزی که در این تظاهرات شرکت داشتند، داد.
رژیم جمهوری اسلامی ایران پیش از آنکه پایه های "قانونی" خود را بوجود آوَرَد، تسویه حساب با آزادی را در دستور کار خود قرار داد. طلوع بهار 58، نخستین بهار " آزادی " در خون و آتش ِ حمله به کردستان رنگ باخت. شمشیر برهنۀ رژیم، بر روی آزادی و حقوق انسانی، بکار افتاده بود. زنان در نخستین صفوف از دم تیغ می گذشتند. دربهار 58، رسماً قانون حمایت از خانواده ( که خود نامکفی بود)، ملغا اعلام شد و جای خود را به دادگاههای مدنی داد که حق طلاق را به مراجع شرعی می سپدر. در بخش تکیه گاههای قانونی رژیم روشن خواهیم کرد که رژیم چگونه حتی دستاوردهای انقلاب مشروطیت را نیز پایمال کرد.
در بهار 58، سن ازدواج برای دختران از 18 سال به 13 سال تقلیل یافت. این از رژیمی که عقد دختران شیرخوار را نیز مجاز میداند، بعید نبود(1).
دربهار 58، حق قضاوت از زنان سلب شد. زنان دیگر نمی توانستند در رشته حقوق قضایی تحصیل کنند. و کار آموزان رشته حقوق، سرگردان دست به تحصن و اعتراض زدند(2).
دربهار 58، هنرستانهای مختلط ، آماج نیات شوم جمهوری اسلامی قرار گرفت و اعلام شد که هنرستانهای مختلط باید تعطیل شوند. خود بخود دختران هنرستانی که مدرسۀ مستقلی نداشتند، سرگردان شدند(3).
دربهار 58،رژیم برای محدود کردن مهد کودک کارخانجات و ادارات وارد عمل شد. بانک مرکزی، وزارت آب، سازمان برنامه و بودجه، کارخانجات استارلایت و مینو از آن جمله اند. این اقدامات رژیم مورد اعتراض زنان قرار گرفت (4).
دربهار 58، مراکز رفاه خانواده به تعطیل کشانده شدند و مراکز کمک به کودکان و تنظیم خانواده محدود شد. مددکاران اجتماعی که در این مراکز مشغول کار بودند به خدمات غیر تخصصی گماشته شدند. توزیع قرص های ضد حاملگی کاملا ً مخدود شد و تنها در اختیار زنان بالاتر از 40 سال قرار گرفت.
رژیم جمهوری اسلامی ایران همۀ این اقدامات را پیش از تدوین قانون اساسی اش انجام داد.
3
تدوین قانونی اساسی، همچنانکه پیش بینی میشد، از اختیار نمایندگان واقعی گروهها، اقشار و طبقات مختلف اجتماعی خارج و بدست "خبرگان" سپدره شد. ذر چنین ترکیبی بناچاار نماینده نیمی از جمعیت ایران، نمایندۀ زنان، کسی که لاأقل بواسطه زن بودنش می بایست از حقوق زنان دفاع کند، منیرۀ گرجی بود. کسی که خود، آشکارترین نماد نقض حقوق زنان بود، کسی که موجودیتش تعبیر روشن پذیرش تحقیر و توهین بود، کسی که وجودش پذیرفته بود: " زنان در حد مهجورین و نا بالغین (5) هستند. " کسی که به صراحت می گفت: " نماینده زنان در مجلس، قانونگذار نیست".(6) کسی که آشکارا اعلام کرد: " زن نمیتواند رهبر باشد".(7)
از چنین مجلس، با چنین ترکیبی، انتظار اصول ترقی خواهانه یا حتی مطابق با اصولی که پیش از آن رایج بود، ابلهانه می نمود. مجلس ِ"قانون گذار" تصویب کرد: "رئیس جمهور باید از میان مردان... انتخاب شود."(8)
قانون اساسی جمهوری اسلامی ایران، مصـوب مجلس خبرگان، چه در مقدمه، چه در بسیاری از اصول و چه در پایه ها و بنیادش، بسیاری از حقوق افراد جامعه را به شرع مقدس و اسلام واگذار کرد.(9) این مسئله حائز اهمیت بسیار است، چرا که خواهیم دید بسیاری از جنایات رژیم، در واقع از همین قانونیت ریشه و منشاء گرفته اند.
آنچه که باید حدود و شمول این قوانین را روشن کند، گاه در بنیادها و گاه در برداشتی که حاکمان کنونی از آن دارد، زن را ِکشتگاه مردان (10) میداند.
زنان را نیمه انسان بشمار می آورد، شهادت دو زن را با یک مرد، آنهم تنها در موارد محدودی برابر می داند،(11) ارث زنان را نصف مردان قرار می دهد و ... اصولا ً زن را بهنگام ارزیابی جنایتهای خطایی جزو مهجوران و نابالغان محسوب می کند.(12)
4
رژیم جمهوری اسلامی ایران در مقابله با بحران سیاسی – اقتصادی که از همان نخستین روز به قدرت رسیدنش با آن روبرو بود، و بر مبنای این قانون اساسی و آبخشورهای مسلکی آن، قوانین دیگرش را می نویسد. یعنی آنچه را که ما در این طرح، ممیزه ها و محورهای "قانونیت" رژیم نامیده ایم. بر این اساس است که:
. حق قضاوت از زنان ستانده می شود و بدین ترتیب بخشی از زنان از فعالیت اجتماعی رانده می شوند و بر خیل بیکاران می افزایند.
_ سن ازدواج از18 سال به 13 سال تقلیل می یابد؛ به موازات آن، تحصیل دختران ازدواج کرده در دبیرستانها ممنوع می شود و خود به خود بخش وسیعی از دختران از تحصیل محروم می شوند.
. قانون کار جمهوری اسلامی ایران نمی تواند خود را از اصل اجاره شوهر برای کار زن(13) مبرا دارد. از اینرو "زنان شوهردار.... برای انجام کارهایی که مزاحم حقوق زناشویی نباشد، استخدام می شوند و در صورتیکه انجام کار موجب تضییع حقوق زناشویی شوهر باشد، استخدام (آنها) منوط به اجازه و رضایت شوهر است."(14)
. رژیم " هوادار زحمتکشان ! " همه حقوق زنان کارگر و کارمند را به میل کارفرما می سپارد و شرایط مرخصی زمان بارداری، زایمان "حضانت " طفل را به قرارداد کار محول می کند.(15)
. قانون کار نیمه وقت زنان در اسفندماه 61 به تصویب مجلس می رسد.(16) هزاران بهانۀ رژیم برای اخراج زنان از کارخانه ها و ادارات کفایت نمی کند و قانون کار نیمه وقت زنان، آنان را بیش از پیش از تولید و فعالیت اجتماعی می راند. این، البته مانع از آن نیست که رژیم، زنان را به مشارکت در ادگانهای سرکوب و ارعاب (بسیج، گشت های خیابانی، سازمانهای جاسوسی و ...) تشویق وترغیب کند.
همچنین رژیم از همان آغاز کوشیده است زنانی را که بواسطه بافت مذهبی و سنتی از رژیم پشتیبانی می کنند، به اهرم تبلیغاتی موثری برای سرکوب مبارزات و خواستهای آزادیخواهانه زنان بطور اعم تبدیم کند. نباید دور از نظر داشت که رژیم علیرغم به خیابان کشاندن زنان برای مقاصد تبلیغاتی، همواره تأکید کرده است که وظیفه اصلی زن، خانهداری و ایفاء نقش منفعل اجتماعی است و بدین ترتیب مشارکت ظاهری زنان را در فعالیت اجتماعی، از مضمون مداخله مسئول و ساومانده تهی کرده است.
. قانون قصاص، ثمرۀ شوم دیگری از این قانونیت است که بدست رژیم برای جنایتهای بی حد و حصرش، مجوز" قانونی " و " شرعی " می دهد:
- اگر زنی توسط یک مرد کشته شود، مجازات قاتل، منوط به پرداخت نصف خونبهای یک " مرد " به صاحبان قصاص است.(17)
- قتل تنها با شهادت دو مرد قابل اثبات است.(18) بنابراین قتل یک زن مثلا ً در یک مدرسه دخترانه بهیچ وجه قابل اثبات نیست. ( و این در شرایطی است که تدریس مردان در مدارس دخترانه بهیج روی امکان پذیر نیست و درست به همین دلیل و به دلیل کمبود معلم زن، بخش های وسیعی از دختران، بویژه در روستاها از تحصیل محروم می شوند. نیز اجرای این قانون در شرایطی است که بنا به تصویب سازمان تربیت بدنی جمهوری اسلامی ایران، ورود خبرنگاران عکاس زن هم به محل مسابقات ورزشی دختران، البته اگر وجود داشته باشد، ممنوع است.) (19)
. در تیرماه 1359، یکی از فجــیع ترین کاشتـــه های این قانونـــــیت ثمر می دهد و چهار زن در کرمان سنگسار می شوند. آنان را به میدانگاهی می برند و درست مطابق قانون " تا نزدیکی سینه در چاله ای دفن می کنند " (20)، آنگاه حاکم شرع به پیش و پاسداران و دژخیمان بدنبال و مشتی از مردم فریب خورده بر گرداگرد آنان حلقه می زنند. سنگ هایی انتخاب می کنند که نه آنقدر بزرگ باشد ، که با اصابت یک یا دو تـــای آن شخص کشتـــــه شود(21)، و نه آنقدر کوچک ، که نام سنگ بر آن صدق نکند.(22) آنقدر بر سر و روی آن بیچاره میکوبند تا در میان هلهله های تکبیر و تسبیح قاتلان جان بسپارد. این درنده خوئی بیمارگونه، در شمار جنایات افسار گسیخته رژیم نیست و" نشان افتخارش" را دقیقا ً از قوانین مصوب جمهوری اسلامی ایران گرفته و بر سینه زده است.
. تازیانه زدن زنان، کار روزمرۀ نظام " تخته شلاق " در زندانها، خیابانها و اماکن عمومی است و نیازی به ذکر مورد ندارد. زن را به هر جرم واهی " در خالی که ...لباسهایش به بدن او بسته باشد... تازیانه می زنند".(23) تنها مجازات بی حجابی اضافه بر 45 روز زندان، 75 ضربه شلاق است.(24)
. رژیم جمهوری اسلامی ایران که با بوق و کرنای " اخلاق " به مدان آمده است، رژیمی که برای مبارزه با فحشا، با بیل و کلنگ و بولدزور به محله مخصوص فاحشه ها (شهر نو ) حمله می کند، آنجا را به آتش می کشد و خانه را بر سر آنان خراب می کند، اینک شرایطی را فراهم آورده است که فساد و فحشا در جامعه بیداد می کند.
رژیم جمهوری اسلامی ایران با به رسمیت شناختن صیغه، یا ازدواج موقت!(25)، مبانی قانونی فحشا را تحکیم کرده است. " فساد گسترده جنسی ... به سطح خیابانهای شهرهای کوچک و بزرگ کشانده شده و به مردان ذینفوذ و وابسته به رژیم فرصت داده " بهترین ها " را برای خود دستچین کنند و آنها را در بازار فحشای رسمی و مذهبی زیر نام " صیغه " از آن خود سازند. بخش فاجعه آمیز این قضیه مربوط به همسران پاسداران کشته شده است که در مراکزی که به همین منظور ایجاد شده است، بصورت دسته جمعی تمام روز را منتظر مراجعه کننده ای که داوطلب ازدواج دائم یا موقت با آن باشد می گذرانند..."(26)
بر این شرایط دردناک باید فحشای ناشی از جنگ، چه در شهرهای جنگ زده و چه در اردوگاههای آوارگان را نیز اضافه کرد. " در مناطق جنگی اگر شب دیر وقت به خیابانها برویم، زنان جوانی را می بینیم که چادر بسر، در این گوشه و آن گوشه تن فروشی می کنند."(27)
مجله خانواده از انتشارات ارتش در سال 59 از قول خبرنگارش درباره وضعیت آوارگان جنگی در نزدیکی بندر " امام خمینی " می نویسد: بسیاری از زنان و دختران با خودفروشی زندگی میکنند. سربازان و پاسداران که به مرخصی کوتاه مدت می آیند، مشتریان این تیره بختان هستند. خبرنگار در این گزارش به خود فروشی زنان شوهردار، زنان حامله، و دختران نوجوان نیز اشاره می کند.
" صیغه " البته یک ککاربرد قانونی دیگر نیز دارد که بایر آنرا از شاخص ترین " افتخارات ! " رژیم جمهوری اسلامی ایران دانست. رژیم حاکم بنا به همان " قانون "، دختران باکره را نمی تواند اعدام کند(28)؛ از اینرو پیش از اعدام، آنان را به عقد موقت پاسداران و دژخیمان در می آورد. پاسداری که دیروز، دختر مبارزی را مورد تجاوز فجیع خود قرار داده است، فردا در جوخۀ اعدام، " همسر موقت سابق! " خود را تیرباران می کند.
در شهریور ماه 62، رژیم 17 دختر زندانی را اعدام می کند و برای خانواده های هر یک 30 تومان پول و یک جعبه شیرینی می فرستد، به این عنوان که قبل از اعدام به عقد " برادران پاسدار" در آمده اند و این مهریۀ آنهاست.(29) این نیز نباید به خساب افسار گسیختگی گذاشت. این قانون جمهوری اسلامی ایران است.
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برگرد این محورها و ممیزه هاست که جنایات رژیم جمهوری اسلامی ایران می تواند ابعاد خود را در افسار گسیخته ترین شــکل ممکن، گسترش دهد. در واقــع این منطق تجــاوزکارانه ناگزیر از گسترش بیش از پیش تا مرز نقض مبانی اولیۀ خود نیز هست.
در این بخش میتوان نمونه های بسیاری از فجایع رژیم را که گاه بنا به میل و تشخیص حاکمان شرع مناطق مختلف، تغییر هم می کند ذکر کرد:
. مسئله حجاب عامترین ابزار رژیم برای سرکوب زنان و نیز شاخص ترین وسیمۀ او برا ی پــایمال ســـاختن حقوق زنان بوده است. به تعبیر دیگر، به عنوان روشی مؤثر برای سرکوب اجتماعی به رژیم امکان داده است که به بهانۀ " حفظ عفت زنان " جو ارعاب را حفظ کند.(30)
فشار رژیم بر زنان، در مورد حجاب، که نخست با اظهارات جسته و گریخته مقامات، حملۀ اوباش به زنان بی حجاب در خیابانها، اجباری شدن حجاب برای زنان کارگر و کارمند آغاز شده بود، (تحت 12 قانون " پاکسازی " مصوب رژیم، که بیش از 5 ماده آن اختصاص به وضعیت پوشش و رفتار زنان در مخیط کاردارد)، امروز دیگر حد و مرزی نمی شناسد. اطلاعیۀ رئیس اداره " مبارزه با منکرات " که در آغاز سال 61 تاکسی ها را از سوار کردن زنان بی حجاب منع میکرد (31)، امروز دیگر مضحکه ای بیش نیست، چرا که اگر زنی، در خیابان حتی بر حسب تصادف تار مویش عیان شود، به چنگال گشت های خیابانی می افتد. آنجا ورقه ای را به او می دهند که در صورت امضاء کردن، با یک درجه تخفیف آزاد می شود. روی این ورقه نوشته شده است که " قول می دهم بعد از این هرگز عمل منافی عفت نکنم و در صورتی که بار دیگر در حین عمل فحشا دستگیر شوم، به اشد مجازات محکوم خواهم شد. " (32) بر سینل زنی که بجرم بی حجابی دستگیر شود، پلاکی نصب می کنند که روی آن نوشته شده : " به جرم فحشا دستگیر شد " و برای آزادی او همسرش یا پدر یا برادرش باید اعلام کند که زن را به عنوان " فاحشه " می شناسد.(33)
زمانی که به هر دلیل گزارش بی حجابی دیده شد، نشان به محل کار برسد، از کار خود اخراج می شوند. در بهار سال 59، جهل تن از کارکنان یک بیمارستان در مسجد سلیمان به جرم بی حجابی یکجا اخراج میشوند. تابستان گذشته، زن پرستاری را که تازه از بیمارستان خارج شده بود، جلوی بیمارستان دستگیر می کنند، به خانۀ امن می برند و او را به قصد کشت می زنند، تمام موهای سرش را دسته دسته ... می کَنند و لاشه اش را به خیابان می اندازند.(34) نهایتا ً، دادستان کل جمهوری اسلامی اعلام می کند که زن بی حجاب که دستگیر شود، احتیاج به دادگاه ندارد، چون جرمش مشهود است.(35)
* آنچه در زندانها بر زنان دستگیر شده، به ویژه مبارزین سیاسی میگذرد، ابعادی به واقع وحشتناک دارد:
. زن و شوهری را که به بهانۀ واهی دستگیر شده اند ( اتهام مشروب خوری )، در کمیته از هم جدا می کنند. مرد را به 80 ضربه شلاق می سپارند و زن را در اتاقی دیگر، زن را در اتاقی دیگر مورد تجاوز قرار می دهند. زن پس از بازگشت به خانه خودکشی می کند.(36)
بسیاری از زنان که در میانشان دختران جوان و حتی خردسال نیز وجود دارند به جوخه های اعدام سپرده شده اند. از آن جمله می توان به اعدام دسته جمعی 200 دختر مجاهد(37) یا اعدام 15 تن از دختران جوان در زندان مهاباد که قبلا ً به 3 تا 10 سال محکوم شده بودند (38) اشاره کرد.
. قانون اساسی جمهوری اسلامی ایران بر " حمـــایت مــــادران، به خصوص در دوران بارداری " (39) تا ًکید می کند. قانون قصاص جمهوری اسلامی نیز تصریح دارد که زن حامله که محکوم به قصاص است نباید قبل از وضع حمل قصاص شود و پس از وضع حمل چنانچه قصاص موجب هلاکت طفل باشد باید به تأخیر افتد تا خطر مرگ از طفل بر طرف گردد. "(40) نیز، جمهوری اسلامی ایران امضاء کنندۀ یک " پیمان بین المللی " است که به موجب ماده 6 آن، اعدام افراد کمتر از 18 سال و زنان باردار ممنوع است.(41) اما اینها مانع رژیم جمهوری اسلامی برای اعدام زنان باردار نیستند. در میان زنان بارداری که بدست جنایتکاران رژیم تیرباران شده اند، می توان به " ثریا ابوالفتحی، ذاکری، مهدیان، آقاخانی " (42) اشاره کرد. نیز " قانون حمایت از مادران !" مانع از آن نیست که مادران بسیاری که در جستجوی فرزندان گم شده و یا زندانی خود، در گرما و سرما در برابر در برابر زندانها انتظار می کشند، مورد ضرب دشمن و توهین و تمسخر پاسداران و زندانبانان قرار گیرند. بارها شده است که مادری، روزها برای رساندن لقممه ای نان یا بالاپوش گرم به فرزندش در برابر زندانها انتظار کشیده است و سرانجام خبر اعدام فرزندش را به او داده اند.
زنان حامله بسیاری که امروز در زندانهای رژیم هستند و محکوم به اعدام شده اند و " قانون شامل حالشان شده است! " از یکسو به انتظارتولد فرزند خویش هستندو از سوی دیگر در انتظار مرگ و تیرباران شب و روز خود را سپری میکنند." (43) بر اینها باید افـــزود که زنان زندانی را که فرزندان خــردسالشان در زندان همراه آنهاست، به انحاء مختلف تحت فشـــار می گذارند: " بـرای اقــــــرار گـــــرفتن از مادر، از جــــیره غــــــذائی نـــــوزاد و کـــــودک شـــــیرخـــوار او کــــــم می گذارند. "(44)
شکنجه و تازیانه و تجاوز در وندانهای رژیم امری عادی است. اخیرا ًخبر رسیده است که رژیم، تاج گل تازه ای بر سر خود زده و بدنبال عملیات " افتخارآمیز " سنگسار زنان، 8 دختر را در شهر مرند نیمه شب زنده بگور کرده است. . قانون اساسی جمهوری اسلامی ایران تاکید دارد که " ایرانیان زرتشتی... در اننجام مراسم دینی خود آزادند..."(45) این البته مانع از ان نیست که در کرمان در سال 59، دختران زرتشتی توسط پاسداران ربوده شده و به عقد آنان درآیند. این ماجرا و تظاهرات خانواده های زرتشتیان برای اعتراض به آن، حتی از تلویزیون رژیم نیز پخش شده است.
. قانون اساسی جمهوری اسلامی ایران بر " ایجاد امکاکنات آموزش و پرورش و تربیت بدنی رایگان برای همه " (46) تأکید دارد. این البته مانع از آن نیست که زنان از تحصیل در رشته علوم قضادی از همان بدو حکومت رژیم، یعنی پیش از همین قانون اساسی، محروم شوند. جمهوری اسلامی ایران با اصرار بر تدریس زنان در مدارس دخترانه، در حالیکه حتی معلم مرد و زن باندازه کافی برای تدریس در مدارس وجود ندارد، بخش های وسیعی از دختران را از تحصیل محروم می کند. جدا کردن دختران از پسران در هنـرستانها، اخراج دانشجـــویان مرکز تربیت معــلم - دختران ( تهران نو)، پائین آوردن سن ازدواج و محروم ساختن دختران ازدواج کرده از تحصیل در دبیرستان، فقدان مدارس دخترانه ( و پسرانه ) در کنار اردوگاههای جنگ زدگان، گرایش ناگزیر دختران خانواده های کم درآمد به ازدواج در سنین پائین و ... را نیز می توان به این شرایط افزود.
. قانون اساسی جمهوری اسلامی ایران تصریح دارد که " هیچکس را نمی توان از محل اقامت خود تبعید کرد... یا به اقامت در محلی مجبور ساخت..." (47) این البته مانع از آن نیست که خانواده های مبارزان و پیشمرگان در کردستان از محل زندگی خود تبعید شوند. تعداد این تبعیدها در سال گذشته بین 1300 تا 1500 نفر برآورد شده است، که شامل 300 خانوار می شود.(48) از میان این خانوارها " 9 خانواده در مارس 1983 از سرکیس به پودرنشهر ... به فاصله 1200 کیلومتری سرکیس و 43 خانواده در 14 ژوئن 1983 از مهاباد به رفسنجان، دامغان، یزد، و سمنان، واقع در 1000 تا 1200 کیلومتری مهاباد، تبعید می شوند.
. در حالیکه قرص های ضد حاملگی با محدودیت توزیع می شود، در حالیکه رژیم دختران جوان را به انحاء مختلف به ازدواج تشویق می کند، سقط جنین کاملا ً ممنوع است. این مشکل در مورد زنانی که به " ازدواج موقت " درآمده و حامله شده اند و مسلما ً از پدر فرزند اطلاعی در دست نیست، حادتر است. (50) تاکنون رژیم چندین پزشک را به جرم سقط جنین دستگیر و به زندانهای طویل المدت محکوم کرده است. بدین ترتیب سقط جنین بصورت غیرقانونی و با هزینه های گزاف از یکسو فقط برای زنان خانواده های ثروتمند مقدور است و از سوی دیگر بدلیل فقدان امکانات پزشکی کافی شدیدا ً مخاطره آمیز است.
6
مجموعه شرایطی که تاکنون نمونههایی از آن را در جامعه امروز ایران برشمردیم، هیولای شومی است که بر زندگی اجتماعی همهزنان ایران سایه افکنده است. این شرایط بعلاوه نابسامانی هایی که رژیم جممهوری اسلامی به لحاظ ماهیت و خواستگاه اجتماعی اش پدید آورده است، اکنون بینش از پیش بر دوش زنان زحمتکش جامعه ایران اعم از کارگر و کارورز و کارمند، سنگینی می کند. قانون کار نیمه وقت، بیکاری روز افزون، تورم لجام گسیخته، اخراج های بی رویه، ساعات کار طولانی، مزد کم، نمودهایی از شرایط زندگی مشقت بار این بخش از زنان جامعه است.
جمهوری اسلامی ایران با خارج کردن بخش های وسیـــــعی از زنــــــان از گردونۀ تولید، بیکاری و رکود را دامن می زند و برای تأمین مخارج سنگین خود ناگزیر از استثمار هر چه بیشتر، زنان و مردان شاغل است:
حقوق زنان کارگر در کارهای مشابه از کارگران مرد تا یک سوم کمتر است. زنان اغلب فاقد خقوق بازنشستگی و بیمه هستند. دختران قالیباف وضع به مراتب بدتری از سایر کارگران دارند. ساعات کار بسیارطولانی و دستمزد آنها بسیار ناچیز است. در مواردی خانواده ها دختران را برای تمام عمر آنها به صاحب کار اجاره می دهند. در سال 58 دستمزد کارگران زن در کارخانه ریسندگی و بافندگی رضویه در کرمان حداقل 10 تومان و حداکثر 26 تومان به ازای روزی 10 ساعت کار بوده است (51) بنا به اظهار کارگران، در کارخانه هایی که تعداد کارگران کم است، ساعت ار به 12 الی 16 ساعت افزایش می یابد، در حالیکه از مزایای مخصوص ِ حق بیمه و ... خبری نیست.(52)
کارگران زن در کارگاههای تولیدی کوچک، اکثرا ً بصورت کارمزدی استخدام می شوند. از اینرو آنان ناچار می شوند برای درآمد بیشتر بدون هیچگونه تأمین شغلی ساعات طولانی کار کنند. بسیاری از زنانی که از کار اخراج شده و یا نتوانسته اند شغلی دست و پا کنند برای گذران زندگی خود و فرزندانشان، نگزیر از کار ساه و کار در خانه هستند. از آنجا که این نوع کار حتی در شمول قوانین ضد کارگری جمهوری اسلامی نیز نیست، با استثمار بیشتر زنان همراه است.
7
اگرچه رژیم جمهوری اسلامی ایران در طی 5 سال حکومت توانسته سایه شوم خود را بر زندگی اجتماعی زنان ایران بگستراند، اما بنا بر ناتوانی بنیادیش در حل بحران، نتوانسته است مانع مقاومت های خود انگیخته و مخالفت های آشکار و پنهان زنان در طول این پنج سال باشد.
زنان، چه به شکل مشارکت در شوراهای کارگری و کارمندی در آغاز حکومت جکهوری اسلامی، چه به شکل شرکت در تشکیلات ویژه زنان، چه به صورت شرکت در فعالیت های سیاسی و تشکل های سیاسی، شرکت در مجامع و گردهمائی هایی برای مخالفت با سیاستهای رژیم (53)، شرکت در تحصن ها و اعتراضات جمعی (54) مخالفت علنی خود را با سیاستهای سرکوبگرانه رژیم نشان داده اند. امروز نیز زنان، در اوج دیکتاتوری رژیم، برای اعتراض به قطع آب در محلۀ افسریه تهران " به خیابانها آمدند...به اتوبانی که از کنار این محله می گذرد، رفتند، میان اتوبان نشستند و راه را بندآوردند..." (55)
ما در یکی از مبارزان در روز عید فطر امسال، به مناسبت سالگرد شهادت فرزندش، در خانۀ خود مراسمی برگزار کرد. شرکت کنندگان پس از شرکت در مراسم به بهشت زهرا رفتند و بر سر قبر مبارزانی که از سوی رژیم اعدام شده بودند، گل گذاشتند. در این مراسم مادر شهید درباره زندگی پسرش سخن گفت...(56)
بدنبال انتشار پیام 8 ماده ای خمینی، زنان بلافاصله مقررات را نقض کرده و بیشتر بدون حجاب و با آرایش ( به عنوان دهن کجی به رژیم ) به خیابانها می آیند. آنچنانکه دادستــــان انقلاب اسلامی مرکز ناگزیر می شود با انتشار بیانیه ای، آنها را تهدید به دستگیری و مجازات کند.
امروز زنان مبارز ایران، در زندانهای رژیم جلادان، در سختترین شرایط، مقاومتی شکوهمند را در مسیر مبارزه تاریخی علیه استبداد و استثمار رقم می زنند.
کمیته موقت برگزاری بزرگداشت روز جهانی زن
28 فوریه 1984
پانویس ها
1- توضیح المسائل خمینی. مسئله 2942: " … اگر شوهر دختر شیرخواری را برای خود عقد کرده باشد، زن نباید دختر را شیر دهد. چون اگر آن دختر را شیر دهد خودش مادر زن شوهر می شود و به او حرام می گردد."
2- زنان در مبارزه، ماهنامه اتحاد ملی زنان؛ شماره 3 /10/ 1358 ، صفحه 6
3- همانجا.
4- قطعنامه کمیته همبستگی زنان برای برگزاری کنفرانس مشترک 4/9/1358.
5- قانون قصاص؛ ماده 13.
6- زنان در مبارزه، ماهنامه اتحاد ملی زنان؛ شماره 3 /10/ 1358 ، نقلی از کتاب جمعه، قسمت اول.
7- همانجا.
8- اصل 115 قانون اساسی جمهوری اسلامی ایران.
9- اصل چهارم : " کلیه قوانی و موازین ، باید بر اساس موازین اسلام باشد."
اصل دهم : " از آنجا که خانواده واحد بنیادی جامعه اسلامی است، همه قوانین و مقررات و برنامه ریزی های مربوط باید… بر پایه حقوق و اخلاق اسلامی باشد."
اصل بیست و یکم : " دولت موظف است حقوق زنان را در تمام جهات با رعایت موازین اسلامی تضمین نماید"
اصل شصت و یکم : " اعمال قوه قضائیه بوسیله دادگاههای دادگستری است که باید طبق موازین اسلامی تشکیل
شود…"
اصل صد و پنج : " تصمیمات شوراها نباید مخالف موازین اسلام … باشد."
اصل صد و شصت و سه : " صفات و شرایط قاضی طبق موازین فقهی به وسیله قانون معین می گردد."
10- قرآن - سوره بقره – آیه 223: " زنان شما، کشتزار شمایند. پس برای کشت بدانها نزدیک شوید. " ؛
ترجمه مهدی الهی قمشه ای.
11- قانون قصاص، ماده 32 ؛ بند " ب".
12- قانون قصاص، ماده 33.
13- توضیحالمسائل خمینی، مسئله 2412.
14- طرح پیشنویس قانون کار، ماده 54.
15- طرح پیشنویس قانون کار، ماده 55.
16- روزنامه کیهان 5/12/1361.
17- قانون قصاص، ماده 6.
18- قانون قصاص، ماده 32 ،بند "الف".
19- روزنامه کیهان، 24/1/1361 ؛ صفحه 15.
20- قانون قصاص، ماده 117.
21- قانون قصاص، ماده 119.
22- قانون قصاص، ماده 119.
23- قانون قصاص، ماده115.
24-روزنامه لیبراسیون، 13 فوریه 1984.
25- توضیح المسائل خمینی، مسدله های 2413، 2424، 2425، 2493 و …
26- نامه ای از زنان ایران، پیام آزادی، شماره 21 مرداد 1362.
27- جزوه منتشر شده از سوی " زنان پناهنده ایرانی در برلین غربی" ، فوریه 1984.
28- نامه ای از زنان ایران، پیام آزادی، شماره 21 مرداد 1362.
29- " بامی استار " ، شماره 25، آبانماه 1362 ، صفحه 8.
30- نامه ای از زنان ایران، پیام آزادی، شماره 21 مرداد 1362.
31- نشریه انجمن های دانشجویان مسلمان ِ اروپا- آمریکا، شماره 37 ، صفحه 13.
32- جزوه منتشر شده از سوی " زنان پناهنده ایرانی در برلین غربی" ، فوریه 1984.
33- روزنامه لیبراسیون، 13 فوریه 1984.
34- جزوه منتشر شده از سوی " زنان پناهنده ایرانی در برلین غربی" ، فوریه 1984.
35- روزنامه کیهان، 9/1/1362 ، صفحه 2.
36- نشریه انجمن های دانشجویان مسلمان ِ اروپا- آمریکا، شماره 21 ، صفحه 3.
37- نشریه انجمن های دانشجویان مسلمان ِ اروپا- آمریکا، شماره 51 ، صفحه 38.
38- گزارش فدراسیون بین المللی حقوق بشر، 19 اوت تا 8 سپتامبر 1983.
39- قانون اساسی جمهوری اسلامی ایران، اصل 21 ، بند 2.
40- قانون قصاص، ماده 48.
41- گزارش سازمان عفو بین الملل سال 1983.
42- نشریه انجمن های دانشجویان مسلمان ِ اروپا- آمریکا، شماره 37 ، صفحه 26.
43- جزوه منتشر شده از سوی " زنان پناهنده ایرانی در برلین غربی" ، فوریه 1984.
44- جزوه منتشر شده از سوی " زنان پناهنده ایرانی در برلین غربی" ، فوریه 1984.
45- قانون اساسی جمهوری اسلامی ایران، اصل 13.
46- قانون اساسی جمهوری اسلامی ایران، اصل 3.
47- قانون اساسی جمهوری اسلامی ایران، اصل 33.
48- گزارش فدراسیون بین المللی حقوق بشر، 19 اوت تا 8 سپتامبر 1983.
49- گزارش فدراسیون بین المللی حقوق بشر، 19 اوت تا 8 سپتامبر 1983.
50- مجله زن روز، تعدادی از شماره های سال 1359 ، ستون پاسخ به نامه ها.
51- روزنامه کارمتعلق به ارگان سازمان چریکهای فدائی خلق ایران، شماره 10 ، 21/4/1358.
52- روزنامه کارمتعلق به ارگان سازمان چریکهای فدائی خلق ایران، شماره 19 ، 4/9/1358.
53- کنفرانس مشترک کمیته همبستگی زنان در اعتراض به قانون اساسی 4/9/1358،درمراسم 8 مارس1379 و... 54- تحصن کارآموزان قضائی در دادگستری 1358.
55- جزوه منتشر شده از سوی " زنان پناهنده ایرانی در برلین غربی" ، فوریه 1984.
56- زمان نو، شماره 1 ، صفحه 33.
Friday, May 20, 2011
violences
Coordination Française
Marche Mondiale des Femmes
COMMUNIQUÉ
Solidaires des femmes victimes de violences, toujours !
La lutte contre les violences faites aux femmes fait partie des
fondamentaux de la Marche Mondiale des Femmes. Il est indispensable de
rappeler que notre solidarité va aux femmes, à toutes les femmes
victimes de violences.
L’affaire DSK est révélatrice de la façon dont on traite, dans nos
sociétés à domination masculine, la parole des femmes qui ont subi des
violences : la parole d’un homme vaut encore toujours plus que celle
d’une femme.
Pire, dans cette affaire, c’est la victime qui est soupçonnée - menteuse,
rouage d’un complot, et aujourd’hui consentante. La supposée victime de
viol, ou de tentative de viol, devient ainsi la coupable. Elle doit se
justifier. Le supposé prédateur, lui, est décrit comme un être brillant,
séducteur. Curieuse façon d’aimer les femmes…
Le viol, comme toutes les violences physiques, n’est pas une preuve
d’amour. C’est en réalité l'instrument privilégié de la domination
patriarcale qui signifie et rappelle constamment aux femmes qu'elles
n'ont pas la possession de leur propre corps.
La façon dont certains hommes politiques et journalistes en France
parlent de cette agression supposée nous révolte. Quand comprendra-t-on
la nature des violences sexuelles ? Quand cessera-t-on de défendre le
plus fort quand il exerce son pouvoir sur les femmes ?
Quand dénoncera-t-on l'insupportable inégalité entre une femme
de ménage, immigrée, pauvre, et un directeur du FMI ?
Si nous sommes pour le respect de la présomption d’innocence dont doit
bénéficier Mr Strauss Kahn, la jeune femme doit elle aussi bénéficier de
la même présomption d'innocence en qualité de plaignante.
Nous, Marche Mondiale des Femmes France, nous sommes et serons toujours
SOLIDAIRES de toutes les femmes victimes de
violences.
Marche Mondiale des Femmes
COMMUNIQUÉ
Solidaires des femmes victimes de violences, toujours !
La lutte contre les violences faites aux femmes fait partie des
fondamentaux de la Marche Mondiale des Femmes. Il est indispensable de
rappeler que notre solidarité va aux femmes, à toutes les femmes
victimes de violences.
L’affaire DSK est révélatrice de la façon dont on traite, dans nos
sociétés à domination masculine, la parole des femmes qui ont subi des
violences : la parole d’un homme vaut encore toujours plus que celle
d’une femme.
Pire, dans cette affaire, c’est la victime qui est soupçonnée - menteuse,
rouage d’un complot, et aujourd’hui consentante. La supposée victime de
viol, ou de tentative de viol, devient ainsi la coupable. Elle doit se
justifier. Le supposé prédateur, lui, est décrit comme un être brillant,
séducteur. Curieuse façon d’aimer les femmes…
Le viol, comme toutes les violences physiques, n’est pas une preuve
d’amour. C’est en réalité l'instrument privilégié de la domination
patriarcale qui signifie et rappelle constamment aux femmes qu'elles
n'ont pas la possession de leur propre corps.
La façon dont certains hommes politiques et journalistes en France
parlent de cette agression supposée nous révolte. Quand comprendra-t-on
la nature des violences sexuelles ? Quand cessera-t-on de défendre le
plus fort quand il exerce son pouvoir sur les femmes ?
Quand dénoncera-t-on l'insupportable inégalité entre une femme
de ménage, immigrée, pauvre, et un directeur du FMI ?
Si nous sommes pour le respect de la présomption d’innocence dont doit
bénéficier Mr Strauss Kahn, la jeune femme doit elle aussi bénéficier de
la même présomption d'innocence en qualité de plaignante.
Nous, Marche Mondiale des Femmes France, nous sommes et serons toujours
SOLIDAIRES de toutes les femmes victimes de
violences.
Monday, March 28, 2011
Tuesday, March 08, 2011
Tuesday, February 08, 2011
Féminisme, laïcité, même combat contre les intégrismes
Michèle Vianès 18 décembre 2010 Assises sur l’islamisation de l’Europe
Je dois vous parler du patriarcat théocratique
Je dois vous parler du féminisme et de la laïcité
Et des tentatives des obscurantistes contre ces formidables instruments d’émancipation des
femmes et des hommes.
1-Le patriarcat théocratique
Les religions ont été fixées par des hommes, pour les hommes. Les textes sacrés, transcrits,
étudiés, commentés le furent aussi par ces mêmes hommes qui pendant des siècles eurent
le monopole de l’accès à la culture. Dans toutes les religions, on retrouve les constantes
misogynes qui ont abouti à la discrimination des femmes : elles ont été utilisées par les
hommes et les Etats pour posséder le corps et l’esprit des femmes.
Traditions et religions ont « expliqué » les incapacités des femmes. Elles ont interprété des
faits biologiques, le premier d’entre eux étant le sang menstruel. Là va s’ouvrir le registre du
pur et de l’impur, permettant de jouer sur toute la gamme du licite et de l’illicite, du permis et
de l’interdit. L’interdiction des lieux sacrés, le refus de la visibilité des femmes aux côtés des
dieux sous prétexte d’impuretés a entrainé diabolisation et tabous, prétextes à l’exclusion
des femmes
La femme est considérée comme source de désordre, capable d’éloigner l’homme de ses
devoirs envers Dieu. Selon Ghazali1, théo-sexologue du XII° siècle, mais référence
« scientifique » d’intégristes d’aujourd’hui « L’homme perd le tiers de sa raison dès qu’il est
en érection. » (Donnée non vérifiée par le service des poids et mesures),
Mariées, les femmes vont être intellectuellement stérilisées par une masse d’obligations
domestiques tatillonnes et d’interdits alimentaires ridicules qui les contraignent à penser
toujours à leur dieu.
2- Féminisme et laïcité
De tout temps, des hommes et des femmes ont dénoncé cette hiérarchie.
Reprenant les idées de Condorcet, une école laïque, gratuite et obligatoire pour les 2 sexes
Jules Ferry expliquait « celui qui tient la femme tient tout, c’est pour cela que l’Eglise veut
retenir la femme, et c’est aussi pour cela qu’il faut que la démocratie la lui enlève ».
L’être humain, homme ou femme, est un être libre grâce à l’usage de sa raison et de son
esprit critique : c’est l’idéal laïque.
La laïcité garantit la liberté de penser et d’expression, et la neutralité de l’action publique. Il
s’agit de reconnaître à chaque personne la même dignité, n’exiger nulle dévotion mais
simplement l’adhésion librement consentie à des droits et à des devoirs. C’est la mission de
l’école de la République de l’enseigner, de la faire vivre aux élèves, citoyens en devenir, afin
de les libérer de tout de toute servitude « volontaire » ou imposée.
1 Ghazali, Le livre des bons usages en matière de mariage, trad.française annotée par L. Bercher et G.H.
Bousquet, Ed. Maisonneuve, Paris, 1989
2
La laïcité est l’ennemi absolu des obscurantistes qui assoient leur domination des
populations sur le refus de la liberté de conscience. Considérer le blasphème comme un
délit, revient à interdire de penser et d’exprimer sa pensée
Quant au féminisme, c’est tout simplement l’égalité en droits, devoirs et dignité des femmes
et des hommes.
La laïcité est aussi garante des droits des femmes et de l’égalité en droits, devoirs et dignité
des femmes et des hommes. Droit à la contraception et à l’avortement, refus des violences
ethnicistes, de l’oppression religieuse et/ou communautariste, refus de la dissimulation des
femmes derrière un voile-linceul, marquage possessionnel et obsessionnel des femmes,
considérées comme des objets sexuels, fondent notre vivre-ensemble.
Moyen de faire coexister des femmes et des hommes qui ne partagent pas forcément les
mêmes convictions, mais émancipés par une éducation à l’autonomie rationnelle de
jugement, l’exigence laïque demande à chacun un effort sur soi. Le lien civique a la
prééminence sur tous les particularismes historiques ou religieux, sur les solidarités
domestiques locales ou claniques.
En cas de conflits entre les groupes, pour arbitrer au nom de l’intérêt général, l’Etat qui n’a
pas l’outil de la laïcité, laquelle connaît toutes les religions, mais n’en reconnaît aucune, est
désarmé.
Si dans un Etat une religion est obligatoire ou privilégiée, donc imposée, la liberté de penser
n’est plus possible. La religion captant à son profit la puissance publique, il n’y a plus
d’égalité. Ceux qui ne croient pas en cette religion ou qui l’interprètent différemment
subissent une aliénation de leurs droits fondamentaux en tant que personne humaine.
L’unicité est de façade. Comme la diversité des opinions et l’égalité en droit ne sont pas
respectées, les conflits et « guerres des dieux » se développent.
Si dans un Etat toutes les religions sont « reconnues », chaque groupe va pouvoir exiger de
respecter ses propres règles de vie communautaire. L’intérêt de chaque groupe primerait sur
le bien commun. Cette diversité cristalliserait les différences et érigerait des murs entre les
groupes. L’espace public serait morcelé. Il n’y aurait plus émergence de principes communs
supérieurs aux valeurs individuelles, plus de mixité entre les groupes, les mariages
endogamiques resteraient la règle. Des éducations particulières diviseraient les enfants et
les jeunes avant d’opposer les adultes.
Les pays communautaristes ou multiculturalistes rencontrent des difficultés. Le
multiculturalisme exacerbe l'ethnicisation des rapports sociaux et provoque l’enfermement
« identitaire » qui dresse des murs au lieu de favoriser lien social et projet politique commun.
3- Les obscurantistes contre l’égalité femmes-hommes
La maitrise par les femmes de leur désir d’enfants, véritable révolution, puisqu’elle a changé
radicalement l'ordre ancien, patriacal et théocratique, leur autonomie financière, la maitrise
de leur corps et de leur esprit a paniqué les machocrates qui renvoient les femmes à leurs
« missions naturelles » : gratification sexuelle du mari et travail domestique. Ils ont appelé à
leur secours les religions.
3
Les fondamentalismes2 religieux considèrent l’émancipation de la femme comme la cause de
tous les fléaux de la société, maux qui disparaîtraient si l’on revenait aux conceptions
théocratiques patriarcales de domination des hommes et à l’acceptation par les femmes de
leur soumission.
Pour convaincre des femmes de revenir aux schémas patriarcaux théocratiques, la
soumission à dieu se matérialisant sur terre par la soumission aux hommes, ils utilisent deux
types de discours. Un discours hypocrite de protection des femmes et un discours
d’intimidation : la menace de punition sur terre ou au ciel, c’est-à-dire éternelle si les femmes
n’obéissent pas à leurs diktats.
La mainmise sur la fécondité et la sexualité des femmes a été et reste le moteur de
l’oppression. La sainte alliance, à l'Onu, des tous les intégristes religieux, catholiques,
évangéliques, hindouistes, bouddhistes, juifs, musulmans, le travail de sape des
prédicateurs, a trouvé des alliées chez les femmes. La parole est donnée aux « Concerned
Women of America » ou aux féministes islamiques, puisqu'elles ont intégré l'asservissement
volontaire.
Ferry voulait émanciper les femmes en les libérant des prêtres, à l’inverse pour le FIS
algérien « La femme musulmane est une force irremplaçable sur le plan psychologique,
social et culturel. Il s’agit de savoir canaliser cette force et employer ses potentialités de la
manière la plus judicieuse dans le cadre de la stratégie de développement de notre
civilisation ».
Puisque l'émancipation des femmes a été possible grâce au développement des idées des
Lumières, grâce à la raison, les intégristespour dénoncer les Lumières vont les assimiler à
une colonisation des esprits par l'Occident.
Les benêts compassionnels, sous prétexte de relativisme culturel, racisme qui interdit aux
personnes, en fonction de leur lieu de naissance, de leur ethnie ou de la religion de leurs
ancêtres d'avoir accès aux droits universels fondamentaux, soutiennent les obscurantistes,
contre les hommes et les femmes qui, souvent au péril de leur vie, revendiquent l'universalité
des droits humains. Le droit à la différence aboutit ainsi à la différence des droits.
Imbus de leur supériorité, la « tolérance étant le fait du prince », les différentialistes
« tolèrent » que des femmes et des fillettes se dissimulent sous un voile, afin que même
dehors, elles restent dedans. Ils acceptent l'idée qu’elles ne sont qu'un objet sexuel, sources
de désordre, qu'elles doivent se cacher dans l'espace public. Ce serait leur foi, leur choix,
seulement ce ne peut être leur droit. Le choix personnel n’est pas un droit que la République
aurait à accorder. Tolérer le stigmate de la soumission, rougi par le sang des femmes
fouettées, violées, lapidées, étranglées parce qu'elles refusent de le porter, serait preuve
« d'une ouverture d'esprit » !
2 Fondamentalisme : concentration homogène doctrinale et disciplinaire entre les mains de chefs religieux qui
réclament une obéissance sans limite. Ils considèrent les objections de la raison comme des tentations du
démon et veulent convaincre que le monde serait perdu s’il ne rentrait corps et âme dans le cadre serré des
traditions autoritaires. Tous les fondamentalismes sont englobant, règlent la vie quotidienne dans les moindres
détails afin de toujours penser à Dieu (nourriture, repas et achats, vêtements, loisirs, vie sexuelle) Ils
nécessitent claustration intellectuelle et crédulité.
4
La crainte d’être considérés comme racistes en dénonçant les agissements de factions
islamistes, aboutit à l’abandon de nos concitoyens, adultes ou enfants, à la merci
d’intégristes francophobes pourvus de moyens financiers considérables.
Un rappel important en ces moments où on voudrait financer la construction des mosquées
pour éviter les prières dans les rues. Donc tuer la loi de 1905.
Les musulmans de France donnent beaucoup pour leur culte. Cela permettrait de financer
les mosquées. Mais l’aumône licite (ce qui ne signifie pas légale, loin de là !) doit être
versée « discrètement ». Les dons sont secrets et leur usage totalement occulte. Est licite
également le prélèvement par le collecteur d’une partie de ces dons secrets. Par contre
financer le fonctionnement des mosquées par cette aumône est illicite.
« La zakat , destinée aux démunis doit être remise à un Musulman, sauf s’il fait partie de
ceux qu’on espère convertir ». Des prélèvements sont permis pour « l’achat » des convertis :
ceux dont les coeurs sont à rallier » et qui « sont influents dans leur milieu » et « ceux qui
sont chargés de la lutte dans le chemin de Dieu »
L’autre source importante de financement, l’argent perçu sur les produits certifiés halal dont
la liste des produits (boissons, eau, médicaments …) est en constante augmentation,
directement proportionnelle aux sommes récoltées.
Les mosquées peuvent également percevoir des commissions versées par des sociétés
commerciales ou des associations (produits halal, pèlerinages à La Mecque, assurances
pour le retour des défunts au pays d’origine, etc.).
Du côté des associations, le flou est assuré. La plupart sont à la fois cultuelles et culturelles
afin de profiter des avantages, sans redistribuer à la collectivité
Dénoncer ces pratiques pour protéger les musulmans de France serait de l’islamophobie ! Il
faudrait laisser nos compatriotes musulmans se faire gruger.
En France les jeunes filles de filiation musulmane réussissait à l’école lieu d’émancipation et
devenait ensuite autonome, elle risquait même d’épouser un non-musulman. Cette peur
panique a amené les prédicateurs à voiler leur fille pour d’une part en enserrant leur tête
tenter de leur atrophier le cerveau et d’autre part les présenter comme victimes de ces
affreux enseignants laïques qui veulent coloniser les cerveaux des jeunes en leur apprenant
à réfléchir, c’est-à-dire selon la définition d’Alain « dire non à ses propres croyances ».
Les atteintes à l’égalité en droit, en France, des femmes et de fillettes de filiation musulmane
sous prétexte de traditions religieuses, imposées par leur mari ou père, leur mère, leur
famille, le voisinage se multiplient. L’enfermement des femmes de confession musulmane
en France, l’apartheid sexué, les mariages sous contraintes, la répudiation, la polygamie
(30000), les violences psychologiques et physiques dues aux traditions
religieuses entraînent des troubles de l’ordre public et font que toutes les femmes en France
n’ont pas les mêmes droits !
Aujourd’hui, des jeunes filles assimilent les schémas patriarcaux que nous pensions
archaïques, en particulier leur infériorité par rapport aux garçons. La non-intégration
psychologique empêche l’intégration sociale.
Conclusion
5
En France, les principes constitutionnels de laïcité et d'égalité entre les hommes et les
femmes sont à la fois la clé de l'autonomie des femmes par rapport aux religions et la digue
pour résister aux fondamentalismes qui voudraient faire régresser les femmes dans un statut
archaïque défini par le patriarcat théocratique.
Dans notre Etat de droit, comme dans toute société démocratique, la liberté des uns s'arrête
où commence celle des autres. La loi seule permet aux libertés des uns et des autres de
cohabiter plutôt que de s'opposer, de se renforcer, même en se limitant mutuellement, plutôt
que de se détruire, d'être libres ensemble.
Pour que la laïcité concerne toutes les femmes et les filles, nous ne devons plus nous taire,
nous ne devons plus tolérer l'intolérable, nous ne devons plus accepter que des fillettes
soient conditionnées à se considérer comme un unique objet sexuel, nous ne devons plus
abandonner lâchement nos compatriotes de filiation ou de confession musulmanes, à
commencer par les femmes, à la merci de l'islam politique et des communautaristes-.
Face aux obscurantistes d’aujourd’hui, les Lumières sont indispensables.
Bravons « le diable qui n'existe pas et les vrais diables fanatiques qui n'existent que trop »
(Voltaire, lettre au Marquis de Villevieille, 20 décembre 1768)
Je dois vous parler du patriarcat théocratique
Je dois vous parler du féminisme et de la laïcité
Et des tentatives des obscurantistes contre ces formidables instruments d’émancipation des
femmes et des hommes.
1-Le patriarcat théocratique
Les religions ont été fixées par des hommes, pour les hommes. Les textes sacrés, transcrits,
étudiés, commentés le furent aussi par ces mêmes hommes qui pendant des siècles eurent
le monopole de l’accès à la culture. Dans toutes les religions, on retrouve les constantes
misogynes qui ont abouti à la discrimination des femmes : elles ont été utilisées par les
hommes et les Etats pour posséder le corps et l’esprit des femmes.
Traditions et religions ont « expliqué » les incapacités des femmes. Elles ont interprété des
faits biologiques, le premier d’entre eux étant le sang menstruel. Là va s’ouvrir le registre du
pur et de l’impur, permettant de jouer sur toute la gamme du licite et de l’illicite, du permis et
de l’interdit. L’interdiction des lieux sacrés, le refus de la visibilité des femmes aux côtés des
dieux sous prétexte d’impuretés a entrainé diabolisation et tabous, prétextes à l’exclusion
des femmes
La femme est considérée comme source de désordre, capable d’éloigner l’homme de ses
devoirs envers Dieu. Selon Ghazali1, théo-sexologue du XII° siècle, mais référence
« scientifique » d’intégristes d’aujourd’hui « L’homme perd le tiers de sa raison dès qu’il est
en érection. » (Donnée non vérifiée par le service des poids et mesures),
Mariées, les femmes vont être intellectuellement stérilisées par une masse d’obligations
domestiques tatillonnes et d’interdits alimentaires ridicules qui les contraignent à penser
toujours à leur dieu.
2- Féminisme et laïcité
De tout temps, des hommes et des femmes ont dénoncé cette hiérarchie.
Reprenant les idées de Condorcet, une école laïque, gratuite et obligatoire pour les 2 sexes
Jules Ferry expliquait « celui qui tient la femme tient tout, c’est pour cela que l’Eglise veut
retenir la femme, et c’est aussi pour cela qu’il faut que la démocratie la lui enlève ».
L’être humain, homme ou femme, est un être libre grâce à l’usage de sa raison et de son
esprit critique : c’est l’idéal laïque.
La laïcité garantit la liberté de penser et d’expression, et la neutralité de l’action publique. Il
s’agit de reconnaître à chaque personne la même dignité, n’exiger nulle dévotion mais
simplement l’adhésion librement consentie à des droits et à des devoirs. C’est la mission de
l’école de la République de l’enseigner, de la faire vivre aux élèves, citoyens en devenir, afin
de les libérer de tout de toute servitude « volontaire » ou imposée.
1 Ghazali, Le livre des bons usages en matière de mariage, trad.française annotée par L. Bercher et G.H.
Bousquet, Ed. Maisonneuve, Paris, 1989
2
La laïcité est l’ennemi absolu des obscurantistes qui assoient leur domination des
populations sur le refus de la liberté de conscience. Considérer le blasphème comme un
délit, revient à interdire de penser et d’exprimer sa pensée
Quant au féminisme, c’est tout simplement l’égalité en droits, devoirs et dignité des femmes
et des hommes.
La laïcité est aussi garante des droits des femmes et de l’égalité en droits, devoirs et dignité
des femmes et des hommes. Droit à la contraception et à l’avortement, refus des violences
ethnicistes, de l’oppression religieuse et/ou communautariste, refus de la dissimulation des
femmes derrière un voile-linceul, marquage possessionnel et obsessionnel des femmes,
considérées comme des objets sexuels, fondent notre vivre-ensemble.
Moyen de faire coexister des femmes et des hommes qui ne partagent pas forcément les
mêmes convictions, mais émancipés par une éducation à l’autonomie rationnelle de
jugement, l’exigence laïque demande à chacun un effort sur soi. Le lien civique a la
prééminence sur tous les particularismes historiques ou religieux, sur les solidarités
domestiques locales ou claniques.
En cas de conflits entre les groupes, pour arbitrer au nom de l’intérêt général, l’Etat qui n’a
pas l’outil de la laïcité, laquelle connaît toutes les religions, mais n’en reconnaît aucune, est
désarmé.
Si dans un Etat une religion est obligatoire ou privilégiée, donc imposée, la liberté de penser
n’est plus possible. La religion captant à son profit la puissance publique, il n’y a plus
d’égalité. Ceux qui ne croient pas en cette religion ou qui l’interprètent différemment
subissent une aliénation de leurs droits fondamentaux en tant que personne humaine.
L’unicité est de façade. Comme la diversité des opinions et l’égalité en droit ne sont pas
respectées, les conflits et « guerres des dieux » se développent.
Si dans un Etat toutes les religions sont « reconnues », chaque groupe va pouvoir exiger de
respecter ses propres règles de vie communautaire. L’intérêt de chaque groupe primerait sur
le bien commun. Cette diversité cristalliserait les différences et érigerait des murs entre les
groupes. L’espace public serait morcelé. Il n’y aurait plus émergence de principes communs
supérieurs aux valeurs individuelles, plus de mixité entre les groupes, les mariages
endogamiques resteraient la règle. Des éducations particulières diviseraient les enfants et
les jeunes avant d’opposer les adultes.
Les pays communautaristes ou multiculturalistes rencontrent des difficultés. Le
multiculturalisme exacerbe l'ethnicisation des rapports sociaux et provoque l’enfermement
« identitaire » qui dresse des murs au lieu de favoriser lien social et projet politique commun.
3- Les obscurantistes contre l’égalité femmes-hommes
La maitrise par les femmes de leur désir d’enfants, véritable révolution, puisqu’elle a changé
radicalement l'ordre ancien, patriacal et théocratique, leur autonomie financière, la maitrise
de leur corps et de leur esprit a paniqué les machocrates qui renvoient les femmes à leurs
« missions naturelles » : gratification sexuelle du mari et travail domestique. Ils ont appelé à
leur secours les religions.
3
Les fondamentalismes2 religieux considèrent l’émancipation de la femme comme la cause de
tous les fléaux de la société, maux qui disparaîtraient si l’on revenait aux conceptions
théocratiques patriarcales de domination des hommes et à l’acceptation par les femmes de
leur soumission.
Pour convaincre des femmes de revenir aux schémas patriarcaux théocratiques, la
soumission à dieu se matérialisant sur terre par la soumission aux hommes, ils utilisent deux
types de discours. Un discours hypocrite de protection des femmes et un discours
d’intimidation : la menace de punition sur terre ou au ciel, c’est-à-dire éternelle si les femmes
n’obéissent pas à leurs diktats.
La mainmise sur la fécondité et la sexualité des femmes a été et reste le moteur de
l’oppression. La sainte alliance, à l'Onu, des tous les intégristes religieux, catholiques,
évangéliques, hindouistes, bouddhistes, juifs, musulmans, le travail de sape des
prédicateurs, a trouvé des alliées chez les femmes. La parole est donnée aux « Concerned
Women of America » ou aux féministes islamiques, puisqu'elles ont intégré l'asservissement
volontaire.
Ferry voulait émanciper les femmes en les libérant des prêtres, à l’inverse pour le FIS
algérien « La femme musulmane est une force irremplaçable sur le plan psychologique,
social et culturel. Il s’agit de savoir canaliser cette force et employer ses potentialités de la
manière la plus judicieuse dans le cadre de la stratégie de développement de notre
civilisation ».
Puisque l'émancipation des femmes a été possible grâce au développement des idées des
Lumières, grâce à la raison, les intégristespour dénoncer les Lumières vont les assimiler à
une colonisation des esprits par l'Occident.
Les benêts compassionnels, sous prétexte de relativisme culturel, racisme qui interdit aux
personnes, en fonction de leur lieu de naissance, de leur ethnie ou de la religion de leurs
ancêtres d'avoir accès aux droits universels fondamentaux, soutiennent les obscurantistes,
contre les hommes et les femmes qui, souvent au péril de leur vie, revendiquent l'universalité
des droits humains. Le droit à la différence aboutit ainsi à la différence des droits.
Imbus de leur supériorité, la « tolérance étant le fait du prince », les différentialistes
« tolèrent » que des femmes et des fillettes se dissimulent sous un voile, afin que même
dehors, elles restent dedans. Ils acceptent l'idée qu’elles ne sont qu'un objet sexuel, sources
de désordre, qu'elles doivent se cacher dans l'espace public. Ce serait leur foi, leur choix,
seulement ce ne peut être leur droit. Le choix personnel n’est pas un droit que la République
aurait à accorder. Tolérer le stigmate de la soumission, rougi par le sang des femmes
fouettées, violées, lapidées, étranglées parce qu'elles refusent de le porter, serait preuve
« d'une ouverture d'esprit » !
2 Fondamentalisme : concentration homogène doctrinale et disciplinaire entre les mains de chefs religieux qui
réclament une obéissance sans limite. Ils considèrent les objections de la raison comme des tentations du
démon et veulent convaincre que le monde serait perdu s’il ne rentrait corps et âme dans le cadre serré des
traditions autoritaires. Tous les fondamentalismes sont englobant, règlent la vie quotidienne dans les moindres
détails afin de toujours penser à Dieu (nourriture, repas et achats, vêtements, loisirs, vie sexuelle) Ils
nécessitent claustration intellectuelle et crédulité.
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La crainte d’être considérés comme racistes en dénonçant les agissements de factions
islamistes, aboutit à l’abandon de nos concitoyens, adultes ou enfants, à la merci
d’intégristes francophobes pourvus de moyens financiers considérables.
Un rappel important en ces moments où on voudrait financer la construction des mosquées
pour éviter les prières dans les rues. Donc tuer la loi de 1905.
Les musulmans de France donnent beaucoup pour leur culte. Cela permettrait de financer
les mosquées. Mais l’aumône licite (ce qui ne signifie pas légale, loin de là !) doit être
versée « discrètement ». Les dons sont secrets et leur usage totalement occulte. Est licite
également le prélèvement par le collecteur d’une partie de ces dons secrets. Par contre
financer le fonctionnement des mosquées par cette aumône est illicite.
« La zakat , destinée aux démunis doit être remise à un Musulman, sauf s’il fait partie de
ceux qu’on espère convertir ». Des prélèvements sont permis pour « l’achat » des convertis :
ceux dont les coeurs sont à rallier » et qui « sont influents dans leur milieu » et « ceux qui
sont chargés de la lutte dans le chemin de Dieu »
L’autre source importante de financement, l’argent perçu sur les produits certifiés halal dont
la liste des produits (boissons, eau, médicaments …) est en constante augmentation,
directement proportionnelle aux sommes récoltées.
Les mosquées peuvent également percevoir des commissions versées par des sociétés
commerciales ou des associations (produits halal, pèlerinages à La Mecque, assurances
pour le retour des défunts au pays d’origine, etc.).
Du côté des associations, le flou est assuré. La plupart sont à la fois cultuelles et culturelles
afin de profiter des avantages, sans redistribuer à la collectivité
Dénoncer ces pratiques pour protéger les musulmans de France serait de l’islamophobie ! Il
faudrait laisser nos compatriotes musulmans se faire gruger.
En France les jeunes filles de filiation musulmane réussissait à l’école lieu d’émancipation et
devenait ensuite autonome, elle risquait même d’épouser un non-musulman. Cette peur
panique a amené les prédicateurs à voiler leur fille pour d’une part en enserrant leur tête
tenter de leur atrophier le cerveau et d’autre part les présenter comme victimes de ces
affreux enseignants laïques qui veulent coloniser les cerveaux des jeunes en leur apprenant
à réfléchir, c’est-à-dire selon la définition d’Alain « dire non à ses propres croyances ».
Les atteintes à l’égalité en droit, en France, des femmes et de fillettes de filiation musulmane
sous prétexte de traditions religieuses, imposées par leur mari ou père, leur mère, leur
famille, le voisinage se multiplient. L’enfermement des femmes de confession musulmane
en France, l’apartheid sexué, les mariages sous contraintes, la répudiation, la polygamie
(30000), les violences psychologiques et physiques dues aux traditions
religieuses entraînent des troubles de l’ordre public et font que toutes les femmes en France
n’ont pas les mêmes droits !
Aujourd’hui, des jeunes filles assimilent les schémas patriarcaux que nous pensions
archaïques, en particulier leur infériorité par rapport aux garçons. La non-intégration
psychologique empêche l’intégration sociale.
Conclusion
5
En France, les principes constitutionnels de laïcité et d'égalité entre les hommes et les
femmes sont à la fois la clé de l'autonomie des femmes par rapport aux religions et la digue
pour résister aux fondamentalismes qui voudraient faire régresser les femmes dans un statut
archaïque défini par le patriarcat théocratique.
Dans notre Etat de droit, comme dans toute société démocratique, la liberté des uns s'arrête
où commence celle des autres. La loi seule permet aux libertés des uns et des autres de
cohabiter plutôt que de s'opposer, de se renforcer, même en se limitant mutuellement, plutôt
que de se détruire, d'être libres ensemble.
Pour que la laïcité concerne toutes les femmes et les filles, nous ne devons plus nous taire,
nous ne devons plus tolérer l'intolérable, nous ne devons plus accepter que des fillettes
soient conditionnées à se considérer comme un unique objet sexuel, nous ne devons plus
abandonner lâchement nos compatriotes de filiation ou de confession musulmanes, à
commencer par les femmes, à la merci de l'islam politique et des communautaristes-.
Face aux obscurantistes d’aujourd’hui, les Lumières sont indispensables.
Bravons « le diable qui n'existe pas et les vrais diables fanatiques qui n'existent que trop »
(Voltaire, lettre au Marquis de Villevieille, 20 décembre 1768)
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